Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 31 (30) Confiance en Dieu qui écoute le cri de ma détresse

Imprimer Par Christian Eeckhout, o.p.

1- Du maître de chant. Psaume. De David.

2- En toi, Yahvé, j’ai mon abri,
sur moi pas de honte à jamais!
En ta justice affranchis-moi, délivre-moi,

3- tends l’oreille vers moi, hâte-toi!
Sois pour moi un roc de force,
une maison fortifiée qui me sauve;

4- car mon rocher, mon rempart, c’est toi,
Pour ton nom, guide-moi, conduis-moi!

5- Tire-moi du filet qu’on m’a tendu,
car c’est toi ma force;

6- en tes mains je remets mon esprit,
c’est toi qui me rachètes, Yahvé.
Dieu de vérité,

7- tu détestes les servants de vaines idoles;
pour moi j’ai confiance en Yahvé

8- que j’exulte et jubile en ton amour!
Toi qui as vu ma misère,
connu les angoisses de mon âme,

9- tu ne m’as point livré aux mains de l’ennemi,
tu as mis au large mes pas.

10- Pitié pour moi, Yahvé,
je suis dans la détresse!
Les pleurs me rongent les yeux,
la gorge et les entrailles.

11- Car ma vie se consume en affliction
et mes années en soupirs;
ma vigueur succombe à la misère
et mes os se rongent.

12- Tout ce que j’ai d’oppresseurs
fait de moi un scandale;
pour mes voisins je ne suis que dégoût,
un effroi pour mes amis.
Ceux qui me voient dans la rue
s’enfuient loin de moi,

13- comme un mort oublié des cœurs,
comme un objet de rebut.

14- J’entends les calomnies des gens,
terreur de tous côtés!
ils se groupent à l’envi contre moi,
complotant de m’ôter la vie.

15- Et moi, je m’assure en toi, Yahvé,
je dis : C’est toi mon Dieu!

16- Mes temps sont dans ta main, délivre-moi,
des mains hostiles qui s’acharnent;

17- fais luire ta face sur ton serviteur,
sauve-moi par ton amour.

18- Yahvé, pas de honte sur moi qui t’invoque,
mais honte sur les impies!
Qu’ils aillent muets au shéol;

19- silence aux lèvres de mensonge
qui parlent du juste insolemment
avec arrogance et mépris!

20- Qu’elle est grande, Yahvé, ta bonté!
tu la réserves pour qui te craint;
tu la dispenses à qui te prend pour abri
face aux fils d’Adam.

21-Tu les caches au secret de ta face,
loin des intrigues des hommes;
tu les mets à couvert sous la tente,
loin de la guerre des langues.

22- Béni soit Yahvé qui fit pour moi
des merveilles d’amour
(en une ville de rempart)!

23- Et moi je disais en mon trouble :
« Je suis ôté loin de tes yeux! »
Et pourtant tu écoutas la voix de ma prière
quand je criai vers toi.

24- Aimez Yahvé, vous tous, ses fidèles
Yahvé garde ceux qui sont loyaux,
mais il rétribue avec usure
celui qui fait l’orgueilleux.

25- Courage, reprenez cœur, vous tous
qui espérez Yahvé !

© Les Éditions du Cerf 2009

Présentation

Comme l’indique notamment le premier verset qui dit sa place dans le Psautier biblique, ce psaume 31 appartient à la première des deux collections appelées « davidiques » (=Ps 3 à 41 et 51 à 72).

Le Psaume 31(30) exprime bien les sentiments des Juifs pieux face aux railleries des langues et aux complots des autorités païennes. Il rappelle les confessions du  prophète Jérémie en butte aux calomnies des gens (v.14) et rejoint même l’affolement de Jonas pensant être rejeté loin des yeux de Dieu (v.23). C’est un hymne dans lequel le psalmiste prie Dieu de le délivrer de ses ennemis, de le soutenir pour rester en vie et de prendre sa défense face à ses persécuteurs (v.16). C’est un hymne de confiance en Dieu (v.7), parce qu’en finale le psalmiste déclare que Dieu l’a entendu (v.23). À l’image de Job, le juste attend le Dieu qu’il a servi : tous peuvent compter sur Dieu qui fait merveille car il rétribue avec justice.

Le priant parle de Dieu (vv.2-6.10.15-18.20-21.23) et à Dieu (vv.7.22.24-25) au sujet des hommes, de la nation et de la mort.

1.Dieu. Ces psaumes de type « royal » emploient fréquemment le tétragramme  « Yahvé » pour s’adresser à Dieu. Il est mentionné dix fois ici. D’où vient ce nom divin ? Il provient d’une tribu de la région frontalière entre Edom et l’Arabie des déserts du wadi Ram, au sud de l’actuelle Jordanie : c’est Dieu qui « vient de Témân » (Ha 3,3). Son sens  se trouve dans la racine « être » qui exprime plus qu’un présent permanent car il est aussi agissant, en langue sémitique. C’est cette appellation que retiendra le livre de l’Exode quand il fait passer Moïse chez Jéthro – son futur beau-père – et qu’il va ensuite à la montagne de la rencontre avec Dieu (Ex 33,20), un Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité; qui garde sa grâce à des milliers, tolère faute, transgression et péché mais ne laisse rien impuni et châtie (…) » (Ex 34,6-7.15). On peut toujours voir au sud du Sinaï des inscriptions des caravaniers nabatéens notant « serviteur de Yah ». ‘Yah’ ou ‘Yaw’ monosyllabique. C’est peut-être le cri originel utilisé par des clans du désert pour honorer le maître de tout, le créateur de ce qui est (cf. Dt 33,2) et qui  « exprime la disponibilité à l’égard de la volonté divine, dans une fidélité librement choisie. » (Dictionnaire Encyclopédique de la Bible, Brepols, 2003³, p.1204).

Le psalmiste énonce les grandes qualités de Dieu : vérité/fidélité (v.6bc.24b) et loyauté/amour (v.8a.17b) qui prends pitié (v.10a.23d) et rachète en sa grande bonté (v.20a). Il écoute (v.23) et agit par des merveilles d’amour (v.17.22), par sa main (v.6.16a), sa face ou son visage (v.17.21).

2. Des hommes ou de la nation. Le psalmiste qui s’adresse à Dieu parle de notre condition humaine et de sa détresse. Des « fils d’Adam » (20d), que sont les terriens, il explicite plusieurs parties du corps, de la nature et aussi des valeurs : pour ce qui est du corps, il note successivement l’oreille (v.3), les mains (v.9.16b), les pieds ou les pas (v.9), l’œil ou les yeux (v.10.23), la gorge et les entrailles (v.10), les os (v.11), le cœur (v.13a.25a), la face (v.17a.21a), les lèvres (v.19) et les langues (v.21). Pour la nature construite ou non, le psalmiste note l’abri (v.2a.20), le roc de force (3b), la maison fortifiée (v.3c), le rempart (v.4a), le filet (v.5a). Quant aux valeurs, il s’agit de : la justice (v.2c), la confiance (v.7b.15a), la fidélité (24a), la loyauté (v.24b) des priants ou pécheurs repentants. Ce rapport de l’homme, qui du fond de sa misère crie vers son Dieu qui le sauve, se retrouve encore en d’autres prières du psautier (vv.2-4 = Ps 71(70),1-3).

3. La mort. Le mot « Shéol » utilisé ici au v.18c se trouve déjà au Ps 6,6 et 30(29),4 avec ses portes au Ps 9A,14, exprimant une citerne immense, une fosse profonde, un lieu de silence souterrain, d’isolement et d’oubli, pour signifier une plongée dans le néant, identifié à la tombe (Ps 88(87),12); c’est un lieu profane, sans vie, qui réclame le défunt. Il correspond à l’« Hadès » des grecs et du Nouveau Testament (Mt 16,18) et aux « enfers » des latins. L’expression « pas de honte à jamais » (v.2b) indique aussi la mort.

Structure

Après le titre du premier verset, une inclusion se découvre qui parle de se réfugier en Dieu (v.2a et 20c) et indique un dyptique : vv.2-19 et 20-25.

Dans la 1e des deux sections, on peut lire un appel de supplication de salut sans honte (« En toi » vv.2-3), suivi de marques de confiance (« C’est toi » vv.4-7) et d’une action de grâce (vv.8-9), avant une lamentation et supplication confiante (« Pitié, c’est toi, pas de honte » vv.10-19).

Dans la 2e section se laisse voir un hymne à Dieu protecteur loyal (vv.20-22), culminant en une action de grâce passant du trouble à la certitude (v.23) avant l’épilogue exhortatif ou interpellation publique sur la protection que Dieu donne à ses fidèles (vv.24-25).

Relecture chrétienne

Notre psaume montre Dieu attentif à notre détresse. Ainsi Jésus, qui est venu à nous, tend la main aux malades, touche le lépreux, relève, réunit, réintègre en communauté les exclus, les perdus, accomplissant ce que notait déjà le livre de l’Exode : « J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte. (…) Je suis descendu pour le délivrer » (Ex 3,7-8a). Quand vous êtes largué au large et que quelqu’un vous tend une main secourable, on ne regarde pas à qui appartient la main. Mais ensuite on se souvient avec reconnaissance et on « bénit » (v.22a) ce sauveur. Par ailleurs, Jésus a lui-même ressenti nos rejets, quand on a cherché à « mettre la main sur lui » (Lc 20,19;cf 22,53). Il l’avait pressenti et annoncé à ses disciples que « le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes » (Lc 9,44), « des pécheurs » (Lc 24,7). Pour autant Jésus ne perdra pas confiance et affirmera du début (Lc 2,49) à la fin de sa vie terrestre (Lc 23,46) son union avec son « Père », son intimité ininterrompue. L’évangéliste Luc est celui qui insiste le plus sur la prière de confiance en Dieu notre Père (Lc 11,1-13;12,22-32). C’est pourquoi il cite le v.6 comme la dernière prière de Jésus; dans un grand cri, Jésus crucifié appelle, au présent, « Père, dans tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23,46). C’est tout son être : sa vie et sa mission! Comme l’écrit Jean-Luc Vesco : « Jésus rend à son Père le souffle de vie qu’il lui avait donné. Dieu n’avait pas abandonné son Fils à la mort (cf. Ac 2,25-31). Il n’abandonnera pas non plus les chrétiens qui mettent leur confiance en lui. Dans son commentaire du psaume, saint Thomas d’Aquin rappelle que, en tant que Tête de l’Église, le Christ lui-même a prié ce verset afin de nous donner l’exemple de l’espérance; c’est par lui que Dieu nous a rachetés. » (Le Psautier de Jésus. Les citations des Psaumes dans le Nouveau Testament. II, Lectio divina 251, Cerf, 2012, p. 422).

À la lapidation du diacre Etienne, l’auteur du livre des Actes des Apôtres attribue au premier martyr de l’église mère de Jérusalem une prière inspirée du même v.6, cette fois-ci non plus adressée à Dieu le Père, mais directement à Jésus ressuscité : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » (Ac 7,59). Saint Etienne dépasse ici le psalmiste suppliant d’être délivré de ses ennemis (v.), car il intercède pour ses bourreaux : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » (Ac 7,60), à l’exemple de Jésus qui pria son Père de leur pardonner. (Lc 23,34).

Dans la liturgie 

Le Psaume 31(30) est utilisé tant dans la prière des heures que dans les célébrations de la Parole au cours des Eucharisties. Puisque son v. 6 correspond à la prière de Jésus en croix  (Lc 23,46), il convient évidemment pour la célébration de la Passion du Seigneur le vendredi saint de l’année A. De même pour la liturgie du protomartyr saint Etienne priant Jésus (Ac 7,59) fêté le 26 décembre, pour le 2e mercredi de Carême et le 3e mardi du temps de Pâques. Il est encore de mise pour cinq autres saints : Agathe, vierge et martyre (5 février), l’évêque martyr Polycarpe (23 février), Pancrace martyr (12 mai), Maria Goretti, vierge et martyre (6 juillet) et pour nous souvenir de notre Dame des douleurs le 15 septembre. La finale parénétique du Psaume est prévue le lundi de la 4e semaine du temps ordinaire et le mercredi de la 11e semaine. Il est proposé à l’office des lectures du 2e lundi (sauf le v. 19) et ses 9 premiers versets aux complies du mercredi.

Dans cet esprit d’enfance et de confiance, le musicien Robert Lebel propose à juste titre de chanter ce refrain en Carême : « Dieu est sorti de son mystère pour nous tendre la main…et jusqu’au fond de nos misères son amour nous rejoint. »

 

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