Archives pour la catégorie Trésors des religions

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

La prière de qunût

Constance pieuse dans le service de Dieu

Cette prière doit être récitée au moins une fois par jour, au cours de la dernière rak’a de la nuit. Certaines traditions soutiennent qu’elle aurait, en totalité ou partiellement, fait partie du texte coranique.

Ô mon Dieu, nous implorons Ton aide et Ton paradis; 

nous croyons en Toi et nous nous en remettons à Toi; 

nous éprouvons devant Toi de la componction; 

nous repoussons [ce qui T’est contraire] 

et abandonnons ceux qui te sont infidèles.

Ô mon Dieu, c’est Toi seul que nous adorons, 

c’est vers Toi que nous prions et que nous nous prosternons; 

c’est vers Toi que nous courons et que nous nous précipitons. 

Nous espérons Ta miséricorde et nous redoutons la rigueur de Tes châtiments. 

Certes! Tes châtiments atteindront les fidèles.

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

Méditation sur la Terre Pure

Selon certaines écoles de la tradition amidiste, c’est en méditant sur la Terre Pure de ce Bouddha plein de compassion que l’on se prépare à y naître. Voici un extrait d’une méditation attribuée à maître indien Vasubandhu (IVème siècle de notre ère) qui est considéré comme l’un des patriarches des diverses écoles de la Terre Pure.

Je médite sur la Terre Pure

Qui est meilleure que le monde humain.

Elle est vaste, illimitée comme le ciel.

Dix millions de sortes de fleurs couvrent

Tous les étangs, tous les fleuves, toutes les sources.

Quand la brise souffle, entre fleurs et feuilles,

Les rayons se mettent à briller avec éclat.

De tous les somptueux édifices du palais,

La vue est étendue dans les dix directions.

Différents arbres répandent différentes lumières

Qui se diffusent autour du parapet de bijoux.

Des filets enrichis de pierreries couvrent le ciel.

Des clochettes qui tintent joliment prêchent la Loi du Bouddha.

Tout ce que désirent les êtres est réalisé dans la Terre Pure.

Je désire donc profondément renaître dans le Pays d’Amida.

_________________________________________________

Vers la Terre Pure. Œuvres classiques du bouddhisme japonais, Trad. Asuka Ryôko, Paris, L’Harmattan, 1993, p. 147.

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

« Protège le maître qui parle, l’élève qui écoute! »

La Ganapati Upanishad est très représentative de l’hindouisme dit smârta – de smriti, « tradition, transmission ». Élaborés dans des milieux de brahmanes orthodoxes, qui entendent maintenir la vitalité des rites domestiques, les traités smârta se répartissent entre cinq divinités : Vishnu, Shiva, Durgâ (la déesse shivaîte), Sûrya (le Soleil) et Ganesha.

Le dieu au gros ventre et à tête d’éléphant est extrêmement populaire. Connu dès l’époque védique sous le nom de Ganapati, le « Seigneur des Gana » (littéralement « des catégories », désignant ici probablement des divinités inférieures), il sera ensuite donné comme l’auteur du Mahâbhârata, le poète Vyasa n’ayant fait que copier l’épopée sous la dictée divine. Patron des lettres et de l’enseignement, il est le dieu des commencements, celui qui lève les obstacles; on l’invoque toujours au début d’un ouvrage, on place son effigie au seuil des maisons et des temples, ou sur les carrefours. Intégré au cycle de la mythologie shivaïte, il est le fils que la déesse a fabriqué toute seule et que le dieu jaloux a décapité puis remembré avec une tête d’éléphant.

__________________________________

Om! Hommage à toi, Ganapati!

En vérité, tu es [la formule upanishadique :] « Cela tu l’es, Shvetaketu! »

rendue sensible aux yeux!

Nul autre que toi n’es le Créateur! (1)

Nul autre que toi n’es le Protecteur!

Nul autre que toi n’es le Destructeur!

Tu es [la formule upanishadique :] « tout ici-bas est brahman! »

Et, de façon perceptible [à nos sens], tu es [aussi] l’âtman (2), éternellement »!

[Disant cela de toi, Ganapati,] je dis l’Ordre! Je dis la Vérité!

Protège-moi!

Protège [le maître] qui parle, 

[l’élève] qui écoute;

Protège l’élève qui répète!

Protège-moi, [Ganapati, des dangers qui surviennent]

de par-derrière, [de ceux qui surviennent] de par-devant,

et de par la gauche, et de par la droite, et de par en haut, et de par en bas!

Oui, protège-moi, partout [et toujours, de tous les dangers] d’où qu’ils viennent!

Ganapati Upanisahd I et II dans Ganapati Upanishad, trad. fr. J. Varenne,

Paris, A. Maisonneuve, 1965, p. 9-10.

____________________________________________

  1. Il est célébré comme totalisant les trois formes du divin : Brahmâ le Créateur, Vishnu le Préservateur, Shiva le Destructeur.
  2. Ganesha est aussi l’inspirateur des poètes et des compositeurs.

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

Prière africaine au Dieu suprême, créateur

Cette prière s’adresse, chez les Bédouins rouala, à Nhialic, l’être suprême; le nom signifie «Celui qui est en haut», du locatif nhial «en haut».

Ô Père, créateur, Dieu-Père, aide-moi!
Je t’invoque, ô mon père!
C’est à toi, père, que je m’adresse,
c’est vers toi, mon dieu, que je me tourne,
ô Père créateur, je me tourne vers toi.
Dieu père, je te prie.
C’est à toi, au temps de la nouvelle lune que j’adresserai ma supplication.
Dieu reconnaît les ancêtres qui se réconcilient avec lui.

Venez implorer Dieu pou qu’il donne vie à l’homme,
venez recevoir de Dieu la vie.
La pluie mêlée aux rayons du soleil nous donnera la vie.

Implorez la vie pour les troupeaux et pour les hommes.
Immolez le bœuf blanc afin que Dieu s’approche,
afin que le Père nous donne la vie.
Deng et Abouk invoquent la vie;
Immolez le bœuf afin que Dieu s’approche.

Allons, réunissons-nous!
Le Père créateur a de la vie à dispenser,
Le Grand Homme a la vie.

Ô Père créateur, viens, nous voici réunis.
Accorde la vie aux troupeaux et aux hommes.
Viens, ô Père!
Comment me réconcilier avec toi?
Allez invoquer le Seigneur!

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

Barou’h chéamar – Béni soit celui qui a dit…

Selon la légende, les Sages de la Grande Assemblée qui siégeaient à Jérusalem à l’époque du Temple, chargés de légiférer, ont rédigé ces louanges en copiant un texte inspiré par le ciel. Dans cette bénédiction, le mot Barou’h «Béni» est répété à treize reprises, qui correspondent aux treize attributs divins de miséricorde. Avec cette prière commence la deuxième partie de l’office du matin, pessouké de zimra, versets des chants qui ont pour but de glorifier l’Éternel pour mieux préparer le fidèle à la prière, le mettre en situation d’invoquer le Créateur.

Barou’h chéamar est récité debout et les tsitsit à la main pour marquer qu’il s’agit là de glorifier le divin, ce que l’homme peut en percevoir à travers ses attributs.

Cette prière doit également son importance au fait qu’elle donne des indications sur la signification du Tétragramme. Il participe die la dimension de miséricorde qui implique que le Créateur est proche de ses créatures. Car, promet-Il, «Je serai avec toi et Je te protégerai» (cf. Ps 91,14).

Béni soit celui qui a dit et le monde fut.
Béni soit celui qui dit et accomplit. Béni soit-il!
Béni soit celui qui décrète et réalise.
Béni soit l’auteur de la création.
Béni soit celui qui prend la terre en pitié.
Béni soit celui qui prend les créatures en pitié.
Béni soit celui qui récompense ceux qui le craignent.
Béni, celui qui vit pour l’éternité, celui qui existe pour toujours!
Béni soit celui qui rachète et qui sauve; béni soit son nom!
Béni soit-tu, Éternel, Roi du monde, Dieu, père miséricordieux, célébré par la bouche de son peuple, loué, glorifié par ceux qui l’aiment, ses serviteurs.
Par les psaumes de David, ton serviteur, nous te louons, ô Éternel, notre Dieu.
Par des louanges et des cantiques, nous célébrons ta grandeur, nous te louons, nous te glorifions, nous te proclamons roi et mentionnons ton Nom, ô notre Roi, notre Dieu Unique, éternellement Vivant. Roi révéré dont le grand Nom est glorifié à jamais.
Béni sois-tu, ô Dieu, Souverain magnifié par les louanges.

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

Ahava – D’un amour éternel

 

Dans la bénédiction suivante, le fidèle tutoie son Créateur, et l’on passe sans transition du récit de la prière des anges attachés au trône céleste – les séraphins bien connus du public occidental – à la prière de l’homme qui s’adresse directement à Dieu, le Père miséricordieux. Et cette prière est celle de l’homme souffrant qui entretient l’espérance eschatologique. Elle se fonde sur l’événement initiatique du don de la Torah au mont Sinaï et l’acceptation de ce joug par Israël. Le Talmud Bera’hot précise bien que la Torah n’est pas dans le ciel (avec les anges précisément) mais que, depuis la Révélation au Sinaï, elle appartient aux hommes.

Ainsi, cette bénédiction prélude à une profession de foi réitérée chaque jour à deux reprises et également au moment du coucher, la prière : « Écoute Israël! »


Tu nous aimes d’un amour éternel, ô Éternel notre Dieu!

Tu as pour nous une tendresse immense et excessive.

Ô notre Père et notre Roi, pour l’amour de ton grand Nom

et pour l’amour de nos ancêtres qui eurent foi en Toi

et à qui tu enseignas les règles de vie

qui permettent d’accomplir ta volonté d’un cœur entier.

Prends-nous en grâce, ô notre Père, à la source de la Miséricorde.

Miséricordieux, aie pitié de nous,

mets en notre cœur l’intelligence et la sagesse nécessaire pour entendre, apprendre, enseigner, observer, pratique et accomplir les paroles de ta Torah avec amour.

Éclaire nos yeux par ta Torah, attache notre cœur à tes Commandements,

unifie notre cœur dans la crainte et l’amour de ton Nom.

Que nous n’ayons nulle honte ni humiliation et que nous ne trébuchions jamais.

Car nous avons foi en ton Saint Nom, Grand Fort et Redoutable,

et nous nous réjouissons de ton Secours.

Que ta Miséricorde et tes bienfaits, ô Éternel notre Dieu,

ne nous fassent jamais défaut, Séla!

Fais rapidement venir sur nous la bénédiction et la paix

et brise le joug des nations qui pèse sur notre cou.

Conduis-nous dans une rapide victoire vers notre pays,

car tu es Dieu, l’artisan des délivrances.

Tu nous as choisis parmi tous les peuples et les nations pour te rendre grâce,

proclamer ton Unité, craindre et aimer ton Nom

Béni sois-tu, ô Éternel qui, dans l’Amour, a choisi son peuple Israël!

 

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

Une prière du pèlerinage : Aspiration à la lumière

Dans les demandes lancées vers Dieu pendant le pèlerinage se manifeste une aspiration à la lumière venue de Dieu, sans laquelle ou hors laquelle il n’y a pas de science.


Mon Dieu, fais-moi sortir des ténèbres vers la lumière.
Éclaire mon cœur par la science.
Donne-nous la lumière pour laquelle nous serons dirigés vers Toi.
Mon Dieu, mets la lumière en mon cœur, la lumière dans mes oreilles,
la lumière dans mes yeux, la lumière sur ma langue,
la lumière à ma droite, la lumière à ma gauche,
la lumière au-dessus de moi, la lumière en dessous de moi,
la lumière devant moi, la lumière derrière moi.
Mets dans mon âme la lumière; inonde-moi de lumière;
Seigneur, dilate mon cœur et aide-moi à bien agir.
Mon Dieu, je t’en prie, mets la lumière en notre vie, la lumière à notre mort;
que la lumière soit dans nos tombes et au jour de la résurrection…

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

Platon : Universalité de la prière

Dans le préambule du livre X des Lois, Platon (429-347 av. J.C.), le disciple de Socrate, présente le caractère universel de la prière comme une preuve de l’existence du divin puisque cette démarche existe même chez les Barbares, c’est-à-dire ceux qui ne parlent pas grec.


Comment sans colère, parlerait-on pour dire qu’il existe des Dieux? Forcément en effet, nous supportons à coup sûr malaisément et nous haïssons ces gens qui nous ont obligés, qui nous obligent aujourd’hui, à parler là-dessus, faute pour eux d’ajouter foi aux discours que, dès leurs plus jeunes ans, encore à la mamelle, ils ont entendu tenir à leurs nourrices comme à leurs mères; sortes d’incantations qu’accompagne une intention de divertissement, tout autant qu’une intention sérieuse; ceux aussi qu’on entend dans les prières qui accompagnent les sacrifices;

lorsqu’on a devant les yeux ces visions qui suivent les paroles rituelles; spectacle dont le charme, joint à celui des paroles entendues, est on ne peut plus grand pour la jeunesse, tandis qu’y procèdent les sacrificateurs;

quand cette jeunesse voit avec quel extrême sérieux ses père et mère s’adressent à la Divinité en leur propre faveur comme en faveur de leurs enfants, qu’elle les entend, dans des prières et des supplications, tenir sérieusement aux Dieux des propos impliquant la foi la plus profonde en leur existence;

quand enfin, lorsque se lèvent le soleil et la lune, ou qu’ils vont vers leur couchant, on entend parler ou que l’on est témoin oculaire, chez tous les peuples grecs ou barbares, d’agenouillements et de prosternations, chaque fois qu’ils sont la proie de malheurs de toute nature, ou, aussi bien, que tout leur réussit; ce qui suppose, non point qu’à leurs yeux ces astres ne sont pas des Dieux, mais qu’ils le sont au contraire au plus haut point et ne donnent lieu, d’aucune manière, au moindre soupçon quant à la réalité de leur nature divine;

quand, dis-je, tous ceux qui, sans s’appuyer, ainsi que l’affirmerait quiconque a le moindre brin d’intelligence, sur une seule raison qui vaille, font fi de toutes ces constatations, nous forçant à dire ce que nous disons, comment serait-il possible, en leur adressant des remontrances courtoises, de leur enseigner, pour commencer à traiter des Dieux, l’existence de ceux-ci? Il faut pourtant s’y résoudre!

 

Platon, Œuvres complètes, Lois, X, 887 d-888 a, trad. J. Moreau,

Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1950, p. 444-445.

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

Les vœux du Bouddha de la Vie infinie

 

Le bouddhisme de la Terre Pure, peu connu en Europe, est une des formes du bouddhisme les plus vivantes en Asie. Là, des dizaines de millions de bouddhistes font confiance au Bouddha Amida qui a promis de les accueillir en sa Terre où ils arriveront immédiatement à l’Éveil. Voici quelques-uns des 48 vœux prononcés il y a très longtemps par Dharmâkara et qui se trouvent dans le Grand sûtra du Bouddha de la vie infinie (IIIème siècle de notre ère). Le fait que Dharmâkara soit devenu le Bouddha Amitabha (Amida) est la garantie que ses vœux sont déjà réalisés, d’où l’importance de ce Bouddha pour l’homme aujourd’hui qui est incapable d’accomplir les pratiques difficiles proposées par d’autres écoles du bouddhisme.


Le moine Dharmâkara dit au Bouddha Lokesvararâja :
Aie maintenant la bonté de m’écouter avec attention, car je vais maintenant exposer quel est mon vœu :
Si, moi devenu Bouddha, il y a dans ma Terre des Enfers, des esprits affamés et des naissances animales, je ne veux pas du Parfait-Éveil.
Si, moi devenu Bouddha, les hommes et les dieux en ma Terre, après la fin de leur vie, doivent retourner dans les trois mauvaises destinées, je ne veux pas du Parfait Éveil.
(…)
Si, moi devenu Bouddha, tous les Bouddha sans nombre des mondes des dix directions ne prêchent et ne louent pas complètement mon Nom, je ne veux pas du Parfait Éveil.
Si, moi devenu Bouddha, tous les êtres vivants dans les dix directions qui, de tout leur cœur, se réjouissent dans la foi et désirent renaître en ma Terre n’y renaissent pas, même avec seulement dix pensées, je ne veux pas du Parfait Éveil.
Je ne parle pas de ceux qui commettent les cinq fautes impardonnables ou blasphèment contre la Bonne Loi.
Si, moi devenu Bouddha, tous les êtres vivants dans les dix directions déclarent dédier tous leurs mérites en vue d’atteindre l’Éveil, et, de tout leur cœur, émettent le vœu de renaître en ma Terre; si, au moment de leur mort, je n’apparais pas devant eux entouré par une foule d’assistants, je ne veux pas du Parfait Éveil.
Si, moi devenu Bouddha, tous les êtres vivants dans les dix directions qui, entendant mon Nom, dirigent leur pensée vers ma Terre, cultivent la Source de toutes les Vertus et, de tout leur cœur, développent le désir de renaître en ma Terre, n’obtiennent pas cet effet, je ne veux pas du Parfait Éveil.


Jean Éracle, « Grand sûtra du bouddha de la Vie infinie »,
dans La doctrine bouddhique de la Terre Pure; introduction à trois sûtras bouddhiques, Paris, Éd. Dervy-Livres, 1973, p. 92-93.

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois

Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.

« Sans commencement, Tu te maintiens par ta toute puissance »

 

Le Veda prie un dieu Rudra, figure terrible, qui se tient à la marge de la société divine, connu aussi sous le nom de Pashupati, le «Maître des animaux sauvages», roi de la nature vierge et indomptée. Pour le rendre propice, les hymnes l’appellent shiva, «le gracieux» ou shamkara, «le compatissant». Ces adjectifs vont devenir noms propres et, au moment où naissent les courants dévotionnels, Rudra devenu Shiva accède, avec Vishnu, au rang de grand dieu.

La Shvetâshvatara Upanishad est, en quelque sorte, le texte fondateur de la bhakti shivaïte; elle occupe une place analogue à celle de la Bhagavad Gîtà pour le vishnouisme, bien qu’elle soit moins célèbre. Shiva y apparaît en créateur du monde (v. 1), omni présent et omnipénétrant, sur le plan humain comme sur le plan cosmique. Providence qui soutient chaque existence (v. 11 ou 15), il se cache au plus intime des êtres. Mais le cœur de l’homme n’est pas occupé par un absolu neutre comme le brahman, plutôt par une divinité qui se manifeste comme Volonté supérieure et Amour universel. Célébrer Shiva, c’est célébrer tous les aspects de la réalité, car il est à la fois le transcendant et l’immanent. Le texte revêt une forme solennelle, déclarative, conformément à la tradition védique.


1. Cet Être unique, sans forme, qui, maîtrisant ses pouvoirs, pour un but donné et de bien des manières ordonne les multiples formes, celui en qui, à la fin et au commencement, l’univers se résout, puisse ce dieu nous conférer une intelligence bénéfique.
2. Il est le feu, il est le soleil, il est le vent, il est la lune, il est Vishnu, il est le Brahman, il est les eaux, il est Prajapati.
3. Tu es la femme et tu es l’homme, tu es l’éphèbe et tu es la vierge; vieillard, c’est toi qui trébuches sur ton bâton; tu viens à l’existence, le visage tourné en tous sens.
4. Tu es l’oiseau bleu sombre et jaune aux yeux flamboyants; tu es la matrice de l’éclair, tu es les saisons, les océans. Sans commencement, tu te maintiens par ta toute-puissance, toi de qui tous les êtres sont nés. […]
10. Il faut savoir que la Nature originelle est magie, que le grand seigneur Siva est le magicien et que ce monde des vivants tout entier est peuplé d’êtres qui sont parcelles.
11. Celui qui régit chaque matrice, en qui tout s’assemble et se disperse, lorsqu’on l’a reconnu, ce maître, dieu bienfaiteur et digne de louanges, on obtient cette paix qui ne connaît pas de fin.
12. Cause et origine des dieux, souverain de l’univers entier, Rudra le grand voyant qui a vu l’embryon d’or à sa naissance, puisse-t-il nous conférer une intelligence bénéfique.
13. Souverain des dieux, sur qui les mondes prennent appui, qui régit les bipèdes et quadrupèdes, quel est ce dieu à qui nous présentons les oblations?

Trésors des religions

Les autres chroniques du mois