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Colomba de Iona. Moine († 597) fête le 9 juin

Le 9 juin 597, peu après minuit, s’éteint dans l’église de son monastère, Colomba de lona, moine, homme d’une grande culture et pèlerin pour le Christ.

Il naquit dans une famille irlandaise puissante du comté de Donegal, mais il reconnut rapidement qu’il était appelé à la vie monastique plutôt qu’à celle de chef et meneur de son clan.

Éduqué à l’école de certains des plus célèbres moines irlandais, il fut vite surnommé Columcille, «colombe de l’Église», d’où son nom latin de Colomba. Homme extrêmement cultivé et très au courant des arts monastiques celtes, Colomba fonda, de ce fait, les monastères de Derry et Durrow, peut-être aussi celui de Kells, d’où nous sont parvenus les plus grands chefs-d’œuvre de la miniature irlandaise; mais il sut apprécier aussi les arts profanes, et il prit la défense des bardes et des musiciens de son temps, alors que les moines voulaient en supprimer l’activité.

Colomba, comme bien des moines irlandais, à un certain moment de sa vie se fit pèlerin pour le Christ et devint prédicateur itinérant avec quelques compagnons. Partout il laissa un souvenir extraordinaire, et son rôle de médiateur dans les disputes politiques et ecclésiales fut unanimement apprécié.

Il finit sa vie sur l’île de lona, face à la côte du sud-ouest de l’Écosse, où il voua une grande part de son temps à la direction du monastère qu’il avait fondé et à la composition d’hymnes et de poèmes de grande qualité lyrique et spirituelle.

Colomba est considéré avec Patrick de Armagh et Brigide de Kildare comme le plus grand saint de l’Église celte.

Lecture

Colomba dédia ses dernières dispositions à ses disciples: «Aimez-vous les uns les autres sans feintes. Soyez dans la paix. Si vous suivez cette voie à l’exemple des saints pères, Dieu, qui donne force à qui est bon, vous aidera, et j’intercéderai pour vous quand je demeurerai auprès de lui». La cloche sonna pour l’office de minuit. Le saint se leva rapidement et se rendit le premier à l’église, s’agenouillant en prière près de l’autel. Le fidèle serviteur Diarmait le suivait de près, et il vit toute l’église remplie de lumière qui irradiait du saint. Quand les frères arrivèrent sur le seuil de l’église, la lumière s’évanouit.

Marchant dans la nuit, Diarmait trouva Colomba qui gisait devant l’autel. Les moines vinrent l’entourer avec leurs lampes et se mirent à se lamenter sur leur père qui se mourait. Le saint, alors, ouvrit les yeux et regarda tout autour. Une joie merveilleuse rayonnait sur son visage. Diarmait lui soutint la main droite pour l’aider à bénir le chœur de ses frères, et il rendit l’esprit.

Adomnan, Vie de Colomba 3,23.

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Catherine de Sienne Femme de Parole

 

Après avoir loué les écrits de Catherine de Sienne, son premier biographe Raymond de Capoue, o.p. ajoute : «Ils sont cependant peu de choses à côté de la parole vivante qu’elle nous faisait entendre. Le Seigneur lui avait donné une langue si bien instruite qu’elle savait toujours que répondre. Ses paroles brûlaient comme des torches, et nul de ceux qui les entendaient ne pouvait se dérober complètement à l’ardeur de leurs traits enflammés»1. Catherine a été une femme de parole: on peut même dire que toute sa vie a été parole et service de la Parole de Dieu, «office du Verbe» comme elle disait.2

Or, produire une parole, en privé ou en public, ne va jamais de soi. La parole constitue pourtant l’être humain. Elle est le commencement de l’existence personnelle et communautaire, dans l’ordre social et l’ordre moral 1. Dans une parole, l’être humain s’affirme comme sujet pensant, responsables de sa propre existence et de ses relations avec les autres, avec l’Autre. Catherine a pris la parole et a tenu parole. De ce fait, elle nous interpelle. Sommes-nous des êtres de parole dans nos vies et nos milieux culturels, en tant que baptisé(e)s?

Le lieu de parole de Catherine

On prend la parole à partir d’un lieu. Celui de Catherine est le XIVe s. (1347-1380), en Italie et en Europe, élargi jusqu’ à l’Orient musulman. Plus immédiatement, c’est le milieu ecclésial et civil de l’Italie ravagée par la peste et en gestation des États nations, avec les violences que cela peut impliquer. L’autorité ecclésiastique est remise en question dans les États pontificaux. La papauté, de nationalité française depuis 1309, gouverne à partir d’Avignon, fortement centralisée. Si on prend à témoin les lettres de Catherine, le gouvernement ecclésiastique est souvent plus préoccupé de son pouvoir et de ses biens que de la vie évangélique, au détriment des fidèles dans l’Église et du peuple aux prises avec de graves injustices. C’est un temps de «crise»1.

Dans ce contexte, pour l’essentiel, la parole de Catherine appelle à la réforme de l’Église, par une conversion des coeurs à l’Évangile pour que Église retrouve le souffle de «sa jeunesse première». Elle y appelle les ministres de l’Église et le peuple tout entier.

Les modalités ou formes de sa parole

Catherine a donné à sa parole des modalités diverses.
– Celle de l’écriture : « Elle écrit comme elle parle et c’est son grand mérite», disent ses critiques. Son livre, Le Dialogue rapporte une conversation entre l’âme (Catherine) qui en prend l’initiative et Dieu, «la douce Première vérité» qui est amour. Les Oraisons, du mot oratio, actes de la bouche (os et actio), sont des colloques avec Dieu. Le ton des 382 Lettres ne peut pas être plus direct.
– Catherine a même osé la parole de la prédication. Elle a pratiqué la parole de médiation, en tant qu’agente de réconciliation entre partis civils et ecclésiastiques. Elle a donné des directives spirituelles. Elle a prononcé des paroles de guérison, du corps tout autant que de l’âme.
– Sa parole pouvait aussi prendre la forme du cri, du gémissement, du pleur voire du délire devant l’Indicible 2.

L’émergence de sa parole

Comment le désir de la parole a-t-il émergé chez Catherine? On peut en distinguer trois traces.

► La première remonte à sa sixième année: la vision du Christ qui l’appelle et auquel elle répond: «Me voici» que l’on peut qualifier de «grâce inaugurale» 3. Elle déclenche chez Catherine le désir de devenir dominicain pour prêcher le salut des âmes. «Ce zèle était tel que tu voulais te faire passer pour un homme, t’en aller en pays où tu fusses inconnue pour entrer dans l’Ordre des Prêcheurs», lui rappelle Raymond de Capoue 4.

► On peut repérer une deuxième trace, à l’âge de douze ans : Catherine affirme l’orientation de sa vie qui sera axée sur la recherche absolue de Dieu. Elle résiste à ses parents qui veulent la marier jusqu’à poser le geste radical de se couper les cheveux et de se couvrir d’un voile de manière à éloigner tout prétendant. Elle a ainsi accédé au désir «pour son propre compte» devant Dieu 5.

Un autre geste suivra: son entrée chez les Mantellate. Contemplative, Catherine aurait pu joindre les moniales de Montepulciano tout près de Sienne, dont la réputation de sainteté était grande. Son désir de parole l’amène plutôt chez les Mantellate, une sorte de tiers-ordre dominicain qui n’exigeait pas de voeux publics et dont les membres vivaient dans leurs propres maisons, parfois en petits groupes, entièrement disponibles à Dieu et à ses appels auprès des démunis.

► La troisième trace est celle de l’«éveil» décisif qu’elle a vécu «au commencement de ses visions», note Raymond. Dans sa «cellule intérieure» où elle s’entretient avec Dieu de sa Vie et Vérité, de l’Église et de son peuple, monte un jour la question : «Qui suis-je? Qui suis-je? Et dis-moi, qui tu es Seigneur». En réponse, elle entend : «Je suis Celui qui suis, tu es celle qui n’est pas». Selon Raymond, cette parole inaugure l’aventure mystique de Catherine et établit le principe fondamental de son enseignement spirituels, son verbum abbreviatum 6.

L’envoi

Cette expérience de la parole projette Catherine hors de sa cellule. Elle doit dire. Son statut ecclésial et civil ne l’autorise guère à prendre la parole publiquement. Elle n’est ni dominicain, ni clerc, ni théologien.

Catherine s’appuie sur l’envoi qu’elle reçoit comme venant de Dieu : « La cellule ne sera plus ta demeure habituelle; au contraire, pour le salut des âmes tu seras amenée à sortir même de ta ville. Moi je serai toujours avec toi, soit que tu ailles, soit que tu reviennes; et toi tu porteras l’honneur de mon nom et ma doctrine aux petits et aux grands, qu’ils soient laïques, clercs ou religieux. Moi je mettrai sur tes lèvres une sagesse à laquelle personne ne pourra résister. Moi, je te conduirai devant les Pontifes, les chefs de l’Église et du peuple chrétien afin que, selon ma façon d’agir par les faibles, je rabaisse l’orgueil des forts» 7.

Une parole apostolique

Catherine s’identifie souvent à Marie de Magdala, l’apostolata inamorata, pour justifier sa vocation. Elle souligne la disponibilité de la Galiléenne pour aller et proclamer la Parole même si cela allait à l’encontre des conventions de son temps : «Dans le transport de son amour, elle ne fait pas attention si elle est seule ou accompagnée; si elle avait réfléchi elle ne serait pas restée au milieu des soldats de Pilate; mais elle va seule, elle reste au sépulcre. L’amour l’empêche de se dire : Ne pensera-t-on pas, ne dira-t-on pas du mal de moi, car je suis belle et de haut rang. Non, elle n’y songe pas, elle cherche seulement à trouver et à suivre son Maître. C’est cette compagne que je vous donne et que je veux que vous suiviez; car elle sait si bien la voie, qu’elle peut nous l’apprendre. Courez, ma Fille, courez, mes filles; ne dormez plus, car le temps fuit et n’attend pas» 8.

C’est cette conscience de l’envoi apostolique que Catherine fait valoir auprès de sa mère lorsqu’elle se rend auprès de Grégoire XI à Avignon à l’été 1376 : «Vous savez bien qu’il faut que je suive la volonté de Dieu, et je sais que vous voulez que je la suive. Sa volonté est que je parte (…) il faut que j’aille (…) de la manière et au moment qu’il plaira à son ineffable bonté…» Et une autre fois : «Pourquoi les apôtres partaient-ils? Parce qu’ils étaient passionnés de l’honneur de Dieu et du salut des âmes» 9 .

Catherine percevait sa vocation à la Parole comme une vocation apostolique. Pour sa part, Raymond compare sa parole à celle de l’Aigle dans l’Apocalypse et à celle de l’ange. Plus encore: il reconnaît en elle «la foi de Pierre». Craignant qu’une telle déclaration n’offusque ses auditeurs, il s’en explique : «Quand donc j’ai dit plus haut ‘vous auriez vu en elle, la foi de Pierre, etc.’, avouez qu’on ne peut tirer de là aucune conclusion déplacée; car on peut appeler en toute vérité foi de Pierre, celle d’une âme qui croit parfaitement au Christ» 10.

Certes, Catherine ne manquera pas d’être éprouvée dans ce ministère de la Parole, notamment par des théologiens éminents et par des cardinaux, à Avignon puis à Rome, sous Urbain VI. L’épreuve la plus dure aura sans doute été celle qu’elle a vécue à l’automne 1378 avec l’irruption du Grand Schisme. N’était-elle pas cause, pour une part, de cette situation? On n’a pas manqué de le lui dire. Elle a confié cette épreuve à Raymond : «Je veux avoir rempli mon devoir», lui écrit-elle alors qu’elle sent que sa mort approche. Dieu la soutenait, elle le croyait, s’y fiait. En même temps, l’épreuve qui secouait l’Église la secouait elle-même tout entière. Elle est morte au creux de cette épreuve, le 29 avril 1380.

Femme de parole, elle l’avait proclamée jusqu’au bout de sa vie, fidèle à la Parole. C’est ainsi qu’elle avait travaillé «dans le vaisseau de la sainte Église», soutenue par sa contemplation des «grands mystères» de la foi qu’elle célébrait liturgiquement dans le lieu saint de l’église et dans le lieu saint de son existence de baptisée.

À chacun, chacune, son don de la Parole. Disciples du Christ, baptisés dans sa mort et sa résurrection, renouvelés dans son Esprit, la Parole de Dieu s’offre à prendre chair en nous. Pour cela, il faut l’accueillir, la connaître, la contempler et la prier. Il faut lui donner notre voix, nos mots, notre personne tout entière et la livrer dans des gestes qui sauvent. Catherine nous y appelle, pour la renovatio par la conversion du coeur à l’évangile, dans nos vies et celle de l’Église, celle de nos milieux : «Il ne faut plus dormir; il faut se lever avec un vrai et saint désir, avec zèle, il faut le chercher avec courage» 11.

Élisabeth J. Lacelle († 2016)
Théologienne et professeure elle enseignait à l’Université d’Ottawa, Canada.

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1. Vie de Sainte Catherine de Sienne, trad. de R. P. Hugueny, Paris, Lethielleux, 1903, Appendice, p. 474-475.
2. « She spoke the Word with her own voice », comme l’écrit la dominicaine Mary Catherine Hilkert, Speaking with Authority. Catherine of Siena and the Voices of Women Today, New York/Mahwah: New Jersey, Paulist Press, 2001.
3. Georges Güsdorf, La parole, Paris, PUF, 1971, p. 91.
4. Voir Yvon D. Gélinas, o.p., «D’Avignon au Grand Schisme» dans Élisabeth J. Lacelle, dir., «Ne dormons plus, il est temps de se lever.» Catherine de Sienne (1347-1380), Paris/Montréal, Cerf/Fides, 1998, p. 19-36.
5. Voir dans Le Dialogue, la belle séquence sur les larmes, LXXXVIII-XCVII).
6. Charles-André Bernard, Théologie mystique, IVe vol., Paris, Cerf, 2005, p. 181. Selon l’auteur, un tel événement «fait entrer dans un monde nouveau» qui peut donner une orientation définitive à la vie.
7. Op. cit., I, II, p. 125-126.
8. Voir Louis Roy, o.p., Le sentiment de transcendance. Expérience de Dieu?, Paris, Cerf, 2000, p. 110.
9. Vie, op. cit. I, X, p. 90-91; Rm 10,28. Louis Canet y voit l’expérience du don inconditionnel entre elle et Dieu qui a scellé son identité de sujet devant Dieu et dans l’Eglise : dans ce « celle qui n’est pas », Catherine comprend que le fondement de son être est en Dieu « consistant, solide, établi pour jamais », La double expérience de Catherine Benincasa, Paris, Gallimard, 1948, p. 282-283.
10. Témoignage de Fra Tommaso da Siena dit Il Caffarini tel que cité dans D. Umberto Meattini, Sancta Caterina da Siena. Epistolario, Alba, ed. Paoline, 1979, p. 61-62. Voir aussi Vie, op. cit., I, XII, p. 115.
11. Lettre CCCLI, à Madame Barthélemi de Lucques, T. 2 (Téqui, 1976), p. 1220-1223.
12. Lettre CCXV à Lapa, ibid., 1180-1182 et Lettre CCXIII à Lapa et Cecca, 1176-1178.
Voir aussi la médiéviste Karen Scott, «St. Catherine of Sienna ‘Apostolata’, dans Church History 61 (1992), p. 34-46, 37.
13. Vie, op.cit., Appendice, p 485 et p. 482-283.
14. L. CCXXVIII, à Soeur Agnès Donna, op.cit., p. 1218-1219.

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Sophrone de Jérusalem

Pasteur ( † env. 638 ) Fête le 11 mars

Originaire de Damas, Sophrone avait reçu une instruction remarquable qui lui avait permis d’assimiler en profondeur les classiques anciens, avant tout les tragédies grecques, sans omettre pour autant la vaste littérature chrétienne des premiers siècles.

Il avait à son actif une large gamme d’intérêts et s’y connaissait dans de nombreuses professions et disciplines. Passionné par l’étude des Écritures, il se rendit au monastère palestinien de Saint-Théodose où il se prit d’une amitié durable pour Jean Moschus, dont il devint le fils spirituel et qui lui dédiera plus tard son Pré spirituel.

Assoiffé de rencontres et de connaissances à venir, Sophrone se rendit en Egypte avec Jean: là il connut les grands sages et les spirituels de l’époque, devenant peu à peu un fin théologien. De retour en Palestine sa vie prit une direction décisive: il se fit moine et, après quelques années, en 634, il fut élu patriarche de Jérusalem. À cette fonction, il contribua avec sagesse au débat théologique, sans céder aux compromis peu convaincants avancés par certains pour rapprocher ceux qui soutenaient le concile de Chalcédoine et ses opposants. Mais, surtout, Sophrone défendit les chrétiens de Palestine contre l’avancée des Arabes, grâce à une savante alliance de douceur, de franchise et de diplomatie. Hormis ses écrits dogmatiques, il nous a laissé d’importants ouvrages hagiographiques et liturgiques. On lui doit probablement la première version des Impropères du Vendredi saint, utilisée des siècles durant par la liturgie occidentale.

LECTURE

Ô merveille ! Pourquoi hésiter à dire le mystère ? Un moment la Croix précédait la Résurrection; maintenant, au contraire, on l’a prise comme guide et précurseur. Ô merveilleux échange ! Ceux qui ont célébré d’abord la très joyeuse solennité de la Résurrection, quand ils voient suivre l’exaltation de la Croix, ont sa toute-puissante compagnie qui les suit pas à pas durant leurs voyages sur terre et qui navigue avec eux sur mer; elle préside au salut universel; elle défend de toute adversité et montre par des actes que sa force toute-puissante a embrassé tous les confins de la terre; elle remplit tout et parvient partout sans se fatiguer, car elle sauve les fidèles des difficultés, elle fait briller le salut aux yeux des croyants et déjoue les plans de tous les ennemis.

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Martin Bucer (1491-1551)

Le 28 février 1551, Martin Bucer, réformateur de l’Église de Strasbourg, meurt exilé à Cambridge.

Il était né en Alsace, à Sélestat, d’une humble famille. Jeune garçon il faisait preuve de qualités intellectuelles particulières; mais étant donné sa pauvreté l’unique voie possible pour poursuivre des études était d’entrer au couvent, ce qui se produisit en 1506, quand Martin fut accueilli par les dominicains de sa ville natale.

Dix ans plus tard, ses supérieurs l’envoyèrent chez les dominicains de Heidelberg pour affiner ses connaissances théologiques; ce fut dans l’université de cette ville que Bucer fit la connaissance de Martin Luther et fut conquis par la cause réformatrice.

Ayant quitté l’Ordre, Bucer demeura prêtre séculier ; toutefois, il fut excommunié quand il épousa Elisabeth Silbereisen. Persécuté pour ses idées luthériennes, il se réfugia à Strasbourg en 1523 ; c’est là qu’il devint le principal protagoniste de la Réforme dans la capitale alsacienne.

Durant les vingt-cinq ans qu’il dispensa à la Réforme, Bucer fut un prédicateur convaincu de la nécessité de revenir à l’Évangile dans tous les domaines de la vie ecclésiale. Il organisa le synode local, grâce auquel il tenta ensuite de créer un réseau de petites « communautés chrétiennes» confessantes, qui, selon lui, devaient constituer les unités évangéliques de base de l’Église, en suivant le modèle des Actes des Apôtres.

Mais Bucer fut aussi un homme de paix sincère. Il s’employa de toutes les manières à garder dans l’unité les diverses tendances de la Réforme, cherchant à réintégrer les anabaptistes et pour parvenir à une entente avec les théologiens romains.

Exilé en 1549 sur l’ordre de Charles Quint, Bucer finit ses jours à Cambridge, où il contribua à la révision du Prayer Book anglican. À sa mort, l’Église de Strasbourg renonça à suivre ses idées, mais adhéra à l’orthodoxie luthérienne.

LECTURE

Frères, pour tout ce qui concerne le premier point de notre réforme, à savoir la prédication de la parole de Dieu, nous devons sans cesse rendre grâce au Dieu tout-puissant et éternel pour son immense grâce et sa miséricorde ; car en ces temps qui sont les derniers il a rallumé en nous et à tel point par sa surabondante grâce la lumière de son saint Évangile; il nous a sauvés et libérés des erreurs et des idolâtries horribles et pernicieuses. Ainsi l’enseignement est aussi tellement enraciné dans la parole de Dieu que nous n’avons pas conscience de quelque erreur en aucun article de foi, mais nous avons prêché, sur le fondement de la Sainte Écriture, selon nos capacités, dans la limpidité et la clarté, la pureté de l’Évangile, dès le moment où Dieu nous a portés à cette vraie connaissance.

La question, toutefois, n’est pas seulement que la parole soit prêchée fidèlement, mais surtout que les hommes orientent leur vie en conformité avec elle; car ce ne sont pas les auditeurs de la Parole, mais ceux qui en vivent qui seront bienheureux. C’est pourquoi le Christ lui-même dit: «Enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » ; autrement dit, que les gens, par une telle prédication, soient amenés à changer de vie, à se convertir à Dieu de tout leur cœur.

Martin Bucer, Les carences et les défauts des Églises 2,1.

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Les eaux du psautier

Dès le premier psaume, l’eau est mise en scène, comme un ruisseau. Elle fait sa dernière apparition dans le Psaume 147 sous la figure de la neige invitée, avec le feu, la grêle, le brouillard et l’ouragan, à louer le Seigneur. Mais dans les champs sémantiques et culturels du psautier, l’« eau » joue sens et contresens : d’un côté l’eau engloutit, étouffe la vie, la fait disparaître ; de l’autre, l’eau ce qui permet de vivre, d’éclore, de porter des fruits. L’eau a donc des visages contradictoires.

« EAU-ABSOLUE » ET SES REPRÉSENTATIONS

Pour articuler les données fournies par les psaumes, je distinguerai pour commencer entre l’eau-figure et l’eau-absolue. Par eau-figure, j’entendrai la représentation matérielle du monde particulier de l’eau : mer (Psaume 28, 3 ; 92, 4 ; 94, 5), ruisseau (1, 3), fleuves (45, 5 ; 65, 6 ; 71, 8 ; 79, 12 ; 136, 1), larmes (6, 7.9 ; 30, 11; 55, 9 ; 79, 6 ; 101, 10 ; 118, 136), torrents (17, 5 ; 123, 4 ; 125, 4), flots (92, 3), rosée de l’Hermon (132, 3), eaux de Mériba (80, 8 ; 105, 32), neige (147, 16 ; 148, 8). Par eau-absolue, je ne me référerai pas à tel ou tel « représenté » (mer, ruisseau, larme, etc.) mais aux conditions qui rendent possibles cette représentation. Dans le cas de l’eau, il s’agit de l’eau primordiale, celle d’avant les fleuves, les rivières, etc. (135, 6). Cette eau est comme le fond de la réalité et sa surface initiale.

Cette mer, eau-absolue, a un fond qui peut être découvert lorsque Dieu descend pour délivrer son fidèle enserré par la mort (17, 16). Elle est l’élément que Dieu domine (28, 3). La mer est aussi ce en quoi et sur quoi la terre est « fondée » (23, 1-2), ce qui pourrait, si ce n’était la puissance du Seigneur, ébranler cette terre, revenir et engloutir jusqu’aux montagnes (45, 3-4), aux vaisseaux de Tarsis (47, 8) et autres navires… et jusqu’aux monstres marins (103, 26).

Dieu peut dessécher ces eaux, les ouvrir, les faire trembler, les transformer (73, 15 ; 76, 17 ; 77, 44 ; 105, 9-11.22 ; 106, 33-35). Dieu maîtrise l’eau qu’il fait (145, 6), l’harnache, la canalise en quelque sorte, lui donne des frontières à ne plus franchir, voire la fait s’enfuir (113a, 3.5) : et cela devient les mers, les rivières, les sources, etc. Dieu affermit la terre sur les eaux (135, 6), mais les eaux refoulées et conquises resurgissent pour abreuver et arroser la terre que ce soit par en haut avec les pluies en provenance des « eaux des hauteurs des cieux » (148, 4) ou d’en bas grâce aux sources jaillissantes.

Mais à cause du refoulement par la puissance créatrice de Dieu, ces eaux-absolues, désormais figurées, sont pleines d’énergie, de puissance. Elles sont bruyantes, font du vacarme (64, 8), elles ont une voix fracassante (92, 3). Et en ce sens, jeux de marées, d’inondations, de torrents subis et de débordements obligent, elles peuvent sembler vouloir reprendre toute la place, occuper l’espace entier de la création. La mer sera alors dite « orgueilleuse » (88, 10).

EAUX DE MORT, EAUX DE VIE

Sur fond de ces eaux complexes, l’être humain apparaît. Il a besoin de cette eau pour vivre, mais craint toujours qu’elle ne reprenne sa domination sur la terre que Dieu donne à habiter, pour vivre et louer Dieu. L’eau est alors tant au propre qu’au figuré eau de mort, eau de vie. (68, 3; 123, 4-5) Dans cette situation, l’être humain semble plonger dans l’eau, y couler et être sur le point de se noyer. Les humains sont les uns pour les autres, potentiellement, cette eau mortifère. L’eau peut l’enserrer et le tirer vers le fond, vers le gouffre (17, 17). Elle peut aussi l’envahir non pas pour désaltérer mais pour l’étouffer de l’intérieur (68, 2 ; 108, 18).

Ces eaux dangereuses côtoient l’eau tranquille du Psaume 22, 2-3 qui fait vivre et revivre : « Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ». Le torrent même peut être paradisiaque et abreuver, devenir source de vie (35, 9). Les eaux de mort jouxtent ainsi les fleuves (45, 5 ; 71, 8 ; 79, 12) ou les ruisseaux de Dieu regorgeant d’eau (64, 10), sans oublier la pluie (25, 6 ; 50, 4.9; 64, 11). Vive, réponse à la soif, l’eau désaltère (41, 2). À la limite, l’eau en vient même à tenir la place de Dieu, à en être le symbole (62, 2).

La pluie comme figure de l’eau est aussi mise en scène en jouant sens et contresens. Autant la pluie peut être diluvienne (17, 12) ou véritablement « déluge » (28, 10), déborder pour noyer (31, 6); se faire « cataracte » (41, 8), autant elle peut être généreuse et salutaire (67, 10). Elle peut être « ondée » (71, 6); dans ce cas, elle est préparée par Dieu (146, 8).

Pour sa part, l’être humain n’est pas simplement soumis, attaqué ou aidé par l’eau; il est aussi, comme en lui-même, porteur d’eau. Il en a besoin pour vivre : il la boit. Pourchassé, entouré d’ennemis, meurtri par eux, il pleure et risque ainsi de se dessécher. Mais cette figure-là de l’eau aussi est paradoxale et fréquente dans le psautier : des larmes de gémissement, des larmes versées (6, 9 ; 30,11 ; 55, 9) l’épuise et accélère son vieillissement (6, 7 ; 79, 6 ; 101, 10 ; 118, 136). Comme la vague sur les rochers, elles rongent au point où l’eau devient la douleur même (30, 10), elles grugent la peau et l’âme. À la limite de cette expérience, tout le « moi » devient comme de l’eau en tant que la personne perd consistance. Écartelée, disloquée (21, 15), la personne va s’asséchant vers la mort (21, 16 ; 31, 4). Pourtant des larmes nocturnes (29, 6) peuvent aussi préluder un matin de joie.

EAUX DE SALUT ET DU MAL
L’eau comme « mer » est aussi occasion et lieu du salut (65, 6) Du coup, grâce à ces allusions à la mer des Roseaux ou à la mer Rouge et au passage du Jourdain, un lien est établi entre le geste de la création et la geste du salut. Dieu s’en sert pour délimiter son royaume (71, 8 ; 88, 26). Mais aussi il la fend (73, 13 ; 77, 13 ; 135, 13) ; il en fait son sentier (76, 20). Dieu tire de l’eau et, ainsi, sauve son peuple (143, 7) ; il ramène des abîmes de la mer (67, 23 ; 106, 23-30). Dieu rend la vie jusqu’au désert grâce à l’eau (77, 15-16.20). En ce sens, Dieu peut faire entrer dans l’eau pour en faire ressortir (65, 12), ce que ne manquera pas d’exploiter la théologie et la symbolique du baptême en régime chrétien.

EAUX DE DIEU, EAUX DES HUMAINS

L’eau participe à sa manière à l’acclamation lancée vers Dieu par la création et les autres créatures (68, 35 ; 95, 11 ; 97, 7-8). De vacarme assourdissant et effrayant, elle devient soutien de l’hymne d’action de grâce de l’humanité. Grâce à elle, « tout exulte et chante ! » (64, 14)

Peuple du désert, Israël prie ou crie vers son Dieu, le chante ou lui réveille la mémoire à partir de son expérience de l’espace. Au désert ou dans un lieu aride, l’eau fait vivre, elle vivifie. Il y a un temps pour l’eau et il faut y revenir, la retrouver, s’y retrouver, s’y plonger, puiser pour la trouver, sans quoi vivre assèche, dessèche, tue. Vivre, c’est boire l’eau, se trouver dans sa proximité à cause de la vie qui y prolifère. Plus on s’éloigne de l’eau, plus la mort risque d’être au rendez-vous à moins, justement, que Dieu ne fasse surgir de l’eau. À moins aussi que, rebelle, fuyant les humains, on aille demeurer dans les lieux arides, sans eau (67, 7).

Peuple du désert, Israël vit dans les montagnes, là où l’eau peut surgir et couler des sources ou des nuages. Les vallées intéressantes pour l’agriculture sont aussi des lieux dangereux, susceptibles d’inondations subites pendant les pluies ! Le salut vient donc des hauteurs, des montagnes, là où Dieu ne dédaigne pas habiter, là d’où il vient sauver ses fidèles pour les emmener loin des eaux traumatisantes (17, 17 ; 103, 6 ; 143, 7).

De fait, peu importe le lieu, la figure des eaux et l’expérience humaine de ces eaux, les psaumes témoignent de la maestria de Dieu qui joue sur les eaux et se joue d’elle. Dieu seul fait basculer des eaux de mort en eaux de salut. Il transmue l’eau-absolue, qui résiste à être marginalisée, en eaux-figures vivifiantes. En ce sens, le salut divin a quelque chose de la dynamique homéostatique : Dieu retire l’eau pour que le sol apparaisse et que l’être humain puisse être installé sur la terre ; Dieu donne l’eau qui fait vivre et grandir afin que les humains ne tombent pas en poussière. Trop d’eau tue, étouffe ; pas assez rend aride, fait tomber en poussière.

Les êtres humains, attaqués et brimés par leurs congénères, pleurent à en mourir presque mais aspirent en même temps à la paix près des eaux tranquilles avec d’autres humains. Leurs pleurs sont entendus de Dieu qui pourra les mener aux pâturages verdoyants grâce aux eaux jaillissantes. Les humains sont en quête de lieux arrosés ou arrosables. Mais en même temps, ils savent leur impuissance ou leurs pouvoirs limités devant une mer déchaînée ou des pluies diluviennes. Les fleuves peuvent tout aussi bien transporter le limon fertilisant que des milliers de cadavres d’humains assassinés pour raisons ethniques ou de partage des eaux !

Tout cela est vrai et peut donner lieu à de belles envolées. Mais nous ne vivons ni dans un pays désertique ni sur des montagnes vibrantes de sources. Autrement qu’en Israël, des fleuves immenses traversent nos contrées. Une pénurie d’eau ou une sécheresse sont des idées sans grand enracinement existentiel pour la plupart d’entre nous, contrairement à ce qui se passe dans bien d’autres pays du monde. Prier les psaumes en étant attentifs aux figures de l’eau permet peut-être de faire jaillir un commencement de solidarité… Peut-être aussi les transformations de la planète (réchauffement climatiques, hausse du niveau de la mer, etc.) inciteront-elles à intégrer autrement les eaux dans notre prière. Du coup, le texte des psaumes, que nous tendons à spiritualiser à outrance, retrouveront vie et vigueur.

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Dom Lambert Beauduin. Moine, témoin de l’oecuménisme (1873-1960)

Le 11 janvier 1960 s’éteint, dans le monastère qu’il avait fondé en 1925, Lambert Beauduin, moine bénédictin et pionnier du mouvement liturgique et de l’oecuménisme dans l’Église catholique.

Beauduin était né à Rousoux-lès-Waremme, en Belgique, en 1873. Après son ordination presbytérale à vingt-six ans, le souci pastoral des travailleurs lui fut confié. D’emblée, il se rendit compte de la nécessité d’une réforme effective de la liturgie catholique pour combler la distance qui s’était creusée depuis des siècles entre le culte de l’Église et la vie quotidienne des gens.

En 1906 Beauduin décida de devenir moine dans l’abbaye bénédictine du Mont-César; en peu d’années il devint la référence principale du mouvement liturgique naissant, grâce à la création de revues et la rédaction de textes importants pour l’avenir des réformes. Ce fut par la liturgie que dom Beauduin aborda l’œcuménisme, devenant un fidèle connaisseur des Églises d’Orient. À la demande de Pie XI, il donna vie au monastère de l’Unité en 1925, qui en 1939 sera transféré à Chevetogne, avec pour finalité la promotion de la pleine communion entre les Églises.

Beauduin toutefois entendait la recherche de l’union selon le fameux principe :

« Les Eglises unies à Rome, non pas absorbées par Rome. » Pour cette vision qui lui est propre et pour d’autres positions évangéliques qu’il prit dans le domaine de la liturgie, il fut condamné par le tribunal ecclésiastique et contraint à un long exil dans l’abbaye française d’En Calcat. Beauduin ne pourra réintégrer Chevetogne qu’en 1951. Malgré la condamnation ecclésiastique de ses positions en 1931, le pape Jean XXIII déclara, au seuil du renouveau conciliaire, que l’unique véritable méthode de travail dans le but de réunir les Églises était celle que dom Lambert avait pratiquée.

Lecture

Semblable à la merveilleuse basilique, la liturgie tient en réserve, pour toutes les âmes et pour toutes les conditions, des richesses et des splendeurs infiniment variées. Oui ! que les prédicateurs la commentent, que les éducateurs l’enseignent, que les théologiens la consultent, que les hommes d’oeuvre la propagent, que les mères l’épellent, que les enfants la balbutient; les ascètes y apprendront le sacrifice, les chrétiens la fraternité et l’obéissance, les hommes la vraie égalité, les sociétés la concorde. Qu’elle soit la contemplation du mystique, la paix du moine, la méditation du prêtre, l’inspiration de l’artiste, l’attrait du prodige ! Que tous les chrétiens, hiérarchiquement unis à leur curé, à leur évêque, au Père commun des fidèles et des pasteurs, la vivent pleinement, viennent puiser le véritable esprit chrétien à cette « source première et indispensable » et réalisent, par la liturgie vécue, l’oraison de la première Messe du grand prêtre éternel, ut sint unum : suprême souhait et suprême espérance ! Le mouvement liturgique est cela ; il est tout cela, et il n’est QUE cela.

(Dom Lambert Beauduin. La piété liturgique.)

 

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Karl Barth Pasteur réformé (1886-1968)

 

Karl Barth, pasteur de l’Église réformée suisse et l’un des plus grands théologiens du xxe siècle, achève la trajectoire de sa vie sur terre le 10 décembre 1968.

Karl Barth est né à Bâle en 1886 ; après des études à Berne, à Berlin, à Tübingen et à Marburg, il devint pasteur à Genève, puis à Safenwil, en Argovie. Dès le début, les questions sociales sont pour lui l’objet d’un réel engagement, au point d’adhérer au parti socialiste et de prendre une part active à ses travaux. Mais face à la montée du nazisme, il fut parmi les principaux animateurs de l’Église confessante d’Allemagne. En exil à l’université de Bâle, il s’adonnera, dès 1935 et jusqu’à ses derniers jours, à l’écriture de sa colossale Dogmatique ecclésiale.

Née du souci concret d’annoncer l’Évangile, la théologie de Barth fut, dans le sillage de saint Anselme et de Kierkegaard, une tentative d’expliquer la foi à partir de l’expérience de la foi même. Karl Barth était convaincu, en effet, que l’annonce chrétienne ne vient pas comme une réponse aux angoisses de l’homme, mais qu’elle naît au contraire de l’écoute d’un Dieu qui est le centre irradiant de la théologie : c’est Dieu, en Christ, qui a l’initiative du dialogue avec l’homme. Mais précisément parce qu’elle s’est révélée en Christ, l’initiative de Dieu implique désormais l’homme dans sa vocation et sa totalité : ce sera le thème de ses grandes conférences de 1956 dédiées à «l’humanité de Dieu».

Poussé par ces convictions, Karl Barth continua à prêcher – comme une conséquence de l’écoute obéissante que tout homme doit à Dieu – à la fois le devoir de s’engager pour refaire l’unité entre les Églises du Christ, et en même temps le devoir de lutter en faveur de tout homme victime du péché, de l’injustice ou de la violence.

À sa mort, des chrétiens de toutes les Églises et de tous continents, venus nombreux pour ses obsèques, ont voulu lui témoigner leur reconnaissance pour le témoignage que durant sa vie entière il avait rendu au Seigneur.

Un texte de Karl Barth

N’étions-nous pas sur le point d’oublier que la divinité du Dieu vivant – et c’était bien à celle-là que nous pensions – n’a de signification et de force que dans le contexte de son histoire et de son dialogue avec l’homme et ainsi dans sa relation avec lui ? Oui – et c’est précisément là le point en deçà duquel il est interdit de reculer : il s’agit de la relation de Dieu avec l’homme, relation fondée, décidée, limitée et ordonnée par Dieu lui-même et lui seul, souverainement. C’est ainsi seulement qu’elle se réalise et qu’on peut la connaître. Mais c’est donc bien d’une relation qu’il s’agit entre Dieu et l’homme. Dieu ne révèle pas ce qu’il est, sa divinité par conséquent, dans le vide d’une existence qui se suffit à elle-même ; il devient au contraire le partenaire de l’homme (un partenaire supérieur, bien entendu) et c’est dans ce rapport qu’il existe, parle et agit. Celui qui se comporte de cette façon est le Dieu vivant. La liberté dans laquelle il agit est sa divinité. Elle est cette divinité qui, comme telle, a aussi le caractère d’une humanité. C’est sous cette forme seulement que la divinité de Dieu doit être décrite par rapport à cette théologie du passé, c’est-à-dire sous une forme positive et sans que l’on rejette, par conséquent, la part de vérité qu’il est impossible de lui dénier, même quand on a percé à jour toutes ses faiblesses. Bien comprise, la divinité de Dieu inclut donc son humanité.

Karl Barth, L’humanité de Dieu.

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À la découverte de Jean Tauler

Jean Tauler est né probablement né vers 1300, ou peu avant 1300, à Strasbourg. Était-il fils d’un échevin, ou d’un bourgeois ? D’après une phrase échappée pendant un sermon, il semble issu d’une famille qui ne connaissait pas l’indigence : « Si j’avais su ce que je sais maintenant, quand j’étais le fils de mon père, j’aurais choisi de vivre de son héritage, et non pas d’aumônes ».

Cette petite phrase supporte plusieurs niveaux de lecture.

  • Premier niveau, celui de la recherche de Jean Tauler : recherche de pauvreté, de simplicité. Jean Tauler nous parle ici de son désir de vivre en pauvre du Christ, et ce thème lui est cher.
  • Second niveau, celui des rapports entre l’ordre dominicain et la société strasbourgeoise au XIVe siècle. Ceci sous-entend l’examen des conditions dans lesquelles est née la mystique rhénane. Ainsi que le rappelle P. Dollinger : « il est vrai que les désordres, les scandales pouvaient inciter les âmes éprises d’idéal à se réfugier dans la contemplation. Il n’est pas douteux que mainte vocation mystique ait été affermie par la vue des laideurs du monde. (…) D’une façon générale, on a souvent exprimé l’opinion que le succès de la mystique [rhénane] s’explique, pour une large part, par le retentissement des catastrophes du XIVesiècle. Outre les querelles dans l’Église, on ne manque pas de rappeler la peste noire, les massacres des Juifs, les processions de flagellants, et pour l’Alsace, les invasions de routiers de la guerre de Cent Ans, qualifiés d’« Anglais » en 1365 et 1375. Il faut cependant noter que les plus dramatiques de ces événements propres à agir fortement sur la sensibilité des contemporains se sont produits au milieu du XIVe siècle, à l’époque où le mouvement mystique se trouvait à son apogée, voire même sur son déclin. Si l’on se place à la période décisive de l’éclosion du mouvement, c’est-à-dire au premier quart du XIVe siècle, on peut dire que les malheurs de l’Église et du monde n’étaient ni plus ni moins grands qu’à d’autres époques du Moyen Age. Les troubles du temps ont pu porter certains individus au mysticisme : ils n’expliquent en aucune façon que le XIVe siècle ait été un sommet dans l’histoire de la mystique ».
  • Le troisième niveau concerne la famille de Jean Tauler : il y avait un héritage… Il ne venait donc pas d’une famille pauvre.

Vers 1315, Jean Tauler entre au couvent des dominicains de Strasbourg. Il a environ 15 ans, ce qui n’est, pour l’époque, ni trop jeune ni trop âgé… Selon le cursus alors en vigueur, il aurait dû étudier à Strasbourg jusqu’en 1323, puis ensuite jusqu’en 1327 à Cologne. Il n’a pas suivi cette longue formation, puisqu’on sait qu’il a pu commencer sa prédication à Strasbourg en 1323, l’année de la canonisation de Thomas d’Aquin. Sa formation a pu être écourtée en raison de sa santé fragile : il ne reçut jamais en effet le titre de Maître ou de Docteur en théologie. Ce qui l’amena d’emblée à être un Lebemeister (c’est-à-dire littéralement un maître de vie, en opposition à un Lesemeister, un maître en lectures, selon la terminologie des mystiques rhénans qui privilégie le premier, sans dénigrer le second) sa culture est solide. Il « cite Proclus, Thomas d’Aquin, Augustin, Bernard de Clairvaux, Hugues de S. Victor » et la qualité de ses sermons est certaine « même si, parfois, on a préféré voir en lui, un homme frustre, n’ayant jamais étudié comme “ceux de Paris”, le réduisant fallacieusement par là à un prédicateur de province, inspiré, mais peu instruit ». Un séjour à Cologne entre 1325 et 1330 est possible, mais rien ne le prouve. On pense donc sans savoir quand qu’il a dû séjourner à Cologne, y écouter Maître Eckhart, et peut-être rencontrer Henri Suso. Mais il a découvert Maître Eckhart lorsque celui-ci était à Strasbourg. Dans son couvent strasbourgeois, Albert le Grand, Vincensinus, et Eckhart avaient séjourné : leurs écrits étaient donc à la disposition des frères y résidant. Mais Tauler, Lebenmeister, ne fait pas étalage de ses savoirs : il les adapte pour un public parfois peu instruit. L’une de ces premières adaptations est de traduire ces autorités du latin en moyen-haut allemand, langue parlée alors à Strasbourg.

En ce premier quart du XIVe siècle, le mouvement des « Frères du Libre Esprit », contre lequel s’était dépensé Maître Eckhart a disparu. Une autre tendance, qui dans ses excès verse dans l’hétérodoxie, se manifeste à travers les béguinages. Les historiens en comptent entre 70 et 80 à Strasbourg. Pour saisir l’ampleur de ces chiffres, précisons que la ville comptait au début du XIVe siècle un peu plus de 15 000 habitants, qu’il y avait sept couvents de dominicaines (dont celui de Saint-Nicolas in Undis, où réside la sœur de Jean Tauler). À ces couvents s’ajoutaient les couvents des ordres franciscains, les monastères de l’ordre de Saint-Benoît, les Ordres militaires, les couvents pour les « dames repentantes », hors de l’enceinte de la ville et les paroisses. Les membres des clergés séculier et régulier regroupent presque 10 % de la population.

Les béguinages existent depuis la fin du XIIe siècle. Perçus dans un premier temps comme des maisons où des veuves, principalement, ou des célibataires vivent en petites communautés, sans règle, mais avec beaucoup de dévotion, ils sont de plus en plus suspects. Or, en 1300, Guy de Colmieu, évêque de Cambrai, ordonne l’autodafé du Miroir des âmes simples de Marguerite Porète. Cette dernière est une béguine, qui sera arrêtée en 1309, jugée et brûlée en 1310 à Paris. Eckhart était alors à Paris. En son couvent logeait aussi l’inquisiteur instruisant le procès de Marguerite Porète. La mystique rhénane a beaucoup de points communs avec les écrits béghards. Ceux-ci vont initier un courant de spiritualité très vif au XIVe siècle. Beaucoup sont très réservés quant à l’autorité de l’église visible, lui préférant la communauté, parfois invisible, de ceux qui se veulent amis de Dieu, au sens de ceux qui aiment vraiment et sont vraiment aimés de Dieu. Les erreurs des bégards sont dénoncées en 1317 au concile de Vienne, et condamnées par bulle en 1318 et 1320.

Tauler commence ainsi à prêcher lorsque des personnes éprises de perfection doivent choisir entre se maintenir dans le béguinage ou bien s’inscrire dans une forme de vie reconnue par l’Église, c’est-à-dire un couvent, qui à Strasbourg est le plus souvent d’obédience dominicaine. « L’exécution à Cologne, en 1322, du Hollandais Walter et de ses compagnons n’a pas, semble-t-il, troublé l’existence de la communauté de bégards qui, au témoignage de l’un d’entre eux, Jean de Brünn, pratiqua impunément le Libre-Esprit de 1315 à 1335 ». [10] Tauler, par sa prédication, aura la charge d’inciter les bégards à se maintenir dans l’orthodoxie, comme Eckhart le fit pour le mouvement du Libre-Esprit.

L’autre évènement qui marque le début de la prédication de Jean Tauler est le conflit entre Jean XXII et l’empereur Louis IV de Bavière. En Avignon, le pape Jean XXII excommunie l’Empereur germanique en 1324 pour sa politique italienne. Il le déclare privé d’Empire. Les villes de l’Empire soutiennent Louis IV. Le conflit dure, et le pape jette l’interdit sur l’Empire en 1329. Aucun sacrement ne doit plus y être célébré. L’interdit durera 15 ans. Les habitants sont appelés à choisir entre le Pape et l’Empereur. Jusqu’alors, Strasbourg était restée neutre. Dans les couvents des mendiants, les prises de position en faveur de l’un ou l’autre camp sont variés. Finalement, les dominicains se soumettent aux ordres pontificaux. En réponse, en 1339, la ville les chasse. Ils resteront « bannis » pendant 4 ans. Tauler se retrouve ainsi tout d’abord à Cologne, puis à Bâle. Durant ce séjour, il rencontre deux personnalités marquantes de la spiritualité rhénane du XIVe siècle : Henri de Nördlingen et Marguerite Ebner, tous deux parfois trop vite associés aux bégards, alors qu’ils semblent beaucoup plus appartenir à cette mouvance « des Amis de Dieu ».

Revenu à Strasbourg en 1348, Tauler ne repartira plus, sauf, peut-être pour un hypothétique voyage à Paris, en 1350, voyage où il aurait rencontré Ruysbroeck. Il meurt à Strasbourg le 16 juin 1361.

Sa spiritualité est traversée par deux thèmes centraux : le détachement, et la naissance déifiante de Dieu dans l’âme qui est abordée dès le premier  de ses sermons, celui pour la Nativité. Parmi les mystiques rhénans, il se distingue par son sens du concret et son apologie des vertus. Un bref texte anonyme de la fin du XIVe siècle explique pourquoi il dut passer plusieurs longues années au purgatoire : en particulier pour son caractère entêté !  De fait, à la différence de Suso, il n’a jamais été proclamé Bienheureux et à la différence d’Eckhart, il ne fut jamais inquiété pour sa doctrine. Martin Luther lui rendit hommage en disant de lui qu’il était « l’un des plus solides et des plus corrects des mystiques ».

C’est pourtant bien de Maître Eckhart dont il se réclame, à mots couverts, nous donnant même la clef de lecture de son oeuvre : « Il parlait depuis l’éternité, et vous l’avez compris depuis le temps ».

Source : http://maitre.eckhart.free.fr

 

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Bienheureux LOUIS-ZÉPHIRIN MOREAU, évêque

Louis-Zéphirin naquit en 1824, à Bécancour (Québec), d’une famille de cultivateurs. Il fit ses études au séminaire de Nicolet et, se préparant au sacerdoce, accepta d’enseigner la versification, pendant qu’il poursuivait ses études théologiques. De faible santé et refusé par l’évêque de Québec, il dut se présenter à Mgr Bourget, qui l’accepta pour le diocèse de Montréal (1846) et le chargea, entre autres, de s’occuper des pauvres du couvent de La Providence, qui seront les premiers à l’appeler «le bon Mgr Moreau».

Passé au diocèse nouvellement fondé de Saint-Hyacinthe, il assista les trois premiers évêques qui s’y succédèrent, toujours disponible et agréé de chacun dans la difficulté et diversité de ses tâches. Après la mort de son troisième évêque, Mgr Charles Larocque, remarquable orateur sacré, il est appelé à lui succéder en dépit de ses protestations – le Pape lui ayant commandé «d’accepter généreusement le joug du Seigneur». Deux incendies ayant ravagé sa ville épiscopale, lui, qui avait aidé à payer la dette du diocèse, reprend la besace du mendiant et recommence à solliciter des dons de partout. Finalement sa ville est relevée de ses ruines et lui se révèle alors homme d’initiative et penseur d’avant-garde.

Les industries se multiplient dans son diocèse, mais la condition des ouvriers est précaire. Il n’y a encore ni assurance-chômage ni bien-être social: il fonde alors la première caisse d’épargnes et favorise l’entraide ouvrière. Dans les campagnes, il fonde des cercles agricoles, et fait venir des communautés enseignantes. Modèle de pionnier et d’organisateur, il est béatifié le 10 mai 1987.

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Sainte colère !

 

L’Évangile nous rapporte une question douloureuse de Jésus à ses disciples alors que se profilent à l’horizon sa passion et la trahison de Judas. Jésus leur demande : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Cette question est des plus actuelle alors que l’Église fait face à une crise morale sans précédent, où semaine après semaine les médias nous dévoilent des séries d’accusations portées contre des prêtres, des religieux, des évêques et même des cardinaux. La nouvelle la plus récente au sujet de ces scandales nous est venue des États-Unis où sur une période de 70 ans plus de mille enfants auraient été abusés par près de 300 prêtres. Et cela dans six diocèses de l’État de la Pennsylvanie. Il est temps que nous en parlions !

Tout comme vous, ces comportements attribués à des prêtres m’ont indigné au plus haut point, et l’on peut comprendre la réaction spontanée de bien des croyants qui songent à se distancer de l’Église, ou même à la quitter. Car il faut reconnaître qu’il y a quelque chose de vicié dans une structure ecclésiale qui rend possible de tels abus, même si les faits invoqués remontent parfois à plus de soixante-dix ans. Bien sûr, des mesures ont été mises en place depuis une vingtaine années afin d’éviter de telles dérives, mais il semble exister une culture inhérente à ce type d’abus, une culture cléricale « autoréférentielle » comme l’appelle le pape François ; c’est-à-dire une culture qui entretient une image idéalisée des prêtres et des religieux comme s’ils faisaient partie d’une élite à qui tous les privilèges seraient permis.

La promotion d’une telle vision du service pastorale et de la vie religieuse ne peut qu’encourager les dérives et les excès, les complicités et les silences, et ainsi ouvrir la porte à toutes sortes d’abus : abus sexuels, abus de pouvoir et abus de conscience. Voilà le diagnostic que pose courageusement le pape François, avouant avec douleur que l’Église a abandonné ses enfants devant les crimes commis en Pennsylvanie et ailleurs dans le monde.

Selon plusieurs, cette crise exige un examen en profondeur des structures d’autorité dans l’Église, ainsi que notre manière de concevoir les ministères, ce qui ouvre par le fait même la discussion quant au rôle que devraient jouer les laïcs, et ce, à tous les niveaux de responsabilité dans l’Église. Vaste chantier que soulèvent ces questions et que les évêques du monde entier devront aborder avec courage et détermination de concert avec tout le peuple de Dieu.

Mais venons-en maintenant à nos réactions personnelles. Une amie qui travaille en pastorale universitaire écrivait ces jours-ci dans sa chronique du Magazine PRÉSENCE : « Je suis révoltée. J’ai honte de cette Église. Ce n’est pas “mon” Église. Ce n’est pas l’Église, point. Je refuse d’être responsable, via les liens de la foi, des crimes de ces hommes du clergé qui ont violé et volé des enfances et des vies entières. […] Et cependant, poursuit-elle, cette Église est indissociable de celle où j’ai grandi dans ma foi, celle aussi où j’exerce mon travail. Ça me met dans une sainte colère ! »

Cette colère c’est aussi la nôtre et elle a bien sûr besoin d’être reconnue et exprimée, car il est important que nous condamnions ces crimes alors que des loups se sont introduits dans la bergerie. Mais il nous faut aussi pouvoir nous dire pourquoi nous restons, pourquoi nous tenons à ce point à notre vie en Église, car elle est loin de se réduire à tous ces scandales. Mon amie qui s’appelle Sabrina Di Matteo, termine ainsi sa lettre ouverte : « Je choisis de rester. Sans taire ma sainte colère. »

J’ai beaucoup porté cette question au cours des dernières semaines, devenant de plus en plus convaincu qu’il nous fallait aborder cette question ensemble, me demandant aussi ce que nous pourrions apporter comme motifs pour rester à ceux et celles qui ont des doutes, qui hésitent ou qui sont blessés. Voici ce que j’aimerais leur partager, et ce sont là mes propres raisons de rester et de continuer à aimer l’Église. Tout d’abord, quand nous parlons d’Église, il nous faut voir plus large que la simple institution, car elle n’est que l’expression visible et bien imparfaite du mystère qui nous habite et qui nous rassemble. Je veux parler ici de la force de résurrection du Christ qui s’est emparée des premiers témoins le matin de Pâques, traversant même leurs portes verrouillées et les animant d’une espérance à toute épreuve.

Quand nous parlons de l’Église, je pense à cette Église-Mère née au pied de la croix avec la Vierge Marie, et qui s’est vue propulsée aux quatre coins du monde avec l’avènement de la Pentecôte. C’est cette assemblée des premiers fidèles à Jérusalem qui nous a annoncé la résurrection du Christ au matin de Pâques ; et ce sont ses premiers missionnaires qui nous ont transmis les paroles et les actions du Seigneur Jésus à travers les lettres et les récits évangéliques des premiers témoins.

C’est cette Église qui nous a donné le Nouveau Testament, tout comme c’est elle qui nous a transmis le baptême et l’eucharistie, nous donnant ainsi d’avoir part à la vie du Ressuscité. Cette jeune Église, dont nous sommes les héritiers, nous a légué les mystères de la foi au fil des siècles et elle nous a appris que Dieu est Amour, même si tout comme nous elle porte ce mystère dans un vase d’argile.

Sans ces témoins, sans cette Église qui a cheminé et grandi à travers les siècles, rien de tout cela ne nous serait parvenu. Ni les grands textes spirituels d’un saint Paul ou d’une Thérèse d’Avila, ni les témoignages d’un François d’Assise, d’une Thérèse de Lisieux ou de milliers de nos contemporains, tels un Jean Vanier dans son Arche ou une sœur Emmanuelle avec les chiffonniers du Caire. Sans l’Église, la bonne nouvelle du salut en Jésus Christ ne serait jamais parvenue jusqu’à nous.

Nous n’aurions ni les cathédrales, ni les monastères, ni les églises de campagne où nous recueillir et célébrer notre foi. Les communautés chrétiennes n’auraient jamais vu le jour si des hommes et des femmes ne s’étaient mis à sillonner la Palestine et les côtes de la Méditerranée afin d’annoncer l’incroyable nouvelle du matin de Pâques, bonne nouvelle qui a franchi les siècles et les continents comme une traînée de feu et qui est parvenue jusqu’à nous !

C’est à cause de tout cela, et bien plus encore, qu’il nous faut persévérer et lutter pour notre Église, la protégeant contre ceux qui la défigurent car la foi qui l’habite est un trésor qui nous est confié. Il n’est pas question que l’on vienne nous voler notre Église ! Il nous faut donc la défendre contre les loups, et même la défendre contre elle-même parfois, tout en résistant aux forces extérieures qui souhaitent la voir disparaître.

Qui sait si la crise actuelle ne sera pas l’occasion d’un nouveau printemps pour l’Église ? Que ce soit là, frères et sœurs, notre prière fervente de tous les jours, et que Dieu nous accorde de tenir bon quand les vents contraires se lèvent ; qu’il nous accorde la grâce de persévérer et de faire nôtre la réponse de Pierre à l’interrogation de Jésus : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Et Pierre de répondre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »

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