Category Archives: Aventure spirituelle

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Pierre de Morrone. Le pape démissionnaire

La statue vêtue contenant la dépouille de Pierre de Morrone, plus connu comme Pape Célestin V, dans son mausolée de Girolamo de Vicenza.

Désirant une plus grande solitude, Pierre commença très tôt à mener une vie érémitique et à se vouer totalement à la prière. Il acquit une telle notoriété, qu’il dut s’enfoncer jusqu’au pied de la Maiella pour pouvoir se soustraire à la curiosité des pèlerins attirés par sa quête de Dieu et son radicalisme évangélique.

Mais son nom s’était répandu, à tel point qu’en juillet 1294, à sa grande surprise il fut élu pape de Rome après un conclave qui avait duré plus de deux ans, et que Pierre lui-même avait stigmatisé pour son incapacité d’en finir.

Ayant pris le nom de Célestin V, Pierre se présenta comme un pasteur extrêmement humain et compatissant; et son bref pontificat sembla mettre en route une profonde réforme de l’Église. Pourtant convaincu de son inaptitude pour la charge qu’il avait reçue, Célestin renonça à son pontificat avec l’espoir de retrouver la paix de son ermitage. Peu après cependant, il fut mis aux arrêts par son successeur Boniface qui, bien vite avait révoqué presque toutes les décisions prises par Célestin.

Pierre mourut seul et brève aussi fut la vie de la congrégation d’ermites qu’il avait fondée. Mais son témoignage de liberté évangélique a laissé des marques profondes dans l’histoire de la spiritualité.

Témoins de Dieu, Martyrologe universel, Bayard pp.296-297

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Méliton de Sardes (IIe siècle)

 

Plusieurs anciens calendriers d’Occident comme d’Orient font mémoire de Méliton, évêque de Sardes, le 1er avril.

Les indications qui concernent sa vie sont extrêmement sommaires. Polycrate d’Éphèse définit Méliton comme «un eunuque qui vivait totalement dans l’Esprit saint », pour souligner le célibat qu’il avait choisi, chose rarissime au IIe siècle.

D’après Eusèbe, Méliton fut évêque de Sardes et visita la Terre sainte pour rassembler des informations précises concernant le canon des Écritures hébraïques.

Défenseur de la nécessité de continuer à célébrer la Pâque chrétienne le 14 de nisan, Méliton tient sa renommée surtout de ses homélies Sur la Pâque: elles influencèrent grandement les liturgies postérieures. Méliton y utilisait largement l’exégèse typologique et refaisait ainsi le parcours de l’histoire du salut, reconnaissant dans le mystère pascal du Christ, agneau immolé pour le salut des croyants, le sommet et le centre de l’aventure humaine et cosmique. Dans une alternance de tonalités poétiques et prophétiques d’une part, et d’une surprenante profondeur théologique d’autre part, Méliton conseille avec force et ardeur à tous les hommes de recourir au Christ, car c’est dans sa Pâque que s’est produite la pâque des croyants, leur passage de la mort à la vie.

Ses homélies – inévitablement marquées par la polémique, très vive Au IIe siècle, entre l’Église et la Synagogue – ont inspiré divers kontakia (petites hymnes) byzantines ainsi que les Impropères du Vendredi saint et l’Exultet pascal de l’Église latine.

Méditation 68,71 de Méliton de Sardes sur la Pâque

C’est lui qui nous arracha de l’esclavage pour la liberté, des ténèbres pour la lumière, de la mort pour la vie, de la tyrannie pour une royauté éternelle. Lui qui fit de nous un sacerdoce nouveau et un peuple élu, éternel.

C’est lui l’agneau sans voix, c’est lui l’agneau égorgé, c’est lui né de Marie la bonne agnelle, c’est lui pris du troupeau et à l’immolation traîné et le soir tué et de nuit enseveli, qui sur le bois ne fut pas broyé, en terre ne fut pas corrompu, ressuscita des morts et ressuscita l’homme du fond du tombeau.

Témoins de Dieu, Martyrologe universel, Bayard pp. 220-221

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Responsable de la chronique : Gilles Simard, o.p.

Antonio Pavoni – prêtre dominicain italien – martyr

Il n’existe pas de bienheureux ou saints dominicains enregistrés au calendrier des saints en mars. Voici le récit d’un prêtre dominicain, tué pour avoir prêché l’Évangile aux hérétiques vaudois dans le nord de l’Italie au 14esiècle. Plus près de nous, temporellement, le frère Pierre Claverie, o.p., évêque d’Oran, a subi le même sort, pour avoir dialoguer avec les musulmans d’Algérie. Antonio Pavoni (1325-1374), prêtre et profès de l’Ordre des Frères prêcheurs été béatifié le 4 décembre 1856 par le Bx Pie IX (Giovanni Maria Mastai Ferretti, 1846-1878). Il est enregistré au calendrier des Saints le 9 avril. Ce récit est surtout tiré du site www.levangileauquotidien.org.

Antonio Pavoni naît a Savigliano (province de Coni dans la région Piémont, en Italie) en 1325, d’une noble famille. Enfant pieux et intelligent, il entre à quinze ans chez les dominicains de Savigliano où il continue ses études.

Il est ordonné prêtre en 1351 et aussitôt s’engage dans le combat contre l’hérésie des Lombards (Vaudois). En 1364, le Bx Urbain V (Guillaume de Grimoald, 1362-1370) le nomme inquisiteur général pour la Lombardie, la Ligurie et le Piémont (il succède à Pierre Cambiani). Il exerce ce travail difficile et dangereux pour un jeune prêtre, c’est même quasiment une sentence de mort. Sur un territoire comme le Piémont cette charge était très importante : dans les vallées alpines vivaient de nombreuses communautés hérétiques, et leurs rapports avec l’Église catholique étaient assez tendus. Pavoni pense pouvoir résoudre ces luttes avec seulement la parole et le zèle apostolique.

Il est nécessaire d’argumenter avec des hommes très instruits dans une hérésie subtile. Sa pauvreté de vie était un reproche aux hérétiques. Il vint parmi les pauvres et leur fit voir qu’il était l’un d’eux, ce qui déconfit tant les hérétiques. Furieux du succès de sa prédication, certains Vaudois décidèrent de le tuer. Il le sait, mais continue son œuvre.

En 1368 il est élu prieur du couvent de Savigliano et fait construire un nouveau couvent, ce qu’il accomplit sans qu’on critique son luxe, critique que les hérétiques sont toujours soucieux de faire contre les constructions catholiques. En 1374, l’évêque de Turin lui demande de prêcher pour le carême dans les villes et villages situés dans le Val Pellice ; après avoir visité Campiglione et Bibiana, il se rend à Bricherasio pour Pâques.

Le samedi après Pâques, veille de sa mort, il dit au barbier du village : « Fais-moi beau, car je dois sous peu aller à la noce ». Étonnement du barbier qui n’avait entendu parler d’aucun mariage dans les environs. Il passe la nuit en prière, le matin du 9 avril 1374 il célèbre la messe à Bricherasio, un village près de Turin, et prêche avec vigueur contre les erreurs des Vaudois. À la sortie, sept hérétiques le poignardent à mort sur la place du village. Il est d’abord enterré à Savillan. En 1832, son corps est transféré dans l’église de Racconigi, à côté de l’ancien couvent dominicain. Il est déclaré martyr en 1375 par le pape Grégoire XI et son culte est confirmé par le pape Pie IX le 4 décembre 1856 Sa sépulture à Savigliano fut un lieu de pèlerinage jusqu’en 1827 (divers miracles). Son corps est conservé dans l’église dominicaine de Racconigi (province de Coni).

San Antonio Pavoni priez pour nous !

 

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Bx Jourdain de Saxe (1190 env. – 1237)

Premier successeur de saint Dominique (Le texte qui suit est tiré du site « l’Évangile au quotidien »

(https://levangileauquotidien.org/FR/display-saint/b8b94a21-5012-4310-9fd5-f1f16e45264f )

Jourdain de Saxe a donné à l’Ordre [des Prêcheurs (Dominicains)] une impulsion décisive. C’est l’un des témoins les plus prestigieux de la ferveur que suscita l’Ordre au XIIIe siècle.

Il était né vers 1190, en Saxe, dans la famille des comtes d’Eberstein. Dès sa jeunesse – et il continua quand il fut étudiant – il avait pris l’habitude de donner chaque jour une aumône au premier pauvre qu’il rencontrerait. Envoyé à Paris pour y prendre ses grades, il y mena une vie pieuse : chaque nuit il allait à Notre-Dame pour l’office de matines.

En 1219 il est sous-diacre et bachelier en théologie. Les frères viennent de s’installer à Saint Jacques et sont dans un dénuement extrême. Saint Dominique les visite et les réconforte à son retour d’Espagne. Sa parole suscite l’enthousiasme dans le monde universitaire. Emporté par le courant, Jourdain vient l’entendre, se confesse à lui et lui confie son âme. Cependant il n’entre pas dans l’Ordre [seulement l’année suivante, en 1220]. […] Deux mois plus tard, saint Dominique réunit à Bologne le premier Chapitre général de l’Ordre. Jourdain est l’un des quatre frères de Saint Jacques désigné pour y prendre part. Quand il revint à Paris, ce fut pour enseigner l’Écriture Sainte.

En 1221, saint Dominique le nomme premier provincial de Lombardie et, quelques mois plus tard, il est élu par les frères pour succéder au Père qui vient de mourir. Il va gouverner l’Ordre seize ans pendant lesquels il attira à la suite de saint Dominique une multitude de vocations, étudiants et maîtres, séduits par sa parole. Tel jour, à Saint Jacques, il donne l’habit à vingt novices. Une autre fois, à Verceil, en quelques jours, il attire « treize clercs renommés et savants » ; c’est là que Maître Walter, régent ès arts, disait à ses collègues et à ses élèves « Prenez garde d’aller à ses sermons : comme une courtisane il polit ses discours de manière à séduire les hommes ! » – mais lui-même s’y rendit et fut pris dans les filets… […]

Pendant son généralat, quatre nouvelles provinces furent établies, 240 nouveaux couvents de frères ou de sœurs furent créés. On sait la part importante qu’il prit dans la mise au point des Constitutions de l’Ordre ; […] comment il procéda à la translation du corps de saint Dominique en 1233, puis présida aux fêtes de la canonisation en 1234. C’est alors qu’il rédigea le Libellus de principiis Ordinis Praedicatorum (texte qui est à la fois un récit documenté de la vie de Dominique de Guzmán et des débuts de l’ordre des Prêcheurs).

Dans la lutte entre le sacerdoce et l’empire [Empire Romain germanique], Jourdain joua un rôle de premier plan. Pacifique par tempérament, il fut intrépide quand il le fallut, n’hésitant pas à aller au camp de Frédéric II pour lui reprocher sa conduite et l’adjurer de mettre fin au scandale que provoquait son opposition.

Pauvre à l’extrême, il aimait la compagnie des pauvres. Doux pour les frères, compatissant à leurs infirmités, il les aidait de tout son pouvoir. Mais il était ferme aussi, parfois avec humour. Un procureur lui ayant demandé d’être relevé de sa charge, il lui répondit : Mon fils, cette charge a quatre annexes : la négligence, l’impatience, le travail et le mérite ; je vous décharge des deux premières et je vous laisse les deux autres.

En 1236, il alla en Terre Sainte pour visiter les couvents de l’Ordre qui y étaient établis. Au retour, le navire fut englouti par une furieuse tempête à proximité des côtes de Syrie. La mer rejeta son corps, qui fut enseveli au couvent de Ptolémaïs. C’était le 13 février 1237, il n’avait pas 50 ans.

Jourdain de Saxe est aujourd’hui vénéré comme le patron des vocations dominicaines. Il est fêté le 13 février, jour de sa mort, c’est-à-dire de sa naissance au ciel.

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Robert, Alberic et Etienne. Premiers abbés de Cîteaux, moines

Dans le calendrier monastique d’Occident, ce jour du 26 janvier est consacré à la mémoire des cisterciens Robert, Albéric et Étienne, premiers abbés de Cîteaux.

Durant la seconde moitié du XIe siècle, Robert, originaire des alentours de Troyes, se fit moine bénédictin. En quête d’une pauvreté et d’une simplicité évangéliques plus grandes, il construisit un monastère dans la forêt de Molesme, qui appartenait au diocèse de Langres; mais en peu de temps la nouvelle fondation devint une abbaye riche et florissante et Robert, accompagné d’une vingtaine de moines, l’abandonna pour continuer ailleurs sa propre quête spirituelle.

Vers la fin du siècle, il s’établit à Cîteaux, mais fut obligé de retourner à Molesme, où il mourut en 1111. La recherche de pauvreté et de simplicité dans les divers aspects de la vie monastique fut alors poursuivie par ses successeurs au nouveau monastère: Albéric et Étienne Harding. Ils guidèrent la petite communauté, par de grandes épreuves, vers une fidélité renouvelée à la Règle de saint Benoît, et ils se mirent à en préciser le style de vie.

Ainsi prit naissance la réforme cistercienne (de Cistercium, nom latin de Cîteaux), qui, avec l’entrée dans l’ordre de Bernard de Clairvaux, prendra une forme et un contenu spirituel demeurés vivants, malgré des vicissitudes diverses et des réformes ultérieures, jusqu’à notre époque.

Lecture

Puisque ni dans la Règle ni dans la Vie de saint Benoît (les fondateurs de Cîteaux) ne trouvaient pas que leur vénéré père eût jamais possédé églises ou autels, et qu’ils ne lisaient pas davantage qu’il ait reçu des offrandes, des enterrements ou des dîmes de qui que ce fût, pas plus que des fournils ou des moulins, ni aucune espèce de bien rural ou de paysans pour ses propres dépendances; puisque aucune femme n’a eu à pénétrer dans le monastère et qu’on n’y ensevelit aucun défunt, exception faite pour sa sœur, ils renoncèrent à tous ces avantages, disant : « Quand notre saint Père Benoit enseigne que le moine doit se rendre étranger aux affaires du monde, il ne fait évidemment rien d’autre que d’affirmer que ces mondanités ne doivent concerner le travail et le cœur des moines.  Et c’est précisément en fuyant de telles œuvres qu’il leur faut être fidèles au nom qu’ils portent. »

Petit exorde de Citeaux 15,5-6

Témoins de Dieu, Martyrologe universel, Bayard  pp. 98-99

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Saint Albert le Grand, o.p.

Aujourd’hui, découvrons ensemble saint Albert « le Grand », avec les mots du f. Albert-Henri Kühlem op (Centre Cormier de Marseille), Saint Albert le Grand, entre science et foi

La grandeur d’un petit homme. Quand saint Albert se présenta la première fois au pape Alexandre IV qui ne l’avait jamais vu auparavant, celui-ci l’accueillit gentiment en lui disant : « Maître Albert, levez-vous ! » et saint Albert de répondre : « Votre Sainteté, je suis déjà debout. » Saint Albert était petit, tellement petit que le Pape pensait avoir devant lui un homme agenouillé. Sa petitesse corporelle en revanche n’avait pas pu empêcher ses contemporains d’appeler Maître Albert « le Grand », tellement la renommée de l’ouverture et de l’universalité de son esprit était connue et admirée par tout l’Occident.  

Un esprit scientifique. Albert est né à Lauingen (Bavière, Allemagne), ville sur le Danube, vers l’an 1200. Très tôt, il développe un sens scientifique dont la méthode était l’observation et la déduction. Il découvre et constate par exemple que chaque animal est au mieux adapté à son environnement ce qui est pour lui une occasion de louange du créateur. Il en déduira plus tard que là où il y a toujours la neige, il devrait y avoir des ours blancs. À l’époque de saint Albert, l’existence de ces ours polaires n’était pas encore connue, mais la déduction, l’essai de s’unir à l’esprit du créateur et de voir les choses et la réalité comme Dieu les voit, a toujours été la méthode scientifique qu’il gardera pendant toute sa vie.

L’entrée chez les Dominicains. À partir de l’année 1222, Albert est étudiant en Italie et en 1229 son nom apparaît inscrit à l’Université de Padoue, une des plus grandes et renommées universités de son temps. […] À Padoue, il y avait aussi un couvent dominicain qu’Albert fréquentait régulièrement. Cette communauté nouvelle a dû l’attirer à plus d’un titre par son enthousiasme de louange et la prédication du Christ. […] Lors d’un entretien avec Jourdain [de Saxe, Maître de l’Ordre], celui-ci lui assure : « Je te promets, mon fils, si tu entres dans notre Ordre, tu ne le quitteras plus jamais. » Ces paroles l’ont accompagné pendant toute sa vie religieuse et l’ont aidé lors des épreuves que chaque religieux peut affronter. Albert reçoit donc l’habit des mains du bienheureux Jourdain et commence son noviciat d’un an à Padoue en 1229. […] À la fin de son noviciat en 1230, Albert prononça les vœux religieux. Il est envoyé ensuite pour des études de théologie à Cologne (Rhénanie) en Allemagne, une ville qui va devenir sa ville de prédilection. […] 

Un formateur hors pair. […] En 1245, il devient le premier étranger professeur de théologie à Paris. Pendant trois ans d’enseignement, il a dû certainement impressionner les étudiants comme en témoignent encore aujourd’hui à Paris la « rue Maître Albert » et la station de Métro « Maubert » (Maître Albert) dans le 5e arrondissement. De retour à Cologne en 1248, il a visité les fouilles pour les fondations, pour examiner avec son étudiant Thomas d’Aquin les différentes couches historiques. Ce n’est d’ailleurs pas le hasard qui a amené Thomas d’Aquin à Cologne auprès d’Albert. À son retour à Cologne, on demanda à Albert de fonder comme c’était déjà le cas à Bologne (Italie), Montpellier (France) et Oxford (Angleterre), un Studium, c’est-à-dire un centre de formation théologique et philosophique pour les Frères. Thomas d’Aquin fit partie des premiers étudiants de ce Studium. Thomas devint son meilleur étudiant et Albert proposa son élève comme professeur à l’université de Paris. Mais le Maître de l’Ordre refusa. Albert se révéla pour cette question comme un peu têtu, car il se mit en contact avec le légat du Pape, Hugues de Saint-Cher, qui prépara à Thomas le chemin vers Paris. Thomas n’avait que 27 ans et sans Albert, il ne serait jamais devenu professeur à Paris. Thomas lui-même craignait un peu cette nouvelle charge professorale, mais Albert l’encourageait en disant : « Toi, tu es véritablement un plus grand maître que moi ! »

Un émissaire de paix. L’influence d’Albert à Cologne -et bien au-delà- continua à s’accroître. Par deux fois, sa sagesse renommée amena les citoyens de Cologne à lui demander d’établir la paix entre leur ville et son archevêque. Bien qu’il s’agissait (sic) de questions de droit économique, Albert savait toujours calmer les parties et durablement établir la paix en vérité. la paix établie par Albert était plus forte que l’égoïsme blessé de certains. À l’intérieur de l’Ordre dominicain, on était évidemment aussi fier d’Albert. […] Il semble que partout où Albert apparut, chacun voulait le garder pour soi. Lorsque les Dominicains et Franciscains ont été calomniés et menacés par le clergé séculier à Paris à cause de leur mode de vie, Albert est encore envoyé auprès du Pape pour lui soumettre la situation. Le pape Alexandre IV trancha en faveur de sa demande, et il fut tellement impressionné par Albert qu’il le gardât à sa cour et le nomma professeur à l’université papale. […]

 À l’écoute de la volonté de Dieu. Pendant trois ans, il peut s’adonner aux études et à l’enseignement, jusqu’à ce que le Pape lui demande en janvier 1260 d’accepter de devenir évêque de Ratisbonne, un diocèse dans une situation très précaire sur tous les points de vue. […] Deux ans lui suffirent pour rétablir l’ordre dans le diocèse de Ratisbonne. Une fois cette mission accomplie, il demandât à être libéré de sa charge pour prêcher dans toute l’Allemagne et l’Europe, pour participer au Concile de Lyon en 1274 et partir encore quelques années avant sa mort à Paris, pour défendre la doctrine de son disciple saint Thomas d’Aquin.

Son influence intellectuelle. [Saint Albert] fait partie des premiers savants qui intégrèrent la pensé et la philosophie d’Aristote à l’université, une affaire très osée dans le milieu plutôt conservateur de l’époque. Il a aussi sensibilisé les universités aux sciences naturelles, qu’il intégra même au Studium des Dominicains de Cologne. Le nombre de ces écrits est impressionnant. Il paraît que saint Albert donnait comme secret pour travailler si efficacement, la prière, cette prière qui procure l’humilité et qui appelle grandes toutes les œuvres du Seigneur.   À la fin de sa vie, Albert se retira dans sa petite cellule du couvent de Cologne.

Albert le Grand meurt le 15 novembre 1280 entouré de ses Frères. Le 15 septembre 1622, il est béatifié par Grégoire XV ; puis il est canonisé le 16 décembre 1931 par le pape Pie XI qui le nomme docteur de l’Église. Fêté le jour anniversaire de sa mort et surnommé le « Docteur universel », il est le saint patron des savants chrétiens depuis 1941. L’universalité d’Albert est intellectuelle et existentielle, elle est dans ce qu’il a fait et dans ce qu’il a été, mais elle est surtout le fruit d’une confiance absolue au Christ et à sa Divine Mère.

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Jean le Miséricordieux Pasteur (VIe-VIIe siècle)

Après le concile de Chalcédoine de 451, dont la réception en Égypte fut particulièrement problématique, il y eut deux patriarches à Alexandrie, l’un copte, I’autre melkite, ce dernier restant fidèle à l’empereur byzantin.

Quelles que fussent les grandes tensions et les divisions au sein l’Église, il est pourtant un patriarche melkite d’Alexandrie qui fut estimé et aimé par les coptes: c’est Jean le Miséricordieux, qui vécut entre le VIe et VII siècle et dont l’ancien calendrier copte d’Abu’l-Barakat rappelle la mémoire.
Jean était le fils du gouverneur byzantin à Chypre où il naquit dans la ville d’Amathous, sur la côte méridionale de l’île. À la mort de sa femme et de ses enfants, il se consacra totalement aux pauvres. Ce sera le grand souci de toute sa vie, qui lui vaudra le qualificatif de «miséricordieux».

Élu patriarche d’Alexandrie en 610, Jean prit vivement à cœur les problèmes politiques de son temps, l’avancée des Perses en particulier et les prétentions de l’empereur byzantin sur l’Égypte; il prit la défense du rôle spécifique de l’Égypte face aux ingérences des pouvoirs séculiers.
Au cœur de ses engagements pastoraux, il y eut, avant toute chose, le soutien qu’il apportait aux pauvres gens: il fit en sorte que les ressources de l’Église soient destinées en grande partie aux exclus et, pour ce faire, il engagea les milieux aisés de la population dans ses initiatives évangéliques.

Jean mourut à Chypre, vers 619. Ses biographes célèbres (Jean Mosco. Sophrone le Sophiste, Léonce de Néapolis pour l’Orient; Anastase le Bibliothécaire et Jacques de Voragine pour l’Occident) l’on fait connaître et aimer dans toutes les Églises chrétiennes.

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Jean patriarche d’Alexandrie, vit, au cours d’une nuit de veille et de prière, une fillette de toute beauté dont la tête était couronnée de feuilles d’olivier. Jean fut saisi d’étonnement et lui demanda qui elle était. Elle répondit : « Je suis la Miséricorde qui du ciel a fait descendre le Fils de Dieu; prends-moi pour épouse et il ne t’en viendra que du bien. Le saint comprit que l’olivier signifiait la miséricorde et, de ce jour, il devint si miséricordieux que tout le monde l’appela le « faiseur d’aumônes ». Il appelait les pauvres ses seigneurs; un jour il convoqua tous ses serviteurs et leur dit : « Allez par la cité et dressez une liste de tous mes seigneurs, sans en oublier un seul. » Mais eux ne comprenaient pas;  alors le saint s’expliqua : «Ceux que vous appelez pauvres et mendiants, je les proclame, moi, mes maîtres et mes patrons. Car eux seuls, en vérité, peuvent nous patronner et nous accorder le royaume des cieux.»

La légende dorée  (Jacques de Voragine)

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Témoins de Dieu, Martyrologe universel,   Bayard  pp.650-651

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

William Tyndale. Martyr (env. 1494-1536)

 

Le 6 octobre 1536, William Tyndale, premier traducteur de l’Écriture en langue anglaise, finit ses jours étranglé, puis brûlé dans la cour du château de Vilvoorde, en Belgique.

William était né dans le Gloucestershire vers 1494. Il poursuivit ses études à Oxford et à Cambridge, où il se familiarisa avec les idées réformatrices de John Wycliffe et des Lollards (réformateurs anglais). Frappé par la pauvreté des connaissances des Écritures qu’il était facile de trouver dans le clergé anglais de cette époque, Tyndale prit la décision de se dévouer corps et âme à une traduction intégrale de la Bible en langue courante, tout en utilisant l’édition qu’Érasme avait réalisée du Nouveau Testament en grec.

Il s’adressa à l’évêque de Londres pour être soutenu dans son projet, mais ce dernier le déconseilla vivement. Dans l’amertume de son cœur, William prit la décision de quitter définitivement son pays.

Il s’établit à Hambourg où il se mit à l’œuvre et d’où il envoya vite les premières copies de sa traduction en Angleterre. À plusieurs reprises il fut attaqué pour ses sympathies à l’égard du mouvement de la Réforme et, en 1535, il fut arrêté et accusé publiquement d’hérésie. Sa condamnation à mort fut décrétée et mise à exécution, sans aucun procès.

Sa traduction des Écritures, qui lui valut une telle hostilité de la part des autorités civiles aussi bien qu’ecclésiastiques, constituera – là est le paradoxe – la base de l’Authorized Version, mieux connue comme «Bible du roi Jacques», version anglaise de l’Ancien et du Nouveau Testament la plus apprécié et la plus diffusée.

Lettre de William Tyndale au lecteur du Nouveau Testament.

Je t’en prie, prête l’attention nécessaire pour t’approcher des paroles de salut et de vie éternelle, avec pureté d’esprit, et, comme le dit l’Écriture, avec simplicité du regard; grâces leur soient rendues si nous nous repentons et si nous leur donnons notre foi, nous pourrons naître de nouveau, être recréés, et bénéficier des fruits du sang du Christ. Il est un sang, le sien, qui ne crie pas vengeance, comme celui d’Abel, mais qui nous a acquis la vie, l’amour, la bienveillance, la grâce, la bénédiction et toutes les promesses contenues dans les Écritures pour ceux qui croient en Dieu et lui obéissent; le même sang se met entre nous et la colère, la vengeance, la malédiction et tout ce dont l’Écriture semble menacer les incrédules, les désobéissants, tous ceux-là qui, dans leur cœur, résistent à la Loi de Dieu et ne consentent pas à cette Loi équitable, sainte, bonne et juste.

 

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Grégoire l’Illuminateur

 

Les anciens calendriers d’Orient et d’Occident célèbrent, le 30 septembre, Grégoire l’Illuminateur, apôtre des Arméniens.

Grégoire était le fils d’Anak, prince des Parthes ; il naquit en Arménie où son père s’était établi vers le milieu du IIIe siècle. En Arménie, sa famille prit part à la conjuration ourdie par le roi sassanide Artaxerxès pour éliminer Chosroès, roi d’Arménie, et fut exterminée par ce dernier. Grégoire échappa à la mort en se réfugiant à Césarée de Cappadoce. C’est là qu’il reçut le baptême chrétien, se maria et entra à la cour du roi Tiridate, fils de Chosroès. Étant donné sa foi chrétienne et son appartenance à la famille d’Anak, il connut de dures persécutions, jusqu’à être enfermé dans la prison d’Artaxata quinze années durant, de 298 à 313.

D’après les plus anciens récits hagiographiques, Grégoire guérit le roi Tiridate d’une grave maladie et ce dernier se convertit au christianisme. C’est la raison pour laquelle on attribue à Grégoire, traditionnellement, la conversion au christianisme d’une grande partie de l’Arménie.

Pour l’histoire, il est sûr que Grégoire, une fois libre, fut ordonné évêque par Léonce, évêque de Césarée, en 314 ; grâce à l’aide des Églises de Cappadoce, il réussit à réorganiser en profondeur la vie des chrétiens d’Arménie et il annonça l’Évangile dans des territoires qui ne l’avaient pas encore reçu.

Toujours selon la tradition, il mourut solitaire, dans une grotte où il s’était retiré, près du village de Thordan. Les Arméniens le fêtent par trois fois: en commémoration du début de son emprisonnement, de la fin de sa captivité et du recouvrement de sa dépouille mortelle.

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Responsable de la chronique : Gilles Simard, o.p.

Le bienheureux frère Marie Jean Joseph Lataste, o.p.

Profitons de l’été pour faire connaissance avec le frère Marie Jean Joseph Lataste (1832-1869), béatifié en 2012. Il a consacré sa courte vie aux femmes vivant dans les prisons françaises au 19e siècle et après leur sortie de prison. Pour ce faire, il a fondé une communauté religieuse, Dominicaines de l’ordre de Béthanie, afin de permettre à ces femmes, marquées par une vie difficile et un très pénible séjour en prison, qui le désiraient, de consacrer leur vie à Dieu. L’information ci-dessous est tirée du site consacré à sa béatification, lataste2012.org. Il y a également un vidéo sur youtube : Vie du père Lataste – YouTube durant un peu moins de 5 minutes.

L’apôtre des prisons

Tout commence dans une prison de femmes en septembre 1864 à Cadillac en Gironde. Tout jeune dominicain,  ordonné prêtre à Marseille le 8 février 1863 et  assigné au couvent de Bordeaux, Le frère LATASTE est envoyé prêcher une retraite à 400 femmes condamnées au silence absolu  dans cette  centrale qu’il connait bien ; Alcide Lataste est né dans cette bourgade le 5 septembre 1832, dernier des 7 enfants de Vital et Jeanne Grassiet. Comme prédicateur,  Il franchit le seuil de cet établissement pénitencier avec appréhension.

Les détenues travaillent en silence toute  la journée. Pour suivre la retraite, elle rognent sur leur temps de repos, se lèvent à 4 heures du matin et se couchent deux heures plus tard qu’à l’ordinaire. Le Père leur propose une nuit d’adoration : il imagine un tour de présence  de deux ou trois détenues se relayant devant le Saint Sacrement. Elles seront  400 à passer la nuit en adoration dans cette chapelle qui devient pour le Père LATASTE  le lieu d’une révélation déterminante pour lui : «  j’ai vu cette prison, objet de tristesse et d’effroi pour les hommes transformée cette nuit en un lieu de délices, en un séjour de gloire et de bonheur ».

Saisi par la foi de certaines de ses  recluses à la très mauvaise réputation, s’impose à lui le projet de leur offrir une famille religieuse : «  Quelque soit votre passé, ne vous considérez plus comme des prisonnières mais comme des âmes vouées à Dieu, vous aussi. A la suite des âmes religieuses, dites à Dieu : les hommes me retiennent ici de force,  je me donne à vous de plein gré,  pendant dix, pendant vingt ans ; Je veux être uniquement à vous,  je veux être à vous pour la vie ».

A leur sortie de prison, après avoir purgé leur peine, Marie Jean Joseph  propose à celles qui le désirent de vivre leur idéal de consécration à Dieu, dans un même couvent que des religieuses vierges, sous  le même genre d’habit, celui de ST Dominique, afin que rien ne distingue jamais les unes des autres, qu’elles s’accueillent mutuellement et avec miséricorde comme sœurs sans tenir compte du passé, sans jugement, dans la discrétion :  un projet courageux et audacieux pour l’époque qui prend corps en 1866 avec la collaboration d’une religieuse de la Présentation de Tours,  Sœur Henri-Dominique ( 1822-1907). Le Père Lataste reçoit une maison adaptée à son œuvre à Frasne le Château : c’est ainsi que sa fondation prend racine chez nous avant d’étendre ses ramifications en Italie, Suisse, Allemagne, Pays bas, États-Unis dans la prison de Norfolk, Massachusetts, où une fraternité laïque Notre Dame de Miséricorde est née dans le couloir de la mort de ce pénitencier. (Père François Boiteux, Tiré des magazines du doyenné du Haut-Doubs Forestier, décembre 2011)

PRENDRE LE TEMPS… DE PARDONNER, par le Bx. Marie Jean Joseph Lataste, o.p.

«Mais le Prophète appelle l’Eucharistie une manne mystérieuse et cachée, pourquoi cela ? C’est qu’en effet, dans celles qui s’en nourrissent avec amour, elle produit des biens cachés, des transformations mystérieuses, admirables, que le monde ne soupçonne même pas.

Je l’avoue, au premier abord, dès que l’on entre dans cette maison on se sent saisi au cœur d’un double sentiment de tristesse : d’un sentiment de répulsion d’abord, puis d’un sentiment de profonde pitié. De répulsion, en songeant que parmi tant de personnes de tous âges, de toute condition, de tout pays réunies ici, il n’en est pas une qui n’ait été jugée criminelle — d’un sentiment profond de pitié aussi à la pensée que toutes, quoique si jeunes pour la plupart, sont privées pour de longues et longues années, pour la vie peut-être, de toutes les joies du monde même les plus innocentes et les plus légitimes.

Et cependant, c’est là l’admirable effet de cette manne cachée, c’est qu’aux yeux des anges et aux yeux de Dieu, celles qui s’en nourrissent avec amour sont tout le contraire de ce qu’on les suppose :

On les croit coupables — Il n’en est rien. Elles le furent, il est vrai, mais depuis longtemps elles ont cessé de l’être ; et si un jour elles ont failli, depuis longtemps déjà elles ont reconquis dans les larmes et dans l’amour de Dieu une seconde innocence. Elles furent coupables, c’est vrai ! mais quelle est donc l’âme qui n’a jamais eu rien à se reprocher, et parmi celles qui sont toujours restées pures, quelle est celle qui à un moment donné n’a pas senti que si la main de Dieu ne l’avait fermement soutenue, elle était tout près de faillir, à deux doigts de sa perte. Que celui qui est debout prenne garde de ne pas tomber dit l’apôtre S. Paul (1Co. 10, 12) , et S. Jean ajoute : Si quelqu’un se dit sans péché, il est un menteur et il s’en impose à lui-même (1 Jn. 1, 8) . Oui, elles furent coupables mais Dieu ne nous demande pas ce que nous fûmes, il n’est touché que de ce que nous sommes. Il n’est rien d’avoir été pure et vertueuse si on ne l’est plus ; il n’est rien d’avoir été coupable si l’on a reconquis sa vertu. Pensez-vous qu’en enfer Judas soit moins puni pour avoir été du nombre des Apôtres ? Pensez-vous qu’au ciel S. Augustin soit moins près de Dieu, pour avoir péché dans sa jeunesse, ou Madeleine moins aimée pour avoir tant failli ? Non, non, je vous l’ai déjà dit et je le répète. Que celles qui sont restées pures par la grâce de Dieu prennent garde, je ne dis pas seulement de ne pas faillir, mais je dis même qu’elles prennent garde de ne pas se laisser devancer, car le prix de la course et la palme de la victoire ne sont pas pour celui qui n’est jamais tombé, mais pour celui qui a couru le plus loin.

[…] On vous croit coupables, et si vous êtes revenues à Dieu, si vous vous appliquez à le dédommager par votre amour aujourd’hui, de vos infidélités passées, si vous allez de temps en temps puiser dans la réception de l’Eucharistie, dans des communions spirituelles, dans vos visites au Saint Sacrement, dans votre union de cœur au Saint Sacrifice de la Messe, au lieu de ce qu’on vous suppose, vous pouvez être des âmes vraiment pures, vraiment saintes, vraiment agréables à Dieu. C’est ainsi que l’Eucharistie est vraiment une manne cachée. » (Sermon n°96, deuxième rédaction, septième sermon de la première retraite aux prisonnières de la Maison de force de Cadillac, septembre 1864, in Sermons, vol. 2 et Prêcheur de la miséricorde, textes présentés par le fr. Jean-Marie Gueulette, O.P. , éd. Cerf / Fates, Paris, 1992, p. 146-148).

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