Archives pour la catégorie Aventure spirituelle

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Louis de Gonzague

 

Dans le calendrier romain, l’été commence avec la mémoire de Louis de Gonzague, témoin mort à vingt-trois ans, tandis qu’il se dévoue auprès des pestiférés qui jonchent les rues de Rome.

Louis était né en 1568 à Castiglione delle Stiviere, près de Mantoue; c’était le premier-né du marquis Ferrant de Gonzague, héritier d’une des familles les plus connues de la noblesse lombarde.

Son père avait cherché par tous les moyens à lui favoriser une carrière militaire et politique prestigieuse, en l’envoyant à la cour du grand-duc de Toscane, puis du roi d’Espagne, dont Ferrant de Gonzague était devenu entre-temps le principal conseiller.

Enfant au caractère austère et tourmenté, Louis ne trouva pourtant la paix que dans son adhésion fermement résolue au chemin de pauvreté et de dépouillement tracé par le Christ. Au contact de la vie corrompue et fastueuse des milieux mondains où il lui fallait bien vivre, Louis réagit avec vigueur, contestant au nom de l’Évangile et par des méthodes évangéliques la société qui l’entourait.

Il avait reçu le don d’une vie de prière intense ; et comme il désirait se consacrer totalement aux besognes les plus humiliantes, il prit à dix-sept ans la décision d’entrer dans la Compagnie de Jésus, malgré l’opposition farouche de son père.

Louis renonça donc à ses titres d’héritier et se rendit à Rome au Collège des Jésuites pour se préparer aux vœux et à l’ordination sacerdotale. Dès ce moment et jusqu’à sa mort, survenue après un peu plus de cinq ans, le jeune novice consacra tout le temps que lui accordaient ses supérieurs à soigner les malades, jusqu’à brûler d’amour pour le prochain, et à retrouver son Seigneur, comme il aimait le répéter lui-même, dans le plus petit de ses frères qui avait besoin de réconfort.

«Véritablement, dit-il à l’un de ses amis, je ne sais comment faire; le P. Recteur me défend de faire oraison de crainte qu’en m’y appliquant je n’augmente mes maux de tête; et je me vois forcé de me faire bien plus de violence pour me distraire de la pensée de Dieu, que pour y rester entièrement occupé, parce que l’usage que j’ai de ce saint exercice me l’a rendu comme naturel; j’y trouve du repos, de la tranquillité et point de fatigue; cependant je ferai mes efforts pour obéir le plus parfaitement possible à ce qui m’est commandé. »[…] Plus il voulait fuir Dieu pour obéir, plus Dieu semblait le rechercher et se communiquer à lui. […] Avec une grande humilité, il disait alors à Dieu : « Éloignez-vous de moi. Seigneur, éloignez- vous ! »

Vie de saint Louis de Gonzague.

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Le dominicain Jérôme Savonarole (1452-1498)

Le 23 mai 1498, à Florence, frère Jérôme Savonarole, prêcheur dominicain, monte sur la potence ; sa dépouille sera ensuite brûlée et les cendres jetées dans l’Arno. C’est l’inéluctable épilogue d’une vie consumée par le feu dévorant de l’amour pour Dieu et pour son Règne.

Jérôme était né à Ferrare en 1452, et tout jeune homme il s’était senti appelé à dénoncer, de manière prophétique, les péchés de l’Église. Entré au couvent dominicain de Bologne, Jérôme devint un prédicateur réputé. Son constant dialogue intérieur avec son Seigneur lui laissa croire qu’il pourrait transformer, par la force de sa prédication apocalyptique, la ville de Florence, où il était devenu prieur du couvent Saint-Marc.

Frère Jérôme employait des méthodes non-violentes et centrées sur la persuasion, même si elles étaient d’une conformité à l’Évangile parfois douteuse ; il prêcha ainsi la conversion d’une société qui se disait chrétienne alors qu’elle était corrompue et loin de la logique du Règne.

Jérôme entra directement dans les politiques internationales de la Seigneurie de Florence, et ses opinions se révélèrent en opposition avec celles du Saint-Siège. Cela le mena à être excommunié en 1497. En même temps qu’il perdait les faveurs du pape, Jérôme perdait aussi celles de sa ville qui commença à mettre en doute ses prophéties.

Incarcéré, Savonarole tomba victime de ses propres faiblesses et, sous la torture, désavoua en grande partie son œuvre. Il fut condamné à mort comme hérétique et schismatique, même si sur le plan doctrinal il n’avait jamais rien prêché de contraire à la tradition de l’Église. Désormais tout près de mourir, pourtant, Jérôme composa dans sa prison d’admirables prières où il reconnaissait sa misère, s’abandonnait à la miséricorde de Dieu et de ses frères, et demandait pardon pour ses défaillances.

Savonarole mourut avec deux de ses compagnons qui lui étaient restés fidèles, en bénissant la foule accourue pour voir le spectacle de son humiliation. Sa fête est célébrée le 23 mai

Son commentaire du Miserere

Ô Dieu, tu es tout ce qui est en toi, toi qui es ta sagesse, ta bonté, ta puissance, le sommet de ta félicité ; parce que tu es miséricordieux, qu’es-tu d’autre si ce n’est ta miséricorde ? Et voici que la misère se tient devant toi, ô Dieu qui es miséricorde. Et toi, ma miséricorde, que vas-tu faire ? Ton œuvre certes, si tu ne le peux pas tu t’écartes de ta nature ? Et quelle est ton œuvre ? Supprimer la misère, relever ceux qui sont malheureux. Aie donc de moi miséricorde: Miserere mei, Deus ; supprime, ô Dieu de miséricorde, ma misère; enlève tous mes péchés qui sont le sommet de ma misère : relève ce misérable, manifeste en moi ton œuvre, exerce ta force en moi.

« L’abîme appelle l’abîme » : l’abîme de ma misère, l’abîme de mes péchés invoque l’abîme de tes grâces. Mais l’abîme de la miséricorde est plus grand que l’abîme de la misère. C’est pourquoi l’abîme comble l’abîme, l’abîme de la miséricorde comble l’abîme de la misère : « Pitié pour moi, ô Dieu, selon ta grande miséricorde. »

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Les 7 moines trappistes de l’Atlas. Martyrs ( † 1996)

Le 21 mai 1996, un communiqué du Groupe islamique armé, l’organisation extrémiste algérienne, annonce qu’a eu lieu l’exécution des sept moines trappistes enlevés deux mois auparavant au monastère Notre-Dame de l’Atlas. C’est le point final d’un itinéraire de témoignage évangélique poussé jusqu’à rendre présent l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous, au cœur de la haine qui se répand entre les hommes.

Le chemin des moines de l’Atlas avait commencé depuis longtemps, depuis 1938, par l’installation de certains d’entre eux dans la région de Tibhirine, pour témoigner, dans le silence, la prière et l’amitié discrète, de la fraternité universelle des chrétiens.

La communauté avait manqué disparaître dans les années 1960, mais elle avait connu un fort sursaut spirituel grâce à l’intervention directe de divers abbés français et aussi grâce à la direction du nouveau prieur, frère Christian de Chergé. C’est précisément ce dernier qui a laissé à la postérité des écrits de grande valeur évangélique, où transpire la makrothymia, la magnanimité de celui qui, à l’exemple de son Maître, sait désormais voir l’autre, même l’ennemi, avec les yeux de Dieu.

A ses côtés, ses frères Bruno, Célestin, Christophe, Luc, Michel et lui seront là pour partager jusqu’à la mort toute joie et toute douleur, toute angoisse et toute espérance, pour donner totalement leur vie à Dieu et à leurs frères algériens.

Lorsque les événements s’étaient précipités, ensemble, ils avaient décidé de rester en Algérie; c’est là qu’ils avaient tissé des liens étroits de dialogue et d’approfondissement spirituel avec les musulmans de la région.

La mort sanglante de ces moines a rappelé à l’attention des chrétiens d’Occident que le martyre est potentiellement présent dans toute vie vraiment chrétienne; elle a transmis à tout homme capable d’écoute la conviction que seul celui qui a une motivation pour laquelle il est prêt à mourir a une véritable motivation pour laquelle il vaut la peine de vivre.

Lecture

S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. […]

J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint. […]

Ma mort, évidemment, semblera donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste: « Qu’ils disent maintenant ce qu’ils pensent ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.

Voilà que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l’islam tels qu’il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences. […]

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet «A-DIEU» envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux’

AMEN ! Inch’Allah !

Frère Christian de Chergé. Testament spirituel.

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Les martyrs du génocide arménien (1915-1918)

La nuit du 23 au 24 avril 1915 sont arrêtés en masse à Constantinople des hommes politiques, des ecclésiastiques, des journalistes, des avocats et des gens de lettres arméniens, sous le prétexte qu’une rébellion, préméditée par tous les Arméniens résidant enTurquie, va se produire. C’est le début de ce qui sera le deuxième génocide de l’histoire, du point de vue numérique, après celui perpétré par le régime nazi contre les juifs.

Déportations massives et traitements inhumains porteront entre 1915 et 1918 à la disparition sur le chemin de l’exil et dans les sables de la Syrie 1 500 000 Arméniens. Tous ceux qui réussissent à fuir se rassembleront dans les camps de réfugiés du Moyen-Orient ou au-delà des premières montagnes du Caucase.

Même s’il n’est pas facile de défaire le nœud complexe de la foi, de l’identité nationale et de l’action politique tournée vers l’indépendance qui conduisit au génocide de leur peuple, les Arméniens révèrent comme des martyrs leurs frères qui sont morts, durant la Première Guerre mondiale, persécutés par haine de leur foi et de leur différence.

Il est de toute façon historiquement reconnu que seuls très peu d’entre eux, pour échapper à la furie destructrice des Turcs, se convertirent à l’islam en reniant la foi de leurs pères.

LECTURE

Ils nous apportèrent à manger, mais personne n’en avait plus envie. Nous étions bouleversés. Chacun racontait ce qu’il avait vécu et partageait ses peurs devant l’avenir. Nous avions cherché tout de même à nous restaurer, quand la pauvre Arménienne, déchirée par les remords pour s’être convertie à l’islam, me supplia de bénir la table, de la considérer comme celle d’un chrétien. Alors tous éclatèrent en sanglots; tous pleurèrent : hommes, femmes, enfants. Nous terminons le Notre Père en gémissant. Depuis longtemps désormais nous avions oublié le rire : c’étaient les années de la lutte et des larmes.

Grigoris Balakian, Le Golgotha arménien.

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Paul-Irénée Couturier

En 1953 s’éteignait à Lyon Paul-Irénée Couturier, prêtre catholique dont la vie est un témoignage incontestable et sincère de cet œcuménisme auquel, grâce à lui aussi, l’Église catholique s’ouvrira au cours de Vatican II.

Paul Couturier était né à Lyon en 1881. Après une solide formation scientifique, il entra au séminaire et fut ordonné prêtre. À trente-neuf ans, il fit une expérience déterminante : mû par le désir de soulager les souffrances des immigrés russes dans le pays lyonnais, il en connut la vie et la foi et se convainquit de la profonde unité qui existait déjà avec les chrétiens d’Orient.

Il approfondit sa connaissance du christianisme orthodoxe et arriva à Chevetogne, où il fut profondément touché par les écrits du cardinal Mercier et de dom Lambert Beauduin.

C’est ainsi qu’il donna vie à ce qui allait devenir la « Semaine de prière pour l’unité des chrétiens », dans la conviction que le cœur de l’œcuménisme était la prière même de Jésus : « Que tous soient un. »

Paul Couturier fut aussi à l’origine du groupe des Dombes, né pour promouvoir une meilleure connaissance entre catholiques et protestants français. Il constitua un impressionnant réseau de rapports épistolaires : moyen pour lui de tisser la trame indispensable d’amitié et d’estime entre chrétiens et de poser les fondements des grands dialogues œcuméniques.

À sa mort les messages de condoléances adressés à l’évêque de Lyon de la part de toutes les Églises chrétiennes témoignèrent de la reconnaissance unanime pour l’engagement évangélique d’un homme qui avait su donner une âme à l’oecuménisme.

Lecture

Chaque génération est appelée à se poser de nouveau la question : que faites-vous pour guérir le corps brisé du Christ ? Depuis bien longtemps, depuis des siècles, la charité, lien de l’unité, s’est effilochée. L’unité a été brisée, les chrétiens ont été séparés par la blessure du péché. Et les divisions persistent parce que la charité, dans les cœurs, est encore froide. La charité retrouvera sa flamme, sa flamme de chaleur lumineuse, dans la douleur, dans l’humilité, dans la pénitence, dans la prière, dans la supplication, dans l’ardeur et dans la persévérance de la prière. La prière, comme dit Kierkegaard, est un combat avec Dieu en qui on triomphe grâce à la force même de Dieu.

Paul-Irénée Couturier, Opuscules.

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Charles de Foucauld, modèle de dialogue

Au moment où des études récentes remettent en lumière les intuitions de l’ermite du Hoggar, ces réflexions peuvent encore éclairer nos relations avec les Musulmans que nous rencontrons.

Charles de Foucauld a profondément aimé les terres d’Islam. Il y passa la plus grande part de sa vie … Le Père de Foucauld s’appelait le « frère universel »…Et son amitié et sa prière étaient d’abord pour ses amis de prédilection, les Arabes nomades et les Touareg auxquels ils sacrifia tout. Ce fut donc en des terres d’Islam et dans une atmosphère d’Islam qu’il répondit à l’appel de Dieu sur lui.

Charles de Jésus ne semble pas s’être soucié d’entreprendre vraiment une étude objective complète de l’Islam comme tel. La pente se son esprit ne l’y portait pas. Son intelligence extrêmement concrète, donnait toute sa mesure dans l’observation précieuse des lieux et des gens, l’étude de la langue et des mœurs; et son cœur lui donnait d’abord soif de connaître et d’aimer, de connaître pour aimer, les hommes qui l’entouraient. À Beni-Abbès, son souci fut simplement de converser avec ses amis les pauvres, de les aider, de leur faire comprendre ce témoignage de foi et d’amour rendu à Dieu, et qui était sa seule raison d’être. À Tamamrasset, sa tâche fut de perfectionner toujours plus sa connaissance de la langue et des coutumes du Hoggar… Et n’est-ce point encore un témoignage de sympathie vivante et de respect, que ce désir de connaître de l’intérieur le passé et toute la richesse humaine d’un peuple ?

Si Charles de Foucauld ne rencontrera pas selon toutes ses dimensions la culture religieuse de l’Islam, il vécut donc sa vie de « frère universel » en continuel contact avec des hommes musulmans. Sans même le chercher, il pénétra de la sorte cette ambiance musulmane où baignait le comportement quotidien de ses amis.

Et dès lors, il semble possible et nécessaire de proposer une distinction. Ce serait un contresens de le transformer en « islamologue ». Il ne s’y efforça point… Mais cette sorte de connaissance par connaturalité que lui donnait son affection pour les pauvres du Sahara ou les nobles Touareg, son désir d’être, pour l’amour du Christ, leur frère et petit serviteur, lui permirent comme d’emblée de traiter avec eux dans le respect total de leur être, y compris les contours qu’un Islam, au demeurant fort élémentaire, pouvait donner à leur personnalité. Si bien que nous trouvons sous sa plume, ici ou là, des percés éclairant non point les données dogmatiques de la foi musulmane, mais le comportement concret de foi des hommes musulmans, ses amis. Son seul but était de suivre Jésus, et il sut donner, comme spontanément, à sa présence en ces terres d’Islam, un style de vie qui pouvait la rendre compréhensible. Amitié désintéressée, respect de l’autre, sens aigu de justice et d’honneur, pauvreté voulu, style de dépouillement qui centrait tout sur Dieu seul, de telles valeurs. C’est au plus profond de sa foi chrétienne qu’il en trouvait d’abord l’inéluctable exigence. Mais c’est tout cela qui le rendit si cher à ses voisins touareg, si conforme à ce que ces nomades berbéro-musulmans pouvaient attendre de leur « grand ami le marabout Charles »

La vie de Charles de Jésus dans les terres musulmanes du Sahara est un grand témoignage de ce qu’un amour désintéressé et vigilant peut drainer de compréhension vraie. Amour scellé d’intelligence. C’était là sa tâche de « petit serviteur », et c’était une tâche de choix, puisque « au soir de cette vie, c’est sur l’amour que nous serons jugés. »

Charles de Jésus n’est pas un maître en islamologie. Mais il est peut-être bien, par ce que fut sa vie, sa soif de l’Unique Seigneur, et son don aux hommes ses frères, l’un des meilleurs guides que puisse prendre un islamisant chrétien, s’il veut que corresponde à ses recherches d’érudit une attitude intérieure digne de les vivifier. La finalité de telles recherches est d’ordre intellectuel certes, mais peut-être requièrent-elles à leur tour un souci et un respect de l’autre, – ici la pensée et la culture qu’il faut pénétrer- où se retrouve, au service de la même vérité et du même amour, comme un répondant de l’attitude évangélique de Charles de Jésus en ces terre d’Islam qu’il aima.

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Janani Luwum et ses compagnons

L’archevêque Janani Luwum, archevêque et martyr anglican, était adversaire implacable d’Idi AMIN, qui l’a fait assassiner. 

A partir de 1956, Luwum a travaillé comme prêtre de paroisse. Il a été élu évêque de l’Ouganda du nord en 1969, et en 1974 il a été choisi archevêque de l’Ouganda, du Rwanda, du Burundi et du Boga-Zaïre. Il a confronté les injustices et les atrocités du régime d’Amin presque immédiatement, d’abord par les remontrances privées, et enfin dans un discours à la radio à Noël, en 1976. Le sermon a été censuré avant qu’il ne puisse terminer. Luwum a menacé de convoquer une démonstration publique, et pendant un certain temps, les catholiques et les protestants étaient d’un front uni derrière lui – un accomplissement rare dans l’Ouganda, pays très diversifié sur le plan religieux. 

Amin a réagi rapidement et sans merci, et la maison de Luwum a été saccagée. Les évêques anglicans ont répliqué par une dénonciation cinglante des abus d’Amin. Luwum a été détenu et a été questionné par Amin lui même. Deux jours plus tard, Luwum a été accusé de sédition et de trafic d’armes alors qu’il participait à un grand rallye public à Kampala. Cet événement a donné l’excuse voulue pour une deuxième arrestation, et à la fin de la journée, Luwum était mort. La cause de sa mort est donnée comme “accident de voiture,” mais il a été révélé par la suite que Luwum et deux autres ministres du gouvernement ont été tués par coup de feu par ordre d’Amin. Luwum a immédiatement été accepté comme héro de la résistance à la tyrannie, et il y a eu de nombreux efforts dans l’église anglicane de le reconnaître comme saint. 


Norman C. Brockman

Bibliographie:
Ewechue, Ralph (éd.). Makers of Modern Africa [Les créateurs de l’Afrique moderne] 2ème édition. London: Africa Books, 1991.


Lecture supplémentaire: 
Ford, Margaret. Janani: The Making of a Martyr [Janani: la vie d’un martyr] (1978).


SOURCE : http://www.dacb.org/stories/uganda/f-luwum_janani.html

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Jean van Ruysbroeck

Jean van Ruysbroeck, chanoine régulier de l’église Sainte-Gudule à Bruxelles, meurt à quatre-vingt-huit ans, le 2 décembre 1381 ; il était moine de Groenendael.

Jean naquit près de Bruxelles, au village de Ruysbroeck. Sans avoir fréquenté les universités de son temps, il acquit pourtant une solide culture. Du reste, il éprouvait peu d’attrait pour les spéculations scolastiques; aux discussions sur Dieu et sur l’âme humaine, il préférait l’expérience spirituelle et la psychologie de la vie intérieure. Sa lecture assidue des Écritures et des Pères, unie à un solide équilibre humain, lui évita toute déviance hors de la voie de l’Évangile dans ses écrits mystiques.

Ordonné prêtre en 1517, Jean fut chapelain à Bruxelles vingt-six années durant ; c’est alors qu’il communiqua un vif désir de vie intérieure à ses paroissiens, composant pour leur usage divers ouvrages de spiritualité d’une très grande valeur, parmi lesquels il convient de noter son chef-d’œuvre. Les noces spirituelles.

Quand la vie dans la cité lui devint éprouvante, à la fois à cause du fanatisme de pseudo-prédicateurs qui dévoyaient les fidèles, et parce que le clergé s’embourgeoisait honteusement, Jean se retira avec cinq compagnons à Groenendael, dans la campagne belge, pour partager avec eux une vie de pauvreté et de prière. Il y exerça un fécond ministère de paternité spirituelle et y rédigea d’autres ouvrages d’une haute mystique.

Son expérience de la vie en retraite, toute tendue vers la rencontre de Dieu dans la prière et l’accueil de la nouveauté qui ne cesse de naître de la relation d’amour que le croyant entretient avec Dieu, sera une des principales sources d’inspiration de la devotio moderna.

UN TEXTE DE JEAN VAN RUYSBROECK DANS NOCES SPIRITUELLES

Le Christ dit donc d’abord : « Voyez. » Pour atteindre à cette vision surnaturelle par des exercices intérieurs, trois choses sont nécessairement requises. La première est la lumière de la grâce divine sous un mode plus élevé que ce qu’on en peut éprouver dans la vie active et extérieure dépourvue de zèle intime. La seconde est le dépouillement des images étrangères et de tout ce qui peut retenir le cœur, afin de se rendre libre, de se dégager de toute image, de toute préoccupation, de tout souci du côté de toutes les créatures. Le troisième point est une libre conversion de la volonté, toutes les puissances se recueillant, celles du corps comme celles de l’âme pour s’affranchir de toute affection déréglée, et refluer au sein de l’unité de Dieu et de l’unité de l’esprit, afin que la créature raisonnable puisse atteindre le sommet de l’unité divine et la posséder surnaturellement. C’est pour cela que Dieu a créé le ciel et la terre et toutes choses, et c’est pour cela qu’il s’est fait homme, nous laissant sa doctrine et sa vie, et se faisant Lui- même la voie de l’Unité. Il est mort, lié par l’amour, II est monté au ciel et nous a ouvert l’accès à cette même Unité, par laquelle nous pouvons posséder la béatitude éternelle.

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« Demain sera mon jour de danse »

À la dérobée, en longeant les murs, la danse s’introduit dans la liturgie et la prière. Elle est bien timide, la petite. Elle a peur des gros yeux qui la guettent pour la traquer. N’ose-t-elle pas exalter le corps dans une activité hautement spirituelle? Ne réveille-t-elle pas les vieux démons de la sensualité et de l’érotisme devant Dieu, le très pur?

Et pourtant, les danses sacrées sont vieilles comme le monde. Dans des cultures moins froides que la nôtre, elles occupent une place honorable. Au Zaïre, le cortège des ministres (y compris, le prêtre!) s’avance en se dandinant au rythme du chant d’entrée. Le Gloire à Dieu est accompagnée d’une danse de la chorale et du président de la célébration autour de l’autel. Tous les chants sont exécutés en balançant le corps et en frappant dans les mains.

Même chose dans la vieille tradition juive. Qu’on pense seulement au roi David au moment où l’Arche de Dieu entre dans Jérusalem: «David et tout Israël dansaient de toute leur force devant Dieu, accompagnés de chants, de cithares, de harpes, de tambourins, de cymbales et de trompettes.» (l Chroniques 13, 8). Les malades et les éprouvés veulent retrouver la joie de danser: «Fais que j’entende les chants et la fête: ils danseront, les os que tu broyais» (Psaume 50, 10). Et c’est même à Dieu qu’on attribue le bonheur de danser: «Tu as changé mon deuil en une danse. (Psaume 29, 12)!

Dans l’adaptation de la Liturgie des Heures pour les pays francophones, on nous propose comme hymne un poème de Sydney Carter. On le trouve dans Prière du temps présent à la page 1149 et dans le premier tome de Liturgie des Heures à la page 1268. Tiré du Oxford Book of Carols et traduit par Dom Jean Leclercq, cet hommage à la danse du Seigneur s’intitule: Demain sera mon jour de danse.

Dom Leclercq commente: «Qu’on l’entende bien: il ne s’agit nullement ici d’exaltation continue, d’excitation au plaisir facile, mais de cette exultation tout intérieure, de cette calme joie qui vient de Dieu, de la certitude de lui être uni, quoi qu’il se passe en nous, autour de nous, pourvu que nous demeurions orientés vers lui comme l’aiguille de la boussole, et que notre attention reste nourrie de sa parole.»

Dom Leclercq. Le défi de la vie contemplative, Paris, Duculot/Gembloux/Lethielleux, 1969, page 152

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Élisabeth de la Trinité

Le 8 novembre, l’Église catholique fait mémoire d’Elisabeth Catez, mieux connue sous le nom d’Elisabeth de la Trinité.

Née en 1880 à Avor, près de Bourges, Elisabeth passe son enfance à Dijon. Elle avait un caractère difficile et la mort de son père quand elle n’était encore qu’une petite fille la marqua profondément. Elle eut une jeunesse tourmentée. En conflit avec sa mère qui s’opposait à sa vocation religieuse, l’adolescente devint une excellente pianiste et fréquenta les milieux de la haute société, sans jamais perdre son grand attrait pour la vie intérieure.

Elisabeth s’engage au Carmel à vingt et un ans pour y vivre radicalement l’appel à entrer dans ce qu’elle-même appelle « la cellule du cœur », destinée à devenir demeure de la Trinité. Sa vie monastique ne fut rien d’autre que la recherche de l’inhabitation de Dieu dans son cœur : et c’est dans son cœur, dans sa conscience, qu’Elisabeth tenta d’offrir un lieu maternel où l’Esprit en elle puisse engendrer le Verbe.

Atteinte par une forme sévère de tuberculose, elle vécut la dernière année de sa vie dans d’atroces souffrances. Mais c’est durant cette période très douloureuse et angoissante précisément qu’Elisabeth trouva enfin la paix à laquelle elle avait tant aspiré. Assidue à lire les Écritures, surtout les lettres de saint Paul, elle réussit à faire de sa croix un chemin d’amour sans réserve : en témoignent ses notes de Retraites, rédigées peu avant sa mort.

Elisabeth est morte le 8 novembre 1906, à vingt-six ans à peine, en murmurant ces dernières paroles : « Je vais vers la lumière, vers l’amour, vers la vie. »

LECTURE

« Demeurez en moi. » C’est le Verbe de Dieu qui nous donne cet ordre, qui exprime cette volonté.

« Demeurez en moi. » Non pas pour quelques instants, quelques heures qui doivent passer, mais demeurez d’une façon permanente, habituelle. « Demeurez en moi », priez en moi, adorez en moi, aimez en moi, souffrez en moi, travaillez, agissez en moi.

« Demeurez en moi » pour vous présenter à toute personne ou à toute chose ; pénétrez toujours plus avant en cette profondeur. C’est bien là vraiment la
« solitude où Dieu veut attirer l’âme pour lui parler » comme le chantait le Prophète. Mais pour entendre cette parole toute mystérieuse, il ne faut pas s’arrêter pour ainsi dire à la surface, il faut entrer toujours plus en l’Être divin par le recueillement. « Je poursuis ma course », s’écriait saint Paul. Ainsi nous devons descendre chaque jour en ce sentier de l’abîme qui est Dieu. Laissons-nous glisser sur cette pente dans une confiance toute pleine d’amour. « Un abîme appelle un autre abîme. » C’est là, tout au fond, que se fera le choc divin, que l’abîme de notre néant, de notre misère, se trouvera en tête à tête avec l’abîme de la miséricorde, de l’immensité du tout de Dieu ; là que nous trouverons la force de mourir à nous-mêmes et que, perdant notre propre trace, nous serons changés en amour. « Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur. »

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