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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Un jardin d’amour

Qu’est-ce qu’aimer ? Wikipédia dit que c’est de ressentir  « un sentiment intense d’affection et d’attachement envers un être vivant ou une chose qui pousse ceux qui le ressentent à rechercher une proximité physique, intellectuelle ou même imaginaire avec l’objet de cet amour. »

Pour nous chrétiens, l’amour constitue le moteur de notre vie. Enfin, il le devrait puisque Dieu se résume à la source de l’Amour. L’Eglise a d’ailleurs conduit la civilisation vers une généralisation des mariages d’amour entre deux êtres. C’était une révolution dans l’histoire, car, de tout temps, on se mariait surtout pour des questions d’arrangements matériels. Le médiéviste Michel Zink nous apprend que, dès le Moyen Age, l’Eglise encourageait les mariages d’amour « par conviction, elle considérait que les époux devaient se choisir et s’aimer. »

L’Eglise, qui n’est pas toujours perçue comme émancipatrice, a pourtant eu ce rôle majeur à jouer dans l’émancipation des êtres par l’amour conjugal. Elle a ouvert pour chacun des futurs époux le droit au consentement, à la liberté de choisir celui avec qui partager sa destinée ! L’amour qui rend libre ! Une avancée remarquable et qui indique la place importante que doit prendre alors l’amour qui passe désormais au-dessus de l’intérêt pécunier.

En frayant dans les coulisses du catholicisme, si vous tendez bien l’oreille, vous entendrez  que l’amour n’est pourtant pas une question de « sentiment ». Il est par ailleurs normal qu’après quelques années l’amour ne soit pas « ressenti ». On dit que l’amour est une décision quotidienne, un choix. Ce n’est plus une question de cœur qui bat et qui frissonne, mais de profondeur d’amour.

Dire qu’il ne s’agit plus de sentiment est pourtant un abus de langage. Deux êtres qui prolongent leur chemin ensemble et marchent l’équivalent du GR5 d’une vie ne peuvent omettre de s’appuyer sur leurs sentiments puisque l’homme est un être de sens. Ce sont ses sens qui lui permettent de rester vivant, de percevoir et d’interpréter le monde ainsi que de goûter la vie. Comment pourrions-nous faire abstraction du sentiment dans la vie conjugale ?

L’amour conjugal comporte plusieurs étapes. Bien des gens en demeurent à la première, celle si grisante et si visible du sentiment amoureux qui nous trouble en présence de l’être aimé. Mon grand-père parlait alors du « voile » que les amoureux ont devant les yeux à ce moment. Mais le voile finit toujours par tomber ! On découvre alors l’autre tel qu’il est. C’est alors que débute le véritable amour car on construit  avec la personne réelle : ses forces et ses faiblesses.

Pourtant, les sentiments doivent continuer de faire partie de la vie conjugale. Différents, certes, mais tel un thermomètre de la vitalité du couple. Si un couple ne ressent plus rien, c’est tout de même un signe de danger conjugal. Car le quotidien est prétexte à démontrer à l’être aimé qu’on l’apprécie. Ce sont les gestes, les mots qui permettent de faire ressentir à l’autre qu’on l’aime. Il faut donner à l’autre à « voir » l’amour. Ce peut simplement être en le regardant, en exprimant à l’autre la tendresse que nous éprouvons à son égard. Ce sont aussi les mots que l’on donne à entendre et qui expriment ou qui devraient exprimer tout le bien que nous éprouvons pour lui.

Ce sont les caresses qui confirment à l’autre qu’il existe pour nous. Le toucher est un sens important qui permet de sécréter de l’ocytocine, l’hormone de l’amour. Comme quoi tout est lié ! Le toucher apaise le stress et renforce le système immunitaire. Enfin, n’omettons pas ce qui échappe aux sens mais qui toutefois se ressent : les gestes de bonté, d’attention qui donnent à l’autre de ressentir qu’il est aimé, qu’il compte pour nous.

 Ce que nous ressentons, donc, est donc important durant toutes les phases de la vie affective partagée. Le mariage n’est jamais un contrat que l’on signe et où l’on n’a plus rien à faire pour entretenir l’amour. Il s’agit d’un jardin que l’on cultive avec soin. Il donne ses fruits malgré les pluies, les vents, les orages. A nous de faire briller le soleil !

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Le temps perdu est de l’amour gagné

 

Beaucoup de statistiques jalonnent les études sur les couples, sur l’amour, sur la durée du mariage, sur le nombre d’enfants…Et chacun de tirer des conclusions selon le point de vue qui est le sien : « C’était mieux avant, car on avait des repères » ou… « Le monde a changé, il faut évoluer avec lui… » Ces réponses n’aident en rien les jeunes qui avancent vers demain. Cela ne répond en rien à leur soif d’aimer. Peut-être les formes ont-elles changées mais le besoin d’aimer ne s’éteint pas. Comment s’unir « durablement » à l’autre ? Comment s’engager dans une relation ? Comment oser la famille ?

On utilise beaucoup les arguments intellectuels pour instruire les jeunes. On leur donne des cours de sexualité à l’école pour la prévention. On les aide à planifier leur avenir en les incitant à être raisonnables car les « temps sont durs » ! Et il ne faudrait pas mettre un enfant au monde aujourd’hui, ce monde se meurt…

Et si au lieu des chiffres, on laissait les artistes parler d’amour. La Fontaine ne disait-il pas :

-Tout l’univers obéit à l’Amour; – Aimez, aimez, tout le reste n’est rien.

Saint-Exupéry, à travers une fable merveilleuse passe à travers un petit prince pour nous raconter sans doute les plus belles pages d’amour. A l’adulte qui compte et recompte le temps économisé : cinquante-trois minutes…

– Moi, se dit le petit prince, si j’avais 53 minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine.

Quand on aime on ne compte pas, dit le proverbe. Le petit prince nous invite à laisser s’écouler le temps, à savourer l’instant et le plaisir. C’est aussi cela l’amour : perdre du temps à s’en délecter sur des petits riens qui remplissent de sens nos sens. Car l’amour donne un sens à tout. Le petit prince poursuit son enseignement:

-Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c’est doux, la nuit, de regarder le ciel.

L’amour, avant que de tristes sires venus de planètes à calcul ne le transforment en chiffres, est avant tout un bonheur que l’on traîne en soi, quelque part dans son cœur. L’amour, c’est l’apprivoisement d’un renard, c’est du temps « gaspillé » pour une rose bien capricieuse par moment, qui demande bien des soins. L’amour, c’est du temps perdu. Mais combien notre âme gagne à aimer !

S’il n’y a pas de recettes pour aimer toute une vie, certaines attitudes nourrissent davantage l’amour. Bien avant une hypothèque, les jeunes couples devraient placarder cet art de l’amour au seuil de leur demeure :

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix!
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.
Là où il y a la discorde, que je mette l’union.
Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.
Là où il y a le doute, que je mette la foi.
Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
O Seigneur, que je ne cherche pas tant
À être consolé…qu’à consoler
À être compris…qu’à comprendre
À être aimé…qu’à aimer
Car
C’est en donnant…qu’on reçoit
C’est en s’oubliant …qu’on trouve
C’est en pardonnant…qu’on est pardonné
C’est en mourant…qu’on ressuscite à l’éternelle vie »

Saint François d’Assise

Trop longtemps, on a déclaré qu’il fallait être raisonnable aux jeunes épris d’amour. Mais, le cœur n’a-t-il pas ses raisons que la raison ne connaît point ? Jeunesse, Ronsard le disait, n’attendez point :

– Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

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Une vie de liberté


Récemment, alors que je discutais avec de jeunes femmes ayant un ou deux enfants, l’une d’elle me lance -à moi qui en ai huit: « Personnellement, je ne voudrais pas tant d’enfants, car j’ai besoin de vivre ma vie de femme… » Ce n’était pas la première fois que j’entendais cette réflexion et cela me fit sourire. Car de mon côté, j’ai bien l’impression de vivre ma vie de femme. Heureusement que nous ne sommes pas limités à un rôle. Je suis femme, je suis épouse, je suis mère, je suis citoyenne, je suis enseignante. Je pense exercer chacun des rôles qui composent ma condition. Femme est l’hyperonyme de tous les autres termes qui composent ma vie. Et au-delà de ce terme, je suis un humain.

Cette famille nombreuse étonne bien souvent les gens. Et c’est bien vrai que c’est assez inhabituel. Je pense que plusieurs croient que c’est pour une question, au choix, de religion, de manque d’ambition, d’une conception traditionaliste du rôle de la femme que j’ai eu tant d’enfants. Non, ce désir est né de la liberté et de l’amour.

« C’est vrai que c’est exigeant, ai-je répondu à cette jeune femme. Mais je ne pouvais imaginer une vie autre qu’une maison remplie de cris d’enfants, de parfum de gâteaux au chocolat, d’empreintes de doigts sur les murs, de grandes tablées et de cette joie si particulière aux jeunes enfants qui s’enthousiasment pour un simple repas de crêpes ! »
Je dis souvent que si j’avais été passionnée de musique et dédiée à un instrument, j’aurai vécu en tournée à faire des concerts partout autour du monde. Mais ce qui me passionnait, moi, c’était l’éducation des enfants. J’ai étudié pour devenir enseignante. Et, un jour, j’ai rencontré, dans une pastorale universitaire, un jeune homme avec beaucoup d’esprit qui lui aussi désirait avoir une grande famille.

Ces huit enfants sont la concrétisation de ce projet commun. Il est vrai qu’au départ nous n’en voulions « que » quatre. Tous sont les fruits de ce désir qui nous unit et c’est sans doute le plus bel accomplissement que j’aurai réalisé sur Terre. Quand je les regarde, je découvre une cathédrale avec ses merveilleux vitraux, ses voûtes d’ogives, ses fresques sur le plafond, ses cierges, sa nef… C’est l’œuvre d’une vie à deux ! Chacun de ces enfants est unique. Aucun ne ressemble exactement à l’autre. Chacun suit le chemin qui lui ressemble ! La plus jeune de onze ans réclame déjà son unicité quand nous lui disons qu’elle nous fait penser à l’une ou l’autre de ses sœurs. Pourtant, une empreinte en filigrane semble lier chacun d’eux. On ne peut passer à côté du fait qu’ils sont, petits et grands, de la même famille. Dans chacun, je découvre un peu de mon mari, un peu de moi et une grosse dose de ce qui les rend unique.

On pense alors à ces champs de lis que Jésus décrit, «je vous dis que Salomon lui-même, au sommet de sa gloire n’était pas habillé comme l’un d’eux. » Ces lis que j’imagine de différentes couleurs comme preuve de la générosité de Dieu pour le monde.

Je ne crois pas que mes enfants auront l’idée d’avoir tant d’enfants ! Peut-être parce qu’ils ont vécu ce bonheur avec aussi ses limites ! Avoir une famille nombreuse n’est pas un objectif en soi. Il y a tant de façons de vivre sa vie.

L’aînée de mes filles qui se distingue beaucoup de moi -et que j’adore- me partageait ce matin une de ses lectures « Les cinq langages de l’amour ». Quelle ne fut pas ma surprise puisque ce livre, je l’ai lu moi aussi il y a une quinzaine d’années. Ainsi, j’étais heureuse de constater qu’elle soignait aussi son couple, qu’elle avait à cœur de vivre d’amour ! Sa vie poursuivra une route bien différente de la mienne, et comme ces jeunes femmes, elle se dira sans doute « j’ai besoin de vivre ma vie de femme ! ». L’important est d’écouter cette voix de liberté intérieure, cette liberté à laquelle Dieu n’est pas étranger.

Nous pourrions citer Saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. » La question qui devrait tous nous tenailler quand vient le temps d’orienter notre vie est la suivante : comment, par ma vie, je peux mieux aimer ?

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Le temps et rien d’autre

 

Le temps et rien d’autre
Le temps, le temps, le temps et rien d’autre ; le tien, le mien, celui qu’on veut nôtre.
Le temps passé, celui qui va naître. Le temps d’aimer et de disparaître, le temps…
-Aznavour

C’est l’histoire de Paulette. Elle avait un cœur d’or, Paulette ! Elle mettait tout son cœur à la tâche ! Voici donc le récit de sa vie :

Paulette est née dans les années trente dans une famille de treize enfants. Un papa alcoolique. La misère à la maison. Des frères aînés qui partent travailler pour envoyer de l’argent à la famille afin qu’elle puisse manger, afin que les plus petits puissent faire des études et avoir un métier. Cela a dû la marquer, Paulette, qui a pu, grâce au sacrifice de ses frères, devenir infirmière.

Paulette a donc décidé de faire honneur à la chance qui lui a été faite de pouvoir gagner sa vie dignement. Elle s’est donné corps et âme à son métier, mais aussi aux possibilités de mettre de côté de l’argent, par sécurité en cas de jours difficiles. Ou pour aider ses proches en mauvaise posture.

Entre-temps, elle s’est mariée. Elle a eu deux fils. Deux fils qu’elle chérissait plus que tout ! Un bon mari également, qui a assuré à la maison. Il travaillait à la manufacture et rentrait du travail plus tôt que Paulette. Paulette, elle, ne ratait jamais une journée de boulot. C’est tout à son honneur. Et elle était toujours de remplacement par peur de manquer l’occasion de faire un peu de rentrée d’argent…Et on dépensait peu à la maison, car on avait peur de manquer aussi.

Paulette n’a pas manqué d’argent. Elle y a peu touché. Mais elle a été toute sa vie généreuse envers les autres. Si un de ses frères ou une de ses sœurs « manquait », elle y pourvoyait ! Donc, je ne dresse pas le portrait d’une personne sombre à travers ces lignes…Il s’agit bien plutôt d’une personne bonne, avec un cœur à la bonne place.

Pourtant Paulette qui n’a pas manqué d’argent, a manqué bien autre chose… Elle a manqué presque tous les Noël en famille, presque tous les anniversaires de ses proches… Elle a sacrifié beaucoup de fin de semaine et bien des soirées…

Ce n’est pas moi qui la juge ! C’est elle qui me l’a dit, un jour à l’hôpital, alors que je lui rendais visite. Car Paulette a pensé toute sa vie qu’un jour elle profiterait de la vie à sa retraite. Mais sitôt à sa retraite, elle est tombée bien malade. Elle m’a dit, lors de ma visite : « Tu vois, j’aime tellement l’hôpital que j’y retourne aussitôt sortie ! » Elle ne manquait pas d’humour, ma tante !

Elle avait à côté d’elle le nouveau Testament aux éditions TOB à la couverture rouge en carton souple. Et elle revenait sans cesse sur un passage, celui de Luc 12,16-21 :

« Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.” Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

– Mais voyons, tante Paulette, me récriais-je, toi, tu n’es pas du tout comme cet homme riche. Tu n’as pas amassé par avidité ! Tu l’as fait, parce que tu voulais vous protéger. Et tu as tellement aidé de monde autour de toi…Et tu t’es occupée avec amour de tant de malades !

– Vois-tu, Caroline, me dit-elle, je ne regrette aucune aide que j’ai pu apporter autour de moi. Cela sera mon visa d’entrée de l’autre côté : je sais que je n’ai pas mal utilisé cet argent. Mais j’ai fait pire ! J’avais le plus grand trésor, ma vie, et je l’ai passée à viser autre chose que l’essentiel… Il y a bien des fois où j’aurais pu dire non et passer du temps à la maison. Mais à cause de mes peurs, je n’arrivais pas à lâcher prise…Des fois, j’avais envie de pleurer au travail en pensant aux miens qui fêtaient Noël à la maison : j’aurais voulu être là ! Bien sûr, c’était bien que des fois, ce soit moi qui prenne les Noëls, ça dégageait les autres. Mais de tous les prendre, ou presque, a été une folie ! J’ai aimé mon métier, là n’est pas la question… Mais, je n’ai pas équilibré ma vie. J’ai tellement pensé que je me rattraperais dans mes vieux jours… Je n’ai pas manqué d’argent, mais j’ai passé ma vie à manquer de temps. Et tu sais… quand on arrive au bout de nos jours, ce qu’on regrette le plus, c’est le temps où on n’a pas été avec nos proches…J’ai eu un bon mari ! Je l’ai bien négligé… J’ai eu deux trésors d’amour que je n’ai pas vu grandir… Toi, ne fais pas comme moi…Occupe-toi de l’essentiel : l’amour… »

Tante Paulette est partie peu après cette rencontre. J’étais encore une jeune fille. J’ai bien écouté son message. Je n’ai pas manqué de temps. Je peux dire que grâce à elle, j’ai été à l’essentiel… Mais, la vie étant en soi condamnée à être imparfaite, je n’ai rien amassé. Du regret ? Non ! Malgré tout, je n’ai que de la reconnaissance et beaucoup de gratitude : merci tante Paulette…

 

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Il était une fois l’amour

« Il était une fois » : voici comment commencent certaines histoires d’amour tant elles tiennent du roman. Ces histoires unissent bien souvent des individus ordinaires. Mais leur foi en une cause commune vient apporter une dimension extraordinaire à leurs sentiments amoureux.

Lucie et Raymond Aubrac, résistants durant la seconde guerre mondiale font partie de ces légendes. Lucie a délivré trois fois son mari de la prison. Ils ont poursuivi leur engagement pour délivrer leur pays durant la guerre. Et leur lutte n’a jamais cessé par la suite, s’occupant en 1996 des sans-papiers. Leur histoire est lumineuse ! Claude Berri en a tiré un film.

Frédéric Ozanam, fondateur de la société Saint-Vincent de Paul, est plus connu que son épouse Amélie. Pourtant leur mariage les a conduits à une charité toujours plus grande, leur amour mutuel les a grandis tous les deux. Un amour qui dépasse le cadre de leur couple et donne fruit en dehors de la sphère domestique dédié au don de soi pour les plus fragiles.

On ne peut passer sous silence l’histoire qui a uni la chirurgienne Lucille Teasdale et le pédiatre Piero Corti. Ils joindront l’hôpital Sainte Mary en Ouganda en 1961 et passeront le reste de leur vie à soigner la population. Ils lutteront notamment contre le fléau du sida qui emportera la chirurgienne en 1996. Un amour ardent qui se transforme en cause, celle de sauver les autres de la misère humaine.

L’amour en dépassant le cadre conjugal et en se tournant vers l’amour des plus faibles porte toujours une force irradiante. Nous connaissons tous des couples dont l’amour débordant les a conduits à accomplir des projets dont nous sommes tous édifiés bien que ces actions semblent plus modestes que les couples héroïques évoqués plus haut. Ce peut-être ce couple qui a adopté des enfants handicapés ou cet autre qui sort les soirs d’hiver pour donner la soupe populaire aux gens de la rue. Parfois, c’est aussi simplement ce foyer dont la porte est toujours ouverte sur les autres et dont la maison ne désemplit pas car on s’y sent bien. On y partage un repas, on vient y trouver une oreille pour les joies et les peines. On y sent la vie qui s’imprègne d’humanité.

Notre vie n’a de sens que si elle nous unit aux autres. L’amour s’y déploie, à l’aise. Et c’est souvent ce qui assure une continuité à l’amour des débuts car celui-ci a besoin de porter des fruits pour exister et « résister » au temps.

On cherche parfois en vain les recettes miracles pour entretenir le couple qui s’essouffle : l’amour se nourrit de l’amour. L’amour donné, multiplié, partagé. Et le voilà qui se renforce et se déploie encore plus grand. Jésus, dans Jean 15 :13 dit « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » L’amour est donc ce qui ne se thésaurise pas pour l’entre soi mais bien ce qui nous porte vers le prochain.

Vaste programme que d’aimer !

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Et Jésus l’aima

 

Y a-t-il une façon d’aimer mieux que les autres quand on est catholique ? Aime-t-on davantage son époux parce qu’on croit en Jésus ? Se sépare-t-on moins quand on est catholique ? On aimerait tellement mettre des statistiques partout et prouver, se prouver (?), que le choix que l’on fait est tellement mieux que celui des autres. Et ainsi, grâce au chemin choisi, bénéficier d’avoir plus de chance de rester ensemble. Pour rajouter une couche d’assurance, on est prêt à écorcher au passage tous ceux qui sont différents et qui sont bien à plaindre car les statistiques jouent contre eux : plus de divorces chez les non-croyants…

Pourquoi tenons-nous de tels discours si ce n’est pour, au fond, nous rassurer… En analyse transactionnelle, Eric Berne identifie des scénarios de vie dans lesquels certains sujets se construisent en pensant « je suis OK et les autres ne le sont pas ». Les autres ont donc tort et moi raison ! Cette attitude amène chez le sujet un certain sentiment de mépris et de supériorité. Pour le psychiatre, le meilleur scénario est « je suis OK et les autres le sont aussi ! ».

Saint Paul nous dit : « Si je n’ai pas l’Amour, je ne suis rien. » Et ces paroles nous renvoient à l’essentiel : J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel,
si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères
et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés,
j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. L’amour prend patience; l’amour rend service; l’amour ne jalouse pas; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil; il ne fait rien de malhonnête; il ne cherche pas son intérêt; il ne s’emporte pas; il n’entretient pas de rancune; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais. »

Autrement dit, j’aurai beau être un super chrétien qui suis tout à la lettre, si je juge, si je me vante, si je me gonfle d’orgueil, si je me réjouis du mal qui arrive aux autres en pensant que moi je fais de meilleurs choix puisque je suis croyant, je passe à côté du message du Christ, car je n’ai rien compris à l’amour… je ne suis donc rien…

Voilà qui nous remet à notre place ! En suivant Jésus, nous ne devons en aucun cas nous sentir meilleurs que les autres. Nous sommes les mêmes humains que le reste de l’humanité, ni mieux, ni pire… Et comme Etty Hillesum, nous ne devons pas vouloir être exclus du peuple entier, mais être parmi lui. Nous fondre en lui.

A quoi cela sert-il alors d’être chrétien si on ne peut pas briller mieux que les autres et se dire qu’on a raison ? Cela sert à avoir la force de chercher l’amour partout et en tout. Aimer, c’est regarder chacun avec bienveillance comme Jésus qui pose son regard sur le jeune homme riche qui cherche la vie éternelle. Le jeune homme repart triste car il n’arrive pas à se détacher de ses biens. Pourtant, Jésus l’aime en dépit du fait qu’il n’arrive pas à le suivre.

Tant bien que mal, nous cherchons à suivre Jésus. Y arrivons-nous toujours ? Non, et c’est humain ! Nous sommes en chemin. Nous n’avons pas à nous mesurer, nous n’avons qu’à essayer de mieux aimer. Jésus savait rabattre le caquet à tous les coqs qui se sentaient supérieurs aux autres « que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. » Les bienpensants sont alors repartis fissa. Ils ne devaient pas se sentir très fiers. C’est ainsi pourtant ! « Qui veut s’élever, sera rabaissé ! »

En tant que chrétien, nous disposons de belles ressources pour cultiver l’amour, des pistes pour mieux vivre la vie conjugale. C’est précieux. N’hésitons pas à avoir recours à ces précieux conseils de sagesse. Mais gardons-nous de nous prétendre au-dessus du lot humain. Ce n’est pas parce que nous avons les outils que savons les utiliser… Et cela ne sous-entend nullement que les autres ne disposent d’aucune ressource.

Partons, en cette nouvelle année 2019, à la quête de l’amour véritable. Celui qui nous aide à poser notre regard sur l’autre et à l’aimer.

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Je L’aime, lui pas

 

Qui s’assemble se ressemble dit le dicton. Les « croyants » épousent les « croyants » et les « athées » épousent les « athées ». J’ai moi-même rencontré mon mari à la pastorale universitaire et tout naturellement, nous avons partagé notre vie et notre foi chaque jour depuis à travers le cycle des quatre saisons.

Mais la vie ne se limite pas à nos regroupements trop humains. Et Cupidon décoche parfois ses flèches pour qu’elles atteignent des cibles fort disparates. Sans cela, ce serait moins drôle ! Ainsi, dans le jeu des associations, on peut associer tant de diversités ! Une catholique avec un protestant. Un musulman avec une catholique. Une agnostique avec un fervent croyant … Il arrive donc parfois que l’archerot couple deux personnes où l’un croit et l’autre pas.

Comment vivre sa foi quand celle-ci nous tient aux tripes et que nous faisons cavalier seul dans le couple sur ce chapitre ? La première des règles est le respect et l’écoute de l’autre. Jeanne, jeune maman, va à la messe seule avec ses trois enfants. Son mari ne vient pas. Souhaiterait-elle qu’il « se force un peu » pour les accompagner ? « C’est vrai, dit-elle, que lorsque je vois les autres couples partager ces moments ensemble, j’ai un pincement au cœur. Mais je ne serais pas heureuse qu’il vienne à la messe pour me faire plaisir. J’aurais l’impression d’une malhonnêteté d’apparat ! J’aime que chacun de nous soit authentique. Et j’ai pleinement choisi cet homme dans ma vie. Il ne croit pas, mais je perçois en lui des pages d’Evangile. Ses réflexions sont un enrichissement pour ma foi, voire un stimulant ! »

Les chemins sont diverses. Plus douloureux est la route lorsque de deux croyants unis, l’un des deux abandonne la pratique de la foi. Pourtant, les saisons de la vie et de la foi sont variées, inattendues. Il y a des détours. Et le couple doit s’armer de respect et de patience. La relation au Christ est une relation de vérité. On ne peut faire semblant. On ne peut exiger de l’autre de faire semblant. Parfois, l’un des deux poursuit la pratique en accord avec ce qu’il croit et sans l’autre bien que le portant toujours en lui.

Tout à l’opposé, il arrive aussi que dans un couple athée, l’un des deux rencontre Dieu et se mette à pratiquer suscitant l’incompréhension de l’autre. C’est l’histoire authentique du producteur Thierry Bizot racontée dans son livre Catholique anonyme qui y relate « les déconvenues et péripéties de cette expérience dans sa famille et son milieu professionnel, témoignant avec humour qu’il faut avoir une sacrée motivation pour faire son coming out spirituel dans le milieu des médias. » Un film en a été tiré « Qui a envie d’être aimé ? ».

La foi est cette drôle de relation à Dieu qui nous fait communier aux autres et qui en même temps relève du très intime spirituellement. Que l’on soit un couple de croyants, de mixte religieux, de croyant/athée, la relation au divin sera toujours avant tout une appropriation personnelle. L’autre, quand cela est partagé, sera un écho de cette foi. Mais chacun doit, malgré le partage, cultiver en amont sa foi. On ne peut pas parasiter la foi de l’autre, ni la lui imposer. Ce serait si contraire à Dieu ! Car Il est ce vent qui souffle la liberté où Il veut. Dieu est liberté mais aussi et surtout amour. Et c’est pourquoi il importe surtout de cultiver l’amour dans le couple, car assurément Dieu y sera présent.

 

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La complicité

 

L’étymologie du mot complicité nous renvoie à complice qui signifie « prendre part ». Complice lui-même renvoie au latin complex, qui se définit comme « étant étroitement connecté ». Evidemment, aujourd’hui, quand on pense à « connecté » on associe cela immanquablement à internet. Ce réseau informatique met en lien les diverses personnes croisées virtuellement. N’est-ce pas étrange que la connexion soit associée à internet ? Que suppose la connexion, la complicité ?

Elle suppose d’être étroitement liés. Or, internet nous « lie » de manière fort distendue ! Ainsi, sur un sujet donné, nous serons copains comme cochon avec l’internaute qui partage notre point de vue. Mais ce lien est fugace. On se sent « compris » sur le coup ! Mais nous voyons bien les limites de ce lien sitôt qu’une autre conversation nous divisera. C’est une complicité à la carte.

Or, être étroitement liés demande un partage de vie étroit qui permettra de mieux connaître l’autre. Quand je pense à « être complices », je revois immédiatement l’image de deux de mes filles, qui lorsqu’elles avaient deux et quatre ans, m’avaient enfermée dehors alors que j’allais prendre le courrier et avaient pris le contrôle de la maison un instant furtif, le temps que j’arrive par la porte arrière qui n’était pas verrouillée. Je les revois, jubilant, en mettant le produit vaisselle dans la porte du lave-vaisselle. La poudre débordait ! La plus jeune, de sa petite main, étalait par terre le produit en guise de « réparation des dommages ». La plus grande des deux rabattait le fermoir destiné au détergent et fermait la porte de l’appareil ménager en appuyant sur la touche « partir le lave-vaisselle ». En me voyant arriver, les deux fillettes éclatèrent de rire, se regardèrent d’un regard entendu, satisfaites ! Peut-on être plus liées que dans un « mauvais coup » : enfermer maman dehors et devenir cheffes des lieux ? Un véritable putsch !

Je m’aperçois combien la vie réelle, la vie vécue et partagée peut nous lier au point de devenir complices. Les deux mêmes enfants, devenues des jeunes filles à présent, n’ont cessé de lier, de vivre ensemble tant de partages. Combien elles aiment se remémorer que la veille de Noël, elles dormaient ensemble pour se réveiller ensemble le matin et découvrir le sapin miraculeusement envahi par les cadeaux de Noël… Les petits gestes nous lient. Les petits événements, les repas, la vie ordinaire et extraordinaire ; la vie aux heures heureuses et malheureuses sans omettre les disputes ! Car, si les fous rires ont été nombreux, les disputes, les tirages de nattes n’ont pas manqué !!! Mais le tissu de vie qu’elles ont fabriqué les a tellement liées… Récemment, alors que l’une vivait une peine, j’ai vu l’autre pleurer pour sa soeur, pleurer comme si cette peine était devenue sienne…

Car c’est aussi cela la complicité : s’intéresser à l’autre intensément, et que ce qu’il vit soit aussi une part de moi qui vit ou pleure ou rit en même temps. Quand on dit que cela nous tient « à coeur » c’est exactement cela. Vivre une complicité avec l’autre c’est le contraire du zapping des nouvelles, c’est prendre part à ce qui fait vivre l’autre.

Dans le couple, il en est de même, tellement, qu’il suffit parfois d’un regard pour se comprendre au milieu de la foule. Ce regard ne naît pas seul, il naît de la vie partagée. Cette vie qui nous vient non pas du concepteur de Facebook ou de Twitter, mais du Créateur qui nous invite à exister ensemble dans toutes les dimensions de notre être.

 

 

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

80 ans de mariage

 

Récemment, des amis fêtaient leur trentième anniversaire de mariage. Un couple qui rayonne d’amour comme on en voit peu. Cependant, qu’elle ne fut pas leur surprise de savoir qu’ils étaient de petits joueurs et qu’en fait ils n’étaient peut-être pas encore à la moitié de leur parcours à deux. C’est ce que nous leur souhaitons de tout cœur ! Ils sont largement dépassés par la longévité du mariage d’un couple de japonais de 108 et 100 ans qui ont fêté leurs 80 ans de mariage. 80 ans, imaginez ! Quel pan extraordinaire de vie partagée !

Ce qui est amusant c’est que la première chose que mentionne Miyako Matsumoto, la femme de ce couple, c’est que pour durer, un couple doit faire preuve de tolérance et d’endurance. Curieusement, ces deux qualités ne font pas rêver le cinéma hollywoodien. Au contraire, qui rêverait de « durer » et « d’endurer » ? Evidemment, vu sous cet angle endurer quelqu’un n’est pas « glamour » !

Mais les personnes âgées ne s’embarrassent pas du politically correct. Je me souviens d’un vieux couple d’octogénaires qui allaient se marier et qui, pragmatiques, disaient : « Je connais ses défauts, il connaît les miens et on peut vivre avec ça ! ».

Ces vieilles personnes s’aiment-elles moins ? Ou au contraire s’aiment-elles mieux ? Dans la tolérance et l’endurance il y a un mot qui se cache en filigrane soit le pardon. Il ne s’agit pas d’endurer ce qui est inacceptable d’endurer… mais d’endurer ce qui peut agacer mais n’en fait pas un sujet de divorce. Une amie a un mari qui est un maniaque de l’ordre alors qu’elle-même est très désordonnée. Ce duo semblait voué à une incompatibilité chronique sur le sujet à moins que chacun y mette du sien pour mieux vivre cet aspect de leur vie. Ils avaient établi des « zones » dans la maison afin que chacun puisse se sentir « respecté » dans ce qu’il est. Ainsi, l’armoire de leur chambre avait deux côtés l’un rangé au cordeau, et l’ordre pagailleux.

Cela a demandé à chacun de prendre beaucoup sur soi au début. Mais de savoir tolérer l’autre a permis à chacun d’éviter les tensions et surtout d’évoluer. Mon amie est beaucoup plus ordonnée maintenant et son mari a appris à être plus souple. Car on oublie souvent que le chemin qui se fait à deux est un enrichissement. Tolérer, endurer c’est aussi accepter de changer sa vision et ses manières de faire plutôt que de camper sur un « je sais mieux faire »…Je pense toujours à cette parole dans la lettre aux Corinthiens 13,7-8 « il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.  L’amour ne meurt jamais. ». Le couple Matsumoto nous prouve combien ces puissantes paroles sont vraies. Vivent les vieux mariés !

 

 

 

 

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

M’aimes-tu ?

 

On se sent toujours un peu honteux d’être si dépendant de l’amour des autres. L’humain, au tréfonds de lui-même, agit et s’interroge souvent à savoir si on l’aime ! L’enfant qui se fait gronder craint de ne plus être aimé par ses parents. Le parent, lui-même, frémit à l’idée qu’après tout « ce qu’il fait » pour ses enfants, ceux-ci ne l’aiment plus quand il doit les recadrer. Et, que dire dans le couple quand l’un semble indifférent, chez l’autre surgit le doute : « M’aimes-tu ? M’aimes-tu vraiment ? ».

Jésus lui-même a demandé à Pierre si ce dernier l’aimait. On peut interpréter de différentes façons cette insistante question (par trois fois tout de même) du Seigneur à son disciple. Il n’empêche que Jésus sonde le cœur de Pierre et lui demande de la clarté. Pierre, qui a renié le Christ, l’aime-t-il ? Peut-être la question est-elle posée davantage afin que Pierre sonde lui-même son cœur ? Il demeure que Jésus n’hésite pas à la poser car au fond cette question est fondamentale puisqu’elle nous ramène toujours à l’engagement. Jésus veut lui confier son troupeau.

Jésus nous confirme que l’amour lie et engage. Ainsi quand on demande à son conjoint s’il nous aime, c’est un peu comme si nous lui rappelions son engagement. Alors si tu m’aimes, comment peux-tu agir –ou ne pas agir- de la sorte ! Si tu m’aimes, alors « prouve-le » en quelque sorte ! Ou alors tu ne m’aimes pas. L’amour est un engagement. Peut-être est-ce pour cela qu’il fait si peur. Les jeunes de nos jours se marient beaucoup moins. Je suis toujours étonnée de constater que la profession du « je t’aime » chez eux peut se dire des années après un grand temps de vie commune. « De mon temps », on se disait rapidement « je t’aime ». On se mariait assez rapidement aussi. Peut-être les jeunes sont-ils plus conscients qu’un tel aveu implique un engagement qu’ils ont peur de ne pas tenir ? Car le taux de divorce rappelle qu’à la question « m’aimes-tu ? » la réponse peut-être « non » !

Le renard le rappelle au petit Prince: « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose… » L’amour engage. C’est pourquoi la question qui monte en notre cœur est légitime. Quand nous la posons, d’une manière ou d’une autre, nous rappelons à l’autre ce qui le lie à nous ! Laisse l’ordinateur et viens m’aider ! Je t’aime n’est pas un mot vide. Il est rempli de promesses d’aimer ! Ce qui demande confirmation par les gestes. Pais mes brebis…

Mais il serait trop simple de ne scruter que le cœur de l’autre. Il faut se poser la question à soi-même : « et moi, est-ce que je l’aime ? Et comment est-ce que je le lui montre ? ».

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