Archives pour la catégorie Nous deux

Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Je L’aime, lui pas

 

Qui s’assemble se ressemble dit le dicton. Les « croyants » épousent les « croyants » et les « athées » épousent les « athées ». J’ai moi-même rencontré mon mari à la pastorale universitaire et tout naturellement, nous avons partagé notre vie et notre foi chaque jour depuis à travers le cycle des quatre saisons.

Mais la vie ne se limite pas à nos regroupements trop humains. Et Cupidon décoche parfois ses flèches pour qu’elles atteignent des cibles fort disparates. Sans cela, ce serait moins drôle ! Ainsi, dans le jeu des associations, on peut associer tant de diversités ! Une catholique avec un protestant. Un musulman avec une catholique. Une agnostique avec un fervent croyant … Il arrive donc parfois que l’archerot couple deux personnes où l’un croit et l’autre pas.

Comment vivre sa foi quand celle-ci nous tient aux tripes et que nous faisons cavalier seul dans le couple sur ce chapitre ? La première des règles est le respect et l’écoute de l’autre. Jeanne, jeune maman, va à la messe seule avec ses trois enfants. Son mari ne vient pas. Souhaiterait-elle qu’il « se force un peu » pour les accompagner ? « C’est vrai, dit-elle, que lorsque je vois les autres couples partager ces moments ensemble, j’ai un pincement au cœur. Mais je ne serais pas heureuse qu’il vienne à la messe pour me faire plaisir. J’aurais l’impression d’une malhonnêteté d’apparat ! J’aime que chacun de nous soit authentique. Et j’ai pleinement choisi cet homme dans ma vie. Il ne croit pas, mais je perçois en lui des pages d’Evangile. Ses réflexions sont un enrichissement pour ma foi, voire un stimulant ! »

Les chemins sont diverses. Plus douloureux est la route lorsque de deux croyants unis, l’un des deux abandonne la pratique de la foi. Pourtant, les saisons de la vie et de la foi sont variées, inattendues. Il y a des détours. Et le couple doit s’armer de respect et de patience. La relation au Christ est une relation de vérité. On ne peut faire semblant. On ne peut exiger de l’autre de faire semblant. Parfois, l’un des deux poursuit la pratique en accord avec ce qu’il croit et sans l’autre bien que le portant toujours en lui.

Tout à l’opposé, il arrive aussi que dans un couple athée, l’un des deux rencontre Dieu et se mette à pratiquer suscitant l’incompréhension de l’autre. C’est l’histoire authentique du producteur Thierry Bizot racontée dans son livre Catholique anonyme qui y relate « les déconvenues et péripéties de cette expérience dans sa famille et son milieu professionnel, témoignant avec humour qu’il faut avoir une sacrée motivation pour faire son coming out spirituel dans le milieu des médias. » Un film en a été tiré « Qui a envie d’être aimé ? ».

La foi est cette drôle de relation à Dieu qui nous fait communier aux autres et qui en même temps relève du très intime spirituellement. Que l’on soit un couple de croyants, de mixte religieux, de croyant/athée, la relation au divin sera toujours avant tout une appropriation personnelle. L’autre, quand cela est partagé, sera un écho de cette foi. Mais chacun doit, malgré le partage, cultiver en amont sa foi. On ne peut pas parasiter la foi de l’autre, ni la lui imposer. Ce serait si contraire à Dieu ! Car Il est ce vent qui souffle la liberté où Il veut. Dieu est liberté mais aussi et surtout amour. Et c’est pourquoi il importe surtout de cultiver l’amour dans le couple, car assurément Dieu y sera présent.

 

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

La complicité

 

L’étymologie du mot complicité nous renvoie à complice qui signifie « prendre part ». Complice lui-même renvoie au latin complex, qui se définit comme « étant étroitement connecté ». Evidemment, aujourd’hui, quand on pense à « connecté » on associe cela immanquablement à internet. Ce réseau informatique met en lien les diverses personnes croisées virtuellement. N’est-ce pas étrange que la connexion soit associée à internet ? Que suppose la connexion, la complicité ?

Elle suppose d’être étroitement liés. Or, internet nous « lie » de manière fort distendue ! Ainsi, sur un sujet donné, nous serons copains comme cochon avec l’internaute qui partage notre point de vue. Mais ce lien est fugace. On se sent « compris » sur le coup ! Mais nous voyons bien les limites de ce lien sitôt qu’une autre conversation nous divisera. C’est une complicité à la carte.

Or, être étroitement liés demande un partage de vie étroit qui permettra de mieux connaître l’autre. Quand je pense à « être complices », je revois immédiatement l’image de deux de mes filles, qui lorsqu’elles avaient deux et quatre ans, m’avaient enfermée dehors alors que j’allais prendre le courrier et avaient pris le contrôle de la maison un instant furtif, le temps que j’arrive par la porte arrière qui n’était pas verrouillée. Je les revois, jubilant, en mettant le produit vaisselle dans la porte du lave-vaisselle. La poudre débordait ! La plus jeune, de sa petite main, étalait par terre le produit en guise de « réparation des dommages ». La plus grande des deux rabattait le fermoir destiné au détergent et fermait la porte de l’appareil ménager en appuyant sur la touche « partir le lave-vaisselle ». En me voyant arriver, les deux fillettes éclatèrent de rire, se regardèrent d’un regard entendu, satisfaites ! Peut-on être plus liées que dans un « mauvais coup » : enfermer maman dehors et devenir cheffes des lieux ? Un véritable putsch !

Je m’aperçois combien la vie réelle, la vie vécue et partagée peut nous lier au point de devenir complices. Les deux mêmes enfants, devenues des jeunes filles à présent, n’ont cessé de lier, de vivre ensemble tant de partages. Combien elles aiment se remémorer que la veille de Noël, elles dormaient ensemble pour se réveiller ensemble le matin et découvrir le sapin miraculeusement envahi par les cadeaux de Noël… Les petits gestes nous lient. Les petits événements, les repas, la vie ordinaire et extraordinaire ; la vie aux heures heureuses et malheureuses sans omettre les disputes ! Car, si les fous rires ont été nombreux, les disputes, les tirages de nattes n’ont pas manqué !!! Mais le tissu de vie qu’elles ont fabriqué les a tellement liées… Récemment, alors que l’une vivait une peine, j’ai vu l’autre pleurer pour sa soeur, pleurer comme si cette peine était devenue sienne…

Car c’est aussi cela la complicité : s’intéresser à l’autre intensément, et que ce qu’il vit soit aussi une part de moi qui vit ou pleure ou rit en même temps. Quand on dit que cela nous tient « à coeur » c’est exactement cela. Vivre une complicité avec l’autre c’est le contraire du zapping des nouvelles, c’est prendre part à ce qui fait vivre l’autre.

Dans le couple, il en est de même, tellement, qu’il suffit parfois d’un regard pour se comprendre au milieu de la foule. Ce regard ne naît pas seul, il naît de la vie partagée. Cette vie qui nous vient non pas du concepteur de Facebook ou de Twitter, mais du Créateur qui nous invite à exister ensemble dans toutes les dimensions de notre être.

 

 

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80 ans de mariage

 

Récemment, des amis fêtaient leur trentième anniversaire de mariage. Un couple qui rayonne d’amour comme on en voit peu. Cependant, qu’elle ne fut pas leur surprise de savoir qu’ils étaient de petits joueurs et qu’en fait ils n’étaient peut-être pas encore à la moitié de leur parcours à deux. C’est ce que nous leur souhaitons de tout cœur ! Ils sont largement dépassés par la longévité du mariage d’un couple de japonais de 108 et 100 ans qui ont fêté leurs 80 ans de mariage. 80 ans, imaginez ! Quel pan extraordinaire de vie partagée !

Ce qui est amusant c’est que la première chose que mentionne Miyako Matsumoto, la femme de ce couple, c’est que pour durer, un couple doit faire preuve de tolérance et d’endurance. Curieusement, ces deux qualités ne font pas rêver le cinéma hollywoodien. Au contraire, qui rêverait de « durer » et « d’endurer » ? Evidemment, vu sous cet angle endurer quelqu’un n’est pas « glamour » !

Mais les personnes âgées ne s’embarrassent pas du politically correct. Je me souviens d’un vieux couple d’octogénaires qui allaient se marier et qui, pragmatiques, disaient : « Je connais ses défauts, il connaît les miens et on peut vivre avec ça ! ».

Ces vieilles personnes s’aiment-elles moins ? Ou au contraire s’aiment-elles mieux ? Dans la tolérance et l’endurance il y a un mot qui se cache en filigrane soit le pardon. Il ne s’agit pas d’endurer ce qui est inacceptable d’endurer… mais d’endurer ce qui peut agacer mais n’en fait pas un sujet de divorce. Une amie a un mari qui est un maniaque de l’ordre alors qu’elle-même est très désordonnée. Ce duo semblait voué à une incompatibilité chronique sur le sujet à moins que chacun y mette du sien pour mieux vivre cet aspect de leur vie. Ils avaient établi des « zones » dans la maison afin que chacun puisse se sentir « respecté » dans ce qu’il est. Ainsi, l’armoire de leur chambre avait deux côtés l’un rangé au cordeau, et l’ordre pagailleux.

Cela a demandé à chacun de prendre beaucoup sur soi au début. Mais de savoir tolérer l’autre a permis à chacun d’éviter les tensions et surtout d’évoluer. Mon amie est beaucoup plus ordonnée maintenant et son mari a appris à être plus souple. Car on oublie souvent que le chemin qui se fait à deux est un enrichissement. Tolérer, endurer c’est aussi accepter de changer sa vision et ses manières de faire plutôt que de camper sur un « je sais mieux faire »…Je pense toujours à cette parole dans la lettre aux Corinthiens 13,7-8 « il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.  L’amour ne meurt jamais. ». Le couple Matsumoto nous prouve combien ces puissantes paroles sont vraies. Vivent les vieux mariés !

 

 

 

 

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M’aimes-tu ?

 

On se sent toujours un peu honteux d’être si dépendant de l’amour des autres. L’humain, au tréfonds de lui-même, agit et s’interroge souvent à savoir si on l’aime ! L’enfant qui se fait gronder craint de ne plus être aimé par ses parents. Le parent, lui-même, frémit à l’idée qu’après tout « ce qu’il fait » pour ses enfants, ceux-ci ne l’aiment plus quand il doit les recadrer. Et, que dire dans le couple quand l’un semble indifférent, chez l’autre surgit le doute : « M’aimes-tu ? M’aimes-tu vraiment ? ».

Jésus lui-même a demandé à Pierre si ce dernier l’aimait. On peut interpréter de différentes façons cette insistante question (par trois fois tout de même) du Seigneur à son disciple. Il n’empêche que Jésus sonde le cœur de Pierre et lui demande de la clarté. Pierre, qui a renié le Christ, l’aime-t-il ? Peut-être la question est-elle posée davantage afin que Pierre sonde lui-même son cœur ? Il demeure que Jésus n’hésite pas à la poser car au fond cette question est fondamentale puisqu’elle nous ramène toujours à l’engagement. Jésus veut lui confier son troupeau.

Jésus nous confirme que l’amour lie et engage. Ainsi quand on demande à son conjoint s’il nous aime, c’est un peu comme si nous lui rappelions son engagement. Alors si tu m’aimes, comment peux-tu agir –ou ne pas agir- de la sorte ! Si tu m’aimes, alors « prouve-le » en quelque sorte ! Ou alors tu ne m’aimes pas. L’amour est un engagement. Peut-être est-ce pour cela qu’il fait si peur. Les jeunes de nos jours se marient beaucoup moins. Je suis toujours étonnée de constater que la profession du « je t’aime » chez eux peut se dire des années après un grand temps de vie commune. « De mon temps », on se disait rapidement « je t’aime ». On se mariait assez rapidement aussi. Peut-être les jeunes sont-ils plus conscients qu’un tel aveu implique un engagement qu’ils ont peur de ne pas tenir ? Car le taux de divorce rappelle qu’à la question « m’aimes-tu ? » la réponse peut-être « non » !

Le renard le rappelle au petit Prince: « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose… » L’amour engage. C’est pourquoi la question qui monte en notre cœur est légitime. Quand nous la posons, d’une manière ou d’une autre, nous rappelons à l’autre ce qui le lie à nous ! Laisse l’ordinateur et viens m’aider ! Je t’aime n’est pas un mot vide. Il est rempli de promesses d’aimer ! Ce qui demande confirmation par les gestes. Pais mes brebis…

Mais il serait trop simple de ne scruter que le cœur de l’autre. Il faut se poser la question à soi-même : « et moi, est-ce que je l’aime ? Et comment est-ce que je le lui montre ? ».

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Aimer : tout un cinéma !

 

Quand nous sommes à la recherche de l’âme sœur, il nous semble que cette quête est le pas le plus difficile que nous traverserons dans cette histoire d’amour. Et les films nous font croire que la suite n’est qu’une succession de tableaux ou l’on s’esclaffe en tombant dans les bras l’un de l’autre. Mis à part une ou deux disputes où l’on se balance des assiettes par la tête, le cinéma nous vend des histoires d’amour-passion qui ne faiblissent pas. Et quand l’amour s’essouffle, c’est alors qu’il s’éteint avec le film…

L’idée qu’il faille faire un effort quand on aime paraît saugrenu ! Nous évoluons dans un monde où il suffit d’appuyer sur un bouton pour que se lave le linge, la vaisselle et d’appuyer sur une pédale pour avancer des kilomètres sans effort. N’en vient-on pas à se dire qu’on n’a pas à faire d’effort quand on aime pour entretenir la flamme ? On cherche ces grands amours faciles que les chansons nous vendent! 

Si l’amour nécessite des efforts, on pourrait à la rigueur être à l’aise avec l’idée que l’autre fournisse ces efforts… Mais s’il faut en fournir soi-même ça nous paraît fatiguant… Il faudrait relire la fable du Laboureur et ses enfants : « Travaillez, prenez de la peine : C’est le fonds qui manque le moins. » Si les anciens pouvaient dire aux jeunes amoureux qu’un trésor se cache au fond des cœurs qu’il faut retourner, bêcher, creuser ! Aimer est un travail à plein temps…

Mais, découragerai-je les jeunes amoureux si je leur dis que même en effectuant ces efforts quotidiens pour mieux aimer, il y a toujours une part du couple qui sera « bancale » ? Nous sommes des êtres profondément imparfaits et une part de nous-mêmes nécessitera toujours le pardon de l’autre car malgré un travail sur soi et des efforts : la perfection n’est pas de ce monde. Nos petits travers pimentent le quotidien mais déçoivent forcément l’autre. Seul Dieu est parfait et j’ai parfois l’impression qu’Il est cette part qui comble l’imperfection de l’amour humain. 

Pour vivre un grand amour durable, je dois non seulement trouver mon âme sœur, mais aussi  déployer des efforts quotidiens pour aimer du mieux que je peux et saupoudrer le tout d’un zeste de pardon que seul le véritable amour profond peut offrir ! Mais n’oublions pas d’user d’humour. Les couples où l’on sait rire beaucoup, y compris de soi-même, on dédramatise bien des situations ! Rire permet de passer de meilleurs moments ensemble…Autant que les jours joyeux l’emportent sur la balance des jours.

 

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L’obsolescence programmée de l’amour

 

Sans doute avez-vous aussi chez vous un meuble d’une grande compagnie suédoise que vous avez dû monter tant bien que mal à l’aide de croquis plus ou moins clairs… Mon mari peste toujours contre ces meubles que j’ai parfois achetés car je trouvais cela pratique et pas cher. Et le temps lui donne toujours raison car rares sont les meubles en kit qui nous ont duré. Les bibliothèques bringuebalent, les armoires ont des tiroirs défoncés et des portes qui se détachent.

Nous sommes en train de les remplacer les uns après les autres grâce aux meubles qui furent à mes beaux-parents. Il n’y a pas « photos » ! Chacun de ces meubles a traversé cinquante, soixante ans, quand ce n’est pas soixante-dix et ils sont encore solides. Rien n’a bougé ! Etonnant comme cette armoire se démonte en moins de deux et se réinstalle identique à ce qu’elle fut depuis une éternité. C’est que ces objets étaient conçus pour…durer !

C’était la fierté du menuisier que de construire pour que cela dure ! Il aurait été inconcevable de bâtir pour que le client se retrouve avec la poignée dans les mains au bout de deux mois ! Pourtant la logique de marché a fait bifurquer les entreprises vers l’obsolescence programmée des biens afin d’y trouver un meilleur profit. Cette société du changement permanent nous pousse sans cesse à innover, à changer, à renouveler…

Les couples n’ont pas échappé à ce vent d’évolution. De mon « temps » déjà on sentait s’implanter l’idée qu’on ne pouvait plus se « marier » pour la vie. Aujourd’hui, on pourrait même dire que pour certains, l’idée même d’un mariage est déjà obsolète ! Un film célèbre des dernières années annonce « L’amour dure trois ans ». Obsolète l’amour ?

Je ne crois pas, non… Je ne le crois pas… je vis au milieu de jeunes, et je peux affirmer que l’amour a devant lui de bien beaux jours ! Les jeunes croient encore à l’amour. Ils rêvent encore à l’amour, le grand, celui de toute une vie !

Tous les mariages ne vont pas « durer »… Et le but d’un mariage n’est d’ailleurs pas de durer pour durer ! Il est vrai que 45% des mariages se terminent en divorce. Mais, n’est-ce pas extraordinaire de se dire qu’aujourd’hui, alors que rien ne nous oblige à demeurer dans un couple malheureux, 55% des mariages « durent » ? Plus de la moitié des couples ont une chance de vieillir ensemble.

Qu’est-ce qui fait qu’un couple poursuive son chemin uni ? Nous pourrions avancer bien des paramètres : la maturité des individus qui forment le couple, les difficultés rencontrées et résolues, la capacité de chacun à évoluer… Bien malin qui pourrait répondre à cette question en profondeur. Il est clair cependant que l’amour joue un rôle majeur dans la durée d’un couple. Un amour qui s’approfondit avec le temps et qui scelle davantage.

Aimer est une chance extraordinaire. Il n’est en rien une obligation. Il est une grâce ! Il ne faut pas faire durer un mariage ! Jamais a-t-on suscité l’amour juste en « durant et endurant ». Il faut avoir envie d’aimer. C’est parce qu’on s’aime que cela dure ! Aimer même lorsque ce n’est pas facile ! Aimer même lorsque les difficultés sont présentes et qu’il faut les traverser. On les traverse à deux !

La source de tout amour véritable est Dieu. Dieu, nous le savons, est l’Amour. Il est éternel. Eternel est son amour. Eternel peut également être notre amour quand il se nourrit à sa source : « L’amour est patient, l’amour est serviable, l’amour n’est pas envieux, il ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il n’est pas intéressé, il ne s’emporte pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de voir l’autre dans son tort, mais il se réjouit avec celui qui a raison ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais. » (1ère lettre de Saint Paul aux Corinthiens 12, 4-8)

L’amour n’est jamais un kit rapide à monter. Il ne se poursuit pas par hasard ni par chance. Il est le fruit d’un travail intérieur exigeant.

 

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Métro, boulot, dodo ?

 

Récemment, je regardais la puissance des vagues de l’Océan et devant ce spectacle de force de la nature j’eus un sentiment de petitesse concernant ma condition humaine. Que suis-je devant ces forces qui pourraient m’avaler ? Je regardai le sable et me sentis comme l’un de ces grains si insignifiants, sur ce caillou rocheux face à l’univers. Quel est donc le sens de la vie ?
Tant de gens perdent pied devant le vide de leur vie : métro, boulot, dodo. Tout semble si insensé : travailler pour gagner de l’argent afin de vivre et vivre en boucle cette séquence puisque la nécessité de l’argent se présente dès que nous avons comblé nos besoins. Le cercle recommence ainsi jour après jour. Nous pouvons rapidement verser dans le pessimisme du percutant court métrage d’animation Rats Run de Steve Cutts.

Pourtant, nous pouvons aussi résister au sentiment de vide et imprimer dans ce cercle un regard nouveau, celui de l’amour. Quand j’aime, tout le décor se voit transformé. Tout prend sens en lui! Quand nous nous levons non reposés le matin, nous savons que nous le faisons pour ceux que nous aimons. Que ce soit pour aller gagner le pain à manger ou pour faire vivre un foyer aimant nous travaillons avec amour. De même, nous croisons des gens au long du jour, inconnus ou non, à aimer, ne serait-ce que par un simple sourire. Nous pouvons transformer ce monde en l’imprégnant de cette essence de Dieu. Le sourire à la vieille dame assise à côté de moi, le caissier qui me rend la monnaie, le passant qui m’indique la route, le pauvre qui mendie et dont on ne détournera plus le regard.

Nous avons en l’amour une force puissante qui rivalise avec celle des eaux de l’Océan. Cet amour enveloppe le quotidien telle une vague. Il donne un sens à notre vie. A l’évocation de « métro », nous revoyons les passagers qui sont en cavalcade dans nos vies et qui partagent la même condition ; à « boulot », nous avons en tête nos êtres aimés pour qui nous gagnons ce pain; à « dodo » nous nous faisons une fête de nous retrouver tous réunis sous le même toit dès le retour à la maison. Cette demeure qui fait plus que nous abriter du froid : elle permet de partager l’amour qui nous unis par le biais des fous rire, des paroles échangées et des repas pris ensemble.
Mon mari, pour qui « boulot » rime parfois avec pénibilité, a transcendé son travail en y ajoutant deux heures supplémentaires le mois dernier. Il l’a fait en pensant à moi avec en tête la surprise qu’il voulait m’offrir avec ce deux heures de surplus qu’il s’infligeait. Ce cadeau, je l’ai chéri plus que tout, non pour sa valeur matérielle mais pour le mot d’amour qu’il contenait en filigrane : « je t’aime ». Un « je t’aime » tonitruant qui ne s’entend ni ne se voit. Il se ressent.

Nos vies prennent sens quand nous connaissons la destination du trajet. Dans quel wagon monterons-nous au prochain « métro » de notre vie quotidienne ?

 

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Son visage

 

Un jour, nous avons croisé un visage et notre cœur a bondi. Notre cœur allait chavirer et s’engager à le voir tous les jours jusqu’au bout de nos jours.

L’image de ce visage s’est peu à peu incrustée en nous au point de s’imprimer en notre âme. Ce visage est-il beau ? Si la question a revêtu une certaine importance au départ, elle n’a plus de raison d’être. Ce visage n’entre plus dans le champ des calculs où l’on soupèse sa valeur car ce visage « est ». Il a revêtu l’amour et rien ne peut plus en mesurer sa valeur car il est au-delà de cela. Il peut vieillir, se rider, s’affaisser, grisonner, il échappe au temps. Ou, au contraire, l’amour le transcende, l’irradie et le temps l’incruste davantage en nous : il devient irremplaçable.

Car sur ce visage toute notre histoire s’est gravée et nous en retenons le moindre contour. Tous ces jours où nous avons traversé la félicité, le succès, la tristesse, le désespoir, la prière, la colère, nous l’avons vu, tel un film, sur ce visage. Nous nous rappelons de chaque expression, des larmes comme des fous rires. Ce visage est une histoire, il est notre histoire.

C’est pourquoi, on peut s’interroger sur la profondeur des conseils de prévention qui mettent en garde les couples. Il faudrait être, paraît-il, sans cesse au « top », pour sans cesse garder l’attention de l’autre qui, autrement, il risque de s’enfuir dans d’autres bras… Un visage lifté, botoxé, nez arrangé en sus !

Ce qu’on devrait dire aux couples n’est pas de l’ordre du bistouri ! On devrait leur dire : vivez, partagez, goûtez la vie : dans les rire, dans les larmes ensemble! Sous toutes ses facettes… Que vos visages s’imprègnent de cette vie partagée, vécue, aimée même quand elle est difficile ! Que vos visages se marquent du sceau de l’amour et il deviendra alors irremplaçable…

Cette pérennité de l’amour, du temps relève de l’essence même de Dieu qui se glisse en filigrane dans cette vie. Dieu ne se trouve pas ailleurs que dans ce qui se vit. L’amour ne se décore pas, il ne peut que se vivre pour mieux exister.

 

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Aime comme tu respires

 

Pendant longtemps mon mari a tenté de me convaincre de regarder des films de Jim Carrey contre lequel j’avais des préventions. Il me disait que certains de ses films, derrière le personnage caricatural, cachent une réflexion plus profonde qu’il n’y paraît ! J’ai fini par me laisser embarquer à regarder « Bruce tout-puissant », et je dois reconnaître que derrière les simagrées » du Jerry Lewis-des-temps-modernes se dissimule une fable philosophique beaucoup plus profonde que je ne le croyais. Bruce, journaliste qui passe une mauvaise journée, convoque Dieu contre lequel il est en colère. Dieu lui cède sa place pour une semaine…Bruce va d’abord abuser de ce pouvoir afin d’obtenir tout ce qu’il veut avant de comprendre ce qui est essentiel.

Et nous, Dieu ne nous invite-t-il pas à embrasser sa divinité ? A chaque jour, Il nous convie à devenir comme lui. A chaque instant nous avons l’opportunité d’entrer dans son Amour. Il nous suffit pour cela d’aimer comme Lui. Aimer l’autre qui se trouve sur mon chemin. Celui que je croise comme celui avec lequel je vis. Peut-être pouvons-nous penser qu’il est plus facile d’aimer celui qu’on a choisi pour la vie ? A première vue oui. Mais il faut pour cela entrer dans un amour non plus (seulement) passionnel mais de dépassement de soi.

Le quotidien conjugal réserve de nombreux moments d’aimer. Si l’amour par les gestes de tendresse physique est vital pour le couple, l’amour-des-petits-chaussettes-sales-qui traînent n’en demeure pas moins indispensable à cultiver. Aimer notre époux qui revient avec un magnifique bouquet de roses est facile et va de soi, sauf si vous avez une allergie aux roses ! Mais l’aimer alors même que son attitude vous énerve, voilà où se loge la longévité conjugale. Les couples qui « durent » ne sont pas composés d’être idéaux qui se sont trouvés. Ils sont le fait de deux personnes qui ont choisi de développer une attitude quotidienne qui permet de mieux vivre ensemble.

Aimer l’autre c’est développer un regard aimant sur lui. C’est le regarder avec les yeux de Dieu. Nous sommes appelés à développer ce regard divin ; c’est même l’aboutissement de notre quête chrétienne! Nous  pouvons devenir des « Bruce tout-puissant », non pas puissants de pouvoir, mais d’amour ! La prière, la médiation nous y aide incroyablement. Mais comment garder la pensée et le regard de Dieu en permanence en moi ? Les orthodoxes ont développé la prière du cœur, cette prière-respiration qui permet d’être en présence de Dieu en permanence. Ce Dieu dont on désire être proche non pour fuir le monde, mais pour mieux y entrer, pour mieux l’aimer, pour mieux l’embrasser.

En Dieu, prier et aimer se fondent en une respiration de vie. Ah ! si nous pouvions aimer comme nous respirons, nous pourrions alors nous rendre compte combien bien des agacements sont si futiles et ne nécessitent pas l’énergie d’une colère… La vie passe vite et le secret est sans doute de parvenir à la vivre avec le plus d’amour et le moins de colère…

 

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Mille et un petits gestes pour dire « je t’aime » 

 

Sartre disait qu’il n’y a pas d’amour mais que des gestes d’amour. Lorsque nous croyons en Dieu, nous croyons que l’amour existe ; mais, l’amour, sans les gestes qui l’accompagnent, a du mal à se révéler. C’est sans doute pourquoi l’on dit que Dieu a besoin de nous, puisque c’est seulement à travers nos gestes les uns envers les autres qu’il peut se manifester… « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi!” Matthieu (25, 35-37).

Dans un couple, ce sont les petites attentions qui peuvent faire sentir à l’autre qu’il a du prix à nos yeux. On dit que le quotidien « tue » l’amour… On peut faire mentir cet adage en nous employant à mieux vivre la tendresse au jour le jour dans les petits riens qui sont la trame de notre amour.

  • Dans un monde hyper connecté, la première mesure est sans doute de se déconnecter en présence de l’autre le plus souvent possible afin de lui démontrer qu’il existe !
  • Laisser un petit mot à l’autre à l’aide d’un post-it ou d’un SMS afin de lui signifier qu’on pense à lui.
  • Ecouter vraiment l’autre, se souvenir des moments désagréables qu’il a à traverser durant sa journée et en demander des nouvelles au retour: « alors, ça s’est bien passé ? ».
  • Faire une tâche que ni l’un ni l’autre n’aime à la place de l’autre.
  • Prendre le temps de partager les passions qui l’anime   : écouter un passage d’un livre qu’il aime, écouter sa musique préférée ensemble…
  • Lui rapporter une revue sur un sujet qui l’intéresse.
  • Regarder ensemble les beautés de la nature : un ciel étoilé, un coucher de soleil…
  • Remonter la couverture sur les épaules de l’autre durant la nuit.
  • Démontrer de la patience avec sa famille (notre belle-famille).
  • Cuisiner son repas préféré en surprise !
  • Laisser l’autre décider du film que l’on s’apprête à choisir !
  • Démontrer l’un envers l’autre sa tendresse en présence des enfants.
  • Prendre soin de nos enfants en étant un bon père/mère.
  • Jardiner ensemble, même dans des pots pour l’intérieur. Les projets communs qui fleurissent sont bon pour le moral conjugal.
  • S’arrêter dans le brouhaha pour prendre le temps de préparer et déguster un café, un thé afin de se ressourcer ensemble.
  • Fureter ensemble dans une librairie.
  • Mettre une belle table et manger à la chandelle lorsque les enfants sont couchés.
  • Faire une promenade ensemble.

La liste peut s’allonger à l’infini à la ressemblance du couple, de ses intérêts, de ses moyens et du temps qu’il partage. Le couple gagne toujours à trouver le temps de faire exister son amour et à se le démontrer par des gestes au quotidien. On entend souvent dire qu’avec le temps on ne « sent » plus l’amour… les gestes eux raniment les braises avec tendresse.

 

Nous deux

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