Archives pour la catégorie Nous deux

Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Que serais-je sans toi?

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

                                            (Jean Ferrat) Cliquez pour écouter la chanson

Une amie vient de perdre son mari. Comme ça, sans que rien ne vienne présager de ce coup de tonnerre dans ce ciel bleu. Bien sûr, comme nous tous, quelques instants avant le drame, cette amie n’aurait pas dit que ce ciel était entièrement bleu. Le ciel avait des nuages. Il est arrivé qu’elle le trouve trop nuageux. Et même, il y avait certains jours de la pluie et des orages dans cette vie à deux. Et parfois, elle se plaignait de lui, gentiment. Comme nous tous pouvons le faire de notre moitié. Parfois, elle avait tendance à trouver qu’elle en faisait beaucoup. Beaucoup plus que lui dans les tâches. Et à présent qu’il n’est plus, elle dit qu’elle serait prête à en faire encore dix fois plus, si seulement il pouvait encore être là…

Nous vivons avec des œillères notre vie de couple. Tous autant que nous sommes ! Nous croyons que tout nous est acquis. Nous nous croyons indéboulonnables dans cette vie, et nous croyons à la pérennité de la vie des proches qui nous entourent. Bien sûr, parfois, un petit vertige nous saisit. Mais nous sommes au fond ce riche insensé que Jésus décrit dans les Évangiles : «  Insensé ! Cette nuit même ton âme te sera redemandée… » (Luc, 12, 20)

« Combien de temps gaspillé à se disputer pour des queues de cerise? » Voilà ce que regrette mon amie. 

Mais, est-il vrai que nous pouvons vivre de manière idyllique sur Terre? Pouvons-nous faire fi sans fléchir des agacements que nous éprouvons? Les agacements ne sont-ils pas part de la vie elle-même? Nous avons au fond de nous-mêmes une quête d’absolu que seul Dieu peut combler par sa perfection. Notre vie pleine et réelle ne peut qu’être imparfaite. La vie ne peut être toujours lisse ici-bas. Mais nous pouvons  tendre vers une vie plus harmonieuse et délaisser davantage les irritants qui accompagnent notre quotidien. Nous pouvons, chaque jour qui nous est donné, prendre quelques instants pour réaliser la chance qu’est l’autre dans notre vie…

Il nous faut alors adopter un autre regard. Chérir le bonheur autrement. Percevoir la trame de nos vies tissées de fils de joie et de fils d’amertume. Il nous faudrait être capable de saisir l’étoffe de nos vies et réaliser que ces fils sont enlacés ensemble et que si nous en retirions les brins que nous aimons moins, le tissu s’en trouverait percé. Ainsi nous pourrions croire Jean Ferrat quand il chante que le bonheur existe ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues, Terre,  terre voici ses rades inconnues…

Il nous faudrait apprendre à chérir cette vie réelle, ce conjoint réel.

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

À la recherche du bonheur

Nous sommes dans une société du plaisir ! Par la publicité sous ses diverses formes, nous sommes constamment en quête de plaisir, espérant ainsi être plus heureux. Le plaisir se décline sous différentes formes et se conjugue très bien avec la société de consommation dans laquelle nous baignons. Mais nous sommes en réalité à la recherche du bonheur et croyons le capturer à travers le plaisir.  Le docteur Robert Lustig établit cependant sept différences intéressantes entre le plaisir et le bonheur :

  1. Le plaisir relève du court terme, le bonheur, du long terme ;
  2. Le plaisir est du domaine viscéral, on le ressent dans son corps alors que le bonheur ne peut se palper, il se ressent dans la tête ;
  3. Le plaisir entre dans la sphère du prendre, alors que le bonheur appartient à la sphère du don ;
  4. Le plaisir s’expérimente seul, alors que le bonheur se vit avec d’autres personnes ;
  5. Le plaisir peut s’atteindre au travers de substances, mais aucune substance ne peut procurer du bonheur ;
  6. Le plaisir peut provoquer une addiction, car il peut se procurer à travers des pratiques telles les drogues, l’alcool, le sexe, le shopping. Ainsi peut-on devenir alcoolique, accro au porno ou au shopping. Le bonheur, lui, ne suscite aucune addiction …
  7.  Le plaisir produit l’hormone dopamine, et le bonheur produit de la sérotonine. « Ce sont deux neurotransmetteurs différents, qui proviennent de deux parties différentes du cerveau, deux types de récepteurs différents et deux systèmes de régulation différents. » Le docteur Lustig, nous explique  que la dopamine, quand trop sur stimulée, tue les neurones. C’est ce qui se produit avec les addictions. Alors que la sérotonine ne détruit pas les neurones. On ne peut faire une surdose de sérotonine…

Nous comprenons facilement ce qui peut tuer une relation de couple dans ces conditions. Des mots devraient nous éclairer sur la marche à suivre d’une relation conjugale heureuse : le bonheur se donne ! Cela nous ramène inévitablement à la prière de Saint-François d’Assise :

« O Seigneur, que je ne cherche pas tant à
être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. « 

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Trois fois oui !

Film de Frank Capra, La vie est belle

 Je me souviens d’une retraite donnée par un prêtre au tout début de mon retour à la foi. Je devais avoir vingt-et-un ou vingt-deux ans. Il nous invitait à vivre en pensant à ce que l’on souhaitait qu’il soit écrit à propos de nous sur la pierre tombale au bout de nos jours. Quels termes résumeront alors notre vie ? Ce petit exercice, loin d’être futile, permet de viser l’essentiel. Qu’est-ce qui a de l’importance ? Que veux-je accomplir dans ma vie ? C’est un excellent exercice également pour tout jeune couple.

Je me souviens d’une retraite donnée par un prêtre au tout début de mon retour à la foi. Je devais avoir vingt-et-un ou vingt-deux ans. Il nous invitait à vivre en pensant à ce que l’on souhaitait qu’il soit écrit à propos de nous sur la pierre tombale au bout de nos jours. Quels termes résumeront alors notre vie ? Ce petit exercice, loin d’être futile, permet de viser l’essentiel. Qu’est-ce qui a de l’importance ? Que veux-je accomplir dans ma vie ? C’est un excellent exercice également pour tout jeune couple.

La pression pour consommer des biens est telle qu’il semblerait que l’unique but de la vie ici-bas soit de pouvoir s’en offrir en abondance. Notre réussite est alors reconnue par nos pairs quand nous possédons beaucoup et que nous pouvons nous offrir beaucoup. Mais, quand nous plaçons en perspective le résumé de notre future épigramme, voulons-nous vraiment réduire notre passage sur Terre à la quête d’objets de consommation ? Imagine-t-on des résumés de vie de sorte que tout ce que l’on retienne à propos de nous soit:

– il a réussi à s’acheter une belle grosse maison luxueuse avec piscine creusée

– elle a pu s’offrir une Lamborghini 

– Il possédait le meilleur équipement numérique 

– elle avait une garde-robe qui couvrait un immense dressing et une centaine de chaussures italiennes…

Nous sommes dans une société qui confond désirs et accomplissements. Récemment, nous avons reçu un bien par la poste et le mot accompagnant le pli exprimait « ô joie, vous avez reçu votre colis. » Or un bien, s’il peut procurer du plaisir, ne va pas contribuer à faire goûter à la joie qui, elle, relève d’une dimension profonde de l’être. La possession relève plutôt du leurre de la joie réelle. Ma plus jeune de onze ans l’a bien constaté. Récemment, elle se désolait : « En fait, c’est curieux ! Quand je reçois un jouet, je suis contente de l’avoir sur le coup, mais peu de temps après, je m’intéresse déjà à autre chose. J’aimerais pourtant que ce plaisir me dure plus longtemps ! ».

En cours de route, il nous arrive de douter de l’utilité de notre vie. Avons-nous fait les bons choix ? Est-ce que nous nous sommes trompés ? Avons-nous une quelconque utilité dans ce monde ? Dans le film de Frank Capra, La vie est belle, le personnage George Bailey, rencontrant des ennuis financiers, croit qu’il vaut davantage mort que vivant. Son ange gardien lui montre alors ce que la vie aurait été sans lui : une désolation pour les déshérités de sa petite ville. George Bailey n’a pas accompli la carrière qu’il espérait, et n’a certes pas réussi à être millionnaire comme il le souhaitait enfant, pourtant sa vie est tellement plus riche que celle de Monsieur Potter, un homme d’affaire sans scrupule bien fortuné. Il a toujours vécu selon les appels de son cœur ne sacrifiant jamais l’amour de son prochain.

J’ai eu la chance au cours de l’été de tomber non pas sur un ange, mais sur une vieille cassette vidéo familiale. Je n’y ai pas vu ce que la vie aurait été sans mon mari et moi, mais la richesse qui avait rempli notre vie. Cela peut faire sourire quand on pense au mot richesse qui semble en contradiction totale avec notre compte en banque, notre intérieur rempli de meubles disparates et de notre souci constant à boucler les fins de mois depuis les débuts de notre mariage ! Pourtant, sous mes yeux défilaient des images que nulle richesse ne pouvait acheter ! Des scènes de vie qui remplissaient le cœur de joie ! Nous étions avec nos cinq aînés alors tous jeunes et le bonheur qui luisait dans nos yeux n’étaient pas feint. J’ai vu mon mari regardant sa marmaille avec tellement d’amour et de bonheur. Mon mari y a vu sa jeune épouse rayonnante de joie. Nos enfants étaient heureux et épanouis. Sans le savoir, nous avions fait fortune dans la vie ! Pas étonnant que nous ayons agrandi la famille…

Alors, j’ai aussitôt oublié tous les tracas financiers qui nous mordent les mollets au quotidien. J’ai réalisé à quel point je n’aurais jamais voulu d’une autre vie ! Que le trésor que nous avions amassé sur Terre me liait à jamais à mon époux et qu’il se composait de huit beaux enfants ! Si je pouvais retourner en arrière et donner un conseil à la jeune femme en blanc que j’étais au pied de l’autel, je lui murmurerais de répondre trois fois « oui » à son promis. Et j’ajouterais une lecture à la cérémonie : « amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Mat 6, 20-21)

La pression pour consommer des biens est telle qu’il semblerait que l’unique but de la vie ici-bas soit de pouvoir s’en offrir en abondance. Notre réussite est alors reconnue par nos pairs quand nous possédons beaucoup et que nous pouvons nous offrir beaucoup. Mais, quand nous plaçons en perspective le résumé de notre future épigramme, voulons-nous vraiment réduire notre passage sur Terre à la quête d’objets de consommation ? Imagine-t-on des résumés de vie de sorte que tout ce que l’on retienne à propos de nous soit:

– il a réussi à s’acheter une belle grosse maison luxueuse avec piscine creusée

– elle a pu s’offrir une Lamborghini 

– Il possédait le meilleur équipement numérique 

– elle avait une garde-robe qui couvrait un immense dressing et une centaine de chaussures italiennes…

Nous sommes dans une société qui confond désirs et accomplissements. Récemment, nous avons reçu un bien par la poste et le mot accompagnant le pli exprimait « ô joie, vous avez reçu votre colis. » Or un bien, s’il peut procurer du plaisir, ne va pas contribuer à faire goûter à la joie qui, elle, relève d’une dimension profonde de l’être. La possession relève plutôt du leurre de la joie réelle. Ma plus jeune de onze ans l’a bien constaté. Récemment, elle se désolait : « En fait, c’est curieux ! Quand je reçois un jouet, je suis contente de l’avoir sur le coup, mais peu de temps après, je m’intéresse déjà à autre chose. J’aimerais pourtant que ce plaisir me dure plus longtemps ! ».

En cours de route, il nous arrive de douter de l’utilité de notre vie. Avons-nous fait les bons choix ? Est-ce que nous nous sommes trompés ? Avons-nous une quelconque utilité dans ce monde ? Dans le film de Frank Capra, La vie est belle, le personnage George Bailey, rencontrant des ennuis financiers, croit qu’il vaut davantage mort que vivant. Son ange gardien lui montre alors ce que la vie aurait été sans lui : une désolation pour les déshérités de sa petite ville. George Bailey n’a pas accompli la carrière qu’il espérait, et n’a certes pas réussi à être millionnaire comme il le souhaitait enfant, pourtant sa vie est tellement plus riche que celle de Monsieur Potter, un homme d’affaire sans scrupule bien fortuné. Il a toujours vécu selon les appels de son cœur ne sacrifiant jamais l’amour de son prochain.

 J’ai eu la chance au cours de l’été de tomber non pas sur un ange, mais sur une vieille cassette vidéo familiale. Je n’y ai pas vu ce que la vie aurait été sans mon mari et moi, mais la richesse qui avait rempli notre vie. Cela peut faire sourire quand on pense au mot richesse qui semble en contradiction totale avec notre compte en banque, notre intérieur rempli de meubles disparates et de notre souci constant à boucler les fins de mois depuis les débuts de notre mariage ! Pourtant, sous mes yeux défilaient des images que nulle richesse ne pouvait acheter ! Des scènes de vie qui remplissaient le cœur de joie ! Nous étions avec nos quatre aînés alors tous jeunes et le bonheur qui luisait dans nos yeux n’étaient pas feint. J’ai vu mon mari regardant sa marmaille avec tellement d’amour et de bonheur. Mon mari y a vu sa jeune épouse rayonnante de joie. Nos enfants étaient heureux et épanouis. Sans le savoir, nous avions fait fortune dans la vie ! Pas étonnant que nous ayons agrandi la famille…

Alors, j’ai aussitôt oublié tous les tracas financiers qui nous mordent les mollets au quotidien. J’ai réalisé à quel point je n’aurais jamais voulu d’une autre vie ! Que le trésor que nous avions amassé sur Terre me liait à jamais à mon époux et qu’il se composait de huit beaux enfants ! Si je pouvais retourner en arrière et donner un conseil à la jeune femme en blanc que j’étais au pied de l’autel, je lui murmurerais de répondre trois fois « oui » à son promis. Et j’ajouterais une lecture à la cérémonie : « amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Mat 6, 20-21)

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L’argent, c’est du temps

Beffroi de Dieulefit (France)

« Quand on achète quelque chose, on ne le paie pas avec de l’argent, on le paie avec du temps de vie que l’on a travaillé pour gagner cet argent. A cette différence près que la vie ne s’achète pas. La vie ne fait que s’écouler. Et il est lamentable de gaspiller sa vie à perdre sa liberté. » Pepe Mujica

Il est de rigueur de dire aux enfants de bien travailler à l’école pour bien gagner leur vie. Et, bien gagner sa vie, c’est pouvoir faire suffisamment d’argent. Les parents adressent ce conseil à leurs enfants non par esprit cupide… Ce qui les préoccupe, bien souvent, c’est de savoir qu’ils seront à l’abri du besoin. L’idée de voir ses enfants souffrir de faim, de mal logement est insupportable pour un parent. Mais, ce qui se glisse aussi, trop souvent, à côté de cette inquiétude légitime, est un désir de les voir réussir socialement. Voilà qui pourrait apporter un peu de prestige sur la famille. Pourtant, n’est-il pas singulier de penser que réussir sa vie a quelque chose à voir avec la quantité d’argent que l’on gagne ?

L’argent, c’est le nerf de la guerre ; amour vainc tout et argent fait tout ; abondance de biens ne nuit pas ; le temps c’est de l’argent ; bonheur passe richesse ; l’argent n’a pas d’odeur… Combien de proverbes entretiennent la pensée que la quête en ce bas monde est l’argent ? Ne devient-on pas plus respectable, important, quand on en possède beaucoup ?

Les chrétiens n’échappent pas à cette course infernale. Certains réseaux permettent une ascension sociale quand on est bien né catholiquement parlant. Il est de bon aloi depuis quelques années d’être un chrétien décomplexé avec l’argent. Il faut bien gagner sa vie, dit-on. Et certains vont même jusqu’à citer Jésus dans le domaine des transactions financières: « … que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Mt 6:3). Il ne parlait pourtant pas des transactions occultes avec lesquelles la conscience doit s’arranger. Avec le temps, on a fini par tronquer le début de la citation : « quand tu fais l’aumône… ».

Jésus est très clair au sujet de l’argent : « « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Mt 6,24). La dynamique de l’Évangile est un appel au don, au partage et à la gratuité alors que la logique de l’argent est celle de l’accumulation, de l’achat et de la vente au meilleur prix. Entre les deux démarches la contradiction est irréductible. En inscrivant l’argent dans le registre du démoniaque, Jésus insiste sur le pouvoir de fascination de l’argent. (1)

Jésus se montre sévère au sujet de l’argent parce que l’argent divise. S’il prend le registre du démoniaque pour en parler ce n’est certes pas par hasard. L’étymologie même de Diable signifie « celui qui divise ». L’argent diviserait donc ? Nul n’est besoin de regarder les familles au moment de l’héritage pour voir combien elles peuvent alors se déchirer.

Mais plus grave encore est le pouvoir de la division par l’argent de notre vivant. L’argent serait le premier sujet de dispute dans les couples. Les dépenses en trop de l’un, le manque d’argent qui crée des tensions, ou l’absence de celui ou celle qui travaille sans cesse et n’est jamais là. Le temps, c’est de l’argent. Mais ce temps passé à gagner cet argent est un temps perdu qui ne reviendra pas. Le temps, nous dit Pepe Mujica, ne s’achète pas. Il est précieux et il passe vite. Si nous ne remplissons pas le temps de l’essentiel dans nos vies, cet essentiel s’échappera.

Jésus ne dit-il pas : « Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et la rouille les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. Mais faites-vous un trésor dans les cieux, là où les mites et la rouille ne dévorent pas, où les voleurs ne percent pas les murs pour voler. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Mt 6,19). Qu’est-il de plus important que le temps de vivre ensemble et partager avec l’autre des moments de vie ? L’aveuglement de la quête d’argent, qui promet pour plus tard une vie meilleure, dérobe en fait la vie actuelle bien réelle et présente. Demain n’existera peut-être pas. Lou tems passo, passo lou bien (2), dit le proverbe provençal. Le temps, c’est de la vie. Et la vie, c’est une occasion de faire exister l’amour.

  1. https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Argent/Jesus-se-mefiait-il-de-l-argent
  2. Le temps passe, passe-le bien.

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Un jardin d’amour

Qu’est-ce qu’aimer ? Wikipédia dit que c’est de ressentir  « un sentiment intense d’affection et d’attachement envers un être vivant ou une chose qui pousse ceux qui le ressentent à rechercher une proximité physique, intellectuelle ou même imaginaire avec l’objet de cet amour. »

Pour nous chrétiens, l’amour constitue le moteur de notre vie. Enfin, il le devrait puisque Dieu se résume à la source de l’Amour. L’Eglise a d’ailleurs conduit la civilisation vers une généralisation des mariages d’amour entre deux êtres. C’était une révolution dans l’histoire, car, de tout temps, on se mariait surtout pour des questions d’arrangements matériels. Le médiéviste Michel Zink nous apprend que, dès le Moyen Age, l’Eglise encourageait les mariages d’amour « par conviction, elle considérait que les époux devaient se choisir et s’aimer. »

L’Eglise, qui n’est pas toujours perçue comme émancipatrice, a pourtant eu ce rôle majeur à jouer dans l’émancipation des êtres par l’amour conjugal. Elle a ouvert pour chacun des futurs époux le droit au consentement, à la liberté de choisir celui avec qui partager sa destinée ! L’amour qui rend libre ! Une avancée remarquable et qui indique la place importante que doit prendre alors l’amour qui passe désormais au-dessus de l’intérêt pécunier.

En frayant dans les coulisses du catholicisme, si vous tendez bien l’oreille, vous entendrez  que l’amour n’est pourtant pas une question de « sentiment ». Il est par ailleurs normal qu’après quelques années l’amour ne soit pas « ressenti ». On dit que l’amour est une décision quotidienne, un choix. Ce n’est plus une question de cœur qui bat et qui frissonne, mais de profondeur d’amour.

Dire qu’il ne s’agit plus de sentiment est pourtant un abus de langage. Deux êtres qui prolongent leur chemin ensemble et marchent l’équivalent du GR5 d’une vie ne peuvent omettre de s’appuyer sur leurs sentiments puisque l’homme est un être de sens. Ce sont ses sens qui lui permettent de rester vivant, de percevoir et d’interpréter le monde ainsi que de goûter la vie. Comment pourrions-nous faire abstraction du sentiment dans la vie conjugale ?

L’amour conjugal comporte plusieurs étapes. Bien des gens en demeurent à la première, celle si grisante et si visible du sentiment amoureux qui nous trouble en présence de l’être aimé. Mon grand-père parlait alors du « voile » que les amoureux ont devant les yeux à ce moment. Mais le voile finit toujours par tomber ! On découvre alors l’autre tel qu’il est. C’est alors que débute le véritable amour car on construit  avec la personne réelle : ses forces et ses faiblesses.

Pourtant, les sentiments doivent continuer de faire partie de la vie conjugale. Différents, certes, mais tel un thermomètre de la vitalité du couple. Si un couple ne ressent plus rien, c’est tout de même un signe de danger conjugal. Car le quotidien est prétexte à démontrer à l’être aimé qu’on l’apprécie. Ce sont les gestes, les mots qui permettent de faire ressentir à l’autre qu’on l’aime. Il faut donner à l’autre à « voir » l’amour. Ce peut simplement être en le regardant, en exprimant à l’autre la tendresse que nous éprouvons à son égard. Ce sont aussi les mots que l’on donne à entendre et qui expriment ou qui devraient exprimer tout le bien que nous éprouvons pour lui.

Ce sont les caresses qui confirment à l’autre qu’il existe pour nous. Le toucher est un sens important qui permet de sécréter de l’ocytocine, l’hormone de l’amour. Comme quoi tout est lié ! Le toucher apaise le stress et renforce le système immunitaire. Enfin, n’omettons pas ce qui échappe aux sens mais qui toutefois se ressent : les gestes de bonté, d’attention qui donnent à l’autre de ressentir qu’il est aimé, qu’il compte pour nous.

 Ce que nous ressentons, donc, est donc important durant toutes les phases de la vie affective partagée. Le mariage n’est jamais un contrat que l’on signe et où l’on n’a plus rien à faire pour entretenir l’amour. Il s’agit d’un jardin que l’on cultive avec soin. Il donne ses fruits malgré les pluies, les vents, les orages. A nous de faire briller le soleil !

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Le temps perdu est de l’amour gagné

 

Beaucoup de statistiques jalonnent les études sur les couples, sur l’amour, sur la durée du mariage, sur le nombre d’enfants…Et chacun de tirer des conclusions selon le point de vue qui est le sien : « C’était mieux avant, car on avait des repères » ou… « Le monde a changé, il faut évoluer avec lui… » Ces réponses n’aident en rien les jeunes qui avancent vers demain. Cela ne répond en rien à leur soif d’aimer. Peut-être les formes ont-elles changées mais le besoin d’aimer ne s’éteint pas. Comment s’unir « durablement » à l’autre ? Comment s’engager dans une relation ? Comment oser la famille ?

On utilise beaucoup les arguments intellectuels pour instruire les jeunes. On leur donne des cours de sexualité à l’école pour la prévention. On les aide à planifier leur avenir en les incitant à être raisonnables car les « temps sont durs » ! Et il ne faudrait pas mettre un enfant au monde aujourd’hui, ce monde se meurt…

Et si au lieu des chiffres, on laissait les artistes parler d’amour. La Fontaine ne disait-il pas :

-Tout l’univers obéit à l’Amour; – Aimez, aimez, tout le reste n’est rien.

Saint-Exupéry, à travers une fable merveilleuse passe à travers un petit prince pour nous raconter sans doute les plus belles pages d’amour. A l’adulte qui compte et recompte le temps économisé : cinquante-trois minutes…

– Moi, se dit le petit prince, si j’avais 53 minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine.

Quand on aime on ne compte pas, dit le proverbe. Le petit prince nous invite à laisser s’écouler le temps, à savourer l’instant et le plaisir. C’est aussi cela l’amour : perdre du temps à s’en délecter sur des petits riens qui remplissent de sens nos sens. Car l’amour donne un sens à tout. Le petit prince poursuit son enseignement:

-Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c’est doux, la nuit, de regarder le ciel.

L’amour, avant que de tristes sires venus de planètes à calcul ne le transforment en chiffres, est avant tout un bonheur que l’on traîne en soi, quelque part dans son cœur. L’amour, c’est l’apprivoisement d’un renard, c’est du temps « gaspillé » pour une rose bien capricieuse par moment, qui demande bien des soins. L’amour, c’est du temps perdu. Mais combien notre âme gagne à aimer !

S’il n’y a pas de recettes pour aimer toute une vie, certaines attitudes nourrissent davantage l’amour. Bien avant une hypothèque, les jeunes couples devraient placarder cet art de l’amour au seuil de leur demeure :

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix!
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.
Là où il y a la discorde, que je mette l’union.
Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.
Là où il y a le doute, que je mette la foi.
Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
O Seigneur, que je ne cherche pas tant
À être consolé…qu’à consoler
À être compris…qu’à comprendre
À être aimé…qu’à aimer
Car
C’est en donnant…qu’on reçoit
C’est en s’oubliant …qu’on trouve
C’est en pardonnant…qu’on est pardonné
C’est en mourant…qu’on ressuscite à l’éternelle vie »

Saint François d’Assise

Trop longtemps, on a déclaré qu’il fallait être raisonnable aux jeunes épris d’amour. Mais, le cœur n’a-t-il pas ses raisons que la raison ne connaît point ? Jeunesse, Ronsard le disait, n’attendez point :

– Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

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Une vie de liberté


Récemment, alors que je discutais avec de jeunes femmes ayant un ou deux enfants, l’une d’elle me lance -à moi qui en ai huit: « Personnellement, je ne voudrais pas tant d’enfants, car j’ai besoin de vivre ma vie de femme… » Ce n’était pas la première fois que j’entendais cette réflexion et cela me fit sourire. Car de mon côté, j’ai bien l’impression de vivre ma vie de femme. Heureusement que nous ne sommes pas limités à un rôle. Je suis femme, je suis épouse, je suis mère, je suis citoyenne, je suis enseignante. Je pense exercer chacun des rôles qui composent ma condition. Femme est l’hyperonyme de tous les autres termes qui composent ma vie. Et au-delà de ce terme, je suis un humain.

Cette famille nombreuse étonne bien souvent les gens. Et c’est bien vrai que c’est assez inhabituel. Je pense que plusieurs croient que c’est pour une question, au choix, de religion, de manque d’ambition, d’une conception traditionaliste du rôle de la femme que j’ai eu tant d’enfants. Non, ce désir est né de la liberté et de l’amour.

« C’est vrai que c’est exigeant, ai-je répondu à cette jeune femme. Mais je ne pouvais imaginer une vie autre qu’une maison remplie de cris d’enfants, de parfum de gâteaux au chocolat, d’empreintes de doigts sur les murs, de grandes tablées et de cette joie si particulière aux jeunes enfants qui s’enthousiasment pour un simple repas de crêpes ! »
Je dis souvent que si j’avais été passionnée de musique et dédiée à un instrument, j’aurai vécu en tournée à faire des concerts partout autour du monde. Mais ce qui me passionnait, moi, c’était l’éducation des enfants. J’ai étudié pour devenir enseignante. Et, un jour, j’ai rencontré, dans une pastorale universitaire, un jeune homme avec beaucoup d’esprit qui lui aussi désirait avoir une grande famille.

Ces huit enfants sont la concrétisation de ce projet commun. Il est vrai qu’au départ nous n’en voulions « que » quatre. Tous sont les fruits de ce désir qui nous unit et c’est sans doute le plus bel accomplissement que j’aurai réalisé sur Terre. Quand je les regarde, je découvre une cathédrale avec ses merveilleux vitraux, ses voûtes d’ogives, ses fresques sur le plafond, ses cierges, sa nef… C’est l’œuvre d’une vie à deux ! Chacun de ces enfants est unique. Aucun ne ressemble exactement à l’autre. Chacun suit le chemin qui lui ressemble ! La plus jeune de onze ans réclame déjà son unicité quand nous lui disons qu’elle nous fait penser à l’une ou l’autre de ses sœurs. Pourtant, une empreinte en filigrane semble lier chacun d’eux. On ne peut passer à côté du fait qu’ils sont, petits et grands, de la même famille. Dans chacun, je découvre un peu de mon mari, un peu de moi et une grosse dose de ce qui les rend unique.

On pense alors à ces champs de lis que Jésus décrit, «je vous dis que Salomon lui-même, au sommet de sa gloire n’était pas habillé comme l’un d’eux. » Ces lis que j’imagine de différentes couleurs comme preuve de la générosité de Dieu pour le monde.

Je ne crois pas que mes enfants auront l’idée d’avoir tant d’enfants ! Peut-être parce qu’ils ont vécu ce bonheur avec aussi ses limites ! Avoir une famille nombreuse n’est pas un objectif en soi. Il y a tant de façons de vivre sa vie.

L’aînée de mes filles qui se distingue beaucoup de moi -et que j’adore- me partageait ce matin une de ses lectures « Les cinq langages de l’amour ». Quelle ne fut pas ma surprise puisque ce livre, je l’ai lu moi aussi il y a une quinzaine d’années. Ainsi, j’étais heureuse de constater qu’elle soignait aussi son couple, qu’elle avait à cœur de vivre d’amour ! Sa vie poursuivra une route bien différente de la mienne, et comme ces jeunes femmes, elle se dira sans doute « j’ai besoin de vivre ma vie de femme ! ». L’important est d’écouter cette voix de liberté intérieure, cette liberté à laquelle Dieu n’est pas étranger.

Nous pourrions citer Saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. » La question qui devrait tous nous tenailler quand vient le temps d’orienter notre vie est la suivante : comment, par ma vie, je peux mieux aimer ?

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Le temps et rien d’autre

 

Le temps et rien d’autre
Le temps, le temps, le temps et rien d’autre ; le tien, le mien, celui qu’on veut nôtre.
Le temps passé, celui qui va naître. Le temps d’aimer et de disparaître, le temps…
-Aznavour

C’est l’histoire de Paulette. Elle avait un cœur d’or, Paulette ! Elle mettait tout son cœur à la tâche ! Voici donc le récit de sa vie :

Paulette est née dans les années trente dans une famille de treize enfants. Un papa alcoolique. La misère à la maison. Des frères aînés qui partent travailler pour envoyer de l’argent à la famille afin qu’elle puisse manger, afin que les plus petits puissent faire des études et avoir un métier. Cela a dû la marquer, Paulette, qui a pu, grâce au sacrifice de ses frères, devenir infirmière.

Paulette a donc décidé de faire honneur à la chance qui lui a été faite de pouvoir gagner sa vie dignement. Elle s’est donné corps et âme à son métier, mais aussi aux possibilités de mettre de côté de l’argent, par sécurité en cas de jours difficiles. Ou pour aider ses proches en mauvaise posture.

Entre-temps, elle s’est mariée. Elle a eu deux fils. Deux fils qu’elle chérissait plus que tout ! Un bon mari également, qui a assuré à la maison. Il travaillait à la manufacture et rentrait du travail plus tôt que Paulette. Paulette, elle, ne ratait jamais une journée de boulot. C’est tout à son honneur. Et elle était toujours de remplacement par peur de manquer l’occasion de faire un peu de rentrée d’argent…Et on dépensait peu à la maison, car on avait peur de manquer aussi.

Paulette n’a pas manqué d’argent. Elle y a peu touché. Mais elle a été toute sa vie généreuse envers les autres. Si un de ses frères ou une de ses sœurs « manquait », elle y pourvoyait ! Donc, je ne dresse pas le portrait d’une personne sombre à travers ces lignes…Il s’agit bien plutôt d’une personne bonne, avec un cœur à la bonne place.

Pourtant Paulette qui n’a pas manqué d’argent, a manqué bien autre chose… Elle a manqué presque tous les Noël en famille, presque tous les anniversaires de ses proches… Elle a sacrifié beaucoup de fin de semaine et bien des soirées…

Ce n’est pas moi qui la juge ! C’est elle qui me l’a dit, un jour à l’hôpital, alors que je lui rendais visite. Car Paulette a pensé toute sa vie qu’un jour elle profiterait de la vie à sa retraite. Mais sitôt à sa retraite, elle est tombée bien malade. Elle m’a dit, lors de ma visite : « Tu vois, j’aime tellement l’hôpital que j’y retourne aussitôt sortie ! » Elle ne manquait pas d’humour, ma tante !

Elle avait à côté d’elle le nouveau Testament aux éditions TOB à la couverture rouge en carton souple. Et elle revenait sans cesse sur un passage, celui de Luc 12,16-21 :

« Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.” Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

– Mais voyons, tante Paulette, me récriais-je, toi, tu n’es pas du tout comme cet homme riche. Tu n’as pas amassé par avidité ! Tu l’as fait, parce que tu voulais vous protéger. Et tu as tellement aidé de monde autour de toi…Et tu t’es occupée avec amour de tant de malades !

– Vois-tu, Caroline, me dit-elle, je ne regrette aucune aide que j’ai pu apporter autour de moi. Cela sera mon visa d’entrée de l’autre côté : je sais que je n’ai pas mal utilisé cet argent. Mais j’ai fait pire ! J’avais le plus grand trésor, ma vie, et je l’ai passée à viser autre chose que l’essentiel… Il y a bien des fois où j’aurais pu dire non et passer du temps à la maison. Mais à cause de mes peurs, je n’arrivais pas à lâcher prise…Des fois, j’avais envie de pleurer au travail en pensant aux miens qui fêtaient Noël à la maison : j’aurais voulu être là ! Bien sûr, c’était bien que des fois, ce soit moi qui prenne les Noëls, ça dégageait les autres. Mais de tous les prendre, ou presque, a été une folie ! J’ai aimé mon métier, là n’est pas la question… Mais, je n’ai pas équilibré ma vie. J’ai tellement pensé que je me rattraperais dans mes vieux jours… Je n’ai pas manqué d’argent, mais j’ai passé ma vie à manquer de temps. Et tu sais… quand on arrive au bout de nos jours, ce qu’on regrette le plus, c’est le temps où on n’a pas été avec nos proches…J’ai eu un bon mari ! Je l’ai bien négligé… J’ai eu deux trésors d’amour que je n’ai pas vu grandir… Toi, ne fais pas comme moi…Occupe-toi de l’essentiel : l’amour… »

Tante Paulette est partie peu après cette rencontre. J’étais encore une jeune fille. J’ai bien écouté son message. Je n’ai pas manqué de temps. Je peux dire que grâce à elle, j’ai été à l’essentiel… Mais, la vie étant en soi condamnée à être imparfaite, je n’ai rien amassé. Du regret ? Non ! Malgré tout, je n’ai que de la reconnaissance et beaucoup de gratitude : merci tante Paulette…

 

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Il était une fois l’amour

« Il était une fois » : voici comment commencent certaines histoires d’amour tant elles tiennent du roman. Ces histoires unissent bien souvent des individus ordinaires. Mais leur foi en une cause commune vient apporter une dimension extraordinaire à leurs sentiments amoureux.

Lucie et Raymond Aubrac, résistants durant la seconde guerre mondiale font partie de ces légendes. Lucie a délivré trois fois son mari de la prison. Ils ont poursuivi leur engagement pour délivrer leur pays durant la guerre. Et leur lutte n’a jamais cessé par la suite, s’occupant en 1996 des sans-papiers. Leur histoire est lumineuse ! Claude Berri en a tiré un film.

Frédéric Ozanam, fondateur de la société Saint-Vincent de Paul, est plus connu que son épouse Amélie. Pourtant leur mariage les a conduits à une charité toujours plus grande, leur amour mutuel les a grandis tous les deux. Un amour qui dépasse le cadre de leur couple et donne fruit en dehors de la sphère domestique dédié au don de soi pour les plus fragiles.

On ne peut passer sous silence l’histoire qui a uni la chirurgienne Lucille Teasdale et le pédiatre Piero Corti. Ils joindront l’hôpital Sainte Mary en Ouganda en 1961 et passeront le reste de leur vie à soigner la population. Ils lutteront notamment contre le fléau du sida qui emportera la chirurgienne en 1996. Un amour ardent qui se transforme en cause, celle de sauver les autres de la misère humaine.

L’amour en dépassant le cadre conjugal et en se tournant vers l’amour des plus faibles porte toujours une force irradiante. Nous connaissons tous des couples dont l’amour débordant les a conduits à accomplir des projets dont nous sommes tous édifiés bien que ces actions semblent plus modestes que les couples héroïques évoqués plus haut. Ce peut-être ce couple qui a adopté des enfants handicapés ou cet autre qui sort les soirs d’hiver pour donner la soupe populaire aux gens de la rue. Parfois, c’est aussi simplement ce foyer dont la porte est toujours ouverte sur les autres et dont la maison ne désemplit pas car on s’y sent bien. On y partage un repas, on vient y trouver une oreille pour les joies et les peines. On y sent la vie qui s’imprègne d’humanité.

Notre vie n’a de sens que si elle nous unit aux autres. L’amour s’y déploie, à l’aise. Et c’est souvent ce qui assure une continuité à l’amour des débuts car celui-ci a besoin de porter des fruits pour exister et « résister » au temps.

On cherche parfois en vain les recettes miracles pour entretenir le couple qui s’essouffle : l’amour se nourrit de l’amour. L’amour donné, multiplié, partagé. Et le voilà qui se renforce et se déploie encore plus grand. Jésus, dans Jean 15 :13 dit « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » L’amour est donc ce qui ne se thésaurise pas pour l’entre soi mais bien ce qui nous porte vers le prochain.

Vaste programme que d’aimer !

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Et Jésus l’aima

 

Y a-t-il une façon d’aimer mieux que les autres quand on est catholique ? Aime-t-on davantage son époux parce qu’on croit en Jésus ? Se sépare-t-on moins quand on est catholique ? On aimerait tellement mettre des statistiques partout et prouver, se prouver (?), que le choix que l’on fait est tellement mieux que celui des autres. Et ainsi, grâce au chemin choisi, bénéficier d’avoir plus de chance de rester ensemble. Pour rajouter une couche d’assurance, on est prêt à écorcher au passage tous ceux qui sont différents et qui sont bien à plaindre car les statistiques jouent contre eux : plus de divorces chez les non-croyants…

Pourquoi tenons-nous de tels discours si ce n’est pour, au fond, nous rassurer… En analyse transactionnelle, Eric Berne identifie des scénarios de vie dans lesquels certains sujets se construisent en pensant « je suis OK et les autres ne le sont pas ». Les autres ont donc tort et moi raison ! Cette attitude amène chez le sujet un certain sentiment de mépris et de supériorité. Pour le psychiatre, le meilleur scénario est « je suis OK et les autres le sont aussi ! ».

Saint Paul nous dit : « Si je n’ai pas l’Amour, je ne suis rien. » Et ces paroles nous renvoient à l’essentiel : J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel,
si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères
et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés,
j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. L’amour prend patience; l’amour rend service; l’amour ne jalouse pas; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil; il ne fait rien de malhonnête; il ne cherche pas son intérêt; il ne s’emporte pas; il n’entretient pas de rancune; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais. »

Autrement dit, j’aurai beau être un super chrétien qui suis tout à la lettre, si je juge, si je me vante, si je me gonfle d’orgueil, si je me réjouis du mal qui arrive aux autres en pensant que moi je fais de meilleurs choix puisque je suis croyant, je passe à côté du message du Christ, car je n’ai rien compris à l’amour… je ne suis donc rien…

Voilà qui nous remet à notre place ! En suivant Jésus, nous ne devons en aucun cas nous sentir meilleurs que les autres. Nous sommes les mêmes humains que le reste de l’humanité, ni mieux, ni pire… Et comme Etty Hillesum, nous ne devons pas vouloir être exclus du peuple entier, mais être parmi lui. Nous fondre en lui.

A quoi cela sert-il alors d’être chrétien si on ne peut pas briller mieux que les autres et se dire qu’on a raison ? Cela sert à avoir la force de chercher l’amour partout et en tout. Aimer, c’est regarder chacun avec bienveillance comme Jésus qui pose son regard sur le jeune homme riche qui cherche la vie éternelle. Le jeune homme repart triste car il n’arrive pas à se détacher de ses biens. Pourtant, Jésus l’aime en dépit du fait qu’il n’arrive pas à le suivre.

Tant bien que mal, nous cherchons à suivre Jésus. Y arrivons-nous toujours ? Non, et c’est humain ! Nous sommes en chemin. Nous n’avons pas à nous mesurer, nous n’avons qu’à essayer de mieux aimer. Jésus savait rabattre le caquet à tous les coqs qui se sentaient supérieurs aux autres « que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. » Les bienpensants sont alors repartis fissa. Ils ne devaient pas se sentir très fiers. C’est ainsi pourtant ! « Qui veut s’élever, sera rabaissé ! »

En tant que chrétien, nous disposons de belles ressources pour cultiver l’amour, des pistes pour mieux vivre la vie conjugale. C’est précieux. N’hésitons pas à avoir recours à ces précieux conseils de sagesse. Mais gardons-nous de nous prétendre au-dessus du lot humain. Ce n’est pas parce que nous avons les outils que savons les utiliser… Et cela ne sous-entend nullement que les autres ne disposent d’aucune ressource.

Partons, en cette nouvelle année 2019, à la quête de l’amour véritable. Celui qui nous aide à poser notre regard sur l’autre et à l’aimer.

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