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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

La rose d’Antoine

 

D’Antoine de Saint-Exupéry à Gilbert Bécaud en passant par Ronsard et Hugo, les auteurs ont souvent pris la rose pour symboliser l’amour. La rose, à la fois sublime et fragile, permet d’illustrer l’amour dans ce qu’il revêt de complexité et de profondeur. Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus reprenait également la rose pour symboliser son amour totale à Jésus. Quand elle parle d’effeuiller la rose, elle signifiait sa volonté de faire tous les sacrifices afin de témoigner de son amour au Christ, sachant que le plus grand amour est celui de donner sa vie pour ses amis.

Je me souviens très bien de la première fois où j’ai lu Le Petit Prince. J’avais neuf ans. Cela m’avait émue profondément. Ce joli petit prince, ce renard, cette rose ! Quelle poésie ! Je l’ai lu par la suite à plusieurs reprises à différents moments de ma vie et à chaque fois une dimension nouvelle du récit m’interpellait. Récemment, j’ai appris que le fil rouge de cette œuvre magnifique est en fait Consuelo, la femme de l’auteur. Saint-Exupéry l’avait quittée, comme le petit Prince qui abandonne sa rose sur sa planète et a regretté par la suite cette décision. Il se fait du souci pour elle, fragilisée par l’asthme, il cherche à la retrouver.

Le petit prince se rend compte que sa rose est unique bien qu’il en existe cinq mille qui lui ressemblent, cultivées dans un jardin. C’est par la sagesse d’un renard qu’il apprend qu’en fait, nous devenons responsables pour toujours de ce que nous avons apprivoisé. Se marier, s’unir à un autre n’a rien de banal. Cela nous engage pleinement.

On dit que le couple Saint-Exupéry vivait un grand amour. On imagine alors des pages de bonheur. Malheureusement, les égoïsmes de l’un, les fragilités de l’autre viennent nous rappeler que les grandes pages d’amour s’écrivent avec ce que nous sommes – et que Saint-Paul ne cesse de nous rappeler – de pauvres pécheurs : « …18Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair: j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. 19Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. 20Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi… » (Romains, 7 ; 18-20).

Ainsi donc, ce doux récit, qui nous apprend les profonds secrets universels du cœur, nous révèle les regrets amers d’un écrivain qui a si mal aimé sa femme capricieuse vers qui il souhaite retourner. Il s’agit d’une longue « lettre de pardon » révélera plus tard Consuelo dans un livre autobiographique La rose du Petit Prince.

La nature humaine offre toujours des paysages de sentiments aux reliefs si contrastés entre amour sublime et souffrance. Nous connaissons tous ces lignes splendides de l’œuvre du « Petit Prince » au sujet des yeux du cœur, de la responsabilité que l’on a sur ce qu’on a apprivoisé. Mais nous ignorons, pour beaucoup, les lignes non moins profondes qu’adressa l’auteur à son épouse avant d’effectuer ce qui sera son dernier vol : «Consuelo, merci du fond du cœur d’être ma femme. Si je suis blessé j’aurai qui me soignera. Si je suis tué j’aurai qui attendre dans l’éternité. Si je reviens j’aurai vers qui revenir. Consuelo toutes nos disputes, tous nos litiges sont morts. Je ne suis plus qu’un grand cantique de reconnaissance. »

 Les grands amours n’ont pas à être malheureux. Mais, nos natures humaines compliquées sèment parfois des souffrances malgré nous à cause de notre finitude tout humaine. Dieu nous appelle à dépasser nos faiblesses et à aimer de manière simple au quotidien en nous aidant du pardon qui  permet d’atteindre des profondeurs d’amour qui touche au sublime.

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Croire au printemps

 

Ma fille de sept ans, installée devant la fenêtre, a le visage complètement défait. Elle voit la neige tomber. Cette jolie neige qui apporte tant d’euphorie en novembre est totalement indésirable lorsque le calendrier franchit le 21 mars. « Mais on est au printemps! Pourquoi est-ce encore l’hiver? » s’insurge-t-elle.

Au tout début de la saison, le printemps ne ressemble pas encore au printemps. Quand fond toute la neige – même celle tombée impromptue après que les autres averses blanches ont disparu – le paysage n’est pas celui de la renaissance de la vie. L’herbe tassée, écrasée et jaunie semble morte. Rien ne semble annoncer la résurrection de la nature. Les bourgeons sont bien ligotés, repliés sur eux-mêmes. On en regretterait presque la neige. Sauf ma fille! Elle a une foi incroyable en cette saison : « Le printemps est ma saison préférée, clame Béatrice. J’ai hâte qu’il fasse plus chaud! Ce sera chouette de voir les fleurs pousser. Maman, est-ce que je pourrais déjà faire du vélo? Et s’il fait beau dimanche prochain, on pourrait faire un pique-nique?»

La nature met un certain temps à se maquiller d’une saison à l’autre. On a beau savoir le processus, on a parfois du mal à s’imaginer au cœur de ce renouveau quand rien n’en porte les indices. Pourtant le beau temps revient toujours avec sa douceur qui exalte nos cœurs…

J’ai croisé récemment mon amie Hélène. Je suis triste d’apprendre qu’elle va quitter son mari. Elle qui a mis tant d’énergie dans son couple! Elle voit maintenant sa vie conjugale comme un hiver éternel et elle n’attend plus le printemps.

Ne traversons-nous pas aussi tous des périodes de gel qui cachent le paysage de vie de notre mariage? Certaines périodes laissent nos champs dévastés par la froidure, mais aussi par la paresse, par le manque d’effort, par le repli sur soi-même tellement plus facile. Hélène a envie de voyager et de vivre un printemps sous d’autres cieux. Elle n’a plus d’amour pour son mari. Il est gentil, mais son cœur ne connait plus d’émoi avec lui.

Le mariage, quand il est vécu par des personnes en état de s’engager, peut toujours renaître. Mais pour cela, il nous faut de la foi, de l’admiration et la mémoire des jours heureux. Aimer est un acte volontaire, bien qu’il nous tombe dessus au départ sans rien nous demander! Au départ cela ne nous demande pas d’effort. Nous regardons l’autre avec un esprit si ouvert à la découverte. Nous voyons le bon et le beau de l’autre qui nous étonne. Puis, on s’habitue… Pire parfois, on s’enfonce dans l’indifférence et on croit que plus rien ne peut revivre entre-nous. C’est Jésus sur la croix…

Mais Jésus ressuscite le 3e jour. À chaque Pâques nous nous rappelons de sa mort et de sa résurrection. De l’Amour qui a été plus fort que la mort. Nous oublions que dans nos vies l’amour renaît aussi. Pour voir la renaissance de notre couple, il faut souvent changer notre regard et nous efforcer de regarder l’autre autrement. Arrêter de voir ses limites, mais se souvenir de tout ce qui nous a jadis émerveillés. Nous ne nous sommes pas engagés par hasard!

Parfois, mes adolescents à la maison me demandent de leur raconter comment leur père et moi nous sommes rencontrés, et de parler de nos débuts. « Ah! Nous étions totalement fous, je vous préviens!!! » leur dis-je alors. Et je me mets à leur raconter comme nous avons marché toute une nuit à notre première rencontre, à regarder le ciel étoilé dans la ville. Et comme nous n’avions rien au début de notre vie ensemble. Une table à trois pattes qu’on devait appuyer sur le mur pour qu’elle tienne, un vieux canapé récupéré, et pas de lit! « On dormait par terre, car votre père avait peur qu’on tombe dans la société de consommation si on commençait à avoir du confort! » C’est à ce moment que mes enfants sont totalement hilares. Quels curieux spécimens étaient alors leurs parents! Et moi, à chaque fois que je me remémore ces débuts, le printemps remonte en moi! C’est alors que je me dis que je suis tombé sur le bon numéro. Celui avec lequel je ne m’ennuie jamais et avec qui j’ai vécu tant de richesses, malgré la recherche d’une vie si dépouillée. Quand je repense à nos premières années, je retrouve toute l’admiration que j’éprouve encore pour mon époux.

Je sors dehors avec les enfants, et nous nous attelons à la tâche de nettoyer le jardin après le long hiver. On ramasse les vieilles feuilles d’automne qui sont restées captives de la première neige automnale. Ici et là de vieux débris nous encombrent. Nous nettoyons et revoyons les beaux moments de l’été dernier. Le soleil viendra réchauffer la terre et bientôt la nature généreuse nous emballera à nouveau…

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Chronique parue en avril 2012

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Mon ami

 

Sur mon lieu de travail, une femme, quarantenaire, mère de quatre adolescents, travaille discrètement et efficacement. Chaque matin, Sophie a toujours un mot pour faire rire ou une parole bienveillante lorsque nous arrivons. Et, je peux dire qu’elle en abat du travail ! Cette femme, toujours forte, est veuve depuis moins de deux ans. Elle s’épanche peu sur sa vie. On sait qu’à la maison non plus elle ne chôme pas car elle a entrepris de faire les travaux de réparation que son logis nécessitait. Parfois, elle porte un corset cervical car, comme elle répare le plafond de sa cuisine, elle a mal aux cervicales… Une femme remarquable dont on ne soulignera jamais les mérites par une médaille d’ordre national.

Un jour, elle a parlé qu’elle devait aller chercher la voiture de son ami. Cela nous a étonnées avec une autre collègue. Avait-elle retrouvé une âme sœur ? L’autre collègue, sans vouloir être intrusive, lui pose alors des questions sur ce nouvel ami. « Un nouvel ami ? demande Sophie, je n’ai pas de nouvel ami… L’auto de mon ami ? C’est celle de mon mari. Je l’ai toujours appelé mon ami… ».

En quelques mots, nous avons compris l’amour profond dont était encore habitée Sophie. Cet amour vivait encore en elle. En aparté, l’autre collègue me souffle « tu te rends compte de l’amour profond qui les unissait ? ».

J’ai repensé alors à ce magnifique chant de Robert Lebel, tiré d’une épître aux Romains : « Rien, jamais, ne nous séparera de l’amour…  Ni la mort, ni la vie, ni le feu, ni le froid, ni le jour, ni la nuit, ni la faim, ni la soif, ni chaînes, ni menaces. »

Le chant se conclut en « Et si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? ». Nous comprenons soudain combien l’amour avec un grand « A », qui est parfois le fait de l’amour conjugal – mais pas que – nous donne une image de la vie éternelle.  Dieu nous appelle à cette vie éternelle et nous donne la clef : « aimer ». Tout ce qui relève de l’amour ne meurt pas ! Tous nos gestes doivent en être imprégnés. La petite Thérèse parlait même de « ramasser une petite épingle avec amour ».

Dépêchons-nous d’aimer en toute chose et de transformer nos vies par l’amour, car seul l’amour survit. Nous sommes faits pour aimer…

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La tyrannie du bonheur

« Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? » nous demande la chanson. Qui n’aurait d’ailleurs pas envie d’être heureux ? Nous sommes tous en quête de bonheur car nous aspirons à être bien et c’est normal ! Qui souhaiterait être malade, pauvre et malheureux ?

En biopsychologie, nous savons aujourd’hui que nous pouvons stimuler des hormones qui vont nous permettre de nous sentir bien grâce à de petites habitudes à mettre en place. Ainsi, savons-nous que de compléter une tâche, de bien dormir va stimuler la dopamine, que de complimenter quelqu’un va favoriser l’ocytocine, que de rire stimule l’endorphine et que de méditer, prier va faire monter la sérotonine en nous. Ces connaissances sont précieuses pour nous.

Mais, la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Nous sommes parfois traversés par des épreuves qui ne nous font pas sentir bien. Ce diktat moderne du bonheur vient alors créer chez les personnes éprouvées un sentiment d’inadéquation personnelle. Alors que la vie est ponctuée de bons et de mauvais moments et que chacun de ces passages dans nos vies nous fait évoluer, le décalage avec cette publicité du bonheur à tout prix peut accentuer le sentiment d’être mal.

Il est facile de confondre bonheur et plaisir ! Lorsque nous ne parvenons pas à ressentir du bonheur, nous pouvons rechercher le plaisir. Et lorsqu’ils sont  confondus, il résulte que la quête de plaisir ne satisfait qu’un instant, il distrait mais ne s’ancre pas durablement afin de nous permettre d’être bien. Évidemment, il ne faut pas bouder le plaisir ! Il est également nécessaire dans nos vies ! Il ne faut simplement pas le confondre avec l’état de bonheur.

Le couple vit tour à tour, en alternance, des moments de joies profondes et des difficultés dont on se passerait bien. Tenir à deux est une chance quand l’amour unit les membres du couple. Il devient alors une force extraordinaire pour surmonter le mauvais moment.

La foi partagée, la confiance que l’Amour de Dieu veille sur notre couple, donne une dimension supplémentaire à la vie conjugale. Rien n’est magique, mais le ressenti des époux leur permettra de se sentir épaulés par la force de l’Amour.

Être heureux s’apprend. Mais nous apprenons également que de nager dans un bonheur incessant est impossible et l’acceptation de nos limites en ce sens nous permet d’accepter de traverser les peines.

Il en est parmi vous qui disent :
« La joie est plus grande que la tristesse »,
et d’autres disent : « Non, la tristesse est plus grande ».
Mais moi je vous dis qu’elles sont inséparables.

Ensemble elles viennent,
et quand l’une vient s’asseoir seule avec vous à votre table,
rappelez-vous que l’autre dort sur votre lit.

                                       Khalil Gibran  « Le Prophète »

 

 

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Ce oui de liberté

Au pied de l’autel, ils se retrouvent vêtus des plus beaux habits qu’ils ne porteront plus de leur vie. Ils sont resplendissant les mariés : on ne voit qu’eux ce jour-là ! Alors que l’on photographie ces instants où l’on s’émeut de les voir si beaux, une profonde transformation invisible s’opère au même moment lors de l’échange de consentements. Les mariés répètent « oui, je le veux » à la promesse de s’aimer toute leur vie. Et ils scellent symboliquement cet engagement par l’échange d’alliances qui signalera au monde extérieur leur état marital. Ce petit anneau signifie que l’individu n’est plus « disponible » pour entretenir une relation avec une autre personne : il est « pris » !

La symbolique du mariage chrétien est magnifiquement bien plus profonde ! Elle renferme un projet extraordinaire qui tient en une promesse d’amour consenti pour toute une vie !

Alors que l’Église est associée régulièrement au conservatisme, on oublie combien elle a porté tout au long de son histoire des idées novatrices qui ont révolutionné nos sociétés. Concentrons-nous simplement sur le mariage en lui-même qui est l’objet de cette chronique. L’Église a révolutionné l’anthropologie du mariage. Alors que jusque-là nos sociétés s’appuyaient sur des mariages d’intérêts, l’Église a été le propulseur du mariage d’amour !

À l’origine, le mariage s’est voulu une protection pour la famille dès l’Antiquité. On a établi un contrat qui assurait ainsi la descendance et offrait une protection aux enfants qui seraient issus de l’union du couple. Bien vite, des familles ont vu un intérêt financier ou politique à favoriser certaines unions. Le consentement des époux, de l’épouse plus particulièrement, comptait peu ou prou par rapport à l’intérêt des communautés qui célébraient l’union des fiancés. C’étaient alors des mariages d’intérêts. On faisait un bon ou un mauvais mariage quand on assurait la pérennité et la stabilité financière de la famille.

De son côté, l’Église va venir chambouler le jeu des alliances. “L’Église a toujours encouragé le mariage d’amour. Même au cœur du Moyen Âge. Par conviction, elle considérait que les époux devaient se choisir et s’aimer”*, dit Michel Zink médiéviste membre de l’Académie française. Ainsi donc, l’Église a permis aux époux de s’approprier ce consentement mutuel, ce choix de l’autre. L’amour prenait ainsi le pas sur le reste. Le fait de s’aimer devenait une raison majeure permettant d’unir sa destinée à la personne de son choix. Ce bouleversement dans les mœurs s’est répercuté jusqu’à aujourd’hui.

Lorsque ce petit « oui » est échangé lors de la célébration, il ne s’agit nullement d’une contrainte ni d’une « corde au cou », mais d’un engagement librement choisi et consenti. Un engagement comporte des responsabilités et une fidélité auxquels nous consentons, jour après jour. Il s’agit surtout d’une promesse d’amour pour toute la vie.

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À l’écoute

Nous cherchons souvent quel serait l’élixir de longévité du mariage. Les formules qui circulent un peu partout sont sûrement pour la plupart de bonnes idées à mettre en application. Mais si l’éternité s’obtenait à coup de recettes qu’il suffirait d’appliquer, ça se saurait ! En fait, la complexité de l’être et des relations diverses est telle qu’il faut être humble et accepter l’idée que la vie conjugale est un chemin étroit et que les pèlerins que sont les époux avancent sans connaître exactement l’itinéraire. Mais certaines balises sont tout de même nécessaires au parcours.

On nous parle souvent de l’importance de la communication au sein du couple. Et à travers cela, on insiste souvent sur le fait de se dire… Mais, on attire beaucoup moins l’attention sur l’importance d’écouter. Non pas d’entendre, mais bien d’écouter.

En fait, l’écoute est sans doute « l’ingrédient » le plus important. Mais nous avons tellement besoin de nous dire que nous oublions trop souvent que l’autre a besoin qu’on l’écoute. Pourtant, toutes nos relations reposent sur l’importance première de savoir écouter.

« En 1846, le philosophe danois Kierkegaard écrit dans son Journal : « L’homme immédiat pense et s’imagine que le plus important, quand il prie, ce sur quoi il doit surtout insister, c’est que Dieu entende ce qu’on lui demande. Et, cependant, au sens éternel de la vérité, c’est justement l’inverse : la vraie relation dans la prière n’est pas quand Dieu écoute ce qu’on lui demande, mais lorsque celui qui prie persiste à prier jusqu’au moment où il devient celui qui écoute, qui écoute ce que Dieu veut » ! Plus que demander, prier, c’est d’abord écouter Dieu qui nous parle. « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 Samuel 3, 9). La prière est réponse à sa parole en nous et en l’autre, dans la Bible et la nature.»1

Savoir écouter est un art à développer. L’écoute réelle nécessite qu’on le fasse sans interrompre l’autre, sans le juger sur ce qu’il exprime. Il nous faut questionner et reformuler les propos de l’autre afin de nous assurer que nous l’avons  bien compris. Mais davantage qu’une simple technique de communication, l’écoute est aussi action, c’est-à-dire que nous devons dans notre quotidien traduire la suite de ce qui nous a été dit. Par exemple, si notre conjoint appréhende un entretien qui doit se dérouler dans la journée, au retour, il sera important de demander des nouvelles de ce point qui l’inquiétait tant. 

L’écoute n’est pas seulement destinée aux situations de souffrance ! Elle s’insinue également dans les souhaits exprimés par l’autre même quand il ne les formule pas en mode revendicatif. C’est même là le sel de la vie ! Ainsi, ce petit goût de « pizza » qu’il avait formulé et auquel on a été attentif en créant l’occasion d’en manger ; ce bazar qui l’embête et qui a été rangé ; ce petit livre qu’il voulait s’offrir et qu’il retrouve par surprise sur la table de chevet sont des marques qui démontrent à l’autre combien nous prêtons attention à ce qu’il exprime. 

Nous sommes si souvent concentrés sur notre personne, nos besoins. Nous cherchons sans cesse à être comblé par l’autre sans toujours nous demander ce que nous pouvons apporter à l’autre :

« Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer,
car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. »

 – Saint François d’Assise

 1    https://fr.aleteia.org/2017/12/20/plus-que-demander-prier-cest-dabord-ecouter-dieu/

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La maison

Pour le couple qui s’engage dans l’avenir, la maison symbolise souvent ce lieu où le foyer se construit. Elle représente le gage de la stabilité, l’espace d’accueil des invités qui seront conviés à la table, et le berceau des enfants qui viendront former la famille. La maison construit souvent l’histoire conjugale et par le fait même, l’histoire familiale qui en découle.

Il n’est alors pas étonnant que certaines préparations au mariage préconisent une soirée d’information sur le sujet d’achat immobilier afin de guider les jeunes fiancés vers un choix judicieux étant donné la mesure financière que cet achat requiert.

Mais il arrive, pour de nombreux couples, que le choix de devenir propriétaire ne pourra pas se concrétiser. Parfois par choix, notamment chez les couples qui décident de s’expatrier pour le travail, mais le plus souvent par manque de moyen financier.

D’entrée de jeu, je dois dire que, pour notre part, nos choix de vie nous ont amenés à être, plus souvent qu’autrement, locataires. Nous avons été propriétaires d’une maison seulement durant dix ans. Puis, déménagement outre-mer oblige, nous revoilà locataires.

J’envie secrètement ces couples qui sont enracinés à une maison. Mais, au fond, l’histoire d’une vie conjugale ne se limite pas à un espace. Elle s’inscrit davantage dans la zone temporelle et les souvenirs qui se forgent peuvent s’attacher à plusieurs lieux qui ont été habités. Le premier appartement dans lequel nous avons vécu fut un immeuble. Celui où nous étions encore étudiants -si mal équipé- et qui a accueilli notre premier bébé dans une petite chambre modeste. Nous avions récupéré des meubles à gauche et à droite pour rendre les lieux fonctionnels. Comment oublier cette table à trois pattes qu’il fallait appuyer contre un mur ? Cela forge forcément des souvenirs qui nous font rigoler aujourd’hui. Et on s’interroge (pas mon mari, surtout moi en fait!!!) : comment avons-nous pu vivre ainsi ?

Un peu plus tard, après avoir acheté notre premier véhicule, nous avons loué un logement en rez-de-chaussé avec jardin dans un quartier au nord de la ville, cette époque évoque la naissance de nos deuxième, troisième et quatrième enfants. Je revois la corde à linge qui traversait le jardin et où les couches cotons séchaient au vent en toutes saisons. Je nous revois autour de la table de cuisine avec mon mari lors de dîners aux chandelles que nous prenions parfois lorsque les bébés daignaient s’endormir et nous laisser un petit répit ! Cette table nous réunissait aussi pour faire un puzzle en famille ou des tampons-encreurs ! Mes petits y ont fait leurs premières armes en cuisine, échappant parfois un œuf à côté du saladier. Et dire que ces grands enfants cuisinent si bien aujourd’hui !!!

La cinquième est née dans un logement un peu plus grand où nous ne fûmes pas longtemps. Mais c’était la maison de la musique ! Combien de répétitions de violon, de piano ne s’y sont déroulés ? Quand je ferme les yeux et que je pense à cet endroit, j’entends encore les partitions et les notes de musique (avec ses couacs!). Mon mari les accompagnait dans leurs premiers pas musicaux.

Les sixième, septième et huitième enfants sont nées dans la maison que nous avions achetée. Maison chaleureuse par la présence du bois. La salle à manger a accueilli tant d’amis à notre table qui avait alors un espace propice à cela ! La maison débordait de vie et d’enfants !

Puis, nous sommes déménagés et sommes allés toute la famille vers de nouvelles aventures par-delà l’Atlantique. Nous y avons découvert une vie plus rurale et fait d’innombrables balades ensemble. Ce fut la marque de ces années ainsi que le début vers la vie adulte des plus grands !

Chaque lieu a laissé une trace dans nos mémoires. En fait peut-être est-ce plutôt le contraire ? Nos anciens voisins se souviennent sûrement de la « vitalité » qui se dégageait de notre lieu d’habitation. J’espère qu’ils ne cauchemardent pas trop en se rappelant de nous à travers les cris d’enfants, les pleurs, les anniversaires !!!

Si je m’arrête et réfléchis : cela ne change rien que nous ayons été propriétaires ou non des lieux. Ce qui a compté c’est la vie qui a pu se vivre dans ces espaces. L’odeur du gâteau qui cuisait, la chaleur qui nous réunissait autour de la table, les moments partagés sur le canapé à discuter ou regarder un film. C’est le vécu qui construit la vie de couple et de famille. Il n’est pas nécessaire de posséder un grand château pour se lancer dans la vie à deux ! On n’y est pas plus heureux !

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La routine des jours heureux

 

Mon amie d’enfance m’a partagée une vidéo qui montre son fils, sa femme et leur petite de 18 mois dans un moment tout ce qu’il y a de plus banal. Les parents montrent à leur fille, sur leur smartphone, la météo. Ils lui expliquent que le temps fraîchit et la conversation se poursuit sur les vêtements adaptés qu’elle devra porter pour la journée, soit un petit pantalon avec des papillons. La petite n’en perd pas une miette ! Elle cause et répond, s’intéresse à l’écran, exprime son approbation. La conversation est des plus banales. Ne dit-on pas « parler de la pluie et du beau temps » quand on veut exprimer que l’on traite de sujets triviaux ?

Ces sujets banals, l’ordinaire de la vie, ce qui revient sans cesse constitue pourtant le cœur de la vie. C’est ce qui construit la relation et ce qui manque lorsque cela n’est plus.

Nous rêvons souvent de moments extraordinaires et nous passons beaucoup de temps à espérer et attendre ces moments qui nous sortent du quotidien quand on a la chance de pouvoir s’offrir des vacances ou de préparer des fêtes telles Noël ou tout rassemblement spécial.

Mais ces moments ne représentent que quelques jours par an. Le reste du temps tourne autour de l’ordinaire. Et c’est pourquoi nous devons soigner et rendre riches ces moments si ordinaires. Ce sont des moments qui se prêtent à la tendresse. Le petit café que l’on partage en échangeant sur l’actualité le matin, cette petite promenade du dimanche où l’on emprunte le même chemin, le repas du vendredi soir que l’on veut festif pour célébrer le week-end qui commence.

Des matins qui rassemblent le couple avant le départ au travail, il y en a sûrement deux cents par an, des dimanches de promenade, pas loin d’une cinquantaine, de même que des vendredis soirs. Voilà ce qu’il faut soigner et veiller à rendre inoubliable ! Car ces moments presque routiniers reviennent sans cesse et nous les voulons heureux. Ce sont eux qui resteront dans nos souvenirs que nous nous constituons. Si nous savons les rendre heureux, il y a de bonnes chances que notre vie à deux sera heureuse car nourrie régulièrement !

Quand Dieu s’est fait homme, il n’a pas chercher une vie qui sorte de l’ordinaire. Il a choisi une vie modeste. N’est-ce pas là un appel à nous tourner vers l’ordinaire?

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Les visages de l’amour

 

L’amour conjugal est l’un des plus beaux reflets de l’amour de Dieu. Il traduit l’alliance, le partage par la mise en commun, la fidélité, la persévérance, le pardon, la multiplication…

Ce chemin, a priori privilégié par bon nombre d’humains sur terre, n’est pourtant pas le chemin le plus facile à suivre pour témoigner de l’amour. Peut-être est-ce dû à Hollywood qui a mis beaucoup d’accent sur l’aspect passionnel de l’amour conjugal, provoquant une confusion entre sentiment du domaine du ressenti et l’amour lui-même. On ne peut nier la beauté enivrante qu’il y a dans le sentiment amoureux ! Elle est à la base bien souvent de ce qui permettra ensuite de vivre l’amour conjugal profond. Mais le limiter à cela est fort réducteur pour l’amour au sens large.

Hollywood nous a inculqués des schémas puissants et nous a sans doute mal préparés à la vie à deux. Il a mis tant d’accent sur l’ivresse des sentiments qu’il a trompé nos attentes raisonnables du mariage. Hollywood n’est pas la meilleure préparation au mariage qui soit pour la vie à deux !

Alors qu’est-ce qui nous y prépare le mieux ? Ce sont, sans aucun doute, tous les témoignages d’amour dont nous sommes témoins subrepticement au fil de nos vies. Cela peut-être l’amour conjugal de différents couples qui nous entourent, dont celui de nos parents. Mais les témoignages d’amour ne se limite pas aux amoureux. Être témoin de l’amour, peu importe sa forme, nous prépare à aimer. Cet amour peut être celui d’une mère à son enfant, celui du héros qui sauve des vies en risquant la sienne, ou celui qui donne la sienne au service des autres. L’amour est un dépassement de soi. Il se reconnaît dans la capacité de l’humain à dépasser son égoïsme pour aimer l’autre comme soi-même et à considérer l’intérêt de l’autre au moins autant que le sien sinon même au-delà du sien propre. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15:13).

On dit souvent que l’on ne peut donner ce que l’on n’a pas reçu. Je me suis longtemps demandé comment j’arrivais à vivre une vie conjugale heureuse
en n’ayant pas eu de modèle durant l’enfance. Mes parents se sont séparés lorsque j’étais très jeune et j’ai été élevée par ma mère et ses deux sœurs. C’était à une époque où bien que le phénomène commençait à prendre de l’ampleur, la séparation et le divorce étaient très mal perçus dans la société. J’ai longtemps eu l’impression de ne pas avoir eu de vraie famille puisque mon foyer n’était pas constitué d’un papa et d’une maman.

Ce n’est que récemment, très récemment que j’ai compris que je n’avais cessé d’être le témoin privilégié de l’amour. La vie auprès de ma mère et ses sœurs était une leçon d’amour quotidienne ! L’amour non pas conjugal, mais christique ! Une véritable communauté telle que les premiers chrétiens l’on sans doute vécue. Ma mère et ses sœurs mettaient tout en commun afin que mon frère et moi ne manquions de rien ! Dépassement plus naturel sans doute de la mère à ses enfants, mais assez exceptionnelle de tantes à leurs neveux ! J’ai également été témoin de l’amour fraternel qui les unissait. En fait, je me suis rendue compte que jamais l’une d’elle n’a tenté de prendre la meilleure part ! Elles œuvraient toujours pour le bien et des enfants et de leurs sœurs. Jamais pour elles-mêmes. Et dans cet esprit si altruiste, partagé littéralement par chacune des trois sœurs, jamais aucune n’a été lésée ! Elles pouvaient, avec confiance, tout donner aux autres, sachant que les autres en faisaient tout autant ! Ce témoignage d’amour non conjugal a sans doute été ce qui a le plus influencé ma vie à deux.

Une petite série sur Netflix tranche avec non seulement le canevas hollywoodien mais également avec la morosité des illusions perdues de ce siècle et avec une conception de l’amour exclusivement conjugale. Elle dresse au fil des différents épisodes (non reliés entre eux) des portraits fort touchants et représentants différents aspects de l’amour. Il s’agit de Modern Love. On y met en scène les divers portraits de personnages permettant d’aborder l’amour sous des formes variées tels : l’amour familial, romantique, amical, de l’amour platonique qui témoignent tous, au fond, de ce qu’il y a plus beau en ce monde : l’amour lui-même!

Il est parfois curieux de voir combien nous limitons cet amour au sentiment amoureux alors qu’il est sans limite, à l’image de Dieu.

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Lucie et Raymond

 

Qu’est-ce qu’aimer ? Vaste question ! C’est à la fois ce sentiment d’attachement, cette préférence presque indépendante de notre volonté, mais aussi cet engagement choisi envers l’autre. Car comme le dit si bien le Petit Prince : « Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé ». Un engagement est une responsabilité. Les époux partagent une responsabilité réciproque l’un envers l’autre. Il ne s’agit pas bien sûr d’infantiliser l’autre ou de se déresponsabiliser au détriment du conjoint. Il s’agit plutôt de la lettre et de l’esprit : « pour le meilleur et pour le pire. » Si l’aimé tombe malade, s’il traverse une épreuve, s’il perd son emploi, s’il devient handicap, je serai à ses côtés.

Dans les récits d’amour passionnés, le héros clame qu’il donnera sa vie pour son amour. N’est-ce pas ce qu’a fait Jésus ? Par amour pour nous, il a donné jusqu’à sa vie : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jean, 15:13) ». Le mariage chrétien est donc un modèle d’engagement.

Heureusement pour nous, toutefois, dans la vie ordinaire, nous rencontrons rarement de tels défis qui nécessitent le don de notre vie… Il n’y aurait peut-être pas beaucoup de héros parmi nous !

Mais il est bon d’avoir en exemple, des héros de cette trempe, capable d’un tel don de soi par amour pour l’autre. Ces exemples viennent réveiller ce qui dort profondément en nous et nous questionner : de quel amour suis-je capable ?

Récemment, dans un documentaire sur Arte, la vie de Lucie Aubrac nous était racontée. On ne peut être qu’admiratifs du courage dont elle a fait preuve et qui s’est manifesté au nom de l’amour. Un amour taillé par une soif de justice pour son pays et pour son époux qu’elle n’a jamais abandonné en prison aux mains des nazis. Elle a risqué littéralement sa vie pour le délivrer…

Si nous nous demandons de quoi nous aurions été capables en ces temps troublés, Lucie Aubrac elle-même nous demandait de quoi sont faits nos engagements aujourd’hui.

N.B. Un film a été tiré de cette histoire en 1996 avec Carole Bouquet et Daniel Auteuil, intitulé « Lucie Aubrac » Lucie Aubrac – film 1996 – AlloCiné (allocine.fr)

Nous deux

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