Archives pour la catégorie Cinéma d’aujourd’hui

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

De la Corée à l’Espagne : PARASITE et DOULEUR ET GLOIRE

Le Festival de Cannes, c’est la Mecque du cinéma d’auteur. En mai dernier, deux réalisateurs se sont particulièrement illustrés. Le surprenant Sud-Coréen Bong Joon-ho avec son inclassable PARASITE a remporté la Palme d’or tandis l’Espagnol Pedro Almodovar lançait DOULEUR ET GLOIRE, un récit inspiré de son parcours personnel, qui a vu son acteur fétiche Antonio Banderas se mériter le Prix d’interprétation masculine.

PARASITE

Le réalisateur de l’extravagante fantaisie écologiste OKJA – diffusée sur Netflix- revient avec une cynique farce sociale qui, à coups de revirements imaginatifs, glisse vers la farce macabre.

À la demande de son ami Min, parti à l’étranger, Ki-woo accepte de donner des leçons d’anglais à la jeune Da-hye. Qu’importe que Ki-woo habite un sous-sol insalubre avec sa famille de sans-emploi. Pour la mère de Da-hye, la candide Yeon-kyo Park, la simple recommandation de Min suffit.

Profitant de la situation, le garçon gagne le cœur de son élève et convainc sa nouvelle patronne d’engager une « réputée pédopsychologue » pour canaliser les élans artistiques de son garçonnet dissipé, un rôle qu’il confie à sa propre sœur. 

À son tour, l’astucieuse jeune femme provoque le renvoi du trop entreprenant chauffeur de M. Park, pour le faire remplacer par son père. Il ne leur reste plus qu’à caser l’épouse de ce dernier, en écartant la gouvernante. Mais celle-ci se montre plus difficile à évincer…

En dépit de certains aspects peu crédibles, l’ensemble captive et émeut. La mise en scène peaufinée et évocatrice de Bong Joon-ho exploite à merveille les lignes géométriques raffinées de la demeure de rêve, autant que les recoins biscornus du taudis des aspirants-parvenus. Dans le rôle du père de ce drôle de clan, Song Kang-ho est exemplaire de sobriété et de colère refoulée, tandis que dans celui de la mère bourgeoise fofolle et attachante, la nouvelle venue Cho Ye-Jeong crève l’écran.

DOULEUR ET GLOIRE

Le réalisateur de TOUT SUR MA MÈRE et de LA MAUVAISE ÉDUCATION se dévoile comme jamais dans cette œuvre de maturité, placée sous le signe de la nostalgie. Un brin épisodique, le scénario est néanmoins thématiquement riche : affres de la douleur, blessures d’enfance, relations complexes avec une mère aimante, trahisons professionnelles, mystères de l’inspiration artistique, etc.

Réalisateur acclamé, mais inactif en raison de diverses douleurs chroniques, Salvador Mollo apprend que « Sabor », son film le plus célèbre, sera présenté à la cinémathèque. Brouillé depuis 32 ans avec l’acteur principal Alberto Crespo, à qui il reprochait de jouer sous l’effet de l’héroïne, Salvador a récemment revu sa prestation, qui lui semble maintenant très juste.

Il se rend donc chez son ancien collaborateur, afin de se réconcilier et de le convaincre de participer avec lui à un débat public après la projection du film. Constatant qu’Alberto fume toujours de l’héroïne, Salvador décide d’essayer cette drogue, dans l’espoir qu’elle calme ses douleurs. Sa consommation s’accompagne de rêveries, dans lesquelles il revisite son enfance.

Comme toujours chez le cinéaste madrilène, la mise en scène est maîtrisée, et les compositions visuelles raffinées. Complice de longue date d’Almodovar, Antonio Banderas joue son alter ego avec une sobriété et une sincérité peu communes. La radieuse Penélope Cruz (VOLVER) et la touchante Julieta Serrano (FEMMES AU BORD DE LA CRISE DE NERF) incarnent à tour de rôle la mère tant aimée.

Gilles Leblanc

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

Loin et proche à la fois : IL PLEUVAIT DES OISEAUX et AMOUREUSES

Il y a des personnes qui vivent en marge de la société et qui y sont, par ailleurs, plus proches qu’on pense. Deux films québécois récents en constituent de bonnes illustrations. Dans IL PLEUVAIT DES OISEAUX, la trop rare Louise Archambault présente des personnes âgées qui vivent à l’écart à cause de leur état de santé ou d’un passé trouble. Pour sa part, la persévérante Louise Sigouin trace dans le documentaire AMOUREUSES un portrait fort émouvant de religieuses dominicaines qui sont dans l’attente d’une relocalisation.

IL PLEUVAIT DES OISEAUX

Dans le nouveau film de Louise Archambault (GABRIELLE), on est transporté par la scène dans laquelle le personnage de Marie-Desneige, campé par la magnifique Andrée Lachapelle, apprend à nager dans les bras de celui de Charlie joué par l’excellent Gilbert Sicotte. À lui seul, cet instant de simplicité et d’intimité à ciel ouvert, par sa lumière blanche et sa caméra flottante, exprime tout le potentiel du cinéma de qualité.

Sur les rives d’un lac sauvage en plein cœur de la forêt abitibienne, trois vieillards vivant en ermites semblent avoir trouvé la paix. La mort de l’un deux, l’artiste peintre Boychuck, menace leur équilibre, également perturbé par deux intruses.

D’abord Gertrude alias Marie-Desneige, une vieille dame saine d’esprit, enfermée depuis soixante ans dans un hôpital psychiatrique, qui va profiter d’une sortie pour convaincre son petit-neveu de la cacher parmi eux. Ensuite, Raphaëlle (Ève Landry), une photographe indiscrète, qui fait des recherches, pour le compte d’un musée régional, sur les derniers survivants des grands feux qui ont décimé la région six décennies plus tôt.

Tout au long du film, on admire la beauté de la nature et des rides de ces vieillards « indignes », filmés avec une affection palpable par la réalisatrice. Pas étonnant que le public cinéphile soit tombé en amour avec cette œuvre, superbe adaptation du roman de Jocelyne Saucier.

AMOUREUSES

Auteure de la courte narration au début du film (qui trouve son pendant à la fin), la Québécoise Louise Sigouin a consacré une année à partager la vie des sœurs cloîtrées de Berthierville. Filmant d’abord à l’extérieur, elle a obtenu par la suite la permission de vivre avec elle à l’intérieur du monastère.

Seule communauté francophone de moniales dominicaines en Amérique du Nord, les religieuses s’apprêtent à quitter leur domaine, fondé il y a près d’un siècle. C’est pour chacune d’elle une occasion de faire le bilan, individuel et collectif, d’une existence consacrée à Dieu.

Séparément, elles défilent devant la caméra comme au confessionnal, se rappelant avec humour et émotion leur vie civile, puis religieuse. En parallèle, ces sœurs organisent ensemble un marché public, pour vendre tout ce qui ne sera pas nécessaire à l’aménagement dans leur future résidence, à Shawinigan.

L’incontestable valeur  patrimoniale de l’ensemble tout comme les propos chaleureux de ces sœurs – et de leur jardinier! –, qui partagent avec le spectateur leurs émotions face à ce qui est clairement la fin de leur monde. Qu’elles soient capables de l’envisager avec sérénité et optimisme est sans doute le plus beau témoignage qu’elles puissent offrir de leur expérience de vie absolument unique.

Gilles Leblanc

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

Filles de cœur : JEUNE JULIETTE et LE MARIAGE D’ADIEU

Nous aimons bien les portraits de personnes qui ont le cœur à la bonne place, comme on dit. C’est le cas de deux émouvantes productions diffusées ces temps-ci sur le grand écran. Tout d’abord, la réalisatrice et scénariste québécoise Anne Émond décrit les hauts et les bas de la vie d’une adolescente à la poursuite de sa véritable identité dans JEUNE JULIETTE. Pour sa part, dans LE MARIAGE D’ADIEU, la cinéaste sino-américaine Lulu Wang présente la relation pleine d’amour et de tendresse qu’une jeune new-yorkaise entretient avec sa grand-mère, toujours en Chine.

JEUNE JULIETTE

Connue pour sa démarche stylistique exigeante (LES ÊTRES CHERS, NELLY), Anne Émond se fait dans JEUNE JULIETTE plus accessible dans sa mise en scène toute simple d’un récit d’apprentissage éminemment classique. Émond renouvelle la formule des chroniques adolescentes au féminin à la mode dans le cinéma québécois (LA DISPARITION DES LUCIOLES, UNE COLONIE, DÉRIVE, etc.), en puisant dans ses propres émotions vécues à l’âge ingrat, et en faisant de sa protagoniste une victime qui s’ignore, une égocentrique renfrognée, mythomane sur le bord, qui apprend à la dure à vivre dans le regard des autres.

Aussi frondeuse qu’érudite, Juliette en fait voir de toutes les couleurs à son père redevenu célibataire. Triste à l’idée de voir son grand frère Pierre-Luc partir en appartement, l’adolescente rêve pour sa part d’aller habiter à New York avec leur mère avocate. Pour l’heure, sur le point de terminer son secondaire II, Juliette se convainc qu’elle vit une idylle avec Liam, le meilleur copain de Pierre-Luc; sans réaliser que sa seule amie, la patiente et douce Léane, ressent des sentiments amoureux à son endroit.

Inconsciente d’avoir engraissé depuis le départ de sa mère, Juliette est déstabilisée par des insultes sur son poids, lancées par un élève malveillant de son école, La jeune fille détourne alors sa colère et sa frustration sur Arnaud, un gamin autiste de son quartier qu’elle garde à l’occasion.

Hormis quelques fils mal attachés en fin de parcours, le scénario est bien écrit, réservant des répliques pleines de sagesse à des personnages secondaires bien campés, tels le père aimant défendu tout en douceur par Robin Aubert et le professeur inspirant livré avec une égale aisance par Stéphane Crête. Mais le principal atout de la réalisatrice est la nouvelle venue Alexane Jamieson, impressionnante de charisme et d’intensité dans le rôle-titre.

LE MARIAGE D’ADIEU

Cacher la vérité à un malade pour qu’il finisse ses jours en paix, est-ce vraiment un mensonge? Voilà un des profonds questionnements posés par LE MARIAGE D’ADIEU, une comédie dramatique inspirée d’une histoire vraie.

Billi, trentenaire d’origine chinoise, vit à New York depuis sa plus tendre enfance. Indépendante et têtue, elle entretient des relations plutôt houleuses avec ses parents, qu’elle compense cependant en passant de longues heures au téléphone avec Nai-Nai, sa grand-mère bien aimée. En apprenant que cette dernière est atteinte d’un cancer en phase terminale, elle est sous le choc.

La jeune femme doit en outre composer avec l’attitude de la famille qui, bien au courant des résultats médicaux, a choisi de ne rien dire à l’aïeule. Défiant l’avis de sa mère. Billi décide de rentrer dans son pays natal pour faire l’adieu à Nai-Nai. Son voyage est d’autant plus déstabilisant que ses oncles et tantes ont organisé le mariage d’un cousin vivant au Japon, afin de justifier leur ultime visite à la malade.

À partir d’un matériau dramatiquement fort, à saveur universelle, Lulu Wang formule une réflexion d’une grande sensibilité sur le déracinement, le poids des apparences et le tiraillement entre tradition et modernité. Au fil d’un récit ponctué par quelques touches d’humour appropriées, Wang examine également le fossé culturel séparant l’Asie de l’Occident, notamment en ce qui a trait au rapport à la mort.

Attentive aux tourments de ses personnages, la cinéaste s’affirme par la sobriété de sa mise en scène et la maîtrise de sa direction d’acteurs. La nouvelle venue Awkwafina campe avec une belle assurance une jeune femme rongée par la culpabilité.

Gilles Leblanc

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

Ce qu’est la vraie richesse : LA FEMME DE MON FRÈRE et L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR

On se demande souvent ce qui est le plus important dans la vie. Deux cinéastes québécois abordent justement la quête de sens dans leur production récente. Dans LA FEMME DE MON FRÈRE, la talentueuse Monia Chokri présente le parcours d’une jeune femme introvertie qui se désole de son sort et envie celui des autres. Pour sa part, le vétéran Ken Scott décrit la trépidante odyssée d’un jeune Indien à la recherche de la véritable réussite dans L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR.  

LA FEMME DE MON FRÈRE

Révélée par Xavier Dolan en 2010 dans LES AMOURS IMAGINAIRES, Monia Chokri a réalisé trois ans plus tard QUELQU’UN D’EXTRAORDINAIRE, un court métrage vif et explosif. Son premier long métrage s’inscrit dans cette continuité.

Docteure en philosophie politique et sans emploi, Sophia est hébergée par Karim, son frère psychologue avec lequel elle vit une relation fusionnelle. L’univers de la trentenaire sarcastique se met toutefois à chanceler le jour où son éternel complice, qui a accepté de l’accompagner à la clinique d’avortement, s’éprend d’Éloïse, la gynécologue chargée de procéder à l’opération.

Quelques semaines plus tard, dans un restaurant italien, la praticienne, heureuse en amour avec Karim, présente à Sophia son meilleur ami Mani, sage-femme célibataire à la recherche d’un colocataire. C’est en trop pour la sœur délaissée.

Prometteuse, l’œuvre de Chokri est desservie par un scénario résolument verbomoteur, parfois cacophonique. Le film, qui comporte d’évidents efforts d’invention visuelle, confirme la place de la cinéaste dans la lignée de Dolan (format d’image carré, objets virevoltant au ralenti, musique omniprésente, montage maniéré, etc.) Très investie dans son rôle, Anne-Élisabeth Bossé (également découverte dans LES AMOURS IMAGINAIRES) ne manque pas de convaincre.

À retenir qu’au Festival de Cannes (2019), le film s’est mérité le prix Coup de cœur du jury du volet Un certain regard.

L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR

Adaptée d’un roman de Romain Puértolas, cette fable aussi colorée que fantaisiste convoque des enjeux dramatiques très actuels, en particulier celui de l’immigration clandestine, tout en insérant dans sa trame une romance tout à fait crédible.

Aja est né et a grandi à Mumbai dans la pauvreté, y apprenant mille et une combines pour y subsister. À la mort de sa mère, le jeune homme retrouve des lettres de son père, dans lesquelles celui-ci invitait son amoureuse à le rejoindre à Paris. Muni d’un faux billet de 100 euros, de l’urne funéraire de sa mère et d’un passeport, Aja se lance donc à la recherche de ce paternel qu’il n’a jamais connu.

Mais peu après son arrivée à Paris, le voyageur a le coup de foudre pour Marie, une jeune Américaine croisée dans un grand magasin de meubles. Et par un malentendu, Aja échoue en Angleterre, aux côtés de migrants somaliens. Puis, afin de revoir celle qui fait battre son cœur, le jeune Indien se retrouve dans la suite romaine d’une star de cinéma, dans une montgolfière destinée à un couple marié et enfin, dans un camp de réfugiés en Libye.

Monté avec beaucoup d’entrain, profitant d’une photographie soignée ainsi que d’une mise en scène ambitieuse et inventive de Ken Scott (LA GRANDE SÉDUCTION, STARBUCK), le film possède la naïveté des contes de fées réconfortante, sans jamais céder au racolage ni à la mièvrerie.

Amusant et profondément humaniste, le récit en forme d’ode au vivre-ensemble repose entièrement sur la prestation attachante et inspirée de Dhanush, star du cinéma indien fort à l’aise dans ce périple international.

Un film agréable à savourer au cœur de la saison estivale !

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

Des larmes, des rires : GRÂCE À DIEU et QU’EST-CE QU’ON A ENCORE FAIT AU BON DIEU?

Chez les cinéphiles, il arrive souvent qu’on passe de façon radicale d’un registre à un autre. C’est le cas si on visionne deux productions courues sur les grands écrans ces semaines-ci. Dans le drame GRÂCE À DIEU, le réalisateur François Ozon nous surprend, une fois de plus, avec une présentation émouvante et étoffée de cas de pédophilie dans l’Église catholique. Pour sa part, Philippe de Chauveron revient en force avec QU’EST-CE QU’ON A ENCORE FAIT AU BON DIEU?, une comédie débridée sur la multiethnicité et le multiculturalisme au sein de la société française.

 

GRÂCE À DIEU

Assez rapidement dans son film sur des agressions sexuelles de mineurs, François Ozon a courageusement choisi son camp : celui des victimes. Et du même élan, il a misé sur une œuvre artistiquement modeste, au profit d’une autre, plus engagée et terre-à-terre : dénoncer le silence de l’Église catholique, à Lyon comme au Vatican.

Produit dans une relative urgence, en parallèle aux procédures judiciaires alors en cours, GRÂCE À DIEU ne passe rien sous silence. Au contraire, ce film sur la « parole libérée » est constitué de scènes de dialogues ou, comme dans la première partie, d’échanges épistolaires lus en voix hors champ.

Apprenant que le père Bernard Preynat, qui a abusé de lui chez les scouts trente ans plus tôt, est encore en fonction dans le diocèse de Lyon où il opérait à l’époque, Alexandre décide de se faire entendre auprès de l’archevêque le cardinal Philippe Barbarin. S’engage entre ce bon père de famille catholique et les autorités ecclésiastiques un dialogue de sourds qui amène le premier, de guerre lasse et au mépris de la prescription, à porter plainte à la police.

Le commissaire saisi de l’enquête découvre une autre victime : François, devenu athée, qui avait jusque-là classé ce mauvais souvenir, puis Emmanuel, un sans-emploi psychologiquement instable. Avec quelques autres, ces individus d’horizons divers en viendront à créer un site Internet, appelant les témoignages d’autres victimes du même prêtre pédophile, et à mobilier la presse française.

Le récit est construit en trois temps, le centre de l’action se déplaçant de premier au deuxième personnage, puis du deuxième au troisième, en donnant à chaque portion sa couleur, son énergie et l’espace nécessaire aux trois excellents acteurs (Poupaud, Ménochet et Arlaud) pour briller.

En somme, il s’agit d’une œuvre bien maîtrisée du réalisateur de 8 FEMMES et de FRANZ, et susceptible de provoquer un débat comme aucune autre avant elle. D’ailleurs le long métrage vient de se mériter le Lion d’argent au Festival de Berlin.

 

QU’EST-CE QU’ON A ENCORE FAIT AU BON DIEU?

Les scénaristes Philippe de Chauveron et Guy Laurent de QU’EST-CE QU’ON A FAIT AU BON DIEU?, l’un des plus grands succès du cinéma français, ont pris leur temps pour y donner une suite. Ils ont bien fait. Enrichi d’un adverbe, le titre surmonte une œuvre efficace, bien jouée, porteuse d’une réflexion certes modeste, mais qui transcende le copier-coller et la pression du suffrage au box-office.

Claude et Marie Verneuil ont vu leurs quatre filles épouser des immigrants. Et ils ont surmonté cette « épreuve ». Aujourd’hui retraités et heureux grands-parents, ils font face à une nouvelle menace : le possible départ de leurs filles à l’étranger, avec leurs maris respectifs.

Dans le milieu parisien, ces messieurs ont du mal à faire oublier la couleur de leur peau ou leur statut d’immigrant de première ou seconde génération. Décidés à empêcher l’exécution de ce projet d’exil, Claude et Marie emploient divers stratagèmes afin de convaincre filles et gendres des avantages de demeurer en France.

Ainsi, le propos du premier film, sur le racisme ordinaire d’un couple de bourgeois de province, est traité ici à plus grande échelle, pour englober le malaise des gendres arc-en-ciel, qui cherchent le soleil dans la jungle de la métropole. Ce déplacement de foyer n’est pas sans conséquences, renvoyant le couple Clavier-Lauby à la périphérie de l’intrigue et les épouses au rang de figurantes.

En outre, le développement s’articule autour de situations forcées, chaque obstacle étant pulvérisé par l’argent et le pouvoir des parents manipulateurs. Réalisé avec une vigueur toute transparente, QU’EST-CE QU’ON A ENCORE FAIT AU BON DIEU? contient presque en égale proportion des péripéties convenues et surprenantes.

Gilles Leblanc

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

Sur des notes discordantes : LA GUERRE FROIDE et LE LIVRE DE GREEN

Le cinéma donne une large place à la musique et au chant. Toutefois, il arrive souvent que les performances artistiques s’exercent dans un contexte perturbé par des conflits politiques, sociaux ou personnels.C’est le cas pour deux films magnifiques à l’affiche depuis quelque temps. Dans LA GUERRE FROIDE, le brillant réalisateur polonais Pawel Pawlikowski raconte l’étrange histoire sentimentale d’une chanteuse et d’un musicien au temps du rideau de fer. Pour sa part,  c’est dans une Amérique ségrégationniste que le versatile réalisateur Peter Farrelly situe le périple semé d’embûches d’un célèbre pianiste afro-américain et de son chauffeur dans LE LIVRE DE GREEN.

 

 

LA GUERRE FROIDE

Tout aussi poignant que son film IDA, Pawlikoswki raconte avec un égal dépouillement – noir et blanc épuré, image carrée enfermant les personnages, direction artistique sobrement recherchée – un amour impossible corrompu par les jeux politiques et les compromissions. S’inspirant librement de l’histoire de ses parents, le réalisateur rend un hommage émouvant aux trésors musicaux de sa Pologne natale.

En 1949, en pleine guerre froide, Wiktor bat la campagne à la recherche de chants traditionnels, en prévision d’un spectacle-hommage à la culture et de l’histoire de son pays. Aux auditions, le musicien remarque Zula, une blonde frondeuse mais talentueuse, qui devient sa maîtresse. Après deux ans de rodage, le spectacle est présenté devant des foules enthousiastes.

Mais quand les autorités du parti insistent pour y insérer des messages à la gloire de Staline et de la réforme agraire, Wiktor planifie de passer à l’Ouest avec Zula. Cette dernière, obligée de jouer les informatrices pour éviter de purger une peine de prison pour meurtre, renonce au dernier moment. Exilé en France, Wiktor joue du piano dans des clubs de jazz et compose des musiques de film. Zula vient le rejoindre, après avoir contracté un mariage blanc avec un Italien, mais elle s’adapte mal à la vie parisienne…

C’est par son sens de l’ellipse remarquable que Pawlikoswki se signale ici. L’auteur est en effet parvenu à raconter en quatre-vingt minutes un récit s’étendant sur plus de quinze ans. Pour mettre en scène ce triste va-et-vient amoureux, il a fait appel au peu connu mais très intense Tomasz Kot et à Joanna Kulig, qui avait un petit rôle dans… IDA. Dotée d’une grande beauté et d’un charme magnétique, celle-ci se révèle aussi crédible en adolescence effrontée qu’en trentenaire prématurément flétrie.

LA GUERRE FROIDE a reçu trois nominations aux Oscars 2019, dont celle du meilleur film en langue étrangère.

 

 

LE LIVRE DE GREEN 

Inspiré d’une histoire vraie, le scénario de cette relecture inversée de DRIVING MISS DAISY demeure assez convenu, mais sonne vrai d’un bout à l’autre, grâce à l’abondance de détails significatifs. Le fait qu’un des trois scénaristes soit le fils d’un des protagonistes y est sans doute pour quelque chose.

En 1962, Tony Lip, gardien de bar italo-américain du Bronx, sert de chauffeur à Don Shirley, pianiste noir de renommée internationale, au cours d’une tournée de huit semaines dans le sud des États-Unis.

Comme les Noirs n’étaient pas particulièrement les bienvenus dans plusieurs états du pays à cette époque, les deux voyageurs doivent s’en remettre au « Negro Motorist Green Book », un guide qui identifie les établissements qui acceptent la clientèle de race noire. Confrontés au racisme, ils devront se serrer les coudes et apprendre l’un de l’autre, au-delà de l’apparence et des préjugés.

La réalisation soignée de Peter Farrely parvient à trouver l’équilibre approprié entre message social et humour, le tout dans un emballage visuel des plus élégants. Dans le rôle de la brute au grand cœur, Viggo Mortensen (CAPTAIN FANTASTIC) s’avère particulièrement doué pour la comédie, tandis que Mahershala Ali (MOONLIGHT) compose un pianiste à la fois royal et émouvant. La chimie qui opère entre les deux vedettes fournit son supplément d’âme à ce road-movie aigre-doux.

Déjà gagnant de trois Golden Globes, LE LIVRE DE GREEN est en liste dans cinq catégories (dont celle du meilleur film) aux Oscars qui sont attribués le 24 février 2019.

Gilles Leblanc

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

Leçon d’humanité : Des hommes et des dieux

Reprise de la chronique DE GILLES LEBLANC du 1er mars 2011 parue dans SPIRITUALITÉ 2000

Il est assez rare que des films présentent des situations d’ouverture aux autres de façon aussi remarquable que le fait la production : DES HOMMES ET DES DIEUX. Il s’agit de la tragique histoire des huit moines de Tibhirine dont Xavier Beauvois déploie leur vie quotidienne, entièrement vouée au service de Dieu et de leurs voisins musulmans.

 

DES HOMMES ET DES DIEUX

 

dieux

 

En décembre dernier (2010), j’assistais avec quelques journalistes à un visionnement spécial du film DES HOMMES ET DES DIEUX, lequel a remporté de nombreux honneurs, dont le Grand Prix et le prix œcuménique, au Festival de Cannes 2010.

Dans la foulée des trois millions de cinéphiles français qui ont vu le film, ce drame social, réalisé par Xavier Beauvois, traite de la vie de la communauté de moines cisterciens de Tibhirine en Algérie, de 1993 jusqu’à leur enlèvement, le 26 mars 1996. Nous voici devant un film magnifique, transparent et émouvant, interprété par une brochette d’acteurs, plus authentiques les uns que les autres, avec en évidence Lambert Wilson (le père-prieur Christian) et Michael Lonsdale (Luc, le moine-médecin).

Scénarisé par Xavier Beauvois et Étienne Comar, le récit débute quelques semaines avant l’ultimatum lancé par les terroristes qui ordonnent aux étrangers de quitter le pays; un groupe de ces extrémistes fera même irruption dans le couvent la nuit de Noël. Le dilemme des moines jusque-là latent se pose alors avec acuité: partir ou rester? La décision doit être collective. Mais, pour eux, le choix de demeurer ou non sur place, malgré les menaces, est lourd de conséquences. Les religieux refusent même la protection militaire, ce qui incite les autorités à leur demander de retourner en France.

C’est en prenant en compte ces considérations humaines, politiques et leurs propres convictions religieuses que chacun des huit moines forgera sa décision en son âme et conscience. Cette forte tension dramatique accompagne la vie quotidienne et mystique de la communauté, ses liens profonds avec la population musulmane des alentours, l’esprit de paix et de charité qu’ils veulent opposer coûte que coûte à la violence qui gangrène le pays.

Tournée au Maroc, la production a demandé une recherche considérable sur la vie d’une communauté monastique cistercienne comme celle qui réside dans l’Atlas algérien. Le rythme est lent et dépouillé, centré sur les visages et les gestes des personnages. À elle seule, la séquence de communion finale vaut le déplacement: les moines, filmés l’un après l’autre en plan rapproché, se retrouvent dans le silence devant leur tragique destin, accompagnés par la musique du Lac des Cygnes de Tchaïkovski.

On peut s’attendre à ce que cette œuvre grandiose de simplicité et de luminosité rejoigne un large public, autant du côté des catholiques fervents et pratiquants que de celui des non-croyants. Même si les traces du douloureux conflit algérien sont moins présentes au Québec qu’en France, la réflexion sur les relations entre les chrétiens et les musulmans occupe un espace important dans la société. L’attitude des moines cisterciens constitue un exemple éloquent de compréhension et d’accueil inconditionnel de l’autre.

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

Qui perd gagne : MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES et LE GRAND BAIN

La vie est remplie de surprises et de bouleversements qui font qu’on se retrouve souvent dans des situations meilleures ou pires qu’initialement. Deux films récents en sont de brillantes illustrations. Le talentueux cinéaste Emmanuel Mouret présente le stratagème astucieux d’une aristocrate qui se venge de l’inconduite conjugale de son amant dans le film en costumes MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES. Pour sa part, le réalisateur Gilles Lellouche raconte habilement dans la comédie dramatique LE GRAND BAIN la volte-face qui survient chez des hommes d’âge mûr adeptes de la nage synchronisée (!).

 

MADEMOISELLE DE JONQUIÈRES

À qui en doutait encore, MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES confirme la parenté immédiate du cinéma d’Emmanuel Mouret avec celui du regretté Éric Rohmer. La magie des dialogues, le goût exquis pour les marivaudages, la conquête amoureuse comme obsession, tout cela forçait déjà la comparaison dans les films antérieurs du réalisateur et scénariste (L’ART D’AIMER, CAPRICE).

Le marquis des Arcis (Édouard Baer, impeccable) est un homme volage. Sa réputation de séducteur le précède, partout où il passe. C’est pourquoi Madame de la Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, lui résiste avec tant d’ardeur. Tout en ne pouvant s’empêcher de lui faire la cour et de lui promettre fidélité et amour éternel.

Six mois de ce régime finissent par avoir raison de ses prétentions. Quelques années de félicité conjugale passent avant que le marquis ne montre des premiers signes de désengagement. Afin de tester son amour, Madame lui annonce que le sien est sur son déclin. L’aveu libère l’époux, qui reconnaît éprouver la même panne amoureuse.

Feignant le soulagement, la marquise au cœur brisé décide de le compromettre. Instrument de sa vengeance : une jeune et magnifique prostituée (Alice Isaaz, vibrante), qu’elle fait passer pour une pieuse et noble déshéritée avant de la pousser dans les bras du marquis.

Rappelant VALMONT de Milos Forman, le cinéaste Mouret s’emploie avec beaucoup d’ardeur à composer des tableaux bucoliques, qu’il anime au moyen de cette souriante et perfide histoire de vengeance amoureuse. Certaines de ces compositions sont rendues stupéfiantes par la magie des mots, le plaisir des acteurs en un emploi mesuré de musique baroque. À tous égards cependant, la performance nuancée de Cécile de France (Madame de la Pommeraye) force l’admiration.

 

 

LE GRAND BAIN

Avec ses dialogues désopilants, ses portraits attachants et son optimisme naïf, ce premier long métrage en solo de l’acteur Gilles Lellouche fait flèche de tout bois. La réussite se mesure également au regard humaniste posé par le cinéaste sur la crise de la cinquantaine et les ratés d’un système socioéconomique où les marginaux n’ont pas leur place.

Après une énième prolongation de son arrêt de travail pour cause de dépression, Bertrand (Mathieu Amalric, émouvant) s’inscrit à un cours de nage synchronisée. La discipline physique redonnera un sens à son existence, pense-t-il.

À la piscine municipale, ses partenaires sont, comme lui, des mâles au mitan de l’âge, marqués par diverses infortunes personnelles ou professionnelles. Delphine (Virginie Efira, juste), leur professeure, est une ex-gloire des bassins qui a sombré dans l’alcool.

Après quelques semaines de clapotis, le groupe se met au défi de représenter la France aux Championnats du monde masculin, qui se tiendra en Norvège. Les entraînements, jusque-là très ordinaires, changent de rythme lorsque la paralytique Amanda, ex-coéquipière de Delphine, prend la relève après que cette dernière eut abandonné la partie.

Soignée, la réalisation se distingue lors des efficaces chorégraphies aquatiques, rehaussées par une trame sonore enlevante. Hauts en couleur, les protagonistes sont campés par des grands noms du cinéma français, souvent à contre-emploi. C’est le cas de Philippe Katerine (UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR), en adulescent compensant sa timidité dans les sucreries et de Leila Bekhti (UNE VIE MEILLEURE), en professeure vulgaire et revancharde.


Gilles Leblanc

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

On a l’âge qu’on a : LA DISPARITION DES LUCIOLES et LA TENDRESSE

Les passages d’un âge à un autre suscitent souvent des soubresauts et parfois des volte-face. C’est le propos de deux films récents. Dans LA DISPARITION DES LUCIOLES, le brillant réalisateur québécois Sébastien Pilote présente une adolescente rebelle face à sa famille et à son milieu tandis que le vétéran Italien Gianni Amelio raconte ce qu’il advient d’un vieillard solitaire et bourru après la rencontre d’une voisine allumée, dans LA TENDRESSE.

 


 

LA DISPARITION DES LUCIOLES

Déjà remarquable dans LE VENDEUR et LE DÉMANTÈLEMENT, Sébastien Pilote insuffle une énergie et une légèreté inédites à son troisième film, sans doute son plus accessible à ce jour. En plus de brosser un portrait d’adolescente d’une vérité et d’une actualité criantes, le Saguenéen filme avec affection sa région natale, confrontée à un avenir économique incertain et à une situation démographique préoccupante.

Dans une ancienne ville industrielle du Saguenay, l’adolescente Léo termine son secondaire avec indolence, sans se soucier de son avenir. Quand la communauté religieuse qui lui avait promis un travail d’été se ravise, elle se rabat à contrecœur sur un poste au parc municipal, obtenu grâce à l’influence de son beau-père Paul, qu’elle déteste.

La jeune fille tient en effet cet animateur de radio aux idées de droite responsable de l’exil dans le Grand Nord de son père Sylvain, un chef syndical déchu, qui demeure son héros. Malgré sa misanthropie affichée, la jeune fille développe une relation ambigüe avec Steve, un professeur de guitare de vingt ans son aîné.

S’il traite les enjeux psychologiques et familiaux de son récit avec moins de subtilité et de finesse que dans ses films précédents, Pilote se fait plus moderne dans son style, avec une caméra de proximité à la Dardenne, une exploitation dynamique du décor urbain et une utilisation de différents styles de musique, dont de vibrantes improvisations à la guitare de la part de Pierre-Luc Brillant.

Tout au long de la comédie dramatique, Karelle Tremblay (LES ÊTRES CHERS, CORBO) défend avec aplomb, humour et insolence le rôle de cette jeune personne écorchée par la vie mais qui rayonne avec son désir de liberté et de réalisation de soi.

 


 

LA TENDRESSE

Absent de nos écrans depuis plusieuers années, Gianni Amelio (LAMERICA) revient avec un touchant drame psychologique, librement adapté du roman « La tentation d’être heureux » de Lorenzo Marone. En allant d’un point de vue à un autre sans prévenir, le récit gagne en originalité et en richesse. Il est en effet question d’une foule de thèmes, dont la maladie, la solitude, la vieillesse, la qualité de l’amour parental, les secrets de famille, l’espoir d’un vrai bonheur, et même le sort réservé aux réfugiés de la mer.

Lorenzo, un avocat à la retraite, s’est rendu célèbre à Naples en défendant des fraudeurs de compagnies d’assurances. Veuf et reclus dans son vaste appartement, le vieux grincheux évite tout contact avec son fils, qui s’accommode fort bien de la situation, et sa fille Elena, traductrice au tribunal. Celle-ci souffre davantage de la distance qui s’est établie entre elle et son père. Tout en ignorant que ce dernier passe ses après-midis avec son jeune fils.

Au contact de Michela, pimpante mère de famille qui vint de s’installer dans l’appartement d’en face, Lorenzo sent sa misanthropie s’évanouir. Et quand la jeune femme survit à un terrible drame, l’ancien avocat se fait passer pour son père auprès du personnel hospitalier. Au grand chagrin d’Elena.

Cependant, si des louvoiements narratifs gardent le spectateur en éveil, ils confèrent au film un rythme peu soutenu. L’ensemble est néanmoins mis en scène avec doigté et savoir-faire par le vétéran Amelio, qui filme avec un bonheur égal les quartiers napolitains bigarrés et les couloirs d’hôpitaux aseptisés.

Découvert en 1990 dans PORTES OUVERTES, Renato Carpentieri (JOURNAL INTIME) en impose dans le rôle d’un vieillard buté et faussement sans cœur. Notons enfin la performance remarquable de Giovanna Mezzogiorno et de Micaela Ramazotti dans les personnages d’Elena et de Michela.

Gilles Leblanc

 

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois

Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc

À hauteur de jeunes : LE RIRE DE MA MÈRE et 1991

De ce temps-ci, le cinéma nous offre de beaux personnages de jeunes. En preuve deux films récents. D’abord celui du duo français Colombe Savignac et Pascal Ralité qui décrivent dans LE RIRE DE MA MÈRE le chemin d’un jeune refermé qui doit composer avec la mort imminente de sa maman, atteinte d’un cancer. Pour sa part, le talentueux réalisateur Ricardo Trogi (QUÉBEC MONTRÉAL, HORLOGE BIOLOGIQUE) complète avec la comédie 1991 sa trilogie autobiographique amorcée en 2008 avec 1981 et poursuivie quatre ans plus tard avec 1987.

LE RIRE DE MA MÈRE

Empruntant tantôt à Xavier Dolan (la flamboyance appuyée du personnage de la mère), tantôt à Maurice Pialat (le déjeuner de famille qui tourne à la dispute), tantôt à Claude Sautet (l’apprentissage difficile des « choses de la vie »), l’ensemble est marqué par de nombreuses influences, mais peine à trouver une voix distincte et forte. D’où l’impression d’une œuvre soignée et sincère, qui n’arrive pas toutefois à convaincre complètement. 

Depuis le divorce de ses parents, Adrien vit seul avec Marie, sa mère exubérante, pendant que son père Romain  refait sa vie avec Gabrielle, une jeune artiste. Soigné et introverti, l’adolescent entretient secrètement des sentiments pour Elsa, une compagne de classe au fort caractère qui, contrairement à lui, sait s’imposer lors de leurs cours de judo et de théâtre.

Alors qu’il cherche désespérément à acquérir du courage, Adrien apprend une terrible nouvelle : sa mère souffre d’un cancer. Sa famille doit alors se reconstituer pour faire face à l’épreuve, et l’aider à trouver la force d’affronter la perspective d’une vie sans sa mère.

Ce mélodrame pudique et intelligent ne manque pas de qualités : un scénario atypique, qui évite plusieurs des écueils du genre; une distribution composée d’acteurs – notamment de la Québécoise Suzanne Clément (MOMMY) -, presque toujours justes et sobres. Ces qualités ne dissipent toutefois pas le malaise observé dans le dernier droit, par un symbolisme parfois trop appuyé (l’utilisation faite de la pièce de théâtre « L’Oiseau bleu ») et par une mise en scène en tandem qui semble chercher sa personnalité.

1991

Dans son tout récent 1991, Ricardo Trogi s’acquitte de sa tâche dans la continuité tranquille, sans bouleverser le système qu’il avait préalablement mis en place, et qui prend la forme d’une série d’aventures rocambolesques soudées ensemble par une narration à la première personne.

Ricardo Trogi, 21 ans, étudie la scénarisation à l’Université du Québec à Montréal. Mais toutes ses pensées sont dirigées vers Marie-Ève Bernard, qu’il considère secrètement comme la femme de sa vie. Lorsque cette dernière part étudier l’italien en Ombrie durant l’été, Ricardo ignore les mises en garde de sa mère hystérique et va la rejoindre.

Mais sitôt qu’il a mis le pied dans ce pays qui a vu naître son père, l’étudiant vit diverses mésaventures et rencontres qui retardent son arrivé à Perugia, où Marie-Ève l’attend. Et quand finalement il y parvient, c’est pour apprendre qu’il doit partager son appartement avec un don juan burkinabé, tandis que celle pour qui il a fait tout ce chemin partage le sien avec un Espagnol accro aux stupéfiants.

Le récit assez mince bondit de scène en scène, sous l’impulsion d’une réalisation inspirée qui cite allégrement Fellini et exploite avec intelligence le relief escarpé de Perugia. Toutefois, le paysage sentimental du film est toutefois moins expressif et haletant.

Une fois de plus, Jean-Carl Boucher interprète un Ricardo candide et sympathique. La comédienne Juliette Gosselin tire bien son épingle du jeu en étudiante délurée tandis que, dans leurs rares apparitions, Sandrine Bisson et Claudio Bolangelo crèvent l’écran en parents soucieux de ce que devient leur Ricardo.

Gilles Leblanc

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois