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Le psalmiste

« Au soir, les larmes, au matin, les cris de joie» (Psaume 30)

Imprimer Par Michel Gourgues, o.p.

Un psaume à deux volets : l’un court, l’autre long. Un croyant évoque en deux temps son expérience, d’abord en raccourci (vv. 2-4), puis de façon plus détaillée (vv. 7-12). Les deux fois, son témoignage débouche dans l’action de grâce : plein de reconnaissance pour ce que Dieu a accompli en sa faveur, ce croyant en invite d’autres à rendre grâce avec lui (v. 5), et il s’y exhorte de nouveau lui-même en finale : « Mon coeur te chantera sans plus se taire; que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce » (v. 13).

Subitement, un horizon qui se ferme

Qu’est-ce donc que ce croyant a vécu? La première fois qu’il en parle (vv. 2-4), il faut presque deviner, car il s’exprime à travers des images : « Tu m’as relevé », dit-il (v. 2), puis : « Tu m’as fait remonter du shéol » (v. 4a). On dirait quelqu’un qui a connu la mort. En réalité, il l’a seulement frôlée de près : « Tu m’as guéri », dit-il encore (v. 3), puis : « Tu m’as fait revivre, alors que je descendais dans la fosse » (v. 4b). C’est donc, croit-on comprendre, d’une maladie qu’il s’agissait, une de ces maladies graves dont la personne atteinte croit qu’elle ne s’en sortira pas.

Et c’est bien ce que confirme la suite, lorsque le psalmiste revient plus en détails sur l’expérience qu’il a traversée (vv. 7-12). Sa situation, apprend-on, était celle d’une personne heureuse, en position de puissance et de sécurité, à qui rien ne manquait : « Dans mon bonheur, je me disais : ‘Rien à jamais ne m’ébranlera’ » (v. 7). Cette personne avait le sentiment d’être bénie de Dieu : « Dans ta bonté, Seigneur, tu m’avais fortifié sur une puissante montagne » (v. 8a).

Et voilà que, subitement, l’horizon s’est refermé, comme il arrive à quelqu’un qui, du jour au lendemain, se voit confronté à la perspective de la mort (v. 10).

« Vers toi j’ai crié »

Ce croyant qui s’estimait choyé, le voilà plongé en plein désarroi, avec le sentiment que son Dieu s’est détourné de lui : « Tu m’as caché ta face et je fus épouvanté » (v. 8b).

Sans perdre confiance, il a prié intensément, il s’est fait suppliant : « Seigneur mon Dieu, j’ai crié vers toi », proclamait-il simplement dans la première partie du psaume (v.3). Mais, y revenant longuement par la suite, il confesse que, comme Job, il n’a pas craint d’argumenter avec Dieu: « Mais enfin, que gagnes-tu à mon sang, à ma descente dans la tombe? Te loue-t-elle la poussière, proclame-t-elle ta fidélité? » (v. 10).

« Tu as changé mon deuil en une danse »

Et l’inespéré s’est produit. L’horizon qui s’était fermé s’est ouvert à nouveau : « Tu as changé mon deuil en une danse, mon sac en parure de joie » (v. 12). Ce qu’il a vécu, le croyant du psaume le compare maintenant à l’un de ces soirs où l’on se couche accablé de soucis, auquel succède un matin où l’on se lève l’esprit neuf, libéré, avec l’impression que tout s’est dénoué (v. 6b). La santé recouvrée, le retour sur la terre des vivants, il les ressent maintenant comme une fête que, s’il en était capable, il voudrait vivre dans une action de grâce interrompue. Car cette expérience lui a révélé quelque chose du visage de son Dieu : « Sa colère est d’un instant, sa faveur pour la vie » (v. 6a).

« Tu m’as relevé », « tu m’as fait remonter du séjour des morts » : ces formules, pour le priant du psaume, n’avaient que valeur d’images. Les premières communautés chrétiennes, elles, s’en serviront pour exprimer la réalité même de l’intervention de Dieu en faveur de Jésus, sans toutefois faire d’emprunts littéraux à ce psaume en particulier. Il reviendra à la prière ecclésiale de le faire et de réserver à ce dernier une place de choix dans la liturgie du temps pascal.

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