Category Archives: Méditation chrétienne

Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Merci, Seigneur, de m’avoir créée

Il est essentiel que nous sachions remercier Dieu. De quoi ? Mais tout d’abord d’être Dieu ; c’est la grande prière de reconnaissance à son égard. Merci, Seigneur, dit le Gloria de la messe, pour votre immense gloire. Remercier Dieu d’être Dieu, dans la communion à sa joie propre. Charles de Foucauld exprimait sa gratitude en disant à Dieu, au milieu de ses peines et de ses croix personnelles, ce mot qui est un élan d’adoration très pure et une mise en place de toutes choses : « Mon Dieu, votre bonheur me suffit. » Ce merci-là, c’est la charité théologale en toute logique.

Il faut remercier Dieu aussi pour tout ce que nous lui devons. Il y a là un motif permanent d’allégresse et de reconnaissance. On n’en finirait pas d’énumérer ses bienfaits. Qu’il nous suffise de dire qu’il nous faut remercier Dieu d’être notre Père, car nous avons la joie d’être en toute vérité ses enfants : nous sommes des naturalisés divins, des fils d’adoption.

Et remercier Dieu d’être notre Frère, d’être devenu l’un d’entre nous pour que, en lui et par lui, nous entrions dans la famille divine avec pleins droits et part entière.

Et remercier Dieu d’être sanctifiés par l’Esprit « qui fait les saints et les vivants », qui veut nous faire pénétrer dans la profondeur même de Dieu et nous associer à l’élan de son amour.

Il faut savoir remercier aussi pour chaque objet mis à notre disposition : pour cette maison qui nous abrite, cette table, se lit, ce fauteuil, ces livres, cette lampe qui brûle, ce feu qui réchauffe, ces amis rencontrés au hasard de la vie, et mille et mille autres choses à portée de la main. C’est Dieu qui nous a donné cela à travers les causes secondes. C’est vers lui que doit monter la gratitude comme vers la cause suprême de tous nos biens.

Il est souvent intéressant et éclairant de saisir au vol les dernières paroles prononcées ici-bas par quelque âme d’élite. Parfois elles traduisent toute une vie et ouvrent des horizons sur la spiritualité qui l’anima. Connaissez-vous l’ultime prière de sainte Claire, cette âme fraîche et pure qui fit écho si généreusement à l’Évangile ? Sentant qu’elle allait mourir, elle se tourna vers Dieu dans une ultime prière et on l’entendit murmurer ces mots : « Merci, Seigneur, de m’avoir créée. »

C’est le suprême merci que la créature doit à son Créateur, c’est le cri d’une âme qui a compris la splendeur de la reconnaissance.

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Notre corps, et la résurrection

 

Maurice Zundel naît à Neuchâtel en Suisse. Il est ordonné prêtre en 1919 et, suite à une décision injuste de ses supérieurs, il est exilé à Rome , où il obtient un Doctorat en Théologie. Il exerce par la suite un ministère de prédicateur itinérant à Paris, Jérusalem et au Proche-Orient. Après son retour en Suisse, il exerce son ministère pastorale à Lausanne jusqu’à sa mort. Il est étonnant de constater à quel point la pensée de cet homme tellement humble (pratiquement inconnu de son vivant) continue de rayonner ; il est considéré à juste titre comme un géant de la spiritualité chrétienne.

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Celui qui fait la vérité vient à la lumière» (Jn 3/21). La Vérité, en effet, est Quelqu’un, la Vérité est une Personne. La Vérité est la Lumière infinie qui resplendit dans nos cœurs quand nos coeurs s’ouvrent à son appel. C’est pourquoi il est si difficile aux hommes d’aujourd’hui d’entrer dans le mystère de la résurrection parce que leur vie, parce que notre vie y est si peu conforme.

Il faudrait vivre la résurrection pour entendre les profondeurs du mystère d’aujourd’hui. Or, précisément, l’atmosphère dans laquelle nous sommes plongés est radicalement opposée à cette vision d’une vie ressuscitée à laquelle saint Paul nous convie lorsqu’il affirme qu’ayant été baptisés dans le Christ, nous avons été ensevelis dans Sa Mort, mais pour resurgir dans Sa résurrection. Pour saint Paul, le mystère de la résurrection, c’est le mystère de notre vie, non pas seulement au dernier jour quand l’Histoire sera consommée, mais aujourd’hui et à tous les instants de notre vie. C’est aujourd’hui qu’il faut ressusciter, c’est aujourd’hui qu’il faut entrer dans ce mystère qui va transfigurer toute notre vie, pour que le mystère de Jésus, que la résurrection de Jésus, nous apparaisse en effet comme un moment essentiel de l’Histoire humaine et de la nôtre.

Le climat d’érotisme dans lequel nous vivons, où l’obscénité s’étale, ce climat d’érotisme nous éloigne évidemment à l’infini d’une vie ressuscitée puisqu’au lieu de donner au corps une dimension divine, il ne cesse de le replonger dans l’animalité.
Il ne s’agit pas d’ailleurs d’ouvrir un procès ni de condamner personne, mais de rappeler l’erreur immense que nous avons commise, que nous commettons tous les jours, l’erreur immense de considérer l’appel à la chasteté ou à la sobriété comme une limite, comme une défense, comme un interdit. C’est tout le contraire.

L’appel à la sobriété, l’appel à la chasteté, c’est un appel à la liberté, c’est un appel à l’infinité. On se trompe radicalement lorsqu’on ne voit pas que notre corps, ce que nous appelons notre corps en le séparant arbitrairement de notre âme, on ne voit pas que le corps, je veux dire que l’homme tout entier, aussi bien dans ses facultés organiques que dans les plus subtils mouvements de sa pensée, que l’homme est esprit.

Esprit, qu’est-ce que cela veut dire ? Justement qu’il est appelé à se faire. Au lieu de se subir, il est appelé à se créer. Au lieu d’être soumis aux impulsions de son inconscient, il est appelé au contraire à harmoniser les plus ultimes racines de son être, à transfigurer toutes ses cellules pour que son être tout entier soit vraiment sa création propre, pour que son être tout entier respire une liberté divine. Il faut comprendre cela, c’est tellement capital : nous avons à créer notre corps aussi bien que notre pensée, à le créer dans sa dignité humaine.

On parle sans cesse des droits de l’homme qu’on ne cesse de violer. On en parle sans cesse et avec raison : jamais on ne les proclamera trop fort ni trop haut. Mais qu’est-ce que cela veut dire, «les droits de l’homme» ? Si l’homme n’est que viscères, si l’homme n’est qu’instinct, quels droits pourrait-il avoir ? S’il a des droits, si chaque homme est inviolable, c’est dans la mesure où chacun est le porteur d’une valeur infinie, où chacun est un bien commun, où ce qui se passe au plus intime de chacun intéresse toute l’humanité et tout l’univers.

Mais ce n’est pas, bien sûr, en invitant l’homme à satisfaire sans aucune discipline, sans aucun respect tous ses instincts, ce n’est pas de cette manière que l’on établira les Droits de l’Homme. Ces droits resteront un thème à discours et la guerre continuera, et le massacre, et l’injustice, et le viol.

Il s’agit donc pour nous de reprendre conscience que la vie ressuscitée nous concerne, qu’elle s’adresse en nous à ce qu’il y a de plus intime, qu’elle nous révèle à nous-mêmes notre dignité, qu’elle nous invite à réaliser un chef-d’œuvre de lumière et d’amour dans toutes les fibres de notre être et qu’elle veut du même coup glorifier ce corps en le divinisant; le glorifier: c’est-à-dire lui donner un rayonnement pacifique et lumineux. La vie ressuscitée à laquelle nous sommes appelés, correspond donc à ce qu’il y a de plus intime en nous.

Chacun de nous a le sentiment de sa valeur. Il en a surtout le sentiment lorsque les autres la méconnaissent. Alors il la défend de toutes ses forces parce qu’il perçoit qu’il y a en lui, quelle que soit sa conduite, il y a en lui malgré tout une profondeur insondable, il y a en lui une possibilité créatrice, il y a en lui un bien qui peut être, qui est appelé à devenir un bien universel.

Les milieux chrétiens — qui le sont si peu d’ailleurs — les milieux chrétiens s’ouvrent d’une manière terrifiante à ces appels de l’érotisme et on assiste à une sorte de glorification du plaisir charnel offert à tous, y compris aux enfants, comme la chose la plus naturelle du monde. Il s’agit non pas bien sûr de voir dans le corps quelque chose qui ne soit pas noble et saint et pur, mais, au contraire, de voir dans le corps précisément le temple du Seigneur et les membres de Jésus-Christ.

C’est précisément parce que le corps est si précieux, c’est parce qu’il est appelé à vivre éternellement, c’est parce que maintenant déjà il doit vivre d’une vie divine, c’est à cause de cela qu’il faut le traiter comme on traite une cathédrale, un tabernacle ou un ciboire.

Il faut que les chrétiens soient les apôtres justement de cette transfiguration. Il faut qu’ils affirment la dignité de l’homme sous tous ses aspects. Il faut qu’ils restituent à la fonction créatrice sa noblesse divine. Il faut qu’ils la réintroduisent dans la trinité — car il y a une trinité humaine : le père, la mère et l’enfant, comme il y a une Trinité Divine : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

L’amour est toujours trois personnes et malheur à l’amour s’il se limite à deux personnes. Il en faut trois pour constituer ses assises. Il en faut trois pour que l’amour se désapproprie, pour qu’il devienne une liberté, une offrande, un espace infini.

Saint Paul dans l’Église de Corinthe, cette ville de Corinthe qui était dans l’Antiquité précisément une ville de plaisir, saint Paul, voulant inculquer à ses fidèles le sens même de la chasteté et de la sobriété ne leur dit pas : « C’est défendu », ne leur dit pas : « II faut avoir honte de vous-mêmes », il leur dit au contraire : « Ne savez-vous pas que vos membres sont les membres de Jésus-Christ ? Ne savez-vous pas que vos corps sont le temple du Saint-Esprit ?» (1 Co 6/15). Saint Paul les invitait et nous invite à notre tour à vivre la vie ressuscitée car, bien sûr, dans la mesure où nous nous laissons pénétrer par la Lumière Divine, dans la mesure où nous respirons le Christ qui demeure en nous, dans cette mesure déjà notre corps ressuscite, déjà il va à la mort, déjà il se prépare à la surmonter, déjà il pose en lui les prémices de la résurrection au dernier jour.

C’est dans cette perspective, c’est à travers cette expérience que la Résurrection de Notre-Seigneur devient quelque chose d’actuel, de passionnant, quelque chose qui mord sur notre vie parce qu’il y a dans notre vie alors une coïncidence, il y a déjà un mouvement vers ce dépassement créateur, il y a déjà une expression de cette liberté divine.

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière» (Jn 3/21). Les mystères de Dieu ne constituent pas un discours. Les mystères de Dieu sont les confidences brûlantes du Cœur du Seigneur et on ne peut pas les entendre sans les vivre et c’est cela que nous avons à demander les uns pour les autres au Seigneur avec le sentiment de toutes les fautes que nous avons commises, avec la certitude pourtant qu’elles peuvent être pardonnées.

C’est cela que nous avons à demander au Seigneur : que notre vie rende hommage à Sa Vie, que notre vie soit constamment illuminée par la prise de conscience de Sa Présence au plus intime de nous afin que nous ayons ce souci d’exprimer Dieu dans tout notre être, dans toutes les fibres de notre chair pour accomplir le programme si émouvant, si bouleversant que saint Paul donnait aux Corinthiens : « Mes frères, glorifiez et portez Dieu dans votre corps » (1 Co 6/20).

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SOURCE : publié par Anne Sigier en octobre 1987; cette homélie de MZ figure en page 347 de 452.

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La chasteté et l’attente contemplative de Dieu

 

Le frère Roger Schutz est le fondateur de la communauté oecuménique de Taizé. Voici ce qu’écrit à son sujet le frère Alois, son successeur :”Très jeune déjà, il a eu l’intuition qu’une vie de communauté pouvait être un signe de réconciliation, une vie qui devient signe. C’est pourquoi il a pensé réunir des hommes qui cherchent d’abord à se réconcilier : c’est la vocation première de Taizé, constituer ce qu’il a appelé « une parabole de communion », un petit signe visible de réconciliation. Mais la vie monastique avait disparu des Églises de la Réforme et il venait d’une famille protestante. Alors, sans renier ses origines, il a créé une communauté qui plongeait ses racines dans l’Église indivise, au-delà du protestantisme, et qui par son existence même se liait de manière indissoluble à la tradition catholique et orthodoxe. Une fois que les fondements furent assurés, au début des années soixante-dix, et qu’il y eut aussi des frères catholiques, il ne cessa pas pour autant de créer notre communauté, et cela jusqu’à son dernier souffle. Concernant son cheminement personnel, il disait : « Marqué par le témoignage de la vie de ma grand-mère, et encore assez jeune, j’ai trouvé à sa suite ma propre identité de chrétien en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque.” Le 16 août 2005, frère Roger sera poignardé à mort par une jeune déséquilibrée de 36 ans. »

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À Taizé, nous avons découvert que l’engagement à la chasteté du célibat était intimement lié à l’attente contemplative de Dieu. Sinon comment rendre authentique le signe d’un amour pour Dieu qui se voudrait sans partage?

Quand je maîtrise mon corps et le maintien en esclavage (1 Cor. 9, 27), assujetti à moi-même par les veilles, les prières, le travail, c’est uniquement par amour du Christ Jésus. Aucun autre n’est capable de soutenir une telle démarche.

Dans son refus du monachisme, la réforme atteignait le célibat. Il est surprenant de découvrir que, pendant des siècles, toute la Réforme a fait une conspiration du silence autour des textes scripturaires qui concernent le célibat. Elle le justifie dans des cas exceptionnels, en fonction d’une plus grande disponibilité. Mais l’élément moteur de la chasteté, l’attente du retour du Christ, le célibat comme signe du Royaume qui vient, tout cela n’apparaît plus dans la pensée de la Réforme.

La rupture des vœux monastiques de Luther a eu pour conséquences dans le protestantisme non seulement l’abolition de la vie en communauté, mais aussi la disparition presque totale de la vocation et de l’engagement au célibat. Pour combattre une position, on est tenté de la caricaturer : des cas d’immoralité ont été généralisés, l’appel évangélique en a disqualifié pour des siècles.

Aujourd’hui des hommes engagés dans la vie commune ou dans le sacerdoce veulent découvrir dans notre existence à Taizé une confirmation de l’appel au célibat, aucune obligation ne nous ayant orientés dans ce sens. S’il existe une solidarité, elle est bien dans cette démarche commune pour rendre vrai l’appel mystérieux du Christ.

Dieu qualifie comme ambassadeurs du Christ, malgré les limitations attachées à leurs personnes humaines, ceux qui répondent par le oui et l’amen d’un cœur fidèle.

Le célibat ouvre à une dimension œcuménique insoupçonnée. À travers lui, nous voulons être des hommes tellement tendus vers l’espérance de Dieu qu’ils souhaitent ne rien garder pour eux-mêmes. Il y a là un exercice d’ouverture à l’universel, d’ouverture vraiment œcuménique, qui permet d’assumer, avec un cœur disponible, toutes les préoccupations, tout ce qui vient jusqu’à nous.

À celui qui n’a pas de famille selon la chair, Dieu donne une ouverture de cœur et d’intelligence pour aimer toute famille humaine ou spirituelle. À celui qui, à cause du Christ et de l’Évangile, tient ses bras ouverts à tous, ne les refermant sur personne, il est possible de vivre des exigences œcuméniques et dès lors de comprendre chaque situation humaine. À celui qui, en quête de Dieu, fait du Christ son premier amour, il devient possible d’assurer une présence cachée du Christ auprès des hommes qui ne peuvent croire.

Ce qui est exprimé ici représente une découverte que nous avons faite à Taizé et pourrait paraître exclusif par rapport au mariage. Mais on ne le répétera jamais assez : le célibat ne peut que revaloriser la vocation au mariage. La fidélité des liens conjugaux, elle aussi, ne se vit que dans l’attente de Dieu.

La communauté conjugale contient en raccourci tant de valeurs ecclésiales! Certains pères de l’Église l’ont qualifiée de « petite Église ». Ceux qui, jour après jour, combattent pour tenir fidèles dans une unité indissoluble sont aussi porteurs d’œcuménicité.

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Le sermon de Montesinos

Premier cri de protestation contre la manière dont étaient traités les Indiens (1511)

Urubamba (Agence Fides) – Cinq siècles sont passés depuis l’Avent 1511 au cours duquel le missionnaire dominicain espagnol, Frère Antonio Montesino, prononça son discours historique en défense des droits des populations autochtones dans l’île d’Hispaniola de la colonie de Saint Domingue. En ces jours-là en effet, 15 Frères Prêcheurs (Dominicains) avaient été envoyés dans l’île par le Maître de l’Ordre (le Frère Tommaso de Vio Gaetano) « pour construire un couvent et prêcher la Parole de Dieu ».

La note envoyée par les Dominicains d’Urubamba à l’Agence Fides décrit dans le détail l’histoire de cette période. On peut en effet y lire que « ces bons religieux ne tardèrent pas à se rendre compte de ce qui se passait dans la colonie : la réduction en esclavage et le massacre des « Indios ». Ces derniers, auxquels ils devaient annoncer l’Évangile, mouraient à cause des mauvais traitements, de la faim et des violences pratiqués par les conquistadores chrétiens. La communauté des frères dominicains décida ainsi de fermer le couvent et l’église pendant sept jours. Au cours de cette période, ils cherchèrent la réponse à une question : de quel droit ces actions sont-elles menées contre les « Indios » ? Cette question fut posée avec force depuis la chaire de leur petite église lorsque, le quatrième Dimanche de l’Avent 1511, ses portes furent rouvertes et la population de la colonie fut invitée à écouter un sermon très important ».

Cette demande de justice frappa également la conscience de Bartolomeo de Las Casas, et, plus tard, à l’Université de Salamanque, ce cri stimula l’importante réflexion qui déboucha sur le nouveau droit international. Ce cri continue à résonner au long des siècles et on ne peut que reconnaître dans la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1948 un écho de cette prédication.

La communauté des Dominicains d’Urubamba rend hommage aux 500 ans du Sermon de Montesino en rappelant la nécessité de continuer à travailler pour le respect des droits des « Indios ». En effet, aujourd’hui, les conquistadores ont été remplacés par les sociétés multinationales qui arrivent dans cette région pour exploiter les ressources naturelles, piétinant les droits des indigènes qui y habitent. Les religieux écrivent : « Nous avons vécu des moments de tension, de risque et de désespoir en voyant la sécurité, la liberté et la vie même des communautés autochtones limitées. Nous, missionnaires Dominicains d’Urubamba, nous unissons à cet hommage et à ce souvenir des 500 ans qui donne un sens nouveau, humain et chrétien, à la « conquête » ou « découverte » de l’Amérique. Nous continuons à crier aux quatre coins de la forêt amazonienne avec le courage de Montesino : Ces indigènes ne sont-ils pas des êtres humains ? Ne sont-ils pas eux aussi des enfants de Dieu ? ». (CE) (Agence Fides 23/12/2011)

COMPTE-RENDU DU SERMON D’ANTONIO MONTESINOS PAR LE FRÈRE BARTOLOMEO DE LAS CASAS

La petite communauté dominicaine avait recueilli auprès des laïcs toutes les informations concernant les cruautés commises contre les Indiens. Alors les pères font une retraite, jeûnent et préparent en commun le sermon que prononcera frère Antonio de Montesinos. Voici le récit de Las Casas :

La voix la plus âpre, la plus dure, la plus épouvantable et la plus dangereuse

« Le dimanche venu, à l’heure de la prédication, frère Antonio de Montesinos monta en chaire. Il prit pour thème de son sermon, qui était écrit et qui avait été signé par tous les autres frères, la parole de l’Évangile : « Je suis la voix qui crie dans le désert. »

Après avoir fait son introduction et dit certaines choses touchant le temps de l’Avent, il commença à dénoncer la stérilité du désert des consciences des Espagnols de cette île et l’aveuglement dans lequel ils vivaient. Ils se trouvaient en grand péril de condamnation, ne tenant pas compte des très graves péchés dans lesquels ils étaient plongés continuellement dans la plus grande insensibilité.

Il revint ensuite sur son thème et parla ainsi : « C’est pour vous faire connaître tout cela que je suis monté dans cette chaire. Je suis la voix de celui qui crie dans le désert de cette île et c’est pour cela qu’il faut que vous m’écoutiez avec attention, non pas avec une attention quelconque, mais avec tout votre coeur et tous vos sens. Cette voix est la plus neuve que vous ayiez jamais entendue, la plus âpre et la plus dure, la plus épouvantable et la plus dangereuse que vous ayiez jamais entendue. »

Cette voix, poursuit Las Casas, continua un bon moment en utilisant des paroles menaçantes et terribles, qui faisaient trembler et semblaient aux auditeurs qu’ils étaient au jour du jugement.

Puis la voix de frère Antonio s’amplifia :

« Cette voix vous dit que vous êtes tous en état de péché mortel, et dans le péché vous vivez et mourrez à cause de la cruauté et de la tyrannie dont vous accablez cette race innocente. Dites-moi : quel droit et quelle justice vous autorisent à maintenir les Indiens dans une si affreuse servitude ? Au nom de quelle autorité avez-vous engagé de si détestables guerres contre ces peuples qui vivaient dans leurs terres de manière douce et pacifique, où un nombre considérable d’entre eux ont été détruits par vous et sont morts d’une manière encore jamais vue tant elle est atroce.

« Comment les maintenez-vous opprimés et accablés, sans leur donner à manger, sans les soigner dans leurs maladies qui leur viennent des travaux excessifs dont vous les accablez et dont ils meurent. Pour parler plus exactement, vous les tuez pour obtenir chaque jour un peu plus d’or.

« Et quels soins prenez-vous de les instruire de notre religion pour qu’ils connaissent Dieu leur créateur, pour qu’ils soient baptisés, qu’ils entendent la messe, qu’ils observent les dimanches et fêtes d’obligation ? Ne sont-ils pas des hommes ? N’ont-ils pas une âme raisonnable ? N’êtes-vous pas obligés de les aimer comme vous-mêmes ? Vous ne comprenez pas cela ? Vous ne sentez pas cela ? Comment êtes-vous plongés dans un sommeil si profond, comment êtes-vous si léthargiquement endormis ?

« Soyez bien sûrs que, dans l’état où vous vous trouvez, vous ne pouvez pas davantage vous sauver que les Maures ou les Turcs qui n’ont pas la foi en Jésus-Christ et qui la refusent ! »

Finalement, Antonio de Montesinos leur parla de telle manière qu’il les laissa abasourdis, beaucoup d’entre eux étaient hors de sens, d’autres plus endurcis encore, certains quelque peu émus, mais personne, à ce que j’ai appris par la suite, ne fut converti.

Il n’était pas un homme à montrer qu’il avait peur, et d’ailleurs il n’avait pas peur

Une fois terminé son sermon, le prédicateur descendit de la chaire, et il n’avait pas la tête basse, car il n’était pas un homme à montrer qu’il avait peur, et d’ailleurs il n’avait pas peur ! Il avait dit beaucoup de choses désagréables pour les auditeurs, mais il avait fait et dit ce qui, selon Dieu, lui paraissait la vérité.

Avec son compagnon, il retourna à sa maison couverte de paille, où ils n’avaient rien à manger sinon une soupe aux choux sans huile, comme cela leur arrivait parfois.

Une fois le prédicateur sorti, l’église s’emplit de murmures qui, à ce que je crois, permirent difficilement de terminer la messe. Comme on peut bien l’imaginer, ce jour-là, aux messes, on ne lut pas un passage du « Mépris du monde »1.

Après avoir fini de manger (et la nourriture ne dut pas paraître très savoureuse ce jour-là), toute la ville se rassemble dans la maison de l’amiral. Le titulaire de cette dignité était don Diego Colon, fils de celui qui découvrit ces îles. Étaient présents dans la maison de l’amiral, plus spécialement, les officiers du. roi, le trésorier, le contador, et ils se mettent d’accord pour aller reprendre le prédicateur et lui faire peur ainsi qu’aux autres, s’ils ne le châtiaient pas comme un homme scandaleux qui répandait des doctrines nouvelles, jamais entendues, condamnant tout le monde, et qui avait parlé contre le roi et le pouvoir qu’il avait aux Indes.

Il avait dit, en effet, qu’ils ne pouvaient posséder des esclaves, même si le roi les leur donnait, et que c’était là des choses très graves et impardonnables.

Ils vont au couvent. Ils appellent à la porterie. Le portier ouvre. Ils lui demandent d’appeler le supérieur. Et le frère qui a prêché de si grandes extravagances. Le supérieur arrive seul : c’était le vénérable frère Pierre de Cordoba. Ils lui disent avec plus de morgue que d’humilité qu’il fasse appeler celui qui a prêché.

Comme il était très prudent, le prieur répond que ce n’était pas nécessaire. Que si ces messieurs avaient quelque chose à dire, qu’ils le lui disent, étant donné qu’il est le supérieur des religieux, et qu’il répondra.

C’était un personnage vénérable et un vrai religieux dont la seule présence inspirait le respect

Mais ils s’entêtent auprès du prieur pour qu’il le fasse appeler, et lui, frère Pierre de Cordoba, avec grande prudence et autorité, avec des paroles simples et graves comme c’était toujours son habitude quand il parlait, s’excusait ou restait évasif. La Providence l’avait doté de grandes vertus et il en avait acquis d’autres ; c’était un personnage vénérable et un vrai religieux dont la seule présence inspirait le respect.

L’amiral et les autres personnes, voyant qu’ils ne pourraient convaincre le père par des paroles autoritaires, commencent à changer de ton et se font plein d’humilité pour lui demander de l’appeler, parce qu’il fallait qu’il fût présent. Ils avaient, en effet, à parler avec lui et à lui poser des questions : sur quoi les dominicains se fondaient-ils pour prendre la décision de prêcher une chose si nouvelle et si préjudiciable, qui allait contre le service du roi et de tous les citoyens de cette cité et de cette ville ?

Le saint homme, voyant qu’ils prenaient un autre chemin et qu’ils s’adoucissaient, fit appeler frère Antonio de Montesinos.

Une fois tout le monde assis, l’amiral déclare, en son nom et au nom des autres, son désaccord. Le père avait eu l’audace de prêcher des choses qui allaient contre le service du roi et qui nuisaient à toute cette terre. Il avait déclaré qu’ils ne pouvaient posséder des Indiens, même lorsque le roi les leur donnait, lui qui était le maître de toutes les Indes.

Surtout que les Espagnols avaient conquis ces terres au prix de beaucoup d’efforts et soumis les infidèles qui les possédaient. Aussi, parce que ce sermon avait été tellement scandaleux et tellement préjudiciable au roi et à tous les citoyens de cette île, ils demandaient que ledit frère rétracte en public tout ce qu’il avait affirmé. S’il n’en était vraiment pas ainsi, ils prendraient alors eux-mêmes les mesures qui s’imposaient.

On ne traitait pas mieux les Indiens que s’ils étaient des bêtes des champs

Le père prieur répondit que ce qu’avait prêché le père Antonio représentait la volonté et la pensée de tous les religieux et la sienne propre. Ils en avaient discuté longuement entre eux et c’est après avoir beaucoup réfléchi et délibéré entre eux qu’ils avaient pris la résolution de le prêcher comme vérité évangélique et chose nécessaire au salut de tous les Espagnols et de tous les Indiens de cette île, qu’ils voyaient périr chaque jour, car on ne les traitait pas mieux que s’ils étaient des bêtes des champs.

Ce qu’ils avaient dit, ils étaient tenus de le dire par obligation au précepte divin, c’est-à-dire en raison des obligations de leur baptême, qui étaient d’abord celles de chrétiens et ensuite de religieux de l’Ordre des Prêcheurs de la Vérité ; en cela, ils ne voulaient aucunement nuire au roi qui les avait envoyés ici pour prêcher ce qu’ils estimaient nécessaire de prêcher pour le salut des âmes.

Ils voulaient, au contraire, le servir en toute fidélité. Ils étaient certains que, lorsque Sa Majesté serait bien informée de ce qui se passait ici et sur quoi ils avaient prêché, il se considérerait comme bien servi et il les remercierait.

La conversation ne servit pas à grand-chose. Le saint homme qu’était le prieur justifia le sermon, ce qui n’était pas le chemin pour les apaiser. Si on leur enlevait les Indiens, tous leurs désirs et leurs projets étaient frustrés. Et ainsi, chacun de ceux qui étaient là, et surtout les plus élevés socialement, disait à ce propos ce qui lui passait par la tête. Ils étaient tous d’accord pour que le père rétracte, le dimanche suivant, ce qu’il avait prêché.

Ils arrivèrent à un tel aveuglement qu’ils dirent aux pères que, s’il ne le faisait pas, ils pouvaient préparer leurs malles et leurs valises, et repartir en Espagne.

« Bien sûr, répondit le prieur, et cela ne nous demandera pas beaucoup de travail. » Et c’était vrai, car toute leur richesse consistait en leurs habits d’étoffe grossière, quelques couvertures grossières dont ils se servaient la nuit, les lits sur lesquels on posait une paillasse, ce qui servait à la célébration de la messe et quelques livres. Le tout pouvait facilement tenir dans deux malles.

En voyant que les serviteurs de Dieu faisaient peu de cas des menaces, ils recommencèrent à s’adoucir, leur demandant de bien vouloir reconsidérer l’affaire, et qu’après avoir bien réfléchi, ils fissent un autre sermon qui corrigerait ce qui avait été dit pour donner satisfaction au peuple qui avait été et restait fort scandalisé. Ils insistaient beaucoup pour que l’on atténuât ce qui avait été dit dans le premier sermon et qu’on donnât satisfaction au peuple.

Pour se débarrasser d’eux et mettre fin à leurs importunités frivoles, les pères acceptèrent qu’il en fût ainsi et que le même père, Antonio de Montesinos, reviendrait prêcher le dimanche suivant; il reviendrait sur le sujet et dirait sur ce qui avait été l’objet de son sermon ce qui lui semblerait le meilleur; dans la mesure où il le pourrait, il tâcherait de leur donner satisfaction. Après s’être concertés ainsi, ils s’en allèrent tout joyeux avec cet espoir.

Il n’y eut personne dans la ville à ne pas se trouver à l’église

Certains d’entre eux publièrent ensuite qu’ils s’étaient mis d’accord avec le prieur et les autres pères et que, le dimanche suivant, le prédicateur allait se rétracter publinuement. Pour entendre ce second sermon, il ne fut pas nécessaire de les inviter, car il n’y eut personne dans la ville à ne pas se trouver à l’église. Chacun voulait entendre le frère rétracter ce qu’il avait dit la semaine précédente.

L’heure du sermon arrivée, une fois monté en chaire, le thème que pour sa rétractation choisit le prédicateur fut une sentence du saint homme Job, au chapitre 36 : « J’irai chercher ma science au loin et je justifierai mon créateur. Mes paroles ne sont certainement pas mensongères. Tu as affaire à un homme de science accomplie. »

En entendant cela, ils comprirent où on allait les conduire et ce fut pour eux une atroce souffrance.

Il commença par donner un fondement à son sermon et à rappeler tout ce qu’il avait prêché dans le sermon précédent, ensuite à corroborer avec des raisons et des autorités supplémentaires ce qu’il avait affirmé : c’est-à-dire qu’il était injuste de posséder ces gens (les Indiens) dans la tyrannie et l’exploitation. Il répéta ce qu’il avait déjà dit : qu’il leur était impossible de se sauver dans leur état ; qu’ils devaient se convertir et qu’il refuserait de les entendre en confession.

Une fois le sermon terminé, le prédicateur revint au couvent, et le peuple, à l’intérieur de l’église, resta tout étourdi, grognant et encore plus indigné qu’auparavant contre les frères, car ils avaient été mystifiés, comme s’ils croyaient que la loi de Dieu pouvait être changée ! C’est là, en vérité, une chose dangereuse et sur laquelle il faudrait pleurer.

Ils sortirent de l’église furibonds et ils allèrent manger. La nourriture ne dut pas leur paraître très savoureuse, mais amère. Ils ne s’occupèrent plus des frères, car ils avaient compris que de parler de ces choses avec eux ne servait à rien.

Comment ils avaient scandalisé les gens en répandant une doctrine nouvelle

Ils se mirent d’accord pour écrire au roi par les premiers navires et lui dire comment ces frères, qui étaient venus dans cette île, avaient scandalisé les gens en répandant une doctrine nouvelle qui les condamnait à l’enfer parce qu’ils possédaient des esclaves et les utilisaient dans les mines et pour les autres travaux. Tout cela allait contre ce que son altesse avait ordonné, et leur prédication n’avait pas d’autre but que de lui enlever la seigneurie de ces terres et les revenus qu’il en tirait.

Ces lettres, lorsqu’elles arrivèrent à la cour, la mirent sens dessus dessous. Le roi écrivit au provincial de Castille et le fit appeler, car c’était lui le prélat de ces religieux. En effet, il n’y avait pas encore de province dominicaine formée aux Indes. Le roi disait que les religieux qu’il avait envoyés là-bas l’avaient beaucoup desservi en prêchant des choses qui étaient hors de leur compétence, et cela en scandalisant le peuple de toute la « Tierra Grande ». Il demandait au provincial d’y porter remède, sinon, ce serait lui, le roi, qui interviendrait.

Las Casas conclut : « Vous voyez là comment les rois sont faciles à tromper et comment le malheur se répand dans un royaume à la suite des informations des méchants, et comment on opprime une terre qui ne respire pas la liberté. »

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1 Un traité de spiritualité ascétique qui, avec d’autres, va connaître une grande diffusion, NDT.

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Le chemin des Mages

Né à Toulouse, diplômé de l’École Polytechnique (Paris), il entra dans l’Ordre dominicain en 1949. Après son ordination sacerdotale et ses études, il fut successivement prieur au Couvent de Strasbourg, maître des novices au Couvent de Lille, maître des étudiants au Couvent du Saulchoir à Étiolle. En 1968, il fut assigné au Couvent Saint-Dominique de Paris pour prendre la direction de la Vie Spirituelle et en 1973 il fut élu prieur, charge qu’il garda jusqu’à sa mort. Théologien averti, grand prédicateur et auteur de nombreux ouvrages de spiritualité, le frère Marie-Albert Besnard était plus encore un homme de prière.

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Écoutez ce que disait un moine des premiers siècles chrétiens et demandons-nous si ses paroles ne seraient pas encore d’actualité : «Les prophètes, remarquait-il, ont écrit des livres ; nos pères sont venus après eux et ont beaucoup travaillé sur ces livres ; ensuite leurs successeurs les ont appris par cœur. Il vint enfin une génération, celle-là même qui existe actuellement : elle a écrit tout cela sur des papiers et des parchemins et l’a laissé inutilisé dans des placards !»

Paroles sévères ? Je suis souvent tenté de me demander si nous n’avons pas, nous aussi, laissé inutilisés dans nos placards les paroles et les témoignages qui eussent nourri, éclairé tant d’hommes en quête de je ne sais quoi qui donne envie de vivre, d’aimer, de bâtir un monde. Paroles et témoignages non pas en forme d’enseignements abstraits et routiniers, mais vifs et pénétrants comme l’Esprit, comme l’air du printemps qui ouvre les bourgeons.

Rencontrant depuis quelques années des chrétiens qui s’intéressent à certains aspects des religions orientales, j’entends dire parfois à leur sujet : pourquoi perdent-ils leur temps auprès de ces traditions étrangères ? N’avons-nous pas en surabondance chez nous des maîtres de sagesse, des trésors de spiritualité, des livres de vérité ? A quoi j’ai toujours envie de répliquer : assurément nous avons tout cela, mais qu’en avons-nous fait ? qu’avons-nous fait pour transmettre efficacement de tels trésors ? pour mettre à la portée du moindre des chrétiens l’expérience exigeante et purificatrice de nos mystiques en ce qu’elle a d’universel ?

Ce que nous avons fait ? Nous avons publié maints livres savants, parfois pesants, nous avons tenu maints discours exhortatifs ou érudits, mais quels livres seuls, quels discours seuls apprendront jamais à chacun, à vous, à moi, à se libérer efficacement des entraves, à dépister le chemin des vraies sources, à se livrer à Dieu dans le silence du cœur, à suivre la voie de Jésus dans l’amour sans exclusive, à se laisser modeler tout entier par l’Esprit divin ? S’il n’y a que des livres, il n’y aura bientôt plus non plus que des gardiens de bibliothèques. Le moine que je citais tout à l’heure voyait juste: «…vint une génération, celle-là même qui existe actuellement; elle a décrit tout cela sur des papiers et des parchemins et l’a laissé inutilisé dans des placards.» […]

Ainsi les grands prêtres et les scribes [ …] interpellés à l’improviste par des mages venus d’Orient, ont su parfaitement retrouver dans leurs placards le texte du prophète qui annonçait la naissance du Messie à Bethléem. Et ce Messie était né, et la face du monde allait changer, mais ces héritiers somnolents des prophètes, pour ce qui est d’eux, renfermèrent à nouveau dans leurs placards les paroles qui justement étaient en train de prendre feu et d’illuminer les hommes de bonne volonté.

Que leur aurait-il fallu pour devenir, eux aussi, participants d’une nouvelle jeunesse de Dieu et de l’homme ? Ils avaient la science, mais il ne suffisait pas de savoir. Il fallait, comme les mages, marcher et se rendre. Marcher, quitter des positions paresseuses pour obéir à l’appel de la Vérité, qui est toujours au-delà de ce qu’on croit en tenir. Et se rendre: pas seulement se rendre auprès de l’Enfant de Bethléem, mais se rendre à cet Enfant, abdiquer d’un seul coup dans la surprise de l’humilité de Dieu l’orgueil durci, les fausses sagesses radoteuses et rusées.

L’évangile des mages, l’histoire de ces personnages mystérieux, c’est l’appel secret qui nous est lancé à chacun et qui nous donne chance de changer notre vie, d’effectuer la rencontre avec la jeunesse subversive du Dieu fait homme. Il n’est jamais trop tard. A chaque année l’Enfant se propose, l’étoile se lève, et ce qu’il y a en nous qui nous apparente à ces mages venus on ne sait d’où peut commencer aussi à se réveiller, à se dresser, à se mettre en marche. Ne faisons donc pas des mages des figures d’enluminure, laissons là les noms qu’une tradition touchante leur a donnés (Gaspard, Melchior et Balthazar !) : ce serait le trop sûr moyen de ne rien entendre à cet évangile, de l’empêcher d’agir sur nous, de le tenir inoffensif dans les placards où nous tenons prisonnières tant et tant de paroles divines.

Cherchons plutôt à discerner comment ces hommes qui venaient de si loin ont su trouver le Christ que n’ont pas su rencontrer ceux qui vivaient si près et qui savaient tout des circonstances de sa venue.

Tout d’abord, aussi loin de lui qu’ils aient vécu, ils avaient su demeurer des guetteurs. Des êtres attentifs aux signes que Dieu fait. Leur signe a pris forme d’étoile – j’entends volontiers par ce symbole ces expériences de vérité qu’il est donné à chacun de faire au cours de son existence. Expériences humbles, fragiles, ténues comme l’herbe des champs, comme la clarté d’un regard au coin de la rue ou celle de la lampe dans la maison. Pas un soleil éclatant, mais un éclat de lumière aussi discret mais aussi tenace que le point d’une étoile parmi les grandes constellations. Par exemple ce choc léger dans notre esprit, à propos d’une réflexion, d’une rencontre, et qui renvoie à la question essentielle; ou cette intuition qu’un Autre nous a créé, veut de nous quelque chose (mais quoi ?), nous aime (mais comment ? pourquoi ?). Ou ce pressentiment que, par-delà nos sciences fébriles, il est une autre connaissance qui ne s’ouvre pas avec n’importe quelle clé. Ou cet instant de communion avec un être qui connaît le langage du cœur ou le geste authentique de l’adoration. Ainsi Charles de Foucauld dans le désert a-t-il enregistré en profondeur le geste, le signe de ces musulmans chaque jour fidèles à se prosterner devant le Dieu Très-Haut, le Dieu Unique, l’Indubitable, et telle fut l’étoile qui le conduisit jusqu’à Jérusalem.

Jésus dira un jour aux Juifs: «Dans les prophètes il est écrit: tous seront instruits par Dieu. Quiconque a entendu ce qui vient du Père et reçoit son enseignement vient à moi» (Jn 6,45). La parole est sans ambiguïté et va très loin: tous les hommes, quels qu’ils soient, ont capacité d’être instruits par Dieu. Dans des langages que nous ignorons, par des clins d’œil qui échappent aux autres, en allumant des étoiles susceptibles de briller clair dans l’obscurité ou le scintillement de nos nuits. Le Père, un Père encore inconnu, encore innommé et innommable, cherche à nous faire signe. Je suis sûr que nous serions stupéfaits un jour d’apprendre de quelle manière il aura trouvé moyen de faire signe à bon nombre de nos contemporains, au sein d’un siècle voué au dépérissement des religions et à l’athéisme ! A nous d’être assez disponibles, assez honnêtes pour reconnaître cette trace légère dans notre vie et pour demeurer fidèles à ces frêles expériences de vérité qui, après un long chemin peut-être, conduisent vers la plénitude de la Vérité.

Les mages ont dû ensuite passer par Jérusalem, et recevoir de ceux qui détenaient en clair le savoir des prophéties les précisions qui leur étaient indispensables pour mener leur quête à bonne fin. Dans la recherche de Dieu, nos expériences intimes ne suffisent pas; elles conduisent presque jusqu’au terme, mais jamais tout à fait. Il faut se laisser renseigner par ceux qui ont le savoir, même s’ils le conservent dans les placards plutôt qu’ils ne le vivent.[…] Cela nous paraît anormal et pourtant c’est ainsi. Nombre de ceux qui cherchent Dieu se trouvent rebutés par ce qu’ils appellent le dogmatisme de l’Église, par ses enseignements trop secs, par ses formules trop rigides, et par le fait que ceux qui les leur présentent ne sont pas toujours capables d’en vivre. Et pourtant dans ces enseignements de la tradition sont gardées pour nous les précisions indispensables à l’aboutissement de notre quête.

Peu importe par qui elles nous sont livrées et tant pis si ceux qui en sont les gardiens semblent dormir dessus au lieu d’être consumés par ces paroles inouïes. Oui, l’homme Jésus est le propre Fils de Dieu. Oui, Dieu est Trinité. Oui, le Christ est mort pour nos péchés et il est vraiment ressuscité des morts. Ces choses-là ne s’inventent pas et ne se suppléent pas. Les chercheurs de Dieu les reçoivent dans l’humilité de la foi et c’est alors que tout peut s’éclairer définitivement pour eux. La quête des mages eût fini, tout près du but pourtant, en errance lamentable s’ils n’avaient eu la loyauté et la simplicité d’aller demander aux grands prêtres et aux scribes ce qu’il en était au juste du Roi des Juifs dont ils ne savaient encore rien d’autre qu’un éclat d’étoile.

Mais munis de la sorte du vrai savoir, encore ont-ils eu la surprise de trouver non pas un enfant roi dans un palais mais un Enfant-Dieu dans une crèche. Ils se sont soumis au fait, sans faire prévaloir contre lui leur préférence ou leur imagination. Ils ont accepté d’avoir fait un si long chemin pour trouver un Messie d’apparence si peu prestigieuse. Dans la Jérusalem toute proche, beaucoup de monde s’agite : les scribes, à force de pâlir sur les vieux livres sacrés, sont devenus myopes au dessein de Dieu, les grands prêtres cherchent à concilier la religion qui les fait vivre et le pouvoir qui détient la clé des honneurs et des richesses ; le pouvoir, lui, fait mine de s’intéresser à la quête religieuse des mages, mais c’est dans l’espoir de mieux se débarrasser d’un Christ gêneur. En va-t-il si différemment aujourd’hui ?

Les chercheurs de Dieu, les aventuriers de la vérité ne peuvent qu’être tout surpris de trouver au terme de leur chemin un Dieu si étranger à ces calculs et à ces combines, si éloigné des modes et des rivalités où se complaisent les intelligents et les puissants, un Dieu si caché, si dénué de tout, un Dieu si véridiquement humain. Pourtant ces hommes de foi n’hésitent pas. Ils ne concluent pas, comme certains : cela veut dire, au fond, que Dieu n’importe pas, qu’il n’est pas le symbole de l’infini du désir humain, et que si Jésus est dit Fils de Dieu, cela signifie simplement que n’importe quel homme est Dieu tout autant. Non. Ces hommes s’agenouillent devant cet Enfant-là, ils adorent ce Dieu-là, ce Dieu caché et partout manifesté, et ils le proclament l’Unique, le Vrai, le Proche, l’Ami des hommes, et c’est en lui qu’ils remettent leur foi, leur vie, leur avenir.

Puissions-nous emboîter le pas à ces mages anonymes et, remplis de joie comme eux devant l’Enfant de Bethléem attester comme le fait St. Jean à la fin de son Épître : «Celui-ci est le Dieu Véritable et la Vie éternelle» (1 Jn 5, 20).

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Attente et naissance (2e partie)

Née à la Chaux-de-Fonds (Suisse). Fille d’un médecin protestant. Médecin elle-même, mariée, mère de famille, elle se convertit au catholicisme en 1940, suite à sa rencontre avec le père Hans Urs von Balthasar. Avec la collaboration de ce dernier —pendant vingt-sept ans— elle fonde un institut séculier et publie une œuvre théologique considérable (environ soixante volumes) d’une grande richesse spirituelle et biblique. Elle meurt à Bâle en 1967.

[…] Cette attente est donc une préparation à la souffrance. Rien tout d’abord n’est encore visible de la Passion. Seules apparaissent les épreuves que doit « endurer » toute grossesse. La conception par l’Esprit était déjà une épreuve ; celle-ci s’accroît durant l’attente de la naissance, pour être dépassée encore par la naissance elle-même. Et ce qu’elle endure passivement en se laissant faire devient une préparation immédiate au chemin de la Croix. Dans ce crescendo qui va de simples épreuves de la Passion concrète, il n’y a pas seulement un renforcement de la passivité mais aussi de l’activité. Car il est exigé de la Mère une disponibilité toujours plus grande, une conformité toujours croissante. Elle n’endure pas seulement la souffrance, elle l’embrasse de toute son âme, elle l’approuve, elle y coopère comme un cadeau que Dieu fait à son âme. Elle l’accueille comme si elle n’avait jamais attendu autre chose, comme si ce cadeau était le comble de ses désirs. L’accueil actif de la souffrance s’intensifie à la mesure de son abandon passif. Dès le moment où elle attend l’Enfant, elle est prête à donner aux hommes son Fils ; et on se sert sans cesse de sa disponibilité. Elle le donne déjà constamment pendant qu’elle l’attend. II n’y a pas dans sa vie un moment de pure attente qui serait suivi ensuite du pur état de la mère qui a accouché pour faire place finalement à ce bout de chemin allant à la Croix. Bien au contraire, la Mère donne le Fils sans interruption au monde et au Père, à quelque moment de sa vie qu’elle se trouve. Elle se veut tellement dans la main du Père, du Fils et de l’Esprit que même au temps où elle le forme et l’abrite en elle, elle ne considère jamais son Fils comme sa propriété, qu’elle se sait uniquement au service d’une mission qui la dépasse de loin.

C’est pourquoi on ne peut pas dire non plus que dans sa mission il y a quelque part un arrêt, un moment de repos, de détente, une interruption. Elle ne peut jamais déposer cette mission, comme on dépose un fardeau trop lourd, pour se reprendre un peu. Elle fait tellement un avec sa mission qu’elle ne trouve de repos qu’en elle, c’est-à-dire à l’intérieur de l’exigence divine. Tout ce qu’elle reçoit elle doit aussitôt l’utiliser dans le sens de sa mission, et donc le transmettre à Dieu et au monde.

Chaque fois qu’elle discerne quelque chose et le comprend, ce discernement est fait de telle manière qu’il est revendiqué par Dieu. Non seulement pendant la Passion, mais de tout temps, aussi longtemps qu’elle a eu le Fils, elle a vécu dans cet état de « reddition » du Fils. Toutes ses expériences ne sont pas purement temporelles, déterminées seulement par le déroulement de sa vie dans le monde- Elles participent mystérieusement à la temporalité surnaturelle des expériences du Fils. Cette exigence continuelle de devoir abandonner le Fils la met ainsi constamment dans la situation du donneur. En tant que Mère dans le monde, déjà, elle sait que Dieu donne les enfants pour les reprendre plus tard. Mais comme Mère du Fils éternel, elle apprend comment le Père éternel lui prend éternellement ce Fils qu’il lui donne éternellement. Et en acceptant à son tour d’elle le Fils, il lui prodigue en même temps sa présence toujours plus grande : la présence du Dieu trinitaire. A la place d’une intimité humaine avec ce Fils qui va naître, il la fait participer à l’intimité infinie du Père et du Fils, à laquelle il l’initie en tant que Mère de son Fils. Tout amour appelé à durer doit consentir à cette dilatation du subjectif dans l’objectif. Une fiancée, une épouse humaine doit aussi se laisser de bonne grâce initier aux intérêts de son mari et comprendre que partager ses pensées personnelles est une voie pour mieux le connaître et l’aimer. C’est là qu’elle doit le trouver et chercher à le trouver, et non exclusivement dans leurs rapports conjugaux.

Or c’est ainsi que Marie est entraînée, par-delà son intimité personnelle avec l’Enfant, dans les profondeurs des mystères entre le Père et le Fils. Il lui est par là donné en partage l’indifférence parfaite et c’est véritablement de ce qui appartient au Père et au Fils qu’elle peut seulement vivre encore. Plus jamais elle ne cherchera quelque chose pour elle-même, une chose qu’elle pourrait avoir et obtenir en propre du Fils ; elle devient si indifférente à elle-même qu’elle veut uniquement ce qui lui est donné. Son initiation progressive à la relation du Père et du Fils n’est rien que l’exacte réponse à sa propre offrande : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». parce que cette offrande elle-même émane déjà de l’amour actif de cette relation entre le Père et le Fils. Dieu exauce son renoncement à elle-même en le prenant au sérieux.

En Marie se résume tout espoir du monde. La Rédemption est promise à l’humanité ; son Sauveur est déjà présent, caché en son sein. Mais est-ce qu’un être humain pourra enfanter le Fils de Dieu ? Est-ce que l’attente du monde va suffire pour porter à son terme la promesse de Dieu ? Ce n’est pas que la foi de Marie aurait fait défaut. Mais sa foi pendant son attente doit participer à l’obscurité de la foi du Fils sur la Croix, lui qui, en assumant ce mystère de sa Mère, enfantera dans la déréliction totale et la nuit de l’esprit le monde nouveau et la Rédemption. Les deux mystères, celui de l’Avent et celui de la Croix, se comprennent mutuellement. Dans son Avent, la Mère participe par avance aux douleurs spirituelles de l’enfantement de son Fils, en y assumant son rôle féminin de co-rédemptrice.

Ainsi, elle vit l’Avent dans le crépuscule séparant l’Ancienne Alliance de la Nouvelle. Dans l’Ancienne Alliance, un enfant servait à la famille, à la tribu, et les soins que la femme donnait à l’enfant étaient un service rendu à sa communauté. Enceinte, le souci de la femme était de pouvoir mettre au monde un enfant qui soit utile à sa tribu, à sa race. Mais pour le Fils de Marie, la tribu de l’Ancienne Alliance s’élargit à l’Église et au monde. Et le service de Marie est un service qu’elle rend au monde. Sera-t-elle à la hauteur de ce service ? Comment cette angoissante question pouvait-elle ne pas s’élever dans son cœur ? Elle aurait pu ne pas sentir cette crainte. Elle aurait été libre de rester dans l’état radieux où la mettait son oui, car elle n’avait pas à subir la punition d’Eve. Mais elle laisse Dieu transformer son oui en service à l’Enfant. Le oui lui-même avait été grand, large, aisé. L’ange médiateur entre Dieu et elle était l’expression de la splendeur de ce oui. Mais maintenant l’ange a disparu et le oui ne resplendit plus. Dieu s’en sert dans le sens de la Rédemption du Fils. Il est soumis à l’austérité d’un service effacé, ordonné à la Croix que le Fils porte en représentation de l’humanité.

Mais de même que la semence qui a été déposée en elle par l’Esprit Saint a pénétré de manière spirituelle son sein maternel, le fruit mûr, le Fils, lui non plus ne quittera pas son sein de façon naturelle. Pas plus que la conception, la naissance du Fils ne va violer sa virginité. Le mystère de l’Avent qui s’intensifie à l’approche de la naissance ne se transforme pourtant pas en douleurs pendant et après la naissance ; car le Fils quitte son sein de manière aussi spirituelle qu’il y est entré, comme, plus tard, il entrera et sortira à travers les portes closes de la salle de la Cène et de l’Église. Sans doute l’attente de Marie, qui récapitule tous les espoirs angoissés et douloureux du monde, peut-elle s’intensifier comme la grande vigile qui prépare la Nativité, mais à la naissance elle-même, elle va se transformer en pleine Joie de la Noël où la Mère peut non seulement accueillir l’Enfant comme le don parfait du Père, mais même coopérer, dans la joie suprême, à son enfantement Ce que Marie, sous le voile de la foi ne pouvait qu’attendre pendant la grossesse avec assiduité et patience lui est donné maintenant avec une joie qui dépasse infiniment toute attente, cela parce qu’aussi elle reconnaît à présent combien féconde sa propre foi est devenue pour Dieu lui-même. Ce qu’elle met au monde à Noël n’est pas seulement le fruit de son sein ; c’est aussi le don que, de la plénitude de sa fécondité virginale, elle offre à Dieu et aux homme, dans la reconnaissance débordant de son âme et de son corps.

Ni l’angoisse de l’attente ni la joie de la naissance ne portent atteinte à son intégrité. Celle-ci reste au contraire constamment la condition de possibilité même de ces souffrances autant que de cette joie. Seulement, par cette intégrité, elle échappe à la malédiction du péché originel et obtient ce qui avait été promis à Eve au Paradis mais perdu par sa faute : l’union de la virginité et de la fécondité. Pour Marie, la virginité n’a de sens que pour autant qu’elle garantisse une plus grande fécondité pour Dieu : c’est à lui qu’elle remet son intégrité pour qu’il la façonne à son bon plaisir. Et Dieu se sert de son abandon pour en faire une fécondité surabondante et surnaturelle. C’est un don réciproque : la virginité immuable de Marie est un don que lui fait son Fils et qu’elle lui rend pour permettre à l’Esprit de la couvrir de son ombre et laisser s’accomplir la grossesse, mais que le Fils lui restitue avec reconnaissance, pour la posséder aussi pendant sa maternité comme l’Epouse éternellement vierge.

Et Marie .peut faire rayonner quelque chose de ce privilège sur d’autres femmes. Il y a des femmes qui ont mis au monde des enfants, peut-être même beaucoup, et qui pourtant ont gardé l’esprit vierge. Elles ont choisi le mariage et rempli fidèlement leurs devoirs conjugaux. Mais arrivées à l’âge où elles ne peuvent plus avoir d’enfants, elles retrouvent l’essence virginale de leurs années de virginité. Peut-être leur mari n’a-t-il plus besoin d’elles, peut-être les époux se sont-ils mis d’accord ou peut-être Dieu leur a-t-il donné l’esprit de renoncement Ce qui les anime là, c’est certainement une grâce mariale. Comme si celle qui a toujours été Vierge en même temps que Mère pouvait gratifier d’une sorte de retour à la virginité, non pas physique mais spirituelle. Ce qu’il y avait dans le mariage est comme voilé dans l’oubli et ce voile est un voile de grâce.

Que Dieu donne les enfants pour les reprendre, Marie ne le sait pas seulement d’un savoir humain, mais bien plus encore par sa connaissance du Fils dans la foi. Car son Fils est celui qui vient du Père et retourne au Père. Elle n’a été investie de sa maternité que pour pouvoir donner au Père ce Fils comme un Fils fait homme. Mais elle le donne à Dieu tout en respectant sa volonté qui est de s’abandonner au monde. Ainsi à Noël, elle le donne à la foi au monde et au Père. Elle le donne au monde crée par Dieu pour qu’il puisse être sauvé et elle le donne au Père pour qu’il sauve le monde. Dans un tel acte, elle accomplit une double mission : elle fait don de son Fils unique à Dieu et au monde : au monde qui réclame à grands cris la Rédemption, et à Dieu qui aspire à son retour. Elle se tient au foyer de ce double appel à la Rédemption, celui de Dieu et celui du monde.

L’attente qui était une plénitude cachée devient à la naissance de Fils une plénitude manifeste. La promesse a pris forme dans l’apparition du Dieu incarné. La mère qui l’a mis au monde et le serre dans ses bras porte l’Enfant que son corps a formé, mais elle porte aussi son Dieu en qui elle croit, ce Dieu qui a façonné et lui a donné toute sa foi. Ainsi sait-elle aussi qu’à l’avenir elle devra vivre davantage pour la foi que pour l’Enfant, pour Dieu que pour le Fils, et que, devenue la Mère du Fils unique, elle doit devenir la Mère de tous.

Dans la conception il n’y avait rien de sensible; il n’y avait que la foi. Maintenant elle serre l’Enfant dans ses bras. C’est déjà là un développement prodigieux du petit grain de moutarde de la foi. Mais bien plus important sera le progrès qu’il faut encore attendre ; le pas qui mène de la crèche à la Croix, de l’Enfant à l’humanité. Cette ouverture est aussi pour Marie le véritable mystère de la Nativité.

Et de même que la Mère est devenue féconde pour recevoir le Fils, elle devient désormais féconde en lui pour devenir la Mère de tous. Ainsi dorénavant il y aura une double fécondité : celle du Fils dans la Mère et celle de la Mère dans le Fils.

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Attente et naissance (1ère partie)

Née à la Chaux-de-Fonds (Suisse). Fille d’un médecin protestant. Médecin elle-même, mariée, mère de famille, elle se convertit au catholicisme en 1940, suite à sa rencontre avec le père Hans Urs von Balthasar. Avec la collaboration de ce dernier —pendant vingt-sept ans— elle fonde un institut séculier et publie une œuvre théologique considérable (environ soixante volumes) d’une grande richesse spirituelle et biblique. Elle meurt à Bâle en 1967.

Le oui total de la Vierge a été le sein spirituel de l’Enfant. Et ce n’est qu’après ce oui que son corps aussi est devenu sein fécond. Dès l’instant où l’ange lui a parlé, son attente change. Elle passe de l’attente de l’Ancienne Alliance à l’attente de la Nouvelle. Jusque-là elle guettait l’avènement de la plénitude promise; maintenant, ce qu’elle espère, la promesse, en elle est déjà accomplie.

Quand elle a prononcé son oui, elle représentait l’humanité vis-à-vis de Dieu : en donnant son consentement à la Rédemption, elle en devenait par là une de ses conditions, comme le consentement d’une mère ordinaire et de son sein est la condition pour concevoir un enfant. L’alliance conclue autrefois par Dieu avec l’humanité en Abraham et Moïse s’achève par l’incarnation du Fils; et le oui de la Mère est l’ultime condition permettant sa réalisation. La créature prépare la venue de Dieu, lui cède la place. Mais en faisant cela, en se préparant à être le vase de l’incarnation, Marie accomplit le dessein formé et déterminé d’avance dans le Fils, de faire d’elle sa Mère. Elle ne fait rien de négatif, elle ne cède pas simplement la place, elle embrasse dans la foi la fécondité infinie que Dieu lui a réservée quand il a décidé l’incarnation de la grâce dans le Fils.

L’avènement de la grâce signifie que la liberté de l’homme et sa dépendance vis-à-vis de Dieu ne sont plus régies désormais par la loi mais sont fondées dans la fécondité efficace de la Rédemption même. Dans le oui de la Mère, le fiat de l’Ancienne Alliance est racheté en vue de la Rédemption du Fils; ainsi par elle il devient un fiat co-rédempteur et faisant partie intégrale du plan et de la réalité de la Rédemption, il reçoit par-delà tout ce qui a précédé la force infinie qui caractérise la Nouvelle Alliance.

Quand Marie dit oui à une personne, à Joseph par exemple, elle le fait comme personne privée et la force de son oui est limitée. Mais quand elle le dit à Dieu, au moment où celui-ci décide l’incarnation de la grâce en elle, c’est cette grâce même qui fait éclater ce oui en des dimensions correspondant à la manifestation de Dieu. Ce n’est plus un oui privé, mais un oui catholique. Il devient le berceau de toute la chrétienté. Marie parle au nom de tous ceux qui doivent participer à la Rédemption. Et dès maintenant, la règle de la contemplation chrétienne sera que la réponse à Dieu de l’âme qui prie, devra toujours se faire au nom de tous ceux que concerne la mission en question, qui lui sont liés de quelque manière.

Ainsi, le oui de la Mère devient aussi condition de l’Eucharistie : le partage infini du Christ en particules innombrables est un mystère de représentation : son amour est livré, son sang répandu pour la Rédemption de la multitude. Et parmi les voix de ceux qui reçoivent le Fils, le Père tient toujours à entendre aussi celle de tous ceux qui devraient le recevoir. Et la Mère par son oui accomplit l’acte préparatoire à la Rédemption de la multitude. Et parce que ce oui de Marie est intégré dans l’oeuvre de la grâce rédemptrice, il a déjà un caractère néotestamentaire, c’est-à-dire un caractère de représentation intérieure, un caractère social, eucharistique. Marie résume ainsi toute l’attente de l’Ancienne Alliance et la transporte à cette nouvelle forme de l’attente correspondant à la présence de Dieu dans le Nouveau Tabernacle.

Dès l’instant où elle a dit oui, la Mère attend une promesse qui s’est déjà accomplie. La plénitude est déjà en elle, le Verbe de Dieu grandit en elle et son attente modèle à présent cette croissance et croît avec elle. Ce n’est plus sa propre attente qui s’accomplit, son attente naît maintenant de l’accomplissement, en devient fonction. Son attente jaillit de l’accomplissement en elle de la promesse : l’attente du Fils déjà présent en elle, le mystère de l’Avent que la Mère transmettra comme tout le reste à l’Église comme un état permanent. Aussi cette attente est-elle d’abord spirituelle, et ensuite seulement physique; mais ce rapport en elle entre l’esprit et le corps ne met pas en question la réalisation de sa grossesse.

Elle n’a pas vu l’Esprit qui, comme représentant du Père, l’a couverte de son ombre. Elle n’a vu que l’ange qui lui a promis Dieu pour fils. Ainsi elle ne peut s’imaginer ce que sera l’Enfant qu’elle attend. Elle ne peut le comparer en pensée à son père. comme une mère a coutume de le faire. Elle ne peut pas regarder Joseph pour s’habituer à ce caractère de son futur Enfant. Personne n’a jamais vu le Père de son Enfant. Elle sait seulement que ce qu’elle sait du Père s’accomplira dans son Fils, et cela de façon infiniment plus parfaite que ce qu’elle, sa Mère, peut s’imaginer et attendre. La présence de son Fils en elle force son attente à s’ouvrir absolument dans l’infini.

En disant : « Qu’il me soit fait selon ta parole », elle n’a pas seulement accepté l’Enfant mais consenti à tout ce que l’attente fait d’elle et tout ce qui arrivera après la naissance du Fils. « Qu’il me soit fait selon ta parole » signifie qu’elle se met comme femme à la disposition du Verbe actif et créateur de Dieu en elle. Ainsi elle est comme amenée à la contemplation de la grossesse et de l’attente, après que son action personnelle s’est épuisée dans son oui, ce oui qui lui-même était le fruit de sa continuelle contemplation. Car c’est cela qui a été la préparation à son mariage avec Joseph. Durant cette époque, la fiancée de Joseph ne s’est pas occupée de regarder son fiancé, mais Dieu. Toute sa préparation au mariage a consisté à s’abandonner à la volonté divine. Et cette volonté de Dieu, elle peut maintenant l’attendre en elle comme le fruit vivant de son oui.

Dans cette attente de la naissance, la Mère s’épanouit en même temps que son Fils, mais toute cette attente est comme l’attente anticipée de la Croix. L’Esprit de l’Avent est comme une anticipation de l’Esprit du Carême et de la Passion. Le centre de gravité de l’Avent ne se trouve pas en lui-même, mais dans le temps qui précède Pâques. En se rendant si totalement disponible dans l’attente du Fils, la Mère apprend déjà à se rendre disponible à la Croix à venir. De même elle sait que Noël est consommé à Pâques, que c’est presque davantage une fête de la promesse qu’une fête de l’accomplissement

Son amour pour l’Enfant croît avec lui ; et ce n’est pas que son amour humain, maternel, qui grandit : c’est aussi l’amour du Seigneur en elle, qui la rend toujours plus apte à aimer, et augmente ainsi le mérite qu’elle retire de la vie du Fils, parce que la semence et le noyau de tout mérite chrétien résident dans l’amour. Et à mesure que croissent son amour et son mérite, non seulement ils s’amoncellent en elle, mais ils prennent encore toute la profusion et la surabondance que leur donne le Fils, profusion et surabondance que la Mère laisse prospérer en elle et qui seront offertes à l’Eglise.

Une mère met tout avec surabondance à la disposition de son enfant, lui fait une sorte de crédit illimité. Et une mère a tant d’amour maternel que même l’enfant le plus aimant ne peut le lui rendre — en tout cas pas durant le temps de la grossesse. Cette surabondance, elle la tient en réserve pour lui, pour les bons et les mauvais jours à venir. La Mère du Seigneur connaît aussi ce mystère. Mais même de celui-ci la grâce de son Fils a déjà disposé. De sorte que la Mère réserve cette surabondance non seulement à son Enfant, par pur amour maternel, mais pour tous les plans, tous les projets et tous les intérêts de l’Enfant, non seulement à la mesure de leur extension universelle mais aussi conformément à leur profondeur divine, surnaturelle. La surabondance d’amour de la Mère qui attend l’Enfant se répand déjà secrètement sur l’Église et le monde entier. [ …]

Méditation chrétienne

Les autres chroniques du mois

Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

S’abandonner en offrant sa vie : la pauvreté

Pierre Claverie est né à Alger de parents nés en Algérie. Après des études universitaires en sciences, il entre dans l’ordre des Dominicains en 1958. Ordonné prêtre en 1965, il poursuit des études de philosophie et de théologie. De retour à Alger en 1967, il se consacre à l’étude de la langue et de la civilisation arabes de l’islam et exerce divers ministères. Il est ordonné évêque d’Oran en 1981. Le 1er août 1996, il est assassiné à l’Évêché d’Oran. Il était conscient de s’être donné à l’Algérie et au peuple algérien « avec lequel, disait-il, nous lie une alliance d’amitié que rien, même la mort, ne pourra briser». En cela il voulait être disciple du Christ, pour qui le choix du « plus grand amour » fut de « donner sa vie pour ses amis ».


L’offertoire est ce pas hors de nous-même qui nous associe au Christ donnant sa vie, l’engagement de toute notre vie au service de la Bonne Nouvelle : se donner à Dieu et se donner aux autres.

Le moment de l’offertoire est celui où nous faisons le pas hors de nous-mêmes, qui nous associe au don que le Christ fait de sa vie. C’est le moment d’ouvrir les mains : autrement dit, il faut maintenant passer de la confession de foi à l’acte de foi. Lorsque l’on a découvert la puissance de la confiance et de l’amour, on ne peut plus vivre replié sur soi-même : c’est le moment de la pauvreté.

Pas à pas l’Eucharistie nous fait donc entrer dans le Royaume : nous sommes encore au seuil et ce seuil est bien celui de la pauvreté. La porte étroite que l’on ne peut franchir qu’en abandonnant ses excédents de bagage. Il faut dire que la possession et l’appropriation nous semblent tellement plus spontanées et naturelles que la pauvreté et la désappropriation. Nous avons besoin de conjurer l’avenir en accumulant toutes sortes de sécurités – pas seulement des objets mais aussi des relations, des diplômes, des honneurs. La peur de manquer fait naître des calculs et des préoccupations qui peu à peu envahissent le cœur et l’esprit et enlèvent progressivement toute disponibilité pour être attentif à autrui, dans l’instant présent de la rencontre. Cette attitude de fond qui risque de paralyser peu à peu notre meilleure bonne volonté vient certainement d’un manque de foi – d’un manque de confiance en l’avenir que Dieu veut pour chacun d’entre nous. Il ne s’agit évidemment pas de conseiller à n’importe qui de vivre de l’air du temps, sans penser jamais à l’avenir et sans faire de projets : si l’homme ne vit pas seulement de pain, il vit aussi de pain. Mais, comme le souligne l’Évangile, il ne faut pas que ce souci nous préoccupe au point de ne plus laisser place à la gratuité et à la confiance. Car plus on calcule, plus on échafaude de plans et de projets, plus on accumule des sécurités et des biens, plus on se renferme en se mettant sur la défensive. On a des choses à protéger – on veut se protéger et l’autre devient vite un intrus, un gêneur, un agresseur possible…

Vivre de cette manière c’est témoigner que l’on n’a personne sur qui compter que soi-même et Jésus a raison de dire : Malheureux êtes-vous, les riches ! car il faut être bien malheureux pour ne plus pouvoir se nourrir de confiance, de gratuité et de partage, ne serait-ce qu’un peu ! Mais comment garder cette peur, comment demeurer sur la défensive, quand on a découvert l’amour et la prévenance de Dieu en Jésus-Christ. Zachée et le jeune homme riche nous montrent bien le contraste des deux attitudes. Le jeune homme riche ne sait rien de l’amour, il cherche à posséder la vie éternelle comme il possède déjà ses biens et sa justice devant la Loi. Il est tellement préoccupé de lui-même, alors même qu’il est plein de vertu et que son âme est droite – qu’il ne voit même pas que Jésus le regarde et l’aime : et il s’en va tout triste. Zachée, lui. tout riche et probablement un peu malhonnête qu’il soit, a été saisi par le comportement du Christ : il en perd le contrôle de sa dignité, se compromet aux yeux de la foule – et le regard de Jésus le rencontre. Dans cet échange naît la foi, puisque Zachée va accueillir Jésus sous son toit – et le partage dans le dépouillement. Malheureux les riches, heureux les pauvres par l’Esprit. Ceux qui n’ont plus peur de l’avenir car Dieu se charge de l’avenir. Il n’y a pas d’exemples que des hommes et des femmes aient misé leur vie sur cette confiance et n’aient pas connu à la fois le bon­heur de vivre, de vivre libres et disponibles…

Mais, bien entendu, miser sa vie sur l’avenir de Dieu. ce n’est pas se croiser les bras en attendant que Dieu pour­voie au nécessaire. C’est essentiellement chercher le Royaume de Dieu et sa justice. L’acte de foi est acte d’abandon et engagement inconditionnel à la suite du Christ. L’offertoire est un engagement de tout notre être au service de la Bonne Nouvelle évangélique : nous nous offrons pour être le pain par lequel Dieu veut nourrir les affamés de l’amour partout dans le monde. Nous nous mettons à la disposition de Dieu, les mains ouvertes, prêts à donner ce qui les encombre mais prêts aussi à nous donner sans réticence pour que Dieu accomplisse son œuvre par nous, en nous et à travers nous. C’est d’ailleurs souvent à ce moment que se placent les professions religieuses ou les ordinations. L’offertoire est le moment de la disponibilité qui est la forme essentielle de la pauvreté fondée sur la confiance : par cette légèreté et cette disponibilité, l’homme qui suit le Christ est rendu à sa simple humanité par laquelle peut transparaître la lumière de son visage. L’engagement que réclame l’offertoire est celui d’hommes et de femmes aux mains nues, comme leur Maître, au cœur ouvert et désencombré, qui témoignent ainsi de leur confiance en Celui qui les appelle et les envoie. Plus les moyens sont pauvres, plus évidente est la source.

Nous présentons du pain. Vous connaissez le symbolisme du repas pascal : c’est le pain de la Marche au désert à la rencontre de Dieu. Ce pain est à la fois le pain de la liberté, celui qu’on mange debout, le pain de la marche en avant, celui qu’on mange pour repartir vers une prochaine étape -et le point de rencontre entre la nature et le travail de l’homme. C’est la Manne que Dieu met sur notre route, le juste nécessaire qu’on ne peut emmagasiner sous peine de le voir pourrir entre nos mains : comme tout don divin. Et ce pain, nous le présentons comme nous nous présentons nous-mêmes, debout, libres et les reins ceints, rassemblant en nous tout ce qui fait notre vie, présentant avec nous tout ce qui la rend possible et tout ce qu’elle a partagé. Pain de l’Exode où se constitue un peuple, dans la pauvreté, dans la marche au désert, dans la recherche du visage et de la Parole de Dieu. Présenter ce pain, c’est « sortir » (exode) à la rencontre de Dieu.

Nous présentons du vin. A la fois vin de la fête et symbole du sang versé. Car l’Exode de Jésus-Christ c’est sa montée à Jérusalem où il va renouveler l’Alliance. Dans l’affrontement avec les puissances de la mort, Jésus va donner sa vie, entrant dans la mort pour y déposer, à l’intérieur, le germe de la vie qui soulèvera les tombeaux : c’est ainsi que les icônes représentent la résurrection qui est assimilée à la descente aux enfers ou au séjour des morts. Il venait vaincre la mort dans la mort et, pour cela, il verse son Sang et entre dans la mort que le monde lui a préparée, comme il la prépare à tous les messagers de l’amour et de la vérité (Jean-Paul II). Ainsi s’accomplit la figure de l’Alliance où le sang des victimes est répandu sur le peuple : à la fois signe de la mort (sang versé) et signe de la vie (sang partagé). Et ce sang est du vin, pour la fête de la résurrection et de la réconciliation.

Mais comme pour tous les autres rites de l’Eucharistie, nous nous trouvons impliqués dans cette offrande. Saint Ignace l’a bien compris à la veille de son martyre, du témoignage qu’il va donner au Christ en donnant ce qu’il a de plus précieux : sa vie. Il est cette hostie qui va prendre forme de Corps du Christ. Car l’offrande est la brèche que nous faisons dans notre vie et dans notre monde, et par laquelle la vie et la puissance de Dieu peuvent pénétrer pour recréer de l’intérieur toute réalité. Comme le geste de Jésus permet à Dieu de donner la vie même à la mort. Comme le geste de Marie permet à Dieu d’entrer dans l’humanité. Chaque fiat, chaque amen est une porte ouverte au Dieu qui attend et qui frappe et demande à être invité. C’est la raison pour laquelle les pauvres sont les premiers à accueillir Dieu et les premiers vers qui Jésus va porter son regard et ses pas. L’offrande est plus spontanée quand on n’a pas de richesses à protéger et le souci d’accumuler pour vivre : le partage est plus naturel et on ouvrira sa porte plus volontiers quand on est pauvre et que l’on a vraiment besoin des autres pour vivre. L’offrande nous rappelle cela aussi : il faut savoir ouvrir sa porte et se donner.

À force de prière j’ai obtenu de voir vos saints visages. J’ai même obtenu plus que je ne demandais car c’est en qualité de prisonnier de Jésus que j’espère aller vous saluer, si toutefois Dieu me fait la grâce de le rester jusqu’au bout. C’est votre charité que je crains. Vous n’avez, vous, rien à perdre. Moi, c’est Dieu que je perds si vous réussissez à me sauver. Laissez-moi immoler puisque l’autel est prêt… Il est bon de se coucher en Dieu, au regard du monde, pour se lever avec lui. J’écris aux Églises. Je mande à tous que je veux mourir pour Dieu si vous ne m’en empêchez. Je vous conjure de ne pas me montrer une tendresse intempestive. Laissez-moi être la nourriture des bêtes par lesquelles me sera donnée la joie de Dieu. Je suis le froment de Dieu. Il me faut être moulu par la dent des bêtes pour devenir le pur pain du Christ. Caressez-les plutôt afin qu’elles soient mon tombeau, qu’elles ne laissent rien subsister de mon corps et que mes funérailles ne soient à charge à personne… Par­donnez-moi. Je sais ce qui m’est préférable. Maintenant, je commence à être un vrai disciple. Nulle chose visible ou invisible n’empêchera pour moi la joie de Jésus-Christ. Feu et croix, troupes de bêtes, dislocation des os, mutilation des membres, broiement de tout le corps : que tous ces supplices du démon tombent sur moi, pourvu que j’accède à la joie de Jésus-Christ… Si, lorsque je serai avec vous, je vous supplie, ne me croyez pas. Croyez plutôt ce que je vous écris aujourd’hui. C’est en Vivant que je vous écris mon désir de mourir. (saint ignace d’Antioche)

Prenons garde de ne jamais rien offrir – de ne nous donner qu’avec mesure et en espérant toujours être payé en retour. Celui qui veut sauver sa vie la perdra, car il n’aura pas été capable de sortir de lui-même. Celui qui perd sa vie à cause de moi…. C’est le moment de réaliser que notre vie n’a de valeur qu’à la mesure où elle se donne: pas seulement à la messe mais bien dans le quotidien des rencontres et des événements de la vie. Se donner à Dieu mais aussi se donner aux autres, c’est le mouvement de l’offertoire qui débouche sur la Pâque et la communion des enfants de Dieu. Cela implique une lutte en nous-mêmes contre l’instinct du propriétaire et, dans notre société, une brèche à ouvrir par la pauvreté dans la course à la richesse et au bien-être. C’est le sens de notre pauvreté religieuse et de votre mendicité :veillons à ne pas transformer ces exigences et cet appel en une nouvelle propriété ! Si tout est à recevoir comme un don de Dieu, nous n’avons rien à retenir et tout à partager : l’offrande est la conséquence de ce don d’amour incessant qu’est la création par Dieu.

Que l’esprit fasse de nous une éternelle offrande à la gloire de Dieu.

Méditation chrétienne

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Ô mon Dieu, Trinité que j’adore

 

La bienheureuse Élisabeth de la Trinité (née Élisabeth Catez le 18 juillet 1880 et morte le 9 novembre 1906) est une religieuse française, carmélite, béatifiée par le pape Jean-Paul II le 25 novembre 1984 à Saint-Pierre de Rome.

Aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice.

Ô mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre coeur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer. . .jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me «revêtir de vous-même», d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre vie. Venez en moi comme adorateur, comme réparateur et comme sauveur. Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière; ô mon astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

Ô feu consumant, Esprit d’amour, survenez, en moi, afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je lui sois une humanité de surcroît en laquelle il renouvelle tout son mystère. Et vous, ô Père, penchez vous vers votre pauvre petite créature, «couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

Ô mes trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

S’abandonner en offrant sa vie : la pauvreté

Pierre Claverie, né le 8 mai 1938 à Bab-el-Oued et mort assassiné le 1ᵉʳ août 1996 à Oran, est un prêtre dominicain français d’Algérie, évêque d’Oran de 1981 jusqu’à sa mort. Inclus dans le groupe des martyrs d’Algérie, il a été proclamé bienheureux le 8 décembre 2018 à Oran, en Algérie.


L’offertoire est ce pas hors de nous-même qui nous associe au Christ donnant sa vie, l’engagement de toute notre vie au service de la Bonne Nouvelle : se donner à Dieu et se donner aux autres.

Le moment de l’offertoire est celui où nous faisons le pas hors de nous-mêmes, qui nous associe au don que le Christ fait de sa vie. C’est le moment d’ouvrir les mains : autrement dit, il faut maintenant passer de la confession de foi à l’acte de foi. Lorsque l’on a découvert la puissance de la confiance et de l’amour, on ne peut plus vivre replié sur soi-même : c’est le moment de la pauvreté.

Pas à pas l’Eucharistie nous fait donc entrer dans le Royaume : nous sommes encore au seuil et ce seuil est bien celui de la pauvreté. La porte étroite que l’on ne peut franchir qu’en abandonnant ses excédents de bagage. Il faut dire que la possession et l’appropriation nous semblent tellement plus spontanées et naturelles que la pauvreté et la désappropriation. Nous avons besoin de conjurer l’avenir en accumulant toutes sortes de sécurités – pas seulement des objets mais aussi des relations, des diplômes, des honneurs. La peur de manquer fait naître des calculs et des préoccupations qui peu à peu envahissent le cœur et l’esprit et enlèvent progressivement toute disponibilité pour être attentif à autrui, dans l’instant présent de la rencontre. Cette attitude de fond qui risque de paralyser peu à peu notre meilleure bonne volonté vient certainement d’un manque de foi – d’un manque de confiance en l’avenir que Dieu veut pour chacun d’entre nous. Il ne s’agit évidemment pas de conseiller à n’importe qui de vivre de l’air du temps, sans penser jamais à l’avenir et sans faire de projets : si l’homme ne vit pas seulement de pain, il vit aussi de pain. Mais, comme le souligne l’Évangile, il ne faut pas que ce souci nous préoccupe au point de ne plus laisser place à la gratuité et à la confiance. Car plus on calcule, plus on échafaude de plans et de projets, plus on accumule des sécurités et des biens, plus on se renferme en se mettant sur la défensive. On a des choses à protéger – on veut se protéger et l’autre devient vite un intrus, un gêneur, un agresseur possible…

Vivre de cette manière c’est témoigner que l’on n’a personne sur qui compter que soi-même et Jésus a raison de dire : Malheureux êtes-vous, les riches ! car il faut être bien malheureux pour ne plus pouvoir se nourrir de confiance, de gratuité et de partage, ne serait-ce qu’un peu ! Mais comment garder cette peur, comment demeurer sur la défensive, quand on a découvert l’amour et la prévenance de Dieu en Jésus-Christ. Zachée et le jeune homme riche nous montrent bien le contraste des deux attitudes. Le jeune homme riche ne sait rien de l’amour, il cherche à posséder la vie éternelle comme il possède déjà ses biens et sa justice devant la Loi. Il est tellement préoccupé de lui-même, alors même qu’il est plein de vertu et que son âme est droite – qu’il ne voit même pas que Jésus le regarde et l’aime : et il s’en va tout triste. Zachée, lui. tout riche et probablement un peu malhonnête qu’il soit, a été saisi par le comportement du Christ : il en perd le contrôle de sa dignité, se compromet aux yeux de la foule – et le regard de Jésus le rencontre. Dans cet échange naît la foi, puisque Zachée va accueillir Jésus sous son toit – et le partage dans le dépouillement. Malheureux les riches, heureux les pauvres par l’Esprit. Ceux qui n’ont plus peur de l’avenir car Dieu se charge de l’avenir. Il n’y a pas d’exemples que des hommes et des femmes aient misé leur vie sur cette confiance et n’aient pas connu à la fois le bon­heur de vivre, de vivre libres et disponibles…

Mais, bien entendu, miser sa vie sur l’avenir de Dieu. ce n’est pas se croiser les bras en attendant que Dieu pour­voie au nécessaire. C’est essentiellement chercher le Royaume de Dieu et sa justice. L’acte de foi est acte d’abandon et engagement inconditionnel à la suite du Christ. L’offertoire est un engagement de tout notre être au service de la Bonne Nouvelle évangélique : nous nous offrons pour être le pain par lequel Dieu veut nourrir les affamés de l’amour partout dans le monde. Nous nous mettons à la disposition de Dieu, les mains ouvertes, prêts à donner ce qui les encombre mais prêts aussi à nous donner sans réticence pour que Dieu accomplisse son œuvre par nous, en nous et à travers nous. C’est d’ailleurs souvent à ce moment que se placent les professions religieuses ou les ordinations. L’offertoire est le moment de la disponibilité qui est la forme essentielle de la pauvreté fondée sur la confiance : par cette légèreté et cette disponibilité, l’homme qui suit le Christ est rendu à sa simple humanité par laquelle peut transparaître la lumière de son visage. L’engagement que réclame l’offertoire est celui d’hommes et de femmes aux mains nues, comme leur Maître, au cœur ouvert et désencombré, qui témoignent ainsi de leur confiance en Celui qui les appelle et les envoie. Plus les moyens sont pauvres, plus évidente est la source.

Nous présentons du pain. Vous connaissez le symbolisme du repas pascal : c’est le pain de la Marche au désert à la rencontre de Dieu. Ce pain est à la fois le pain de la liberté, celui qu’on mange debout, le pain de la marche en avant, celui qu’on mange pour repartir vers une prochaine étape -et le point de rencontre entre la nature et le travail de l’homme. C’est la Manne que Dieu met sur notre route, le juste nécessaire qu’on ne peut emmagasiner sous peine de le voir pourrir entre nos mains : comme tout don divin. Et ce pain, nous le présentons comme nous nous présentons nous-mêmes, debout, libres et les reins ceints, rassemblant en nous tout ce qui fait notre vie, présentant avec nous tout ce qui la rend possible et tout ce qu’elle a partagé. Pain de l’Exode où se constitue un peuple, dans la pauvreté, dans la marche au désert, dans la recherche du visage et de la Parole de Dieu. Présenter ce pain, c’est « sortir » (exode) à la rencontre de Dieu.

Nous présentons du vin. A la fois vin de la fête et symbole du sang versé. Car l’Exode de Jésus-Christ c’est sa montée à Jérusalem où il va renouveler l’Alliance. Dans l’affrontement avec les puissances de la mort, Jésus va donner sa vie, entrant dans la mort pour y déposer, à l’intérieur, le germe de la vie qui soulèvera les tombeaux : c’est ainsi que les icônes représentent la résurrection qui est assimilée à la descente aux enfers ou au séjour des morts. Il venait vaincre la mort dans la mort et, pour cela, il verse son Sang et entre dans la mort que le monde lui a préparée, comme il la prépare à tous les messagers de l’amour et de la vérité (Jean-Paul II). Ainsi s’accomplit la figure de l’Alliance où le sang des victimes est répandu sur le peuple : à la fois signe de la mort (sang versé) et signe de la vie (sang partagé). Et ce sang est du vin, pour la fête de la résurrection et de la réconciliation.

Mais comme pour tous les autres rites de l’Eucharistie, nous nous trouvons impliqués dans cette offrande. Saint Ignace l’a bien compris à la veille de son martyre, du témoignage qu’il va donner au Christ en donnant ce qu’il a de plus précieux : sa vie. Il est cette hostie qui va prendre forme de Corps du Christ. Car l’offrande est la brèche que nous faisons dans notre vie et dans notre monde, et par laquelle la vie et la puissance de Dieu peuvent pénétrer pour recréer de l’intérieur toute réalité. Comme le geste de Jésus permet à Dieu de donner la vie même à la mort. Comme le geste de Marie permet à Dieu d’entrer dans l’humanité. Chaque fiat, chaque amen est une porte ouverte au Dieu qui attend et qui frappe et demande à être invité. C’est la raison pour laquelle les pauvres sont les premiers à accueillir Dieu et les premiers vers qui Jésus va porter son regard et ses pas. L’offrande est plus spontanée quand on n’a pas de richesses à protéger et le souci d’accumuler pour vivre : le partage est plus naturel et on ouvrira sa porte plus volontiers quand on est pauvre et que l’on a vraiment besoin des autres pour vivre. L’offrande nous rappelle cela aussi : il faut savoir ouvrir sa porte et se donner.

À force de prière j’ai obtenu de voir vos saints visages. J’ai même obtenu plus que je ne demandais car c’est en qualité de prisonnier de Jésus que j’espère aller vous saluer, si toutefois Dieu me fait la grâce de le rester jusqu’au bout. C’est votre charité que je crains. Vous n’avez, vous, rien à perdre. Moi, c’est Dieu que je perds si vous réussissez à me sauver. Laissez-moi immoler puisque l’autel est prêt… Il est bon de se coucher en Dieu, au regard du monde, pour se lever avec lui. J’écris aux Églises. Je mande à tous que je veux mourir pour Dieu si vous ne m’en empêchez. Je vous conjure de ne pas me montrer une tendresse intempestive. Laissez-moi être la nourriture des bêtes par lesquelles me sera donnée la joie de Dieu. Je suis le froment de Dieu. Il me faut être moulu par la dent des bêtes pour devenir le pur pain du Christ. Caressez-les plutôt afin qu’elles soient mon tombeau, qu’elles ne laissent rien subsister de mon corps et que mes funérailles ne soient à charge à personne… Par­donnez-moi. Je sais ce qui m’est préférable. Maintenant, je commence à être un vrai disciple. Nulle chose visible ou invisible n’empêchera pour moi la joie de Jésus-Christ. Feu et croix, troupes de bêtes, dislocation des os, mutilation des membres, broiement de tout le corps : que tous ces supplices du démon tombent sur moi, pourvu que j’accède à la joie de Jésus-Christ… Si, lorsque je serai avec vous, je vous supplie, ne me croyez pas. Croyez plutôt ce que je vous écris aujourd’hui. C’est en Vivant que je vous écris mon désir de mourir. (saint ignace d’Antioche)

Prenons garde de ne jamais rien offrir – de ne nous donner qu’avec mesure et en espérant toujours être payé en retour. Celui qui veut sauver sa vie la perdra, car il n’aura pas été capable de sortir de lui-même. Celui qui perd sa vie à cause de moi…. C’est le moment de réaliser que notre vie n’a de valeur qu’à la mesure où elle se donne: pas seulement à la messe mais bien dans le quotidien des rencontres et des événements de la vie. Se donner à Dieu mais aussi se donner aux autres, c’est le mouvement de l’offertoire qui débouche sur la Pâque et la communion des enfants de Dieu. Cela implique une lutte en nous-mêmes contre l’instinct du propriétaire et, dans notre société, une brèche à ouvrir par la pauvreté dans la course à la richesse et au bien-être. C’est le sens de notre pauvreté religieuse et de votre mendicité :veillons à ne pas transformer ces exigences et cet appel en une nouvelle propriété ! Si tout est à recevoir comme un don de Dieu, nous n’avons rien à retenir et tout à partager : l’offrande est la conséquence de ce don d’amour incessant qu’est la création par Dieu.

Que l’esprit fasse de nous une éternelle offrande à la gloire de Dieu.

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