Archives pour la catégorie Méditation chrétienne

Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Berceuse de la Mère-Dieu


Auteur : Marie Noël (1883-1967), de son vrai nom Marie Rouget, a passé toute sa vie à Auxerre. Femme de grande culture, poète, elle exprime dans ses écrits la peine d’une âme troublée par le tragique de l’existence humaine et par le spectacle d’une Création traversée par “ Bien et Mal ensemble ”. Le 31 mars 2017, les évêques de France ont annoncé l’ouverture de sa cause en béatification.


Mon Dieu, qui dormez, faible entre mes bras,
Mon enfant tout chaud sur mon coeur qui bat,
J’adore en mes mains et berce étonnée,
La merveille, ô Dieu, que m’avez donnée.

De fils, ô mon Dieu, je n’en avais pas.
Vierge que je suis, en cet humble état,
Quelle joie en fleur de moi serait née ?
Mais vous, Tout-Puissant, me l’avez donnée.

Que rendrais-je à vous, moi sur qui tomba
Votre grâce ? ô Dieu, je souris tout bas
Car j’avais aussi, petite et bornée,
J’avais une grâce et vous l’ai donnée.

De bouche, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas
Pour parler aux gens perdus d’ici-bas
Ta bouche de lait vers mon sein tournée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De main, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas
Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las
Ta main, bouton clos, rose encore gênée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De chair, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas
Pour rompre avec eux le pain du repas
Ta chair au printemps de moi façonnée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De mort, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas
Pour sauver le monde O douleur ! là-bas,
Ta mort d’homme, un soir, noir, abandonnée,
Mon petit, c’est moi qui te l’ai donnée.

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Je prierai avec ferveur pour vos âmes.

Auteur : Jérôme Savonarole, en italien Girolamo Savonarola, né à Ferrare, en 1452, mort pendu et brûlé à Florence le 23 mai 1498, est un frère dominicain, prédicateur et réformateur italien, qui institua et dirigea la république théocratique de Florence de 1494 à 1498. 


Lettre de Jérôme Savonarole à son père après son entrée au noviciat – Bologne, 25 avril 1475

Mon père très honoré,
Je ne doute pas que mon départ vous a causé de la peine, d’autant plus que je suis parti en cachette ; mais je veux que, par cette lettre, vous écoutiez mon âme et ma volonté qui vous consoleront et que vous compreniez que je n’ai pas agi aussi puérilement que certains le disent.

In primis, les raisons pour lesquelles je veux entrer en religion sont : la grande misère du monde, les iniquités humaines, les stupres, les adultères, les vols, la superbe, l’idolâtrie, les blasphèmes. Le monde est arrivé à un point où il n’y a plus personne qui fasse le bien et moi, plusieurs fois par jour, je récitais en pleurant ce vers : Je fuirai ces terres cruelles, je fuirai ces rivages avares. Je ne pouvais plus souffrir la malignité des peuples aveuglés de cette Italie où les vertus sont abaissées et les vices exaltés.

Ceci était ma plus grande douleur en ce monde où je priais quotidiennement le Christ de m’arracher à cette fange. Très souvent, j’adressais avec la plus grande dévotion cette petite prière à Dieu « Montre-moi la voie que je dois suivre car j’ai élevé mon âme à Toi ». Et Dieu, dans son infinie miséricorde, me l’a montrée et j’ai reçu cette vocation bien que je ne sois pas digne d’une telle Grâce. Dis-moi ! la vraie vertu d’un homme n’est-elle pas de fuir les cochonneries et les iniquités de ce monde misérable afin de ne pas vivre comme une bête parmi les porcs ? En outre, n’aurais-je pas fait preuve d’une grande ingratitude si, après avoir imploré Dieu de me montrer la voie et après avoir été exhaussé, je ne l’avais pas suivie ? Jésus ! plutôt souffrir mille morts que d’être aussi ingrat !

En conséquence, mon père très doux, vous devriez plutôt remercier notre Seigneur Jésus que pleurer : il vous a donné un fils, puis il vous l’a conservé jusqu’à l’âge de vingt-et-un ans et ensuite il a daigné faire de lui son chevalier militant. N’est-ce pas une Grâce suprême que d’avoir un fils en Jésus-Christ ?

Je n’ai rien d’autre à dire si ce n’est que vous réconfortiez ma mère et que, tous les deux, vous m’accordiez votre bénédiction. Pour ma part, je prierai avec ferveur pour vos âmes.

Lettre de Savonarole à Stefano Codiponte, novice, Florence 22 mai 1492

Beaucoup de ceux qui désirent vivre selon le bien, mais sans se soumettre à leurs aînés, cherchent l’impossible en ce monde. Ils veulent en effet demeurer avec les saints, à l’exclusion de tous les hommes mauvais et imparfaits. Et comme ils ne trouvent pas cela, ils abandonnent leur vocation et se laissent aller à l’errance. Mon enfant, il n’y a pas grand mérite à vivre bien parmi les bons. Je dis ceci, cependant, non que les hommes avec qui tu te trouves soient mauvais ; au contraire, ils sont bons, même si certains peut-être sont imparfaits ; mais parce que de ton côté, d’une paille, tu as tendance à faire une poutre.

Certes il faut fuir les hommes mauvais et pervertis. Mais si tu voulais fuir tous les hommes mauvais, tu devrais quitter ce monde. En vérité, tu as déjà quitté ce monde, et tu pensais entrer sur-le-champ au paradis. Au lieu de quoi tu es entré dans l’antichambre du paradis, mais non pas encore au paradis. Dans le monde, tu as vécu au milieu des scorpions ; mais au couvent, il te faut bien vivre parmi des hommes parfaits, des hommes qui progressent et des hommes imparfaits.

S’il se peut que tu rencontres quelque faux frère, tu ne dois pas t’en étonner ; au contraire, c’est de l’inverse que tu devrais t’étonner. En effet, on a trouvé d’impies et pervers persécuteurs des bons dans la maison d’Abraham, et dans celle d’Isaac, et dans celle de Jacob, de Moïse, de David, et même dans la maison de notre Seigneur Jésus-Christ. Aussi comment peux-tu penser qu’il y ait en ce monde une maison sans aucun mauvais ?

 

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La lettre tue, mais l’Esprit donne la vie

 

« Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque dans la parole biblique Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, les moines devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes. L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprend à percevoir au milieu des paroles, la Parole.

La Parole de Dieu n’est jamais simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l’atteindre, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble des textes et, à partir de là, doit devenir également un processus vital.

Saint Paul a exprimé de manière radicale ce que signifie le dépassement de la lettre et sa compréhension holistique, dans la phrase : « La lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Et encore : « Là où est l’Esprit…, là est la liberté » (2 Co 3, 17) […] cet Esprit libérateur a un nom et, de ce fait, la liberté a une mesure intérieure : « Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17). L’Esprit qui rend libre ne se laisse pas réduire à l’idée ou à la vision personnelle de celui qui interprète. L’Esprit est Christ, et le Christ est le Seigneur qui nous montre le chemin. Avec cette parole sur l’Esprit et sur la liberté, un vaste horizon s’ouvre, mais en même temps, une limite claire est mise à l’arbitraire et à la subjectivité, limite qui oblige fortement l’individu tout comme la communauté et noue un lien supérieur à celui de la lettre du texte : le lien de l’intelligence et de l’amour. Cette tension entre le lien et la liberté, se présente à nouveau à notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont, d’un côté, l’arbitraire subjectif, et de l’autre, le fanatisme fondamentaliste. »


Auteur : Benoît XVI, Discours au monde la Culture, Paris, le 12 septembre 2008.

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Mon Dieu, je T’offre cette année qui commence.

AUTEUR : Madeleine Daniélou le 16 novembre 1880 à Mayenne, morte le 13 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine est la fondatrice d’un groupe d’écoles privées pour les jeunes filles : les collèges Sainte-Marie et les écoles Charles-Péguy, ainsi que de la société de vie apostolique féminine : la communauté apostolique Saint-François-Xavier. Agrégée de lettres, elle écrivit de nombreux ouvrages sur la philosophie de l’éducation.


 

 

Mon Dieu,

je T’offre cette année qui commence.

C’est une parcelle de ce temps si précieux

que tu m’as donné pour Te servir.

Je la mets sous le signe de la fidélité :

fais qu’elle soit une longue ascension vers Toi

et que chaque jour me trouve plus riche de foi et d’amour.

Mon Dieu,

je T’offre tous ceux que j’aime.

Ne permets pas que je leur fasse défaut,

mais plutôt que je sois pour eux

le canal invisible de ta grâce

et que ma vie leur manifeste ton amour.

Mon Dieu,

je T’offre aussi l’immense douleur de ce monde

que tu as créé et racheté :

les souffrances des enfants innocents,

le long ennui des exilés,

l’angoisse des chefs,

et ce poids qui pèse si lourdement sur tous.

Mon Dieu,

qu’une étincelle de ta charité

éclate en nos ténèbres

et que l’aube de la paix

se lève en cette année.

Je Te le demande en union avec tes saints, avec ton Eglise,

avec ton Fils, Jésus-Christ, prince de la Paix.

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Sermon sur l’ambition

 

Jésus, ayant connu que tout le peuple viendrait pour l’enlever et le faire roi, s’enfuit à la montagne tout seul. (Jean VI, 15)

Je reconnais Jésus-Christ à cette fuite généreuse, qui lui fait chercher dans le désert un asile contre les honneurs qu’on lui prépare. Celui qui venait se charger d’opprobres devait éviter les grandeurs humaines ; mon Sauveur ne connaît sur la terre aucune sorte d’exaltation que celle qui l’élève à sa croix, et comme il s’est avancé quand on eut résolu son supplice, il était de son esprit de prendre la fuite pendant qu’on lui destinait un trône.

Cette fuite soudaine et précipitée de Jésus-Christ dans une montagne déserte, où il veut si peu être découvert que l’évangéliste remarque qu’il ne souffre personne en sa compagnie, nous fait voir qu’il se sent pressé de quelque danger extraordinaire ; et, comme il est tout-puissant et ne peut rien craindre pour lui-même, nous devons conclure très certainement, Messieurs, que c’est pour nous appréhende.

Et en effet, Chrétiens, lorsqu’il frémit, dit saint Augustin, c’est qu’il est indigné contre nos péchés ; lorsqu’il est troublé, dit le même Père, c’est qu’il est ému de nos maux : ainsi, lorsqu’il craint et qu’il prend la fuite, c’est qu’il appréhende pour nos périls. Il voit dans sa prescience en combien de périls extrêmes nous engage l’amour des grandeurs : c’est pourquoi il fuit devant elles pour nous obliger à les craindre ; et nous montrant par cette fuite les terribles tentations qui menacent les grandes fortunes, il nous apprend ensemble que le devoir essentiel du chrétien, c’est de réprimer son ambition. Ce n’est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la cour, et nous devons plus que jamais demander la grâce du Saint-Esprit par l’intercession de la Sainte Vierge : Ave.

C’est vouloir en quelque sorte déserter la cour que de combattre l’ambition, qui est l’âme de ceux qui la suivent ; et il pourrait même sembler que c’est ravaler la majesté des princes que de décrier les présents de la fortune, dont ils sont les dispensateurs.

Mais les souverains pieux veulent bien que toute leur gloire s’efface en présence de celle de Dieu ; et, bien loin de s’offenser que l’on diminue leur puissance dans cette vue, ils savent qu’on ne les révère jamais plus profondément que lorsqu’on ne les rabaisse qu’en les comparant avec Dieu. Ne craignons donc pas aujourd’hui de publier hardiment dans la cour la plus auguste du monde qu’elle ne peut rien faire pour un chrétien qui soit digne d’estime ; détrompons, s’à se peut, les hommes de cette attache furieuse à ce qui s’appelle fortune ; et pour cela faisons deux choses : faisons parler l’Évangile contre la fortune, faisons parler la fortune contre elle-même ; que l’Évangile nous découvre ses illusions, elle-même nous fera voir ses inconstances. Ou plutôt voyons l’un et l’autre dans l’histoire du Fils de Dieu.

Pendant que tous les peuples courent à lui, et que leurs acclamations ne lui promettent rien moins qu’un trône, il méprise tellement toute cette vaine grandeur, qu’il déshonore lui-même et flétrit son propre triomphe par son triste et misérable équipage. Mais, ayant foulé aux pieds la grandeur dans son éclat, il veut être lui-même l’exemple de l’inconstance des choses humaines, et dans l’espace de trois jours, on a vu la haine publique attacher à une croix celui que la faveur publique avait jugé digne du trône. Par où nous devons apprendre que la fortune n’est rien, et que non seulement quand elle ôte, mais même quand elle donne, non seulement quand elle change, mais même quand elle demeure, elle est toujours méprisable. Je commence par faveurs, et je vous prie, Messieurs, de le bien entendre.


Jacques Bossuet (1627-1704). Evêque de Meaux, membre de l’Académie Française

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Faites tout avec amour

 

Auteur : saint Charles Borromée né à Arona le 2 octobre 1538 et mort à Milan le 3 novembre 1584, est un évêque italien du XVIᵉ siècle, archevêque de Milan et cardinal. Grand artisan dans son diocèse de la Réforme catholique voulue par le concile de Trente, il est considéré comme un modèle d’évêque post-tridentin.


Texte :

Nous sommes tous faibles, je le reconnais, mais le Seigneur Dieu nous a donné des moyens où nous pouvons facilement trouver du secours si nous le voulons.

Voici un prêtre qui voudrait mener la vie irréprochable à laquelle il se sait obligé, qui voudrait être chaste et avoir la conduite digne des anges qui lui convient; mais il ne se décide pas à employer les moyens voulus: le jeûne, la prière, la fuite des relations mauvaises, des familiarités nuisibles et dangereuses.

Cet autre, lorsqu’il entre au choeur pour la psalmodie ou lorsqu’il va célébrer la messe, se plaint de ce que mille pensées se présentent aussitôt à son esprit et le distraient de Dieu. Mais avant d’aller au choeur ou de célébrer la messe, qu’a-t-il fait à la sacristie, comment s’est-il préparé, quels moyens a-t-il pris pour maîtriser son attention?

Veux-tu que je t’enseigne comment progresser sans cesse de vertu en vertu et, si tu étais déjà attentif au choeur, comment tu pourras l’être davantage une autre fois pour que tes hommages plaisent à Dieu encore plus? Écoute-moi bien. Si un petit feu d’amour divin est déjà allumé en toi, ne le montre pas tout de suite, ne l’expose pas au vent; garde fermée la porte du four, pour ne pas laisser perdre la chaleur. Cela veut dire: fuis, autant que possible, les distractions, demeure recueilli en Dieu, évite les conversations frivoles. Tu as la charge de la prédication et de l’enseignement?

Etudie, applique-toi à tout ce qui est nécessaire pour bien exercer cette charge. Soucie-toi d’abord de prêcher par ta vie et tes moeurs; évite qu’en te voyant dire une chose et en faire une autre, les gens ne se moquent de tes paroles en hochant la tête. Tu as charge d’âmes? Ce n’est pas une raison pour négliger la charge de toi-même et pour te donner si généreusement aux autres qu’il ne reste plus rien de toi-même pour toi. Tu dois te souvenir des âmes dont tu es le supérieur, sans t’oublier toi-même.

Comprenez, mes frères, que rien n’est aussi nécessaire, pour des hommes d’Église, que l’oraison mentale qui doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre. Je chanterai, dit le Prophète, et je serai attentif. Si tu administres les sacrements, mon frère, pense à ce que tu fais; si tu célèbres la messe, pense à ce que tu offres; si tu psalmodies au choeur, réfléchis à qui tu parles et à ce que tu dis; si tu diriges les âmes, songe au sang qui les a lavées.

Faites tout avec amour. C’est ainsi que nous pourrons vaincre facilement les innombrables difficultés que nous rencontrons nécessairement chaque jour. du fait de notre position. C’est ainsi que nous aurons la force d’engendrer le Christ en nous et chez les autres.

 

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Je ne veux plus aimer que ma mère Marie

Auteur : Paul Verlaine est un écrivain et poète français né à Metz le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896. Il est bouleversé par sa rencontre avec Arthur Rimbaud en 1871 et sera condamné et emprisonné après lui avoir tiré dessus. En prison, il se convertit et renoue avec le catholicisme de son enfance.


Texte :

Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
Tous les autres amours sont de commandement
Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement
Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie.

C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis,
C’est par Elle que j’ai voué ce sacrifice,
Et la douceur de cœur et le zèle au service,
Comme je la priais, Elle les a permis.

Et comme j’étais faible et bien méchant encore,
Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins,
Elle baissa mes yeux et me joignit les mains,
Et m’enseigna les mots par lesquels on adore.

C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins,
C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les Cinq Plaies,
Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,
Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins.

Je ne veux plus penser qu’à ma mère Marie,
Siège de la Sagesse, et source des pardons,
Mère de France aussi, de qui nous attendons
Inébranlablement l’honneur de la Patrie.

Marie Immaculée, amour essentiel,
Logique de la foi cordiale et vivace,
En vous aimant qu’est-il de bon que je ne fasse,
En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?

 

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Ô éternelle Trinité

 

Auteur : Sainte Catherine de Sienne est née le 25 mars 1347 à Sienne et décédée le 29 avril 1380 à Rome. Tertiaire dominicaine et grande mystique, elle est canonisée en 1461 par Pie II et déclarée docteur de l’Eglise en 1970 par Paul VI.


DES DIALOGUES DE STE CATHERINE DE SIENNE

Ô Divinité éternelle, ô éternelle Trinité, par l’union de la divine nature tu as donné un si grand prix au sang de ton Fils unique ! Toi, éternelle Trinité, tu es comme un océan profond : plus j’y cherche et plus je te trouve ; plus je trouve et plus je te cherche. Tu rassasies insatiablement notre âme car, dans ton abîme, tu rassasies l’âme de telle sorte qu’elle demeure indigente et affamée, parce qu’elle continue à souhaiter et à désirer te voir dans ta lumière, ô lumière, éternelle Trinité. ~

J’ai goûté et j’ai vu avec la lumière de mon intelligence et dans ta lumière, éternelle Trinité, et l’immensité de ton abîme et la beauté de ta créature. Alors, j’ai vu qu’en me revêtant de toi, je deviendrais ton image, parce que tu me donnes, Père éternel, quelque chose de ta puissance et de ta sagesse. Cette sagesse est l’attribut de ton Fils unique. Quant au Saint-Esprit, qui procède de toi, Père, et de ton Fils, il m’a donné la volonté qui me rend capable d’aimer. Car toi, éternelle Trinité, tu es le Créateur, et moi la créature ; aussi ai-je connu, éclairée par toi, dans la nouvelle création que tu as faite de moi par le sang de ton Fils unique, que tu as été saisie d’amour pour la beauté de ta créature.

Abîme ! Éternelle Trinité ! Divinité ! Océan profond ! Et que pourrais-tu me donner de plus grand que toi-même ? Tu es le feu qui brûle toujours et ne s’éteint jamais ; tu consumes par ton ardeur tout amour égoïste de l’âme. Tu es le feu qui dissipe toute froideur, et tu éclaires les esprits de ta lumière, cette lumière par laquelle tu m’as fait connaître ta vérité. ~

C’est dans la foi, ce miroir de la lumière, que je te connais : tu es le souverain bien, bien qui surpasse tout bien, bien qui donne le bonheur, bien qui dépasse toute idée et tout jugement ; beauté au-dessus de toute beauté, sagesse au-dessus de toute sagesse : car tu es la sagesse elle-même, tu es l’aliment des anges qui, dans l’ardeur de ton amour, s’est donné aux hommes.

Tu es le vêtement qui couvre ma nudité, tu nourris les affamés de ta douceur, car tu es douce, sans nulle amertume, ô éternelle Trinité.

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Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes

 

Auteur : saint Augustin, né dans la Province d’Afrique au municipe de Thagaste le 13 novembre 354 et mort le 28 août 430 à Hippone. Avec Ambroise de Milan, Jérôme de Stridon et Grégoire le Grand, c’est l’un des quatre Pères de l’Église occidentale et l’un des trente-six docteurs de l’Église.


Ce que vous voyez sur l’autel de Dieu, c’est le pain et la coupe : c’est cela que vos yeux vous signalent. Mais ce dont votre foi veut être instruite, c’est que ce pain est le corps du Christ, que cette coupe est son sang. Cela tient à une brève formule, qui peut suffire à la foi. Mais la foi cherche à s’instruire. Car vous pourriez me dire un jour : « Vous nous avez ordonné de croire. Donnez-nous une explication qui nous fasse comprendre. »

En effet, chacun de nous peut avoir cette pensée : Notre Seigneur Jésus Christ, nous savons d’où il tient sa chair, de la Vierge Marie. Enfant, il a été allaité, nourri, il a grandi, il est parvenu à l’état d’homme jeune. Il est mort sur la croix, puis il en a été détaché pour être enseveli. Il est ressuscité le troisième jour, et Il est monté au ciel le jour qu’il a voulu. C’est au ciel qu’il a élevé son corps, c’est de là qu’il viendra juger les vivants et les morts, c’est là qu’il réside présentement à la droite du Père. Alors, comment ce pain est-il son corps, et cette coupe, ou plutôt son contenu, peut-il être son sang ?

Mes frères, c’est cela que l’on appelle des sacrements : ils montrent une réalité, et en font comprendre une autre. Ce que nous voyons est une apparence corporelle, tandis que ce que nous comprenons est un fruit spirituel.

Si vous voulez comprendre ce qu’est le corps du Christ, écoutez l’Apôtre, qui dit aux fidèles : Vous êtes le corps du Christ, et chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps (1 Co 12,17). Donc, si c’est vous qui êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre mystère qui se trouve sur la table du Seigneur, et c’est votre mystère que vous recevez. A cela, que vous êtes, vous répondez : « Amen », et par cette réponse, vous y souscrivez. On vous dit : « Le corps du Christ », et vous répondez « Amen ». Soyez donc membres du corps du Christ, pour que cet Amen soit véridique.

Pourquoi donc le corps est-il dans le pain ? Ici encore, ne disons rien de nous-mêmes, écoutons encore l’Apôtre qui, en parlant de ce sacrement, nous dit : Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps (1 Co 10,17). Comprenez cela et soyez dans la joie : unité, vérité, piété, charité ! Un seul pain : qui est ce pain unique ? Un seul corps, nous qui sommes multitude. Rappelez-vous qu’on ne fait pas du pain avec un seul grain, mais avec beaucoup. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. Voilà ce que l’Apôtre dit du pain.

Au sujet de la coupe, bien qu’il n’en ait pas parlé autant que du pain, il nous fait comprendre ce qui la concerne. Car, pour avoir l’apparence visible du pain, beaucoup de grains ne forment qu’une seule pâte, afin de réaliser ce que l’Écriture Sainte nous dit au sujet des fidèles : ils avaient un seul coeur et une seule âme (Ac 4,32) devant Dieu. Il en est de même pour le vin. Rappelez-vous, mes frères, comment on fait le vin. De nombreux grains sont attachés à la grappe, mais le liquide contenu dans tous ces grains se rassemble en une boisson unique.

C’est ainsi que le Seigneur Christ nous a représentés, il a voulu que nous lui appartenions, et il a consacré sur sa table le mystère de notre paix et de notre unité. Celui qui reçoit ce mystère d’unité, mais ne garde pas le lien de la paix, reçoit un témoignage qui le condamne, au lieu de recevoir ce mystère pour son bien.


Sermon 272, Aux nouveaux baptisés, sur le sacrement

 

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Tactiques du diable

Auteur : C.S. Lewis né à Belfast le 29 novembre 1898 et mort à Oxford le 22 novembre 1963, est un écrivain et universitaire britannique.

Il est connu pour ses travaux sur la littérature médiévale, ses ouvrages de critique littéraire et d’apologétique du christianisme, ainsi que pour la série des Chroniques de Narnia parues entre 1950 et 1957.


Première lettre

Mon cher Wormwood,

Je prends note de ce que tu me dis de l’influence que tu exerces sur les lectures de ton protégé et du soin que tu prends à le mettre aussi souvent que possible en contact avec son ami matérialiste. Mais n’es-tu pas un peu naïf ? On dirait que tu t’imagines l’arracher par le raisonnement aux griffes de l’Ennemi. Ceci aurait été possible s’il avait vécu quelques siècles plus tôt. À cette époque-là, les humains savaient encore reconnaître quand une chose était prouvée et quand elle ne l’était pas. Et lorsqu’elle était prouvée, ils y croyaient vraiment. Ils faisaient encore le lien entre la pensée et l’acte, ils étaient prêts à changer leur manière de vivre quand la logique le leur conseillait. Mais, par le moyen de la presse et des autres medias, nous avons réussi en grande partie à modifier cela. Ton homme a été habitué, depuis son enfance, à abriter une douzaine de philosophies contradictoires dans son cerveau. En jugeant d’une doctrine, l’essentiel pour lui n’est pas de savoir si elle est « vraie » ou « fausse », mais si elle est « abstraite » ou « pratique », « démodée » ou « moderne », « souple » ou « rigide ». Les slogans, et non le raisonnement, seront tes meilleurs alliés pour l’éloigner de l’Église. Ne perds pas ton temps à essayer de le convaincre que le matérialisme est vrai ! Fais-lui croire qu’il est fort, vigoureux, courageux – que c’est la philosophie de l’avenir. Car c’est à ce genre de chose qu’il est sensible.

L’inconvénient à faire appel au raisonnement c’est que l’Ennemi a l’avantage du terrain. Il sait fort bien argumenter. Tandis que dans le genre de propagande pragmatique que je préconise, il s’est montré depuis des siècles bien inférieur à notre Père d’en bas. Par le simple fait d’argumenter, tu éveilles l’esprit de ton protégé. Et une fois qu’il est éveillé, qui peut en prévoir les répercussions ?

Même si tu arrives à tordre le fil de ses pensées et que cela tourne à notre avantage, tu constateras que tu as favorisé chez lui l’habitude néfaste de réfléchir aux grands problèmes de la vie et détourné son attention de ce qui tombe sous le sens. Or c’est là-dessus que tu feras bien de fixer son attention. Et apprends-lui à appeler cela la « vraie vie » sans lui laisser la possibilité de s’interroger sur ce qu’il entend par « vrai ».

Rappelle-toi qu’il n’est pas un pur esprit comme toi. N’ayant jamais été homme (oh ! qu’il est odieux l’avantage de l’Ennemi !) tu ne peux te figurer à quel point les hommes sont esclaves du train-train des événements ordinaires. Un de mes protégés, athée authentique, lisait un jour au British Museum, lorsque je vis ses pensées partir dans la mauvaise direction. En un tour de main l’Ennemi était à ses côtés. Déjà, je voyais compromis vingt ans de dur labeur. Si j’avais perdu la tête et essayé d’argumenter, j’aurais été battu d’avance. Mais je ne suis pas si sot. Sans perdre une seconde, j’ai frappé là où je savais que je le tenais le mieux : je lui ai rappelé qu’il devait être l’heure du déjeuner. Apparemment, l’Ennemi a riposté (tu sais qu’on ne peut jamais surprendre tout ce qu’il leur dit) en insinuant qu’il y avait là matière à réflexion bien plus importante que le déjeuner. En tout cas, cela devait être l’idée qu’il cherchait à faire passer, car lorsque je lui soufflai à l’oreille : « C’est juste. En fait, la question est bien trop importante pour s’y attaquer en fin de matinée », le visage de mon protégé s’éclaira visiblement. Et quand, peu après, j’ajoutai : « Mieux vaut y revenir après le déjeuner et aborder la question en étant frais et dispos », il était déjà à mi-chemin de la porte. Une fois dans la rue, la partie était gagnée. Je lui montrai un jeune vendeur de journaux qui criait l’édition de midi et un autobus 73 qui passait justement et, avant qu’il ait atteint le bas de l’escalier, je l’avais gagné pour de bon à l’idée que, quelles que soient les pensées bizarres qui traversent l’esprit d’un homme enfermé avec ses livres, une bonne dose de « vraie vie » (et par là il entendait l’autobus et le vendeur de journaux) était suffisante pour lui prouver que « ce genre de chose » ne pouvait tout simplement pas être vrai. Conscient de l’avoir échappé belle, il parlait volontiers, par la suite, de « ce sens vague de l’actualité qui est notre ultime sauvegarde contre les aberrations de la logique pure ». Il est maintenant sain et sauf dans la maison de notre Père.

Vois-tu où je veux en venir ? Grâce à des procédés que nous avons mis en œuvre depuis des siècles, il est quasiment impossible aux hommes de croire à l’inconnu tant qu’ils ont le connu sous les yeux. Insiste auprès de ton protégé sur la banalité des choses. Surtout n’essaye pas de te servir de la science (de la vraie science, je veux dire) pour combattre le christianisme. Elle l’amènerait à réfléchir à des réalités qu’il ne peut ni voir ni toucher. Il est déplorable qu’il y ait eu ces dernières années plusieurs cas de ce genre parmi les physiciens les plus en vue. Si tu ne peux pas l’empêcher de se mêler de questions scientifiques, oriente-le vers l’économie et la sociologie. Mais, sous aucun prétexte, tu ne dois le laisser échapper à l’emprise de la « vraie vie ». Le mieux c’est encore de ne le laisser lire aucun ouvrage scientifique mais de lui donner l’impression qu’il sait tout et que tout ce qu’il peut glaner dans ses conversations ou ses lectures est « le résultat des recherches les plus récentes ». Souviens-toi que tu es là pour lui brouiller les idées. En écoutant certains blancs-becs parmi vous, on pourrait croire que notre mission est d’enseigner !

Ton oncle affectionné

Screwtape

 

Méditation chrétienne

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