Category Archives: Témoins du Christ

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Lettre de saint François d’Assise

SAINT FRANÇOIS D’ASSISE a écrit un jour cette lettre…

« A tous les chrétiens ; religieux, clercs et laïcs, hommes et femmes, à tous les habitants du monde entier, le Frère François, leur serviteur et leur sujet, hommage et respect, vraie paix du ciel et amour sincère dans le Seigneur.

Puisque je suis le serviteur de tous, je suis tenu de me mettre au service de tous, et de me faire pour vous le ministre des paroles toutes parfumées de mon Seigneur. Or je constate qu’il m’est impossible, à cause des maladies et de la faiblesse de mon corps, d’aller vous visiter tous et chacun ; c’est pourquoi j’ai eu l’idée de vous adresser la présente lettre et ce message, pour vous transmettre quand même les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est Parole du Père, et les paroles du Saint-Esprit, qui sont Esprit et Vie.

François d’Assise termine sa lettre par ces mots :

Oh ! qu’il est glorieux et saint et grand d’avoir un Père dans les cieux ! Oh ! que c’est chose sainte et désirable plus que tout, d’avoir un tel frère et un tel fils, qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui a prié son Père pour nous en disant : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés. Père, tous ceux que tu m’as donnés en ce monde étaient à toi, et tu me les as donnés. Les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, je les leur ai dites, et ils les ont reçues ; ils ont vraiment cru que je suis sorti de toi, et ils ont reconnu que c’est toi qui m’as envoyé. Je prie pour eux, non pour le monde : bénis-les et sanctifie-les. Pour eux, moi-même, je me sanctifie, pour qu’ils soient sanctifiés tous ensemble, comme nous. Et je veux, Père, que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu’ils voient ma splendeur dans ton royaume ».

Puisqu’il a tant souffert pour nous, puisqu’il nous a apporté et nous apportera encore tant de biens, que toute créature qui est dans le ciel et sur la terre, dans la mer et dans les abîmes, rende à Dieu louange, gloire, honneur et bénédiction, car c’est lui notre courage et notre force, puisqu’il est le seul bon, le seul très haut, le seul tout puissant, admirable, glorieux et le seul saint, lui qu’il faut louer et bénir dans les siècles infinis des siècles. Amen »

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Extrait du livre « L’expérience de Dieu avec Claire et François d’Assise ». Introduction et textes choisis par Roland Bonenfant, Ed Fides, 1998, pp. 71-74.

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Responsable de la chronique : Marius Dion, o.p.

Comment devient-on croyant?

 

Le Cardinal Christoph Schönborn est archevêque de Vienne. Il a acquis une envergure internationale pour son travail comme maître d’œuvre du « Catéchisme de l’Église Catholique ». Dans des entretiens, il répond ici à plusieurs questions d’actualité.

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Barbara Stöckl : L’attirance pour les religions, l’envie de se relier à une origine, à quelque chose d’universel et éventuellement de sacré, ne peut pas être exclue du monde. Cependant, cette attirance ne se manifeste pas nécessairement dans une croyance en des dogmes religieux ; c’est plutôt une recherche personnelle : au travers dee randonnées en montagne, dans l’ésotérisme, dans les religions d’Extrême-Orient. Pourquoi l’homme a-t-il besoin de croire, et comment trouve-t-il la voie vers cette foi ? La foi ne relève-t-elle pas d’une question d’éducation ou de socialisation ?

Cardinal : La foi est quelque chose qui se transmet, c’est vrai. Nous le constatons presque toujours dans les témoignages de croyants. Je ne connais pas d’exceptions parmi les personnes qui m’ont dévoilé le récit de leur vie ou dont j’ai pu lire l’histoire. Il n’y a guère de croyants qui ne soient venus à croire autrement que par le biais d’une éducation chrétienne dans leur famille ou d’une rencontre avec d’autres chrétiens. Ce fut pour eux naturel et cela reste la force d’un foyer dans lequel la foi est vivante. Car lorsque l’on fait l’expérience de voir ses parents pratiquer leur foi, il se produit très tôt une identification, tout naturellement. Et quand cette foi n’est pas simulée, pas « affichée superficiellement », mais crédible, alors les enfants s’en imprègnent profondément. Telle est assurément la meilleur façon de transmettre la foi.

Voici un exemple que je n’oublierai jamais : j’ai remis à une jeune femme son habit de dominicaine. Je n’étais pas encore évêque, mais c’était dans mes attributions en tant que père dominicain de lui faire prendre l’habit, et donc de la faire entrer dans les ordres. Je lui a demandé dans la discussion de préparation : « Parlez-moi d’une expérience religieuse forte de votre jeunesse ou de votre enfance ».

Elle m’a raconté que ses parents étaient propriétaires d’une menuiserie – son père était menuisier. Je les connaissais, ils vivaient dans une petite ville de Vorarlberg, et un soir tard, lorsqu’elle était petite, elle était entrée sans frapper dans la chambre à coucher de ses parents et les avait trouvés tous les deux agenouillés devant le lit en train de prier. Elle me confia que cela l’avait marquée et qu’elle ne l’oubliera jamais – « mes parents prient ; pas devant nous, pas pour se montrer, mais ils prient ensemble devant Dieu ».

Au début de mes études, j’ai un peu étudié la psychologie et j’ai ensuite approfondi ce sujet. J’en suis venu à la conclusion que les relations dramatiques père-fils ou mère-fille qui parsèment la littérature (Kafka, Strindberg, etc.) et que Sigmund Freud a désignées par l’expression « complexe d’Œdipe » se modifient sensiblement si les enfants voient leurs parents exprimer ensemble leur foi. C’est sûr qu’il est au moins aussi important qu’ils le perçoivent aussi comme des personnes qui s’aiment. Mais lorsque de enfants voient leur parent prier, le danger disparaît aussitôt de voir l’autorité de ces derniers devenir surdimensionnée comme dans le complexe d’Œdipe. En effet, les enfants voient leurs parents comme une autorité qu’ils représentent, mais ils sont aussi en quelque sorte les enfants de Dieu, ce qui modère en même temps ce « pouvoir » dans le bon sens. S’ils s’agenouillent ensemble devant Dieu, l’écart entre l’autorité des parents et les enfants est en quelque sorte adouci par la « compensation » d’être ensemble devant Dieu et de se savoir porté par lui. Les personnes qui ont eu le bonheur de faire une telle expérience – je n’en fais pas partie – possèdent une base solide pour leur « socialisation religieuse ».

Barbara Stöckl : Le fait de dire que vous n’avez-vous-même pas reçu d’éducation religieuse prouve aussi qu’il existe d’autres chemins qui mènent à la foi.

Cardinal : Oui. Il existe également d’autres chemins. Mais ceux-là aussi se rapportent à des témoins, même si ce ne sont les parents. Pour moi, ce fut un prêtre en particulier, puis d’autres, mais aussi des parents plus éloignés. C’étaient des personnes chez qui j’avais pu percevoir, en tant qu’enfant puis adolescent, une foi profonde et convaincue, une foi qui n’était pas une « façade », qui n’était pas feinte, une foi vraie à l’intérieur comme à l’extérieur. Tout ce qui est simulé ou forcé n’apporte absolument rien à la socialisation religieuse.

En Autriche par exemple, beaucoup de personnes d’une certaine génération ont des difficultés du fait de l’éducation reçue à l’école religieuse : elle ont éprouvé le sentiment, à tort ou à raison, que ces autorités religieuses – sœurs, pères, prêtres – n’étaient pas crédibles. Il y avait trop d’autoritarisme et trop peu de vraie autorité.

Barbara Stöckl : Nombre d’entre eux y ont subi de terribles injustices. Beaucoup d’individus ayant fréquenté une école conventuelle ou une pension catholique en parlent comme d’une période comptant les pires de leur vie.

Cardinal : Que ces souvenirs correspondent à la réalité est une autre question. Souvent ils servent à justifier le fait que l’on ne prenne pas sa propre religion au sérieux, mais bien souvent j’ai vu des personnes traumatisées par une éducation religieuse ratée.

Barbara Stöckl : En quoi consiste une éducation religieuse ? Les images très naïves en font-elles partie ? Sont-elles importantes, appropriées ou dangereuses ?

Cardinal : Il est très important que l’on utilisé les bonnes images. Mais qu’elles sont ces bonnes images ? Je suis convaincu que la Bible nous offre un trésor incomparable d’images, de personnages, de symboles qui frappent les esprits. C’est une idée qui vit en moi depuis des années, mais j’ai trop peu de temps pour l’approfondir. Il y a probablement beaucoup de personnes savantes qui ont aussi examiné dans quelle mesure les esprits européens sont imprégnés de ces images fortes de la Bible.

L’histoire du bon Samaritain a marqué les esprits pendant des siècles. Des générations entières se sont identifiées à cette image et ont trouvé là leur motivation, pour ne pas passer à côté d’une personne en détresse, se comporter vraiment comme son prochain, ce prochain dont parle Jésus. Je crois que l’Europe est plus profondément imprégnée de grandes images bibliques que nous ne voulons bien l’admettre en général. On pourrait citer la parabole du fils perdu, la crèche de Bethleem, et surtout l’image du crucifié. Parmi ces grandes images, on a aussi les images de l’Ancien Testament, que nous, catholiques, connaissons malheureusement souvent moins bien que les chrétiens protestants, comme l’histoire de Joseph et de ses frères, de Joseph en Égypte, de David, du péché originel ou du paradis.

Christoph SCHÖNBORN, Qui a besoin de Dieu ? Conversations avec Barbara Stöckl, Éditions « Parole et Silence », 2008, pp. 22-26.

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

Raoul Follereau. « Le Vagabond de la charité »

Homélie de ses funérailles en l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal, à Paris, le 9/12/1977

Celui qui fut d’abord poète, un auteur dramatique, fut surnommé l’apôtre de la charité, « le Vagabond de la charité ». Au moment où certains chrétiens trouvent quelque peu affadi ce mot de charité, il l’a réhabilité. Il lui a rendu aux yeux du monde toute sa signification. Il l’a montrée, cette charité, à travers le service des hommes, jusqu’au cœur de Dieu.

Certes, le nom de Raoul Follereau est à jamais associé au combat contre la lèpre. Et le souvenir de ses campagnes en faveur d’Adzopé demeure dans beaucoup de mémoires comme une aventure, comme une épopée. Mais sa rencontre spirituelle avec le Père de Foucauld devait élargir à l’infini son horizon. Raoul Follereau s’est engagé au service des déshérités, des exclus, de tous ceux que la société opprime ou rejette. A l’occasion de la XXIIe Journée mondiale des lépreux, il écrivait, et laissez-moi le citer un peu longuement :

« Poursuivons cette bataille, cette « bataille pas comme les autres ». Lorsque j’ai commencé presque seul, les gens « informés » (informés de quoi, Seigneur) s détournaient, en disant : « C’est ainsi depuis que le monde est monde. Il n’y changera rien. C’est impossible.Impossible ? La seule chose impossible, c’est que nous les gens terriblement heureux, nous puissions continuer de manger, de dormir et de rire, alors que le monde, autour de nous, hurle, saigne et se désespère. Et c’est pourquoi elle devra, notre bataille, s’étendre dans l’avenir à toutes les lèpres. A ces lèpres cent fois plus meurtrières que sont la faim, le taudis, la misère. A ces lèpres mille fois plus contagieuses que sont l’inconscience cataleptique, l’égoïsme aux yeux de taupe, la lâcheté qui ne s’embusque que pour mieux s’enfuir… E la défiance qui défigure l’humanité. Et la haine qui la déshonore ».

Mon on peut s’attaquer à la lèpre et à toutes les lèpres sans en pâtir douloureusement, et parfois tragiquement. Celui qui poussait ce cri sublime : « Seigneur, faites-nous mal avec la souffrance des autres », comme il a eu mal tout au long de son itinéraire ! Je pense à ce texte où saint Paul évoque tout ce qu’il lui fallut endurer pour annoncer Jésus-Christ, et j’ai envie de l’appliquer à l’ami très cher qui vient de regagner la maison du Père. En faisant trente-deux fois le tour du monde, il a connu les périls, les inconforts, les menaces, les déceptions, et s’il y avait tant de joie sur son visage, comme sur celui de sa femme qui l’accompagna toujours, c’est parce que la joie est le privilège de ceux qui savent que le dernier mot appartiendra toujours à l’Amour.

Ne nous méprenons pas sur le sens de ce requiem que nous prononçons pendant cette messe. Bien sûr, il a droit au repos, lui qui a tant bataillé. Mais, d’abord, nous ne voyons guère Raoul Follereau se reposant, et ensuite le terme repos signifie autre chose dans le langage biblique : il signifie la plénitude de Dieu, la plénitude de l’amour de Dieu dans sa suprême activité. Pendant cette eucharistie, nous intercédons auprès de la miséricorde infinie, car il faut beaucoup prier pour ceux qui nous quittent, et en même temps nous avons la certitude que Raoul Follereau va plus que jamais continuer son œuvre. Il ne nous a pas abandonnés. Ne craignez pas…

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L’évangile est pour nous dans l’invention

L’Évangile est pour nous dans l’invention. Il est dans l’interprétation actuelle de l’actuel. Soutenue sans doute par le Souffle. Mais avançant hardiment dans le vide du pas-encore-dit.

Les croyants sont devenus essentiellement craintifs. Pas en tout, bien sûr ; il y a parmi eux de grands courages. Mais ils sont craintifs à la pointe de leur foi, là où elle devrait entamer le mur qui clôt ce monde en sa tristesse.

Il leur faut un peu se déplacer ! Dans le Nouveau Testament, on voit la jeune foi chrétienne, d’abord toute en attente de l’eschatologie imminente, passer à cette verticalité de la « vie éternelle » présente dès maintenant en notre vie mortelle.

Sans rien oublier, sans rien exclure. La foi n’a pas besoin de détruire pour s’avancer ; elle n’est pas dialectique. Elle est comme l’arbre, qui garde toutes ses années, mais croît.

Et la vérité de l’arbre, dit l’Évangile, est dans son fruit. Et quel fruit, sinon cet amour, premier, savoureux, constant, inentamable, où l’être humain trouve assurance, jusque contre cette part de lui-même qui veut sa destruction ?

Cet amour, que la foi dit « de Dieu », passe par l’homme à l’homme. C’’est lui la substance de la Tradition où la transmission, comme la vie du corps passe par les parents.

Elle passe, en effet. Elle vient de bien plus haut qu’eux. Que leur malheur meure avec eux ! Je garderai la vie qu’ils m’ont donnée et qui ne leur appartient pas.

De même de ce très grand amour. Quelque chose m’en vient par les présences, les paroles, les gestes, les textes, ceux et celles-là qui me les donnent. Noms propres, y compris ceux de l’Écriture, y compris le premier. Mais ce qui s’éveille en moi, en nous, ne leur appartient pas. Cela vient de plus haut et surgit, neuf, en chaque nouvelle naissance d’homme.

Mais ce n’est rien d’autre, absolument rien d’autre que cet amour insaisissable et plus que fondateur dont je suis. Tout ce qui s’ajoute soustrait.

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« Et les autres ? »

Pierre CEYRAC est jésuite missionnaire en Inde depuis 1936. Il décrit lui-même au début de son livre : « Ma vie de jésuite s’est déroulée par tranche de quinze ans. Quinze ans de scolasticat et d’immersion profonde dans la culture indienne, soit en pays Tamoul (j’y ai passé une licence de Tamoul et de Sanskrit), soit face aux massifs des Himalaya à Kurseong (pour étudier les Upanishads et les Védanta). Quinze ans comme aumônier national des universités de l’Inde. Quinze ans dans les slums de Madras et de développement rural dans le Tamilnadou (Manamadurai, « opération mille puits »…). Et enfin, quinze ans au service des réfugiés, dans les camps de Thaïlande et du Cambodge, et dans le camp de Méhéba en Zambie… Et maintenant, depuis 1994, c’est un nouveau cycle qui commence… » (p. 11 du livre cité à la fin).

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Je me rappellerai toujours cette phrase du premier jociste français. Il s’appelait Georges Quikley ; il avait été formé par le chanoine Cardijn fondateur de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). C’était en 1936, en plein Front Populaire. Georges visitait régulièrement la caserne de Toulouse où je faisais mon service militaire. Il animait nos réunions. Réunions qui se terminaient toujours par cette petite question qu’il nous posait : « Et les autres ? ». C’est une question grave, essentielle, qui dérange. Et mon frère qui ne croit pas ? Et mon frère qui a faim ?…

Nous sommes des êtres pour les autres. C’est tellement important ! Nous sommes des hommes, des femmes pour les autres. Et la grande tristesse de la vie de beaucoup de gens, c’est qu’ils restent fermés sur eux-mêmes. Certaines personnes se bloquent sur elles-mêmes, sont très tristes. La joie se trouve dans le don aux autres : c’est le don aux autres qui nous libère et qui nous permet d’être nous-mêmes ; c’est ce qu’on appelle d’un mot qu’on emploie toujours, ce mot c’est l’amour. Dans la mesure où nous aimons, dans cette mesure-là, nous allons vers l’autre. C’est cela l’amour. Dans la mesure où on s’oublie soi-même pour l’autre, nous nous créons nous-mêmes et nous trouvons la joie. Et je dis toujours aux étudiants que je rencontre, la seule tristesse, c’est de ne pas aimer. Et aimer c’est toujours le don de soi-même aux autres, pas forcément le don des choses que l’on a mais le don total. Ce don total est exprimé dans une très belle phrase sanskrite que j’ai citée maintes fois, inscrite dans le livre d’or de Polampakka, une léproserie du sud de l’Inde dans laquelle j’ai beaucoup travaillé. Cette phrase se traduit ainsi : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu ».

J’ai croisé dans ma vie des êtres exceptionnels qui surent incarner cette phrase dans son intransigeance absolue – des hommes et des femmes qui ont tout donné. J’ai notamment le souvenir de deux femmes qui m’ont beaucoup impressionné. (…)

L’autre femme vraiment extraordinaire que j’ai connue en Inde, vient de nous quitter il y a quelques mois : le Docteur Yvette Tiphagne. Elle était venue en Inde, toute jeune docteur en médecine, en 1937. Elle appartenait à l’organisation « Ad Lucem » (« Vers la Lumière ») qui regroupait des volontaires de formation médicale – docteurs et infirmières – pour les pays du Tiers monde. Yvette Tiphagne travailla pendant une dizaine d’années dans le grand centre de soin de la lèpre (qu’on appelait alors léproserie), chez les Sœurs Salésiennes de Kombakkunam. En plus de son travail médical, elle avait adopté six orphelins. Après la Seconde Guerre mondiale, elle retourne en France rejoindre les siens pour la première – et la dernière fois. De retour en Inde en 1949, elle s’installe définitivement dans un centre hospitalier pour lépreux dans la grande ville de Salem, à trois cents kilomètres de Madras. Elle s’est éteinte en 1999. Elle aura donc passé plus de cinquante ans au service des plus pauvres des pauvres et pour l’amour de ses six enfants qui portent son nom ! Cinquante ans sans jamais rentrer en France ! L’un d’entre eux, Henri, est aujourd’hui l’un des plus grands avocats du sud de l’Inde, il se bat pour les droits de l’homme… Ainsi cette femme, pour ne pas déraciner ses enfants, s’est déracinée elle-même. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour les autres.

A côté de ces deux silhouettes prestigieuses, il faudrait mentionner toutes ces religieuses de l’Inde, ces 80 000 femmes admirables qui, dans le sillage de Mère Térésa, mais dans l’obscurité et la monotonie des tâches journalières, se dévouent au service’ des enfants malades et de tous les pauvres de chez nous. Il ne faut pas oublier aussi toutes les « contemplatives » qui soutiennent par leur prière et leur sacrifice cet énorme effort du service des autres.

Je pense en particulier à Sœur Regina, au service des lépreux depuis plus de cinquante ans, et à toutes les novices qui donnent leur jeunesse, leur beauté et leur vie au service des plus pauvres et des malades. Quelle richesse de don et de beauté… à faire envie aux anges !

Un grand éducateur protestant me disait un jour, en riant : « Vous savez, Père, ce qui fait la différence entre vous, les catholiques, et nous, les protestants ? Ce n’est pas vous, les prêtres, ce sont les sœurs… Vous les avez et nous ne les avons pas… » Et ce grand dominicain, aumônier international de « Pax Romana », de passage à Bombay où il était reçu par une communauté de jeunes sœurs indiennes rayonnantes de joie et de beauté dans leur saris clairs, me disait : « Père, ça c’est la jeunesse de l’Église ! » La figure de la femme est très importante pour l’Inde. Nous sommes persuadés que c’est la femme qui sauvera l’Inde.

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L’Église que j’aime est celle qui…

Un témoignage de l’espagnol JUAN ARIAS, dans son ouvrage El Dios en quiem no creo, Estela 83, Salamanca, 1969. Théologien et philosophe bien connu par ses nombreux ouvrages. Il est né en 1932 et s’est intéressé au Concile Vatican II et a travaillé à Rome comme journaliste.

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• Celle qui est convaincue que le Christ est le port et qu’elle n’en est que le phare.

• Celle qui préfère être semeuse d’espérance plutôt que glaneuse de peurs.

• Celle qui me dit honnêtement et sans arrogance : « Nous sommes un peuple en marche vers une fin commune et nous devons cheminer la main dans la main, boire à la même fontaine et traverser les mêmes périls ».

• Celle qui ne m’offre pas un Dieu congelé et figé mais un Dieu vivant, présent et que nous pouvons découvrir à tout moment, parce que c’est un Dieu inépuisable.

• Celle qui craint davantage pour ceux qui ne bougent pas, de peur de pécher, que pour ceux qui ont péché parce qu’ils marchaient.

• Celle qui me parle plus de liberté que de l’obéissance, de l’espérance que de l’autorité, du Christ que d’elle-même, de la faim des pauvres que de la collaboration avec les riches, d’aujourd’hui que d’hier.

• Celle qui se préoccupe davantage d’être authentique que nombreuse, d’être simple et ouverte à la lumière que d’être puissante, d’être œcuménique que d’être dogmatique.

• Celle qui m’offre un Dieu si semblable à moi que je peux jouer avec lui, et si différent que je peux trouver en lui ce dont je ne saurais même rêver.

A d’autres, un visage différent de l’Église pourra plaire davantage. Moi, je l’aime comme cela parce que c’est ainsi que je vois en elle avec certitude la présence vivante du Christ, du Christ ami de la vie, lui qui est venu, non pour juger mais pour sauver ce qui était perdu.

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Le Procès – Témoignage d’un théologien

Edward Schillebeeckx, théologien dominicain de grande renommée, raconte son troisième procès, dans son livre Je suis un théologien heureux. Entretiens avec Francesco Strazzari, Ed. du Cerf, Paris, 1995, pp. 74-78. Il raconte lui-même l’évènement et son témoignage est dans ses derniers mots !

Cela concerne le livre « Le Ministère dans l’Église : service de présidence dans la communauté de Jésus Christ » (1980). Le procès commença sous Hamer, que je connaissais bien car nous avions enseigné tous deux à Louvain, mais il fut conduit et conclu par Ratzinger, devenu préfet de la Congrégation en novembre 1981. Entre-temps, en septembre 1982, j’avais quitté l’enseignement à l’université de Nimègue ; je n’étais donc plus sous la coupe du grand chancelier de l’université, le cardinal Simonis, archevêque d’Utrecht. Le maître général de l’ordre, Vincent de Couesnongle, reçut un dossier à mon sujet, qui me fut ensuite remis par le père provincial. On demandait que soit constituée une commission de théologiens hollandais pour procéder à l’examen. Ce qui fut fait. A l’unanimité, elle se prononça pour dire qu’il n’y avait là rien contre la foi ; que, de fait, théologiquement parlant, la présence du ministre extraordinaire existe dans presque tous les sacrements, reconnue par la doctrine officielle de l’Église. Je soutenais que dans certaines circonstances extraordinaires on pouvait recourir à la présidence d’un ministre extraordinaire.

Ratzinger reçut le rapport de la commission des théologiens hollandais. Le 6 août 1983 il publia sa lettre sur le ministère sacerdotal, dans laquelle il soutenait que l’exclusion d’un ministre extraordinaire pour l’eucharistie avait été décrétée par le concile Latran IV. Ratzinger forçait le texte du concile et en tirait une conclusion logique. Le concile disait seulement que, seuls, les prêtres ordonnés peuvent présider la célébration eucharistique, étant donné qu’il y avait à l’époque des cas où des diacres présidaient. C’étaient là des cas communs en Orient. Quand l’évêque ne pouvait être présent, c’était le diacre qui présidait, en tant que représentant de l’évêque. Pour Ratzinger la question était close.

Deux ou trois mois après la publication de la lettre, Ratzinger lui-même me fit donc savoir que la question était close, et qu’il n’y avait pas de place pour un ministre extraordinaire à la présidence de l’eucharistie. Le dernier mot était dit, mais c’était le mot de Ratzinger. Le pape a certainement donné son consentement, mais ce n’est pas un acte du pape. Que ce soit là une question close, je ne le comprends pas. C’est surprenant. J’ai écrit un épilogue à l’édition française de mon livre sur le ministère, où je critique Ratzinger, qui s’arroge le droit d’interpréter à sa façon un concile, Latran IV.

Après la publication du document de Ratzinger, j’écrivis un nouveau livre sur le ministère. Je ne parle plus d’un ministre extraordinaire, mais je demande une sorte de sacrement pour les agents de pastorale, autrement dit, que ceux-ci puissent recevoir une ordination dans le cadre des ministères sacramentels. Je ne parle donc plus de ministre extraordinaire pour présider l’eucharistie, mais je fais appel à une autre catégorie pour dire la même chose.

Le maître général m’appela à Rome pour un entretien avec Ratzinger. Il y avait aussi le secrétaire de ce dernier, un Américain, et on parlait en anglais, que Ratzinger pratique bien. L’entretien dura environ trois quarts d’heure et fut très amical. Il ne s’agissait pas d’un procès selon les règles de 1971, mais d’une simple discussion, sans aucun caractère formel. C’est une procédure pire qu’un procès régulier. Je rencontrai Ratzinger seul à seul et je me croyais revenu au temps du concile. Alors déjà, il y avait en lui quelque chose qui ne me convainquait pas. Dans les réunions, pendant le concile, il ne parlait jamais. Rahner, Chenu, Congar, oui, mais lui ne s’exprimait pas.

Durant notre conversation il fut très cordial. Je lui dis que dans mon nouveau livre je ne parlais plus du ministre extraordinaire. Je demandais seulement une nouvelle ordination avec l’épiclèse. Il me demanda ce que je faisais à cette époque, après avoir quitté l’enseignement à l’université. Je répondis que je travaillais plus qu’avant. Je continuais à m’interroger : « Pour moi cette forme d’entretien peut encore marcher parce que j’ai un certain âge, mais pour les plus jeunes, c’est une façon de leur couper les jambes. Eux ne peuvent savoir ce qu’il y a derrière cette gentillesse et cette affabilité »

Nous sortîmes accompagnés par le secrétaire. Le maître général déclara qu’il avait une observation à faire à propos de l’entretien, mais le secrétaire l’interrompit, en disant : « Un entretien avec Ratzinger et le théologien, telle sera peut-être la nouvelle procédure de la Congrégation ». Le maître général et moi nous regardâmes. Ensuite parut dans l’Osservatore romano une note pour le peuple chrétien, à mon sujet, dans laquelle on disait qu’il demeurait encore, pour la Congrégation, quelques points de désaccord avec la doctrine officielle de l’Église, mais rien qu’il soit en opposition avec la foi. En conclusion, dans les trois procès, je n’ai jamais été condamné.

Vous avez beaucoup souffert de ce procès ?

Beaucoup, je ne dirais pas. Pour le premier, quand Rahner m’apprit que j’étais sous le coup d’une enquête sans savoir pourquoi, je fus abasourdi. Je me rappelle avoir dit à Rahner : « Voilà le traitement réservé à ceux qui travaillent jour et nuit pour l’Église ! ». Dans le deuxième procès j’étais un peu irrité, mais je me sentais plus libre vis-à-vis de la Congrégation romaine, des théologiens enquêteurs, de moi-même. C’était un procès à visage découvert et je me trouvai à mon aise, en dépit de la présence de Galot qui m’agaçait. Je me demandais comment tout cela pouvait être possible dans l’Église de Dieu. En tant que théologien, nous ne sommes pas infaillibles, mais il y a la façon de traiter les personnes.

Vous n’avez jamais envisagé de quitter l’Église et de sortir de votre ordre, comme l’a fait récemment le théologien brésilien Leonardo Boff ?

Jamais. Jamais. J’appartiens à l’Église catholique romaine, mais cela ne veut pas dire que cette Église ne puisse commettre des erreurs. De fait, elle en commet et il faut avoir le courage de le dire. Quitter l’ordre des Dominicains ? Jamais je n’ai mis en question le choix que j’ai fait à dix-neuf ans. Je souffre du choix de Boff, un ami très cher, lié aux pauvres, et ce qu’il a fait me déconcerte. J’en éprouve vraiment une grande douleur. Pour conclure le chapitre des procès, je dirais que, jusqu’ici, et je l’espère pour toujours, je n’ai subi aucun type de condamnation, et nonobstant ces aventures, je suis heureux d’appartenir à cette Église et à l’ordre dominicain.

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Trois histoires de familles – témoins

  1. Valérie et son mari Serge, bouleversés par l’homosexualité de leur fils, racontent leur effondrement et leur remontée, grâce à l’enseignement du Christ.
  2. Des parents profondément chrétiens se souviennent comment l’impossible est devenu possible dans l’accueil de leur fille homosexuelle.
  3. Jean, père de quatre enfants, 49 ans de mariage, raconte devant ses enfants, – un jour de déprime – comment il n’a pas réussi dans la vie. Quelques jours plus tard, l’une de ses filles lui écrit une lettre qui l’a réconcilié avec sa vie.

1) Notre fils aîné, Jean-Marie, 21 ans, nous a avoué qu’il était homosexuel. Nous étions tous les trois ; j’étais paralysée, je n’ai pu que l’embrasser. Mais pour le papa, Serge mon mari, ce fut terrible : « Demain matin, je le chasse ». Je ne le reconnaissais plus, lui qui est si bon, si compréhensif. Il était atteint dans sa fierté de père. Amour et fierté. Jean-Marie a énormément de qualités. Il y eut une scène affreuse. Jean-Marie s’est enfui. Serge et moi nous devenions des étrangers. J’ai voulu sauver au moins notre prière de couple, le soir. C’était difficile, seulement une écoute du Christ par une lecture. Un soir, j’ai choisi le retour de l’enfant prodigue. Serge s’est mis à pleurer. Nous nous sommes embrassés. Il a parlé de la déclaration de son fils pour la première fois depuis le départ de Jean-Marie. « Je pardonne moins bien que Dieu. Et je n’ai même rien à pardonner, je dois aimer mon garçon tel qu’il est ».

Jean-Marie est revenu à la maison. Je ne sais comment ils se sont parlé. J’ai vu que Serge lisait des articles sur l’homosexualité. Il m’a dit : « Si nous ne pouvons pas porter cela, ce n’est pas la peine d’être chrétiens ».

2) Notre fille nous a avoué qu’elle était homosexuelle, elle vit avec une jeune femme. Nous lui avons fermé notre porte. « C’est impossible d’accepter cà ». Impossible, impossible ! Est-ce que nous n’oublions pas un troisième élément ? Jésus nous demande d’aimer, il nous a donné l’exemple. Mais aussi la force d’aimer. C’est peut-être cela que nous voyons moins bien. Il est mort pour que nous puissions aimer. Nous le pouvons, sinon il ne nous donnerait pas son commandement comme « le » commandement d’où dépendent notre vie et notre éternité. Mais pour aimer comme Jésus, c’est-à-dire en dépassant l’impossible, inutile d’essayer d’être humainement héroïque, c’est le moment de demander modestement, humblement, des forces venant de Dieu. L’amour dont parle Jésus n’est possible que par lui. Dans les cas les plus difficiles, au lieu de dire : « aide-moi à aimer », supplions-le : « Donne-moi ton amour ! ».

3) Devant ses enfants, un papa affirme qu’il n’a pas réussi dans la vie :

-il n’a pas accompli sa vocation de marin ;

-il est resté au chômage deux ans ;

-dans sa profession, après avoir bien démarré, il n’a pu se reclasser que dans des postes subalternes ;

-au point de vue financier, il n’a eu juste que ce qu’il fallait…

Quelques jours plus tard, l’une de ses filles lui écrit cette lettre qui le réconcilie avec sa vie. Il comprend que la réussite ne se compte pas uniquement en billets de banque. Voici la lettre :

« Papa, tu ne dois pas dire que tu as raté ta vie. Toi et maman, vous avez eu quatre enfants que vous avez bien élevés. Vous nous avez appris l’honnêteté, le goût de l’effort, l’ouverture aux autres, la mise à leur place des valeurs essentielles, le goût de Dieu. Nous avons devant les yeux l’image d’un couple solide et croyant. Pour nous, c’est une réussite, même si nous avons manqué quelquefois de superflu »

André SÈVE, Pour accueillir le soir. 180 méditations, Ed. du Centurion / Novalis, 1994, pp. 34, 41 et 106.

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Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.

« Quand un à-Dieu s’envisage »

 

Voici le testament spirituel de Christian de Chergé, moine assassiné, en 2001, avec 6 autres cisterciens du Monastère de Tibhirine (Algérie). Il était signé avec l’indication : Alger, 1er décembre 1993 – Tibhirine, le 1er janvier 1994.

S’il m’arrivait un jour – et cela pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à tous et à ce pays.

Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute ma vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment saurais-je me trouver digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes laissées dans l’indifférence de l’anonymat. Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre, elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même celui-là que me frapperait aveuglément.

J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort, il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

C’est trop cher payé ce que l’on appellera, peut-être, « la grâce du martyre » que de le devoir à un Algérien quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L’Algérie et l’islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voilà que je pourrai, s’il plait à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père, pour contempler avec Lui les enfants de l’islam tels qu’il les voit, tout illuminé de la gloire du Christ, fruits de la Passion, investis par le don de l’Esprit, dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulu tout entière pour cette joie-là, envers et malgré tout. Dans ce merci où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas sus ce que tu faisais. Oui pour toi aussi, je le veux ce merci, et cet « à-Dieu » en-visagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larron heureux, en Paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père et à tous deux. Amen ! Incha Allah !

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L’Église que j’aime…

 

Un témoignage de l’espagnol JUAN ARIAS, dans son ouvrage El Dios en quiem no creo, Estela 83, Salamanca, 1969. Théologien et philosophe bien connu par ses nombreux ouvrages. Il est né en 1932 et s’est intéressé au Concile Vatican II et a travaillé à Rome comme journaliste.


• Celle qui est convaincue que le Christ est le port et qu’elle n’en est que le phare.

• Celle qui préfère être semeuse d’espérance plutôt que glaneuse de peurs.

• Celle qui me dit honnêtement et sans arrogance : « Nous sommes un peuple en marche vers une fin commune et nous devons cheminer la main dans la main, boire à la même fontaine et traverser les mêmes périls ».

• Celle qui ne m’offre pas un Dieu congelé et figé mais un Dieu vivant, présent et que nous pouvons découvrir à tout moment, parce que c’est un Dieu inépuisable.

• Celle qui craint davantage pour ceux qui ne bougent pas, de peur de pécher, que pour ceux qui ont péché parce qu’ils marchaient.

• Celle qui me parle plus de liberté que de l’obéissance, de l’espérance que de l’autorité, du Christ que d’elle-même, de la faim des pauvres que de la collaboration avec les riches, d’aujourd’hui que d’hier.

• Celle qui se préoccupe davantage d’être authentique que nombreuse, d’être simple et ouverte à la lumière que d’être puissante, d’être œcuménique que d’être dogmatique.

• Celle qui m’offre un Dieu si semblable à moi que je peux jouer avec lui, et si différent que je peux trouver en lui ce dont je ne saurais même rêver.

A d’autres, un visage différent de l’Église pourra plaire davantage. Moi, je l’aime comme cela parce que c’est ainsi que je vois en elle avec certitude la présence vivante du Christ, du Christ ami de la vie, lui qui est venu, non pour juger mais pour sauver ce qui était perdu.

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