Category Archives: Dieu en famille

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Responsable de la chronique : Raphaël Pinet

Espérance

 

Quand Jérémie achète un champ alors que le roi de Babylone assiège Jérusalem qu’il prendra en 605 av. J.C., le prophète sous l’inspiration divine annonce aux habitants de la ville qu’il y a encore un avenir dans la ville sainte.

Quand Marie apprend qu’elle est enceinte, son monde bascule mais l’ange Gabriel lui annonce pourtant un avenir radieux.

Quand Christophe Colomb persuade à force de ruses ses marins que les « Indes » sont bien à l’ouest devant un océan désespérément vide, il leur annonce qu’il y a un autre horizon que celui qui les désespère.

Quand le général de Gaulle annonce en pleine débâcle en juin ’40, que les Allemands vont perdre la guerre, il annonce un horizon inouï et inaudible à ses compatriotes abasourdis et désespérés.

Souvent des hommes et des femmes se sont levés et ont annoncé contre toute attente, un espoir fou et incroyable alors que tout semblait perdu. Quand cet horizon est de l’ordre de la foi, l’espoir s’appelle espérance. Il en va de même lorsque la famille au fil des années parfois s’étiole, s’effiloche et menace de se désagréger sous le coup des blessures qu’inévitablement les gens qui s’aiment s’infligent. C’est alors que le Dieu de la Foi, de la Charité et de l’Espérance peut déposer délicatement au creux de notre âme la conviction qu’un autre horizon apparaîtra, plus radieux, plus vrai et partant, plus aimant.

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Le seder en famille

 

La première fois que nous nous sommes rencontrés, mon épouse et moi, ce fut à un Seder. Vous savez, le Seder est la fête juive de la Pâques qui rappelle le passage précipité des Hébreux en Egypte. C’est aussi pendant le Seder que l’on chante les psaumes de louange que Jésus lui-même entonna avec ses disciples quelques heures avant son arrestation au Mont des Oliviers.

Alors que nos frères juifs continuent de célébrer ce passage, nous pouvons aussi adapter ce repas pascal en célébrant l’accomplissement de la promesse du Messie. Ce repas prend toute sa place dans la petite église domestique qu’est la famille chrétienne en sa maison. C’est l’occasion pour le plus jeune de la famille de demander à haute voix les raisons de la fuite en Egypte et surtout de la grâce que Dieu a répandu sur son peuple en dépit et à cause des épreuves qu’ils ont traversées.

C’est une catéchèse pour nos enfants. Dans notre cas, c’est aussi un pèlerinage annuel aux sources de notre amour car notre famille est née ce jour-là. Ce jour-là, la première rencontre à l’occasion d’un Seder, au cœur de notre Foi, a été le tout premier jalon qui nous a conduits à l’union conjugale sous le regard du Dieu aimant et à la longue suite de toutes ces années qui ont nourri notre amour et qui l’ont fait fructifier en nos nombreux enfants.

Même si votre amour conjugal n’est pas né sous la houlette de la Pâque juive, je puis vous assurer que c’est un rituel que toute famille chrétienne soucieuse de vivre la catéchèse en son sein peut instituer avec bonheur. Tout au long des vicissitudes _ parfois nombreuses_ de la vie, c’est faire mémoire que les épreuves que nous pouvons traverser, nous pouvons les traverser sous le regard de Dieu et affirmer l’espérance que la grâce divine ne tarit jamais même lorsque vous avez les chars de Pharaon aux trousses !

A l’orée de cette nouvelle fête de Pâques, levons donc avec assurance la coupe de bénédiction en affirmant « L’an prochain à Jérusalem ! »

Chronique parue en mai 2013

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Finies les décorations de Noël !

 

Vous ne vous êtes pas trompé de mois. Il s’agit bien de la chronique du mois de mars. Je suis simplement (un peu) en retard pour retirer les illuminations du sapin de Noël qui trône dans le salon légèrement défraîchi. Ou devrais-je dire, je traîne volontairement des pieds comme chaque année pour tirer un trait sur l’ambiance familiale des fêtes de la Nativité. Mais voilà ! La nature reprend ses droits et les branches pendouillent, les aiguilles tombent, le temps passe.

Elles sont loin les tablées de la famille avec les enfants, petits et grands, le repas qui sort de l’ordinaire, les nouvelles qu’on échange, les rires partagés mais aussi les frustrations et les grincements de dents, la fatigue et les attentes déçues. Mais la nostalgie, ce mal du passé, arrondit les angles et enjolive le tableau.

On peut aussi faire de Noël tous les jours de la vie. C’est un peu retenir le temps que de bloquer le calendrier sur une fête permanente. C’est le propos bien naïf du film romantique A wish for Christmas dans laquelle l’héroïne propose dans son travail aux clients un « noël 365 » pour faire de chaque jour une féérie sans fin, un quotidien de générosité et de partage sous le signe de la guirlande et des chocolats chauds.

Retenir le temps empêche de lâcher prise, de chérir le souvenir des moments qui ne reviennent pas. « Tous les matins du monde sont sans retour » écrit Pascal Quignard dans le film éponyme sur un air de viole de gambe. Retenir la fuite du sablier est un vain combat qui nous retient en arrière, loin des futurs possibles qui peuvent être aussi l’occasion renouvelée de partage et de générosité.

Jésus ne nous rappelle-t-il pas que « celui qui a commencé à labourer et qui regarde en arrière n’est pas bon pour le Royaume de Dieu » (Luc 9,62) ?

Une fois de plus, il faut rappeler que la présence à mon frère et à ma sœur se fait dans le présent non dans le passé ni dans le futur. Elle ne peut se vivre que dans l’extrême instantané du grain au milieu exact du sablier. Ce simple rappel vaut pour toutes nos rencontres et en particulier au sein de notre famille, auprès des nôtres que nous côtoyons grain de sable après grain de sable. Parfois les proches s’éloignent sans se rendre compte que le sablier s’écoule irrémédiablement.

Le Christ nous rappelle que chaque grain est un résumé du Royaume des Cieux qui nous est offert comme condensé infini du Paradis, celui de vivre l’Amour avec nos frères et sœurs.

Pour cela, pas besoin de sapin…

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Un autre regard

Une vieille blague des années de guerre froide circulait en Pologne avant la fondation du syndicat libre Solidarnosc :

« L’Union soviétique, se demandait-on, est-elle un pays ami ou un pays frère ? Réponse : un pays frère car les amis, on les choisit ! »

Par-delà le cynisme ravageur des populations de l’Est soumises à la tyrannie communiste, il convient de poser la question suivante : Choisit-on les gens qu’on veut aimer ou choisit-on d’aimer les gens qui nous entourent ? Cela pose le problème de la liberté individuelle et du choix, de la motivation et de la finalité de nos décisions. Cela pose en fait la question de l’individu et de la personne que nous voulons être.

Nous sommes, en quelque cent ans, passer de sociétés rurales où le poids de la communauté pouvait être étouffant au risque de brimer toute manifestation d’individualité à des sociétés urbaines et anonymes exaltant la construction de l’individu au détriment du groupe. Le « nous » passait avant le « je » maintenant que le « je » ignore même qu’un « nous » existe.

« L’enfer, c’est les autres » a pu brandir comme un étendard dérisoire l’existentialisme sartrien ; il marque bien la destruction de l’entrave communautaire au profit d’un moi qui s’impose à n’importe quel prix.

Pourtant, la contrainte est là et nous ne pouvons l’abolir : les autres, l’Autre. À moins de vivre notre projet individuel comme un ermite, l’autre est celui ou celle qui m’empêche d’être « moi » tout seul ! Et c’est parfois pesant. Mais c’est toujours l’occasion d’une vraie liberté. L’autre menace mon moi mais peut, je dis bien peut, me révéler « je », sujet entier, unifié, intègre pourvu que je dépasse les limites de mon horizon individuel.

La famille en tant que communauté est bien un des lieux où le défi de l’autre se pose parfois avec acuité. Les sensibilités se heurtent, les projets achoppent, les attentes divergent _ sans amour. Mais lorsque chaque membre est motivé par l’Amour, non pas le sentiment passager avec un petit « a » mais l’Amour comme volonté et décision d’aimer, alors tout devient possible et l’horizon s’élargit aux vastes dimensions de Dieu.

« Le Royaume des cieux est parmi vous » révèle et proclame Jésus () Telles des personnes unies par la contemplation d’un feu réconfortant, la famille aimante s’unit seulement dans le partage des regards rencontrés parce que détournés de soi vers les autres.

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2022 : Bonne santé et bon pardon !

La scène se passe à New York sur Times Square le soir du 31 décembre 2011. C’est du moins le scénario du film Happy New Year (2001). Les gens en quête de rassemblement festif, de spectacles et de champagne attendent le décompte. Mais la directrice en charge des festivités, à la suite d’un problème technique, doit improviser un discours pour faire patienter la foule. Puisant dans son vécu comme on le verra dans le dénouement final, elle parle en cette veille du Jour de l’An de l’importance de pardonner et d’aimer.

Et c’est vrai que le passage à la nouvelle année donne l’idée d’un nouveau départ : bilan de l’année écoulée avec ses réussites et ses échecs, projets aboutis ou avortés, brouilles ou demi-réconciliations. La promesse d’un recommencement nous donne souvent les yeux plus gros que le ventre. C’est le temps des résolutions péremptoires, de la remise en forme la première semaine de janvier (rarement la deuxième) et finalement de tout un tas de projections dans nos vies qui, il faut bien le reconnaître, rarement aboutissent.

Mais ce sentiment obscur de recommencement nous donne l’envie d’un authentique renouvellement notamment dans le domaine de nos relations interpersonnelles, avec nos proches, nos amis ou nos collègues. Le pardon, qu’on le demande ou qu’on l’accorde, est le premier pas d’une mise à plat salutaire au sens propre : il sauve celui qui donne comme celui qui reçoit.

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés !

La faute implique une dette, une dette à rembourser parfois avec intérêt ; une dette que parfois nous ne voulons pas régler nous-mêmes ; une dette qui nous enchaîne là où le pardon libère. L’une des plus profondes paraboles de Jésus, fortement ancrée dans la réalité antique est bien le récit du pardonné endurci qui ne veut pas remettre une plus petite dette à son frère après le grand pardon qu’il reçoit du maître (Mathieu 18, 23-35). L’esclavage dans l’Antiquité s’approvisionnait en général de deux façons : l’une à la suite de guerres de conquête ou de razzias et de pillages, l’autre pour acquitter une dette. Le débiteur pouvait espérer régler sa dette en se vendant comme esclave jusqu’au règlement de son dû. Je dis bien « pouvait espérer » car bien souvent, le créancier s’arrangeait pour augmenter le fardeau de la dette afin de rendre l’esclavage permanent. Je vous renvoie à l’excellent ouvrage du regretté David Graeber 5000 ans de dette ou au magnifique roman de B. Traven La charrette pour voir ce que la notion de dette charrie d’exploitation et d’humiliation.

Mais tel n’est pas mon propos ici. La dette ici est à prendre au sens du négatif, du creux, du vide ou du fossé comme on voudra, que nous créons dans nos relations avec les autres. La restauration d’une relation nourrissante passe par le pardon, la remise de la dette. Ne parle-t-on pas du pardon comme d’une rémission ?

La nécessité du pardon enfin nous inscrit dans le sentiment de la communauté que nous formons avec nos proches mais aussi nos lointains. Pardonner aux autres est le premier pas pour édifier une société plus humaine fondée sur la réciprocité.

Profitons donc dans notre famille, dans notre cercle d’amis et de collègues pour nous donner le baiser de paix qui remet les compteurs à zéro. Et souhaitons-nous mutuellement une bonne année en la rendant de notre propre initiative, une heureuse année jubilaire.

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Le monde est bon

Récemment, un magazine français titrait que nous sommes tous égoïstes même lorsque nous nous piquons d’aider les autres. Le vrai fond de l’humanité serait de rechercher les actions à même d’être utiles à nos intérêts quitte à les travestir sous les meilleures intentions. Thomas Hobbes ne nous a-t-il pas convaincu que l’homme est un loup pour l’homme, ce qui soit dit en passant n’est pas très gentil pour les loups dont la réputation usurpée de cruauté n’a rien à envier avec celles des hommes, ou plutôt de certains humains.

Bref ! Freud a enfoncé le clou en traitant le nouveau-né de pervers polymorphe. L’être humain cacherait sous un vernis de civilisation bien mince tout un monde de « ça », nauséabond qu’une analyse bien menée pourrait découvrir à notre grand effroi.

Le problème est que ce journalisme à coups de déclarations intempestives, fait fi des découvertes des trente dernières années en neuroscience, en évolution génétique, en psychologie du développement et en psychologie tout court dans le domaine des émotions.

À rebours des idées reçues (et non critiquées), on reçoit telle une vérité éternelle des déclarations de guerre au genre humain et sa prétendue foncière méchanceté. Si pourtant, des lecteurs sceptiques objectent que la cruauté est dans la nature de l’homme, je les renverrai doucement à quelques contributions sur le sujet de la bonté qui, chez l’humain, ne demande qu’à s’épanouir.

Outre La bonté humaine de Jacques Lecomte, consultez L’autre loi de la jungle de Servigne et Chapelle, L’âge de l’empathie de Franz de Waal ou la grosse brique (très documentée) de Mathieu Ricard Plaidoyer pour l’altruisme : 800 pages prenant en compte les recherches de Tania Singer ou de Warmeken et Tomasello et de bien d’autres.

Oui, l’humain est naturellement bon. L’enfant est porté dès le plus jeune à aider les autres sans espoir de récompense. Les exemples de comportement prosociaux sont légions mais bien sûr, discrets. On connaît ce proverbe : « on entend l’arbre tomber pas la forêt qui pousse ». Croire en la bonté humaine n’est bien entendu pas une posture naïve qui ignorerait les horreurs dont peut être capable l’humain envers son semblable.

Cette bonne nouvelle de la bonté ne désapprouve pas cependant l’affirmation de Jésus « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul » (Marc 10, 18). Dans l’immense cheminement de la Création et de toutes les créatures (y compris les animaux), la source de la bonté et de l’amour vient de Dieu. Les manifestations quotidiennes de bienveillance que nous ignorons en passant dans les rues sans les voir sont l’épiphanie quotidienne de Dieu dans le monde.

La promesse du Maître est qu’il sera avec nous jusqu’à la fin du monde (Mathieu 28, 16-20) : dans le bébé nouveau-né bercé par le regard de ses parents émerveillés, dans le bénévole qui croit dans les chances d’un jeune délaissé, dans le passeur qui donne sa chance au migrant fuyant l’enfer sur terre, dans la main qui réchauffe l’agonisant qui s’en va.

Dieu est là, nous ne le voyons pas et peu lui importe. Son don est gratuit.

À nous de nous inspirer de son Souffle pour que notre famille soit le premier cœur battant de la bonté que Dieu a mis en nous.

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La honte ou la colère

Quand un membre de votre famille proche commet un acte répréhensible, vous éprouvez de la honte. Ne disait-on pas jadis de quelqu’un qu’il était la honte de la famille pour avoir transgressé les règles d’appartenance du groupe ? Et encore ne s’agissait-il pas toujours d’actes moralement répréhensibles mais tout au plus un code d’appartenance qui faisait d’une famille une caste plutôt qu’un groupe soudé par l’amour mutuel.

Mais quand un haut responsable militaire commet par son incompétence, son impéritie et son incurie une bévue stratégique dont les conséquences sont tragiques pour des milliers de personnes, le simple soldat engagé dans un combat perdu d’avance n’a pas de place pour éprouver de la honte. C’est de colère dont il s’agit.

Le lien du soldat à son chef est un lien hiérarchique fondé sur la délégation de pouvoir elle-même fondée sur la compétence. Le soldat obéit mais le chef assume. Encore le verbe assumer est-il bien mal compris aujourd’hui par nombre de responsables qui l’utilisent en lieu et place de persister dans la décision au risque de l’erreur et non dans le sens plus exigeant d’accepter la sanction de la faute et la conséquence de l’échec.

Il m’est difficile de mettre de côté la triste actualité du rapport Sauvé (1) sur les abus sexuels commis par des membres du clergé français depuis 1950. Ce rapport sans nul doute concerne toutes les églises tant le mal par la peur du scandale s’est répandu sans distinction de frontière. Rappelons que plus de 200 000 enfants ont été agressés et meurtris dans leur chair et dans leur âme[1]. Et c’est sans compter sur les échos de ces drames qui se rejouent tout au long d’une vie. Combien de divorces, de suicides, d’addictions aux drogues et à l’alcool, de violences conjugales et parfois de répétitions d’abus sur les générations suivantes sont en germe dans ce nombre effroyable de victimes ?

En tant que catholique de base, je ne me sens strictement et nullement responsable de ce désastre. Je n’ai nulle envie de secourir les responsables qui nous demandent maintenant de sauver les meubles de l’incendie qu’ils ont eux-mêmes allumés. J’ai comme tout un chacun placé sur un piédestal des prêtres et des évêques qui s’appuyaient sur cette adulation pour perpétrer une concentration du pouvoir porteuse de déséquilibres vicieux dans le fonctionnement de l’ecclesia.

Mais je partage aussi la honte avec les quelques prêtres et religieux dignes d’éloges rencontrés le long de ma vie de foi, restés au plus près de l’Evangile et de la compassion pour les humbles.

Il reste qu’aujourd’hui nous devons laisser les morts enterrer les morts, ignorer les sépulcres blanchis et appeler à une refondation révolutionnaire de l’Eglise basée sur un basculement important du pouvoir vers le peuple des laïcs, seul à même de restaurer une autorité et un magistère malmenés par les pages arrachés de l’Evangile au gré des multiples compromissions. Il serait trop simple d’évoquer la persécution du petit reste pour s’accrocher à une fidélité qui ne serait plus qu’une complicité passive avec les abus à venir.

J’avais le choix entre la colère ou la honte.

J’ai choisi la colère qui me permet de regarder en face mon épouse et mes enfants pour continuer à affirmer ma foi dans le Christ.

Raphaël Pinet

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  1. Pour ceux qui auront le courage de lire le rapport complet : https://lille.catholique.fr/app/uploads/2021/09/CIASE-Rapport-g%C3%A9n%C3%A9ral-5-octobre-2021.pdf
  2. Et pour ceux qui prendront la peine de lire le résumé du rapport : https://lille.catholique.fr/app/uploads/2021/09/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Resume.pdf

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Supporter l’adversité

 

Longtemps j’ai cherché le bonheur.

Moins pour le bonheur lui-même que pour la bonne humeur qu’il répand autour de lui. Nous avons le choix de distribuer autour de nous des boules noires (anxiété, inquiétude, frustration, colère, envie …) ou des boules blanches (joie, sérénité, calme, affection …). La contagion des émotions est une réalité reconnue aujourd’hui dans les relations humaines. C’est une responsabilité donc que de contribuer dans la mesure du possible à un climat positif au sein des communautés auxquelles nous appartenons.

Parfois cependant, le quotidien peut être lourd à porter. Je compose cette chronique avec un mal de dos tenace que je me suis fait au travail en voulant aider quelqu’un à porter une caisse (trop lourde) de manuels scolaires. J’en ai pour trois jours à m’en remettre. Hier une collègue m’a fait une remarque déplacée sur mes occupations libres sur le lieu de travail. Sourires crispés. Tout à l’heure, en faisant les courses, un camionneur a reculé sur moi sans regarder derrière lui (mais je suis encore là pour vous le raconter) ! Avant-hier, une classe agitée met peu de sérieux à écouter, certains élèves sourient sans gêne de ma surdité que j’ai sans doute eu le tort de leur confier. J’aime rire et rebondir sur les blagues et les bons mots mais ce handicap me coupe des autres : je vis dans un aquarium à travers lequel je vois les autres se parler.

Bref, cher lecteur qui me lis, tu dois trouver cette chronique bien grise. Mais je ne voudrais pourtant pas que ma lassitude t’atteigne et ternisse ta journée qui, peut-être, mérite bien plus de compassion que la mienne.

Croire dans l’Espérance que le Christ nous apporte, ne résout pas tous les problèmes. Le joug que nous portons dans nos quotidiens ne s’allège pas le jour du baptême. La foi que nous ont transmis les Apôtres est faite parfois de la trame colorée ou grise des travaux et des jours. Nous avons précisément dans notre famille la responsabilité d’être quelqu’un de lumineux même quand le cœur n’y est pas. Mais le Christ, qui en a vu d’autres est là pour nous accompagner sur le chemin de vie.

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.

Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.

Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » Mathieu 11, 28-30

N’hésitons pas dans nos fatigues à invoquer le merveilleux cadeau, l’Esprit que nous envoie le Père, si bien chanté dans le Veni Sancte Spiritus :

Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos,
dans la fièvre, la fraîcheur,
dans les pleurs, le réconfort.

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Paroles d’Evangile ?

 

Récemment, une vieille amie m’a fait part qu’elle se défiait de tous les textes sacrés de toutes les religions car son évangile à elle, c’était la rencontre des autres. La formule est belle mais agaçante à la fois. Comme toute parole qui interpelle, celle-ci a le mérite de provoquer l’approfondissement de la réflexion pour adhérer ou pas à une telle affirmation, la nuancer et peut-être l’enrichir.

Il convient tout d’abord de noter une évidence : Jésus dit le Christ, l’Oint de Dieu, l’Envoyé, le Messie lui-même n’a jamais lu les Evangiles ! Vous pourrez objecter simplement qu’il les a vécus. Cet argument fort et imparable, Jésus lui-même l’a avancé pour stigmatiser les Pharisiens qui vivaient la lettre mais non l’esprit de la parole de Dieu. Cela rejoint le propos de mon amie : vivre la rencontre est le lieu de l’amour possible, du lien sous le regard aimant du Transcendant. Au fond, l’écueil à éviter est bien de sacraliser le texte dans le sens de le scléroser, de l’assécher à force d’érudition ostentatoire ou de le vider de sa substance à force de le relire machinalement. L’impression de déjà-vu donne l’impression de déjà-sauvé. Dans le quotidien du croyant, la nouvelle (bonne) de notre résurrection rejoint peu à peu les petites annonces en page 28. Oui, nous sommes sauvés. Nous le savons à force de nous le faire répéter. L’annonce de la Résurrection deviendrait à la limite un peu lassante. Le côté formidable de l’annonce est peu à peu gommé.

Un autre écueil est bien entendu la fidélité du texte transmis, du texte retenu par rapport au discours du Maître. L’Evangile pourrait présenter le risque d’être, non une courroie de transmission de la Parole mais davantage un écran obscurcissant le message divin. Pourquoi retenir tel passage plutôt qu’un autre, devons-nous le prendre au pied de la lettre, quel est la part de la métaphore dans le récit, comment actualiser le texte transmis voilà vingt siècles à la réalité d’aujourd’hui ? Toutes ces questions, et bien d’autres encore, les exégètes les travaillent pour tenter de nous restituer toute la pureté du message évangélique. C’est un travail essentiel pour nous garantir précisément que le texte sacré ne devienne la caution de nos errements, de nos exclusions et de nos intolérances. Un exégète sérieux en plus, cela peut faire un ou deux fanatiques en moins !

En fin de compte, on peut sans doute se méfier du texte s’il empêche la rencontre. Les apôtres ont été envoyés en mission au sens propre pour annoncer la Bonne Nouvelle dans un monde où la transmission était orale et non pour éditer la version écrite orthodoxe de la Parole. Mais pour nous croyants, distants de plusieurs siècles, la transmission de la Tradition repose nécessairement sur l’écrit qui peut _ parfois _ fixer la parole au détriment du vivant. « La lettre tue mais l’esprit donne la vie » (2 Cor, 3-6).

Dans nos familles aussi, nous avons à témoigner de la parole, moins en paroles qu’en actes, en écoute plutôt qu’en déclamations, en paroles de bonté plutôt qu’en condamnation. Nous avons l’Evangile pour guide malgré toutes les insuffisances du texte transmis. Le critère de conformité à la Parole reste nos actes : « Prenez un bel arbre, son fruit sera beau ; prenez un arbre qui pourrit, son fruit sera pourri, car c’est à son fruit qu’on reconnaît l’arbre » (Mathieu 12 33).

Chaque fois que nous réussissons avec l’aide de la grâce à décalquer l’Evangile sur le texte de notre vie, nous devenons nous-mêmes une page d’Evangile que notre prochain pourra lui aussi lire et transmettre.

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L’école, c’est les vacances !

 

Beaucoup aujourd’hui le savent, le mot « école » vient du grec skholè (σχολή), qui veut dire temps libre ! C’est un temps de repos, libéré de toutes les urgences qui encombrent notre vie quotidienne. Et ce temps est propice à l’étude. Dans l’Athènes classique de Socrate, de Périclès et de Gorgias, il fallait évidemment avoir les moyens de se passer d’une activité de subsistance pour pouvoir parler philosophie sur l’Agora !

On retrouve curieusement cette notion de temps libéré dans le mot d’origine latine : les vacances, ce temps où nous pouvons vaquer à nos occupations en dehors de toute contrainte autre que celle de notre for intérieur. Comme quoi, n’en déplaise aux écoliers, l’école et les vacances, c’est tout un !

Comme croyant, à la veille du congé estival, il peut être fructueux de se poser la question de ce temps à vivre, non pour le meubler, l’occuper, l’inonder de nos innombrables tâches à réaliser, non pour rentabiliser un temps à placer au contraire sous le signe de la gratuité. Cette période est propice aux moments à passer en famille et entre amis, hors du temps, du chronométrage et des calendriers à cocher.

Peut-être le premier geste libérateur serait-il d’enlever sa montre ou de désactiver son téléphone (oui, oui, c’est possible !). Ensuite, nous pouvons réfléchir à la place démesurée qu’occupe la pensée instrumentale, c’est-à-dire cette façon envahissante et obsessionnelle de concevoir les choses à faire, comment les faire et plus grave, de voir dans nos relations non plus des sujets mais des objets dans le champ de nos activités. On ne dira pas assez les ravages de la pensée utilitariste qui pollue nos esprits depuis que la sphère économique a pris le pas sur le politique (au sens de vie de la cité). Enfin, cette disponibilité intérieure que favorisent la prière et la méditation nous rend disponibles à l’instant, à l’occasion, à ce que les Grecs (encore eux) appellent le kairos (καιρός), le moment propice à saisir qui ne revient pas. Ce moment, ce peut bien être celui de la rencontre, de la relation avec nos proches, notre prochain et notre lointain.

Maîtrise du temps, gratuité du geste, disponibilité produite par la prière : vous aurez sans doute reconnu Celui dont le Nom est au-dessus de tout nom.

Bonnes vacances !

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