Archives pour la catégorie Éditorial

Éditorial,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Un peu de nuances, s’il vous plaît !

Avec les discussions concernant le projet de loi sur la laïcité au Québec, nous assistons présentement chez nous à toutes sortes d’interventions, bonnes et moins bonnes. Notre tendance « naturelle » au dénigrement y trouve largement son compte.

Il y a, bien sûr, les déclarations modérées et nuancées qui sont préparées avec soin et qui portent en elles-mêmes la preuve d’une réflexion rigoureuse. Elles veulent tout simplement répondre à de bien légitimes interrogations sur la neutralité de l’état, sur notre histoire et notre culture religieuse traditionnelle, sur l’apport des autres traditions que l’immigration a introduites chez nous avec le temps.

Il est certain qu’en approchant toutes ces matières, nous touchons un terrain sensible. Il est normal que des émotions soient provoquées chez plusieurs. Il faut s’attendre à ce que les opinions soient contrastées, tranchées parfois, et souvent divergentes. Tout ça, c’est inévitable. Chacun, chacune a toujours le droit de se faire une opinion et de nous la dire, de prendre parti, de militer même pour affirmer sa position et pour s’assurer du triomphe de son option.

Là où je vois une difficulté, c’est quand j’entends ou je lis quelques-uns de nos grands ténors ou de nos divas se prononcer avec force, unilatéralement, utilisant sans vergogne les médias publics, comme la Radio d’état, pour se faire voir et valoir avec des déclarations simplistes et « généralices ». Ils profitent de nos tribunes officielles et de leur notoriété pour exprimer des positions radicales et drôlement exagérées. Nous tombons dans les fake news. Nous nous retrouvons devant des amalgames qui jettent, par exemple, le discrédit et la méfiance sur tout ce qui se passait ici avant la « révolution tranquille ». Enfin, comme le proclament ces chantres d’une certaine modernité, nous serions sortis de la grande noirceur et des mœurs infâmes qui avaient cours au temps de nos arrière-grands-parents. Et maintenant, nous serions en train d’atteindre enfin l’état de civilisation idéale, pour vivre la liberté totale, le bonheur d’être débarrassés de tout ce qui avait cours autrefois. Est-ce que je me trompe? Ou bien y a-t-il abus de langage et généralisation à outrance?

Je regrette que nos grands journaux et nos instances radiophoniques et télévisuelles, qui devraient s’obliger à plus de modération et à plus de sagesse, soient les véhicules fréquents de ces dires démesurés. La direction des journaux et des stations de radio et de télévision devraient faire preuve de plus de maturité et de rigueur, en mettant de l’avant une éthique des contenus basée sur les valeurs de vérité, de dignité, de respect. Malheureusement il y a chez eux une complaisance apparente et une véritable préférence pour les propos résolument biaisés, excessifs, diffamatoires, tendancieux, qui ne respectent pas les attentes, les croyances et les convictions d’une bonne partie de leur auditoire ou lecteurs potentiels. 

L’enjeu est délicat. Il y a là une question d’honnêteté intellectuelle et de fidélité au réel de notre histoire collective. Il y va d’un minimum de respect envers l’héritage de grande valeur qui nous a été transmis, même s’il comporte des zones d’ombre et de faiblesse, dont nous pouvons faire l’approche avec sens critique, sans pour autant n’y voir que du malheur et de l’obscurantisme.

Fr Jacques Marcotte, OP

Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Ô Notre-Dame!

 

Il faut l’avoir visitée quelques fois pour en saisir la puissance évocatrice d’un Moyen-Âge toujours présent dans nos cultures, dans nos pratiques chrétiennes, dans un humanisme qui transcende toutes les époques ultérieures. Ce qui a été si précisément fixé dans la pierre continue de nous habiter, de nourrir notre imaginaire. C’est pourquoi nous avons été si émus, saisis et blessés de voir le feu ravager cette superbe église. Elle nous inspirait tant pas son allure extérieure fière, forte et trapue, et par son élancement gothique vertigineux à l’intérieur.

Pour avoir visité nombre de cathédrales en France et en Espagne, j’ai trouvé Notre-Dame de Paris incomparable de dépouillement, de raffinement et de majesté! On s’y sent comme chez soi. Elle figure un immense navire qui vous porte vers un ailleurs de rêve.

Heureusement qu’on a stoppé à temps la poussée des flammes pour qu’elles ne consument pas l’ensemble en nous laissant que des ruines. Passée la surprise, il a bien fallu accepter le coup terrible porté à l’intégrité de l’édifice.

On va rebâtir Notre-Dame. C’est promis! La bonne volonté de plusieurs en fera encore un chef d’œuvre, un livre toujours ouvert sur l’humain de notre foi, le témoignage d’un Esprit qui résiste, qui toujours resurgit.

Tel un phénix, Notre-Dame renaîtra plus belle encore de ses cendres. Merci à tous ceux qui malgré les appels à l’aide, si nombreux, venus de partout, choisissent de consacrer une part de leurs sous à ce qui donne du sens à tout le reste! C’est un geste de fidélité. C’est un témoignage porté à la mémoire des siècles, à la beauté d’un patrimoine unique, irremplaçable.

Fr Jacques Marcotte, OP
Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

À la veille d’un important débat

Au moment d’écrire mon éditorial d’avril, le projet de loi annoncé sur la laïcité n’est pas encore déposé au Parlement du Québec. Son dépôt est imminent! Cette loi doit aborder un sujet chaud qui est depuis longtemps débattu dans la belle province. Elle concerne notamment  le droit ou non du port de signes religieux dans l’espace public.

On parle de laïcité de l’État. C’est ce qu’on veut solennellement affirmer et mettre systématiquement en place au Québec. Je me permets ici quelques réflexions qui ne visent pas une critique de la loi comme telle. Je ne la connais pas encore. Elle sera connue et déjà en train d’être discutée au moment où vous lirez ce texte. Mon but n’est pas de prendre parti pourou contrela loi, mais de partager certaines idées qui m’apparaissent utiles dans les circonstances.

D’abord pourquoi parler de laïcité? Ce mot n’est-il pas un peu piégé? Laïcs’oppose à clerc. Il appartient déjà au vocabulaire religieux traditionnel chrétien. Pourquoi ne pas parler plutôt de neutralitéde l’État? De la responsabilité de l’État d’assurer une chance égale à toutes les religions et de ne pas prendre parti pour l’une plus que pour l’autre. Par souci de respect, d’équité, de liberté.

Pourquoi ne pas parler d’une neutralité ouverte sur l’expression du sentiment religieux ou même sur son absence. Dans le respect de toutes les croyances, y compris celle de ne pas croire. L’État n’est pas là pour faire du prosélytisme en vue de promouvoir une religion au détriment d’une autre. Ni non plus pour professer officiellement l’athéisme ou l’incroyance.

La loi devait être permissive au maximum par rapport à la pratique religieuse, par rapport aux signes religieux affichés par les individus.  Sous réserve que l’État ne doive pas se compromettre comme tel dans une adhésion particulière à une religion. Être ni contre, ni pour. Être d’une neutralité respectueuse, déférente, positive, facilitante. Ou bien, de quoi a-t-on peur?

Notre société a beaucoup mûri. Elle est moderne. Elle est pluraliste par la force des choses, vu le progrès d’une certaine pensée moderne, de certaines philosophies, de certaines avancées culturelles, vu l’entrée dans notre pays de gens d’autres confessions chrétiennes, de tenants d’autres religions, de non croyants. Notre pays se doit d’affirmer et d’assurer une liberté empreinte de respect et de discrétion par rapport aux individus, aux familles et aux communautés qui la composent. L’État a pour mission d’accueillir tout le monde, de faciliter l’épanouissement des personnes et donc des éléments essentiels qui les accompagnent et qui les nourrissent. Or la religion en est un à juste titre!

Notre monde québécois a longtemps été unanime au plan religieux, profondément marqué par le christianisme. Les conséquences de l’orientation prise depuis le temps de la « révolution tranquille » sont possiblement douloureuses pour plusieurs. Nous aimions bien la croix au-dessus des édifices publics, la croix au-dessus du siège du Président de l’Assemblée nationale, les symboles chrétiens affichés un peu partout. Il ne s’agit pas de virer à l’iconoclaste. Nous n’avons pas à avoir honte de nos images, de nos églises, de nos croix de chemins, de nos monuments ou statuaires chrétiens. Cela fait partie de nos racines profondes, de notre culture religieuse, de notre état de fait, de notre patrimoine bâtis, artistiques.

Il ne s’agit pas de ramener toutes ces choses à l’état muséal ou à de simples souvenirs. Ces monuments, pour une bonne part témoignent d’une foi toujours vivante chez plusieurs. Ils ont parfaitement droit de cité, et il ne s’agit pas pour autant de les imposer à tout le monde. Ils appellent tout simplement autant de respect et de condescendance qu’une mosquée ou une synagogue ou un temple bouddhiste ayant pignon sur rue et droit à sa publicité, à ses particularités, à ses emblèmes spécifiques.

Quant à l’habillement… Que la loi soit minimale à cet égard. Libre à chacun de s’habiller comme il veut! Qu’on fasse confiance! Qu’on reste calme et serein et largement permissif! Qu’on s’en tienne à la nécessité de montrer ouvertement son visage quand on assume une responsabilité publique d’autorité ou de contrôle, et tout autant évidemment quand il s’agit d’être contrôlé. Le reste importe si peu. Il devrait être laissé à la liberté de chacun, hormis le cas de grossière indécence (!).

Voilà. Notre loi devrait prendre nettement position de neutralité stricte et nette pour l’État. Et que tout le reste soit marqué du signe de la tolérance, de la bienveillance, du respect, de la liberté, d’une belle fidélité aux grandes valeurs de notre société.

Fr Jacques Marcotte, OP

Québec

 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Les loups dans la bergerie

 

On en parle beaucoup. On s’en inquiète. On dit même que l’Église catholique connaît une période tellement difficile qu’elle pourrait ne jamais s’en relever. Depuis quelques années, et particulièrement dans les derniers mois, nous essuyons une vague déferlante de dénonciations, d’allégations, d’accusations en matière d’agressions sexuelles faites par des prêtres et des religieux auprès de mineurs, garçons et filles, notamment des enfants arrivés au seuil de l’adolescence.

Bien souvent ces horreurs sont sortis de l’ombre à la faveur d’un contexte qui incitait à briser le silence et facilitait les prises de parole, comme des appels à tous en vue d’appuyer un recours collectif en justice. Des hommes et des femmes parvenus à l’âge adulte osent enfin parler. Les faits allégués remontent à bon nombre d’années, dix, vingt ou même trente ans. Des abuseurs sont ainsi rattrapés; des prêtres maintenant âgés sont dénoncés.

L’attention du public se porte donc aujourd’hui sur ce phénomène particulier. Prêtres ou frères sont pointés du doigt. Non pas tous, mais un nombre significatif, voire impressionnant. Dans certains diocèses, certains collèges, certaines communautés, certains pays, ils sont légions, à ce qu’on dit. Rien ne nous prouve que l’hécatombe soit finie. Comment s’assurer que tout le monde a parlé? Que tous les coupables ont été dénoncés?

Je ne veux pas plaider pour la défense des accusés. Il faut laisser la justice faire son travail. Et ne jamais porter entrave ni imposer le silence. Au contraire, nous devons faciliter les dénonciations, accompagner les victimes, écouter ceux et celles qui osent porter plainte. Des crimes ont été commis. Des vies sont brisées. Des enfances ont été volées.

Le pape François, dans son allocution donnée à la fin de la réunion spéciale des évêques délégués de toutes les assemblées épiscopales du monde (Rome 21-24 février), a pris la peine d’élargir la question, de cerner l’ampleur mondiale du phénomène de la pédophilie. Il ne s’agissait pas de se défendre en accusant les autres. Il s’agissait d’être complet, d’être vrai : le phénomène est largement répandu en bien des pays. Il n’est pas d’hier. C’est une plaie sociale universelle déjà bien documentée. Il est injuste de s’en prendre à la seule Église catholique. Ne soyons pas myopes ni naïfs. Ouvrons les yeux.

Ceci dit, il faut, tout en réagissant avec grande fermeté et en faisant la vérité sur les tristes abus d’autrefois et d’aujourd’hui dans l’Église, travailler à ce que ces incidents douloureux et pervers ne se reproduisent plus. Il faut travailler en amont. Notamment au niveau de l’accès au sacerdoce ou à la vie religieuse. Les candidats, avant d’être admis, doivent être profondément investigués quant à leur équilibre psychologique et à leur maturité affective et sexuelle.

Nos activités de recrutement et nos pratiques d’accession à la vie religieuse et à la prêtrise exigent des précautions extrêmes. Car le défi est immense. Selon les lois actuelles, il s’agit pour les candidats de s’engager à vivre le célibat, donc la chasteté particulière à l’homme seul, à la femme seule. Certes une communauté accompagne le frère, le prêtre ou la sœur dans sa vie affective et sociale. Mais cela ne suffit pas, si le candidat n’est pas déjà éprouvé et n’a pas atteint la maturité humaine que seuls peuvent donner l’âge et une expérience significative de la vie adulte dans un cadre plus large et plus complet.

Revenons en arrière et voyons comment se faisaient les choses, il n’y a pas si longtemps au Québec. Des jeunes entraient à l’âge de 12 ans dans le format obligé du cours classique. Souvent ils étaient pensionnaires. Jusqu’à l’âge de 20 ans, ils étaient encadrés au maximum dans un vivre communautaire unisexe, sans véritable occasion de connaître l’autre sexe. Par ailleurs, il y avait cette pression latente des éducateurs, souvent des prêtres dans les séminaires, qui cultivaient la vocation des jeunes pour les voir basculer joyeusement, à la fin, dans le grand séminaire. Sans compter le rêve des parents qui se sacrifiaient pour permettre à leur enfant d’avoir de bonnes études et qui voyaient d’un très bon œil le fait d’avoir un prêtre dans la famille.

Et c’est à l’âge de 20 ans que l’entrée au grand séminaire ou dans telle communauté religieuse devait se faire. Pour une autre longue période d’internat, avec un programme de formation très braqué sur les études. C’est donc un homme forcément incomplet qui se présentait finalement pour le ministère. Comment éviter alors certaines tangentes ou déviations qui pourront conduire, soit à une sortie en douce de l’état religieux ou clérical pour lequel le personnage n’était pas fait vraiment, soit à des accommodements ou compensations qui pouvaient prendre la forme de déviances ou d’habitudes lourdes comme l’alcoolisme, la pornographie, la pédophilie, soit à mener une vie double en couple homo ou hétéro sexuel? Certes, il faut nous garder de généraliser, Mais avouons que de tels parcours vocationnels ne favorisaient pas la saine maturité et l’équilibre socioaffectif nécessaires à l’exercice optimum du sacerdoce. Ici comme ailleurs la grâce ne fait pas fi de la nature.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Je pense qu’on a – du moins au Québec – beaucoup porté attention à la qualité des étapes du cheminement vocationnel pour y apporter les changements nécessaires. On a resserré les critères d’admission. Les candidats se présentent plus vieux, après avoir vécu des expériences de vie plus variées et s’être réellement confrontés à leur sexualité pour la mieux assumer et l’intégrer davantage. Leur choix de vie dans le célibat a de grandes chances d’être plus net, plus libre, plus personnel.

Par ailleurs, il y aurait beaucoup à dire de tous ces milieux « incitatifs » autrefois pour des prédateurs sexuels en quête de victimes. Pensons aux centres paroissiaux de loisirs, aux groupes de petits-chanteurs, aux enfants de chœur, aux troupes scouts, aux camps d’été, etc. Les parents faisaient confiance et ne se doutaient pas qu’ils envoyaient parfois leur enfant dans la gueule du loup.

Oui, la crise actuelle ouvre nos yeux sur nos pratiques passées. Elle devrait aussi nous mener à mieux identifier les situations où des enfants sont plus à risque, à mieux les encadrer et à s’enquérir toujours de la fiabilités des intervenants adultes, prêtres, religieux ou laïcs qui leur sont affectés. Il serait vain de ne faire que dénoncer et condamner. Il faut réagir, courageusement et lucidement, et travailler à enrayer efficacement les causes qui ont rendu les horreurs possibles.

Fr Jacques Marcotte, OP
Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Enregistrer les armes à feu. Oui ou non?

 

Il peut sembler que cela ne soit pas une bonne affaire

Il s’en trouve pour dire que ce serait une atteinte à la liberté des gens que de les obliger à déclarer qu’ils possèdent une arme à feu. Chacun n’a-t-il pas le droit de disposer de son argent comme il le veut et de s’approprier les objets qu’il désire? À chacun son hobby! Posséder une arme et s’en servir correctement ne fait de mal à personne! Il faut faire confiance aux gens.

D’autres s’insurgent contre toute ingérence dans leur vie privée. Cela ne regarde qu’eux seuls le fait de posséder une arme. De quel droit viendrait-on contrôler ce que j’ai dans ma maison. Est-ce qu’un simple permis ne suffirait pas à valider mon acquisition et ma possession d’une arme?

La possession d’une arme à feu concerne un petit nombre d’individus, à savoir les passionnés de la chasse, les compétiteurs de tir à la carabine, les collectionneurs de vieux fusils, etc. A quoi bon faire une loi pour contrôler un petit nombre d’individus qui n’ont aucune intention malveillante et qui souhaitent s’intéresser paisiblement aux armes qu’ils détiennent discrètement chez eux?

 

Pourtant

Nous avons déjà une loi adoptée à l’Assemblée nationale du Québec qui prévoit une échéance pour son application et des sanctions face à toute dérogation. Beaucoup d’argent public a déjà été investi pour mettre en place le registre approprié. Ce serait dommage qu’il ne serve à rien. Les arguments qui militaient en faveur de la mise en œuvre de ce contrôle seraient-ils soudainement devenus périmés?

 

Sérieusement

Il me paraît que nous vivons un rapport amour / haine à l’égard des armes à feu. Autant elles peuvent s’avérer utiles pour sauver notre pays lorsqu’elles sont dans les mains de nos soldats, et autant elles sont nécessaires parfois pour prévenir des crimes lorsqu’elles sont dans les mains de nos policiers, elles deviennent dangereuses quand elles sont entre les mains d’un bandit, d’un maniaque, d’un imbécile, d’un terroriste. Combien d’attentats ont eu lieu où l’arme à feu a été dévastatrice? Nous savons les histoires de tireurs fous, d’assassins surgis de quelque mouvement extrémiste. Rappelons-nous les massacres dans les écoles, les attentats dans un magasin, dans un marché, dans une foule, ici ou ailleurs, aux USA, en France.

Chaque fois qu’il arrive un drame, on se dit : cela doit cesser! Il faut contrôler le port et la possession des armes. Le danger n’est pas illusoire. Nous avons eu suffisamment de catastrophes mortifères. Il faut développer une manière de contrôler la circulation, la mise en marché et la possession des armes à feu.

Certaines armes sont plus dangereuses que les autres. Certains possesseurs d’armes sont plus à risque que d’autres. Or il vaut mieux prévenir que guérir. Certes le registre ne nous assurera la sécurité pas à 100%, mais il constituera une banque utile d’informations; il sera un outil de travail important pour la prévention, pour les enquêtes éventuelles, pour une gestion plus efficace de la paix publique et privée, etc.

 

À bien y penser

La liberté de chacun n’est pas un absolu dans le monde sociétal où nous sommes. Le bien commun passe avant le bien particulier. Les valeurs de non-violence et de sécurité l’emportent sur le droit personnel à disposer d’instruments essentiellement dangereux dont l’usage peut causer la mort. Il est donc normal que certaines contraintes concernant la possession personnelle d’armes à feu, vue leur dangerosité, puissent nous rassurer et mettre de l’ordre quant à leur répartition et leur circulation dans nos communautés.

Il faut prévoir que l’usage du registre des armes sera limité à la Sureté du Québec et à la Gendarmerie Royale Canadienne ou à d’autres corps de police mandatés. Tout l’monde n’aura pas accès à ces documents. La confidentialité doit être protégée. On peut penser que ce contrôle est globalement analogue à celui déjà bien établi et respecté de l’enregistrement des automobiles.

Il est certain que tous ne sont pas concernés par cette politique. Tous ne possèdent pas d’armes à feu. Mais tous éventuellement vont profiter de cette régie. Il s’agit d’une démarche collective dont la rigueur d’application est essentielle pour, à la fin, assurer une meilleure protection de chaque individu dans notre société.

Fr Jacques Marcotte, OP

Québec


Note : c’était le 28 janvier, en la fête de saint Thomas d’Aquin, quand j’ai écrit cet article. J’ai voulu – tout en m’amusant un peu – imiter la manière d’argumenter de ce théologien, telle que nous la retrouvons dans la Somme théologique.On me pardonnera ce petit exercice qui m’a rappelé le temps de mes études.

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Le temps de tourner la page

 

2018 n’est plus! Annus horribilis, disent certains. Sentiment de reculades pendant tout ce temps. Reculades accélérées en bien des chantiers et projets. L’environnement. La paix. Les migrations. Non pas que tout s’écroule, mais que tout nous paraît si fragile et mal assuré à tous les plans. De quoi 2019 sera-t-il fait? Pouvons-nous inverser la tendance au recul et à la morosité? Nous faudra-t-il encore longtemps nous réfugier dans le conservatisme?

Au plan ecclésial, celui de l’Église catholique dans mon pays, se dégage une impression de silence obligé, d’un état d’amortissement. C’est la non-parole! Aurait-on peur de débattre? Ou bien tout va-t-il si bien? Comme sur des roulettes? Avec un air d’aller qui nous emporte dans l’auto-valorisation? Ou plutôt, tout serait-il maintenant sur la glace? Des avancées organisationnelles récentes ont pourtant été menées avec courage. Les regroupements paroissiaux ont eu lieu. C’est le temps du repos… On en a assez! Il nous reste à vivre nos communautés en leurs nouveaux cadres. C’est le temps d’assimiler et de gérer au mieux cette nouvelle répartition d’églises et de paroisses. Le temps aussi pour évaluer ces nouvelles situations et pour nous y ajuster. Pour le moment, nous révisons à la baisse nos effectifs. Allons-nous maintenant rebondir? L’Esprit Saint nous ménage sans doute des surprises. Nous vivons maintenant le silence de l’humilité, de la pauvreté!

Au plan de la politique et des pays, ce n’est guère plus facile. Tout semble remis en question depuis l’avènement d’un certain président américain. L’homme secoue toutes les instances de son pays et d’ailleurs. Il semble n’avoir peur de rien. Beaucoup s’en inquiète. Un certain énervement se manifeste. Comme toujours la France bât la marche et sonne le réveil pour ses raisons apparemment domestiques. Réveil de quoi? Réveil pour quoi?

Pour ma part, je m’étonne qu’aucune voix de ralliement ne s’élève vraiment. Je ne vois pas de leadership qui se montre, une figure qui rassemblerait les gens. Les vedettes d’hier retournent lentement dans l’anonymat. Les Merkel, Obama, Macron, Trudeau! Leurs étoiles pâlissent. Les convictions, les rêves, l’énergie demeurent et nourrissent l’optimisme d’un bon nombre, mais on ne sait pour quelle utopie ou quelle nouvelle réalité.

Avec l’arrivée de 2019, nous croyons peut-être pouvoir tourner la page de notre mauvais rêve. Heureux alors de nous retrouver devant une page blanche où nous pencher pour une nouvelle écriture, un nouveau dessin. Mais alors ce sera quoi? Ce n’est pas à moi de le dire. Mais parions que les traits seront d’abord et encore timides et délicats. Notre plan se cherche encore. Plusieurs y mettront la main et, à la fin peut-être, la page sera peut-être toute pleine de merveilleuses couleurs, inédites, plus précises, révélatrices de découvertes que nous sommes encore loin de soupçonner.

Que faut-il nous souhaiter pour l’An Neuf. De la patience! Car ce sera peut-être long avant la sortie du tunnel. De la tolérance! Parce que nous sommes plusieurs à nous poser en connaisseurs et que nous avons besoin de l’effort et des idées de chacun, chacune. De la confiance! Parce qu’on y arrivera avec la bonne volonté et les ressources d’un grand nombre. De la sérénité dans l’abandon! Parce que nous allons vers un avenir qui nous dépasse. De la liberté dans les initiatives! Parce que c’est une condition indispensable où nous pourrons créer, faire vraiment du neuf.

Bonne et heureuse Année 2019!

Jacques Marcotte, OP . Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Bravo Amanda!

 

On a beaucoup parlé ces derniers jours de la déception des franco-ontariens exprimée lors de l’annonce des restrictions budgétaires de la nouvelle administration provinciale concernant les soutiens institutionnels à la langue française, notamment au niveau du projet attendu de la création d’une université entièrement de langue française en Ontario. Le gouvernement de M. Doug Ford, nouvellement installé, a choisi de couper dans les services aux francophones de façon assez significative. Ces décisions ont suscité de vives réactions et contribué à alerter grandement l’opinion publique. Les réactions ont été nombreuses, généralisées et surprenantes. Et pas seulement en Ontario, mais partout au Canada, y compris au Québec

La répondante du dossier au sein du conseil des ministres, Mme Caroline Mulroney, a paru d’abord attristée par les décisions de son Chef, mais finalement on l’a vue se résigner. S’efforçant même de défendre les orientations prises et d’atténuer l’ampleur des dommages anticipés. On ne pouvait faire autrement pour le moment, selon elle.

Or une jeune femme, membre élue du parti conservateur, députée de Glengarry-Prescott-Russell (un comté à forte concentration francophone), Mme Amanda Simard, a réagi de façon intense et passionnée. Avec une belle détermination et beaucoup de liberté et de franchise, elle a démontré tout de suite qu’elle avait à cœur cette cause.

Madame Simard, nouvelle venue au parlement ontarien, a 29 ans. Elle avait déjà une certaine expérience au plan municipal et régional. Elle a pris le temps de consulter les gens de son comté. Elle a puisé auprès de ses commettants beaucoup de solidarité et de soutien. Aurait-elle le courage de poser un geste personnel radical pour aller jusqu’au bout de ses convictions?  Sans doute cette femme n’était pas liée comme sa collègue Madame Mulroney par la réserve ministérielle, mais elle a joué gros en optant pour se désolidariser complètement de l’orientation du gouvernement de Monsieur Ford. Elle a choisi de se retirer du caucus conservateur.

Son geste courageux a été salué par plusieurs. C’était David contre Goliath! Elle a déjà gagné par la valeur emblématique de son geste pour toute la francophonie canadienne.

Merci Amanda pour ton courage qui, à vrai dire, dépasse la cause que tu as voulu servir.  Ton geste ne va peut-être pas arrêter le monstre, mais il va retarder le processus qui allait s’enclencher. Et il va tout probablement susciter une forte réaction en chaine. Le prix payé pour poser ce geste d’éclat nous vaut une inspiration lumineuse et nous apporte de l’espoir. Ton geste nous donne confiance dans les jeunes qui s’amènent pour prendre la relève.

Certes l’enjeu est important pour toute la francophonie en Amérique. La force assimilatrice de l’anglais se donne toute permission de s’imposer et contribue à bafouer le droit reconnu officiellement à la langue française partout au Canada. Contrairement à d’autres qui se mettent volontiers à plat-ventre, tu as choisi de te tenir debout. Merci! Ton témoignage nous inspire. Il nous encourage.

Notre démocratie et la gouvernance qu’elle accompagne s’en porteraient bien mieux s’il y avait plus de courage chez les élus, un courage comme celui dont a fait preuve Madame Amanda Simard.

Jacques Marcotte, OP

Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Quels leaders pour aujourd’hui et demain?

Source : France Bleu

Octobre 18 s’achève sur des nouvelles alarmantes. Cela se passe au Brésil, aux États-Unis d’Amérique, encore et toujours en Syrie, en Afghanistan, et même en Allemagne.
Nous apprenons les choix populaires de certains pays, qui nous surprennent et n’ont rien fait pour nous rassurer. Des pays s’engagent dans des virages durs et sévères. On appelle cela choisir la droite, mais c’est peut-être aussi tout le contraire de choisir le droit.

Les gens préfèrent de plus en plus la ligne dure, exigeante, répressive, régressive plutôt que de suivre un chemin de tolérance, d’accommodement, d’intégration.

Pourquoi en est-il ainsi? D’où nous vient cette tendance au durcissement? Est-ce la peur? Est-ce la démagogie? Est-ce la faute aux fake news ou à la presse, comme on se plait à le dire? Ou bien est-ce la faute des réseaux sociaux qui s’agitent à propos de tout et de rien, et qui sèment la confusion?
À bien observer les événements et à réfléchir sur tout ce qui se passe à grande échelle dans le monde, on a peut-être raison d’être pessimiste et perplexe. Est-ce que nous n’allons pas tout droit dans le mur de quelque anarchie, de quelque néo-totalitarisme? Notre démocratie serait-elle malade pour être à ce point inefficace et si souvent chaotique? Comment se fait-il que le gros bon sens du respect, du droit et de la justice ne s’impose pas davantage ou qu’il soit si lent à se faire valoir?
Nous assistons de plus en plus à des polarisations extrêmes de la « gauche » ou de la « droite ». Il est évident que la solution durable et raisonnable va se trouver du côté du juste milieu. Position équilibrée, ni trop à droite ni trop à gauche. Mais les thèmes modérées et ordinaires ne sont pas vendeurs. Les gens aiment mieux les émotions fortes, les nouveautés dont on parle avec avidité. Savons-nous qu’en préférant toujours les extrêmes, on joue dangereusement avec le feu, on risque beaucoup?

À tout considérer, est-ce que notre problème ne viendrait pas du fait du manque d’un vrai leadership humaniste pour notre temps? Qu’il soit homme ou femme, mais vraiment libre et fort, pouvant nous inspirer, nous attirer, nous guider? Est-ce une utopie irréalisable que de compter sur l’avènement de quelqu’un qui porterait courageusement et intelligemment les plus hautes responsabilités et qui serait ouvert aux grandes valeurs d’humanité? On se souvient de Nelson Mandela, de Barack Obama, d’Angela Merkel, et de plusieurs autres qui à l’époque moderne soulèvent encore notre admiration pour ce qu’ils ont été, ce qu’ils ont dit, ce qu’ils ont fait. Vivement que d’autres de la même trempe prennent la relève!

De tels personnages, il faut d’abord les vouloir, les inspirer par nos propres paroles, attitudes et comportements. Il nous faut les rendre possibles par nos rêves et nos attentes. Il faut les préparer par nos débats, nos prises de parole. Il faut, le moment venu, les choisir et leur faire de la place. Ils ou elles seront aussi le produit de notre volonté collective. Des cadeaux du Bon Dieu et une bénédiction, sans doute, les perles rares, des êtres providentiels! Mais, ne nous faudrait-il pas les vouloir tellement que nous allions jusqu’à les chercher, les discerner, les solliciter, les convaincre pour qu’ils se lèvent et portent bravement le flambeau? Il nous resterait encore à les accompagner, à les appuyer, pour avec eux atteindre enfin à la paix sociale, au bonheur d’un monde qui se cherche? Bref, ne nous faudrait-il pas d’abord les mériter?

Jacques Marcotte, OP
Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Vivement au travail!

 

Au Québec, nous achevons le 1er octobre une campagne électorale trop longue et somme toute assez décevante. Quatre partis dont les chefs se sont fait la lutte, attirant sur eux les commentaires au quotidien de journalistes avides de nouvelles fraiches. On aurait dit un match où chacun des chefs jouait constamment de l’offensive et de la défensive. Difficile dès lors pour ces derniers de s’en tenir à des sujets préétablis par leur parti respectif.

Dans ces conditions de lutte constante pour tenir dans la course, il devenait inévitable que les gestes mesquins et disgracieux pullulent. Il n’était plus question de nous faire rêver avec quelque grand projet porteur d’avenir. Chacun a voulu sauver sa peau, en agitant « ad nauseam » les soupçons et les scandales probables chez ses adversaires. Et bien sûr, la peur devenait un outil pour faire passer les messages ! Que l’on pense seulement à la question de l’immigration qui a pris une place importante durant toute la campagne et à toute l’émotivité que la question suscite !
D’où le manque d’envergure et de hauteur des discours. On a préféré l’escalade de promesses hasardeuses et souvent fantaisistes. L’important étant de produire un effet temporaire qui capte l’attention, qui en mette plein la vue. Et peu importe si ces promesses sont irréalistes.

La nature même de notre État québécois nous tient sur un registre et dans un répertoire limités. Nous sommes « une province » dans un grand ensemble confédéral! Nos champs libres pour la gouvernance sont extrêmement pratiques : l’éducation, la santé, les travaux publics, les transports. Les affaires extérieures, la justice, l’immigration, etc. relèvent du fédéral car, faut-il le rappeler, nous ne sommes pas un pays!

Comme grande société habitant un territoire immense, nous tenons une position bien particulière, unique, dans les Amériques du Nord et du Sud. Une même langue nous définit, un héritage séculaire nous appartient. Nous sommes riches d’un patrimoine spirituel, religieux, culturel et artistique important. Dans ce contexte historiquement construit par l’apport des autochtones, de la France (depuis 1608) et de l’Angleterre (depuis 1759), de nombreux nouveaux arrivants se sont fait tranquillement une place. Leur contribution est de plus en plus significative dans le grand ensemble que nous sommes. L’immigration plus forte des dernières décennies nous offre ainsi un heureux mariage à célébrer.

L’évolution des 50 dernières années nous a dessinés sur un nouveau modèle. Des affirmations fortes et réfléchies nous ont lancés dans le 21e siècle avec une couleur, des accents, un caractère, des capacités qui sont notre fierté. Tout cela mérite un suivi qui soit à la hauteur des promesses et des rêves de nos prédécesseurs.

La campagne électorale qui se termine n’aura pas vraiment permis de nous mettre en confiance. Elle a trop souvent été accaparée par des chefs en panique qui prenaient toute la place. Il y avait pourtant aussi en cette campagne des centaines de candidats qui, avec leur force et leur faiblesse, sollicitaient notre attention. Les faiblesses de quelques-uns n’ont d’ailleurs pas manqué d’être âprement pointées du doigt. Pourtant n’est-ce pas là qu’il faut mettre notre espoir, dans cet ensemble d’élus au soir du premier octobre? Aurons-nous choisi des hommes et des femmes qui puissent faire la différence? Souhaitons qu’ils apportent au Québec un gouvernement qui fasse grandir notre peuple et qui l’accompagne avec ouverture d’esprit, bon sens et audace! Que ces leaders rendent toujours plus possible chez nous des accomplissements qui respectent les plus belles valeurs qui nous animent!

Jacques Marcotte, OP
Québec

Éditorial

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Réflexion personnelle sur un sujet délicat

 

Ce n’est pas un sacre, c’est un massacre! écrivait Nancy Houston au pape François, suite à de nouvelles révélations concernant le scandale de pédophilie qui s’est produit en Pennsylvanie. Les faits se sont échelonnés durant près de 70 ans, faisant plus de 1000 victimes selon certaines estimations.

Dans sa lettre, madame Houston mentionne au pape que le temps n’est plus au pardon, à la honte ou à la repentance, mais à l’action. Le contenu de sa lettre vise à prouver que le célibat obligé des prêtres est la cause principale de tous ces scandales sexuels qui éclatent à la surface du globe à l’intérieur de l’Église catholique. Selon elle, seul le pape a le pouvoir de l’interdire. Elle l’exhorte donc à faire preuve de courage et de suspendre l’exigence du célibat des prêtres pour que le massacre prenne fin. Cette exigence du célibat serait d’ailleurs le résultat d’une évolution historique que plus rien ne justifierait.

Selon elle, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion comme on l’a toujours cru, mais plutôt « que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. » Faisant le parallèle avec le mouvement Me Too, elle constate que certains hommes profitent de leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels. De plus, chez les prêtres, la peur d’être dénoncés s’ils se tournaient vers des adultes pour assumer leur sexualité entre aussi en jeu. Un grand nombre d’entre eux s’en prennent alors aux plus faibles de la société, souvent des enfants, qu’ils peuvent aisément manipuler. C’est ainsi que les gestes reprochés peuvent durer des années.

Il est bien connu que les prêtres ont longtemps bénéficié d’une sorte d’aura auprès de la population qui n’aurait jamais cru ses pasteurs capables de commettre de tels actes. Sachant cela, les victimes se sont tues pendant longtemps. Ceux qui ont osé parler ont souvent regretté leur décision, l’Église ayant le souci de protéger ses prêtres avec parfois la complicité des gouvernants en place. Dans sa lettre, madame Houston ne craint pas d’affirmer froidement ce constat : « C’est l’Église qui est « perverse » dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement. »

Ma réaction comme femme en lisant cet article a été de me dire que madame Houston mêlait plusieurs facteurs. Même s’il y avait une grande part de vérité dans ses affirmations, lier aussi étroitement la négation de la sexualité avec le fait que tant de prêtres aient profité de leur ascendance sur les plus démunis pour assouvir leur pulsion me semblait exagéré. Il fallait nécessairement que ces prêtres soient immatures sexuellement ou aux prises avec une déviance sexuelle pour s’en être pris ainsi à des jeunes! Je croyais qu’aucun adulte ne pouvait avoir de rapports sexuels avec des enfants sans être pédophiles ou avoir un sérieux problème de santé mentale. Il me semble que la conscience et la notion de jugement nous interdisent de poser de tels actes. N’est-il pas d’ailleurs naturel pour un adulte de se tourner vers un autre adulte (qu’il soit de sexe masculin ou féminin) pour exercer sa sexualité ? N’est-il pas de la responsabilité des adultes de protéger les enfants ? J’avais tort.

Devant le nombre incroyable de cas qui remontent à la surface, je suis bien obligée de conclure que tous ces prêtres accusés ne sont pas tous pédophiles (excités sexuellement par un enfant pré-pubère), mais que plusieurs ont commis ces actes seulement pour s’assurer un trip de pouvoir qui leur a causé du plaisir.

Tous les pédophiles ne sont pas prédateurs et tous les prédateurs ne sont pas pédophiles, c’est ce que j’aurai appris en cherchant à comprendre. Dans les faits, les études nous montrent que seulement 1 % des hommes seraient pédophiles et que la majorité ne passeront jamais à l’acte. Les 2/3 des agressions sur les enfants sont commis par des adultes n’ayant pas de problèmes particuliers.

Madame Houston a donc raison lorsqu’elle affirme que la problématique se trouve beaucoup plus dans la domination et la recherche de pouvoir sur l’autre que dans une déviance sexuelle et que le la chasteté imposée a un lien direct avec ce fléau. Toutefois, je ne crois pas que le mariage ou le fait de vivre une pleine sexualité viendrait tout régler. Ne vous y trompez pas, je suis pour le mariage ou pour le fait d’assumer sa sexualité, peu importe son orientation, pourvu que ce soit entre deux adultes consentants. Je suis pour le libre choix et je suis certaine que le célibat, autant que le mariage, peut être bien assumé si la personne le choisit. Tout dépend de la manière de le vivre.

Au sujet de tous ces scandales qui éclatent comme du pop corn, il faut se rappeler que les crimes dont il est question remontent à une période où les candidats à la prêtrise étaient nombreux et l’Église toute puissante. Les jeunes arrivaient à cette étape de leur vie souvent ignorants de leur propre sexualité ou avec une sexualité immature. Leur admission au grand séminaire et au sacerdoce n’était pas considérée avec la même rigueur qu’aujourd’hui. Il est certain que plusieurs n’étaient pas à leur place comme pasteurs et que l’obligation de la chasteté dans une Église où le sexe était péché a pu en faire déraper plusieurs. De plus, n’oublions pas que le contexte favorisait et favorise encore dans certains pays des interventions plus ou moins ambigües du prêtre auprès des jeunes et des plus fragiles de la société.

Quoi qu’il en soit, l’Église catholique est à un tournant important face à ce problème. Elle doit prendre des décisions difficiles si elle ne veut pas se retrouver marginalisée et complètement dépassée. Le message de Jésus Christ est toujours aussi vivant et actuel, mais il doit être véhiculé par des gens qui le vivent pleinement. Pour cela, il faut que ses prêtres soient bien dans leur tête et dans leur corps. Ceux qui vivent des problématiques particulières devraient pouvoir consulter en toute confidentialité afin de se faire aider. Il n’y a rien de pire que de vivre avec un penchant qui nous détruit et nous déshumanise sans que nous puissions en parler.

Comme madame Houston, je pense qu’il serait bien que les prêtres puissent se marier. Cela les rapprocherait des gens, surtout dans notre société où le sexe est pleinement valorisé. Il me semble que ce serait un immense pas en avant. Et du même souffle, j’ajouterais que l’Église catholique aurait avantage à se féminiser. Pourquoi ne pas suivre l’exemple de sa sœur byzantine ou de sa cousine protestante ? Cette touche féminine aiderait à diminuer le pouvoir des élus mâles au sein de notre Église et ramènerait un certain équilibre. De quoi donner un nouveau souffle à cette vénérable institution. Alors, qu’en pensez-vous, cher François ?

Anne Saulnier
Avec la collaboration de Jacques Marcotte, OP


Références :

Houston, Nancy, « Ce n’est pas un sacre, c’est un massacre », Le Devoir, 22 août 2018.

Bouchra,Ouatik et Chantale Théorêt, « Peut-on guérir de la pédophilie ?»,

https://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2017/10/pedophilie.

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