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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

De l’an passé à l’année prochaine

Le Jour de l’An, tous nos regards se portent vers l’année qui vient. Et c’est bien normal! Nous nous tournons vers l’avenir. Nous nous souhaitons la santé, le bonheur. Nous faisons provisions de toutes les bénédictions possibles. Nous rêvons d’une année meilleure. Nous en prenons la ferme résolution, nous promettant d’être sages, d’agir avec audace et courage, mais aussi avec prudence et modération. Nous faisons les plus beaux scénarios pour l’année qui vient.

Il ne faut pas oublier pour autant l’année qui vient de se terminer. Pour ne pas répéter les mêmes erreurs, il nous faut les identifier, les regarder en face, sans ménagement. Bien sûr, nous ne répondons pas de tous les échecs, de toutes les bêtises, de tous les malheurs survenus. Mais nous en sommes parties prenantes, solidaires quelque part, bien souvent malgré nous.

L’année 2019 a été fertile en prises de conscience humanitaires, en mouvements sociaux. C’était sans doute aussi l’héritage de toute la décennie que de nous confronter à des enjeux politiques complexes qui sont devenus des impasses universelles : l’avenir de la terre, l’écologie et l’environnement, les migrations humaines massives, les réfugiés politiques et religieux, le terrorisme infiltré jusque près de chez nous. 

Au plan religieux, on ressent, à notre époque, dans notre pays tout au moins, une léthargie qui donne l’impression que nous sommes en devoir de gérer une décroissance, et que nous faisons face à une crise dont nous ne voyons pas quelle sera l’issue. 

Devant ces poussées de thèmes récurrents, peut-être sommes-nous portés à nous décourager? Serions-nous condamnés à devoir bientôt tout ramasser, fermer les livres et passer résolument à autre chose? Certains le pensent et le voudraient bien. Mais, devant ces constats, nous pouvons aussi réagir positivement. En commençant par une certaine acceptation de la situation présente. Car c’est le déni qui risque de rendre ces tendances irréversibles. 

Que nous faut-il faire? D’abord ne pas tout prendre sur nos épaules. Nous ne sommes pas nécessairement fautifs ni directement responsables de l’état actuel des choses. Demandons-nous seulement : Y a-t-il quelque chose que je puisse faire maintenant? Aujourd’hui? Demain? Ne pas attendre qu’on vienne me chercher pour un poste de haut niveau dans la hiérarchie. Mon engagement, il commence tout de suite : en essayant d’agir à mon niveau, à ma mesure.

Un confrère dominicain aimait affirmer qu’il fallait « penser globalement et agir localement ». Ça voulait dire qu’il fallait agir. Mais pour lui, c’était prendre aussi du temps pour soi, pour se recueillir, prendre une distance et faire silence. Nous n’en devenons que meilleurs pour les autres. Quand nous aurons voyagé un peu à l’intérieur de nous-mêmes, nous nous connaîtrons mieux, nous saurons mieux de quoi nous sommes faits, de quoi nous sommes capables. Ainsi faisait Marie au temps de l’enfance de Jésus. Elle en avait plein les bras et plein la tête et plein le cœur de son enfant Jésus. Elle se nourrissait en secret de tous les évènements qui bousculaient sa vie.

Mais voici que bien rapidement nous tournerons la page de l’année passée pour entrer dans la nouvelle. Non pas pour oublier l’ancienne. Mais pour mener plus loin le bâton du pèlerin, le bâton de cette course à relais dans laquelle nous sommes engagés. Puissions-nous porter alors les couleurs des valeurs d’humanité les plus hautes!

Je terminerai en énonçant quelques convictions qui m’habitent et dont je pense qu’elles pourraient produire des merveilles si chacun, chacune s’en faisait des principes pour sa vie et sa conduite tout au long de cette nouvelle année :

  1. Simplifier ma vie. Pratiquer le dépouillement volontaire. Me faire volontiers pauvre, avoir un cœur de pauvre.
  2. Vivre dans l’humilité, sans prétention, dans la vérité de ma condition humaine et sociale.
  3. Être de ceux qui font la paix, qui montrent de la bienveillance pour tous.
  4. Être de ceux qui espèrent et qui rêvent, faisant confiance à la vie et aux autres.
  5. Allier patience et tolérance. Pratiquer le détachement et l’abandon, qui ouvrent une porte sur Dieu, sur la transcendance, sur l’Autre dans ma vie.
  6. Respecter les autres. Considérer chacun comme un trésor à découvrir, comme un mystère devant lequel je doive m’incliner, m’étonner et m’émerveiller.
  7. Enfin, dès le début et tout au long de l’année, je soignerai la dimension verticale de ma vie, mon appartenance au Père. Cette attitude est celle qui accueille Dieu et sa vie et son amour. Chemin de prière! Liberté de ma foi. Croix du Christ Sauveur vers laquelle je puis me tourner à tout moment. Qui m’apporte guérison! Qui me rappelle sans cesse quelle rédemption m’est offerte!

Bonne et heureuse année 2020!

Jacques Marcotte, OP Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Attendre et recevoir Noël

Avec décembre, nous entrons dans le traditionnel temps de l’Avent. Un temps de préparation et d’attente! Comme s’il nous restait quelque chose à attendre, alors que nous sommes peut-être fatigués, que nous avons de l’âge, que nous pensons peut-être avoir déjà fait le tour du jardin. Que pourrait-il encore nous arriver de vraiment neuf ou que nous n’ayons pas déjà expérimenté? À quoi bon encore l’Avent?

Et s’il nous restait encore beaucoup de choses à voir, à vivre, à ressentir, à connaître, à aimer, à inventer? Des surprises peut-être nous attendent, que la vie nous prépare?  Puisque la vie va toujours de l’avant et que l’Esprit nous précède et nous guide. Dieu veille sur nous et depuis toujours il nous attend patiemment avec plein de belles surprises et de ressources inédites, peut-être?

L’Avent est pour ceux et celles qui espèrent, qui ne baissent pas les bras, qui se disent que peut-être il leur reste quelque chose à découvrir, des trucs à essayer, quelqu’un encore à accueillir. Il est pour ceux et celles qui se disent que peut-être ils ont encore quelque chose à faire pour prendre soin de notre terre, pour réparer un peu les dommages que nous lui faisons subir depuis si longtemps.

L’Avent est pour ceux et celles qui sont en route vers un ailleurs, vers quelque chose de meilleur. Il est pour ceux et celles qui veillent jusque tard dans la nuit, en attente fébrile et active, le cœur brûlant, l’esprit ouvert, en désir d’amitié, d’harmonie et de paix pour la famille humaine, toujours prêts pour la rencontre et le service du prochain le plus pauvre.

L’Avent, c’est le temps qui toujours nous surprendra parce qu’il nous introduit à cet ailleurs que nous ne connaissons pas et dont parfois nous rêvons. Et si nous étions attentifs et vraiment sur nos gardes pour ne pas manquer le rendez-vous promis. Car il s’agit bien d’un rendez-vous, objet d’une promesse, avec Celui qui est venu, qui vient et qui viendra, lui qui déjà n’est pas bien loin puisque déjà il est là, tout juste avec nous, l’Emmanuel! Il est Celui que trop souvent nous ne reconnaissons pas.

L’Avent, c’est une histoire bouleversante, dans laquelle nous sommes engagés, qui n’est pas finie, qui encore nous étonne et toujours a de quoi nous surprendre. C’est l’histoire ancienne et toujours nouvelle de la mystérieuse présence chez nous de la lumière en sa source, de la vie en son origine, de l’amour en sa plus grande passion! 

L’Avent c’est, à la fin, l’accueil, les bras et le cœur ouverts, du plus beau cadeau possible, qui est Noël!

Fr Jacques Marcotte, O.P.

Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Mouvance médiatique, nouvelle conformité!

Autrefois, c’était la brillance d’un orateur, la popularité d’un chef charismatique, la contrainte d’une force militaire, la séduction d’une idéologie. On se rangeait facilement, et de façon souvent grégaire, du côté du plus fort, du plus offrant, du plus inspirant. Il fallait souhaiter que ce soit pour la bonne cause, pour le bon droit. Ce qui n’était pas toujours le cas. C’était pour le meilleur ou pour le pire! Rappelons-nous les gouvernements fascistes, leur pensée totalitaire, leur idéologie réductrice, leur mouvement d’abord anarchiste, puis absolument tétanisant. Ce fut aussi parfois le régime du roi bon ou du bon prince, dont des expériences idylliques ont marqué notre imaginaire collectif.

Aujourd’hui, avec l’avènement universellement répandu des moyens de communication, nous en arrivons à établir des certitudes, des servitudes, des rectitudes politiques qui ont apparence démocratique d’absolue vérité, mais qui sont tout aussi biaisées, envahissantes, dominantes et autoritaires que les slogans des dictatures d’autrefois.

Il nous faut d’autant plus nous méfier, être sur nos gardes, demeurer lucides.  Les gourous ne manquent pas, qui peut-être s’ignorent ou se dénient, mais qui n’en sont pas moins d’habiles discoureurs, imposant leurs idées sans y mettre de nuances, sans écoute, sans véritable dialogue.

La pensée unique cherche toujours à s’imposer.  C’est dans notre nature de nous y conformer. Nous poursuivons ainsi le rêve têtu d’unité d’un monde idéal. Mais c’est aussi parfois un chemin de facilité, de moindre effort, de paresse intellectuelle. Il appelle la résignation, la docilité et le laisser faire. Il s’accommode du mensonge et de demi-vérité presque tout autant que de la plus lumineuse certitude. Il risque de nous mener – via beaucoup de confusions – vers de pénibles désenchantements.

Faisons donc toujours attention pour ne pas nous laisser prendre, pour n’être pas emportés par quelque beau parleur, tout aussi démagogue que trompeur, qui ne recule devant rien pour se maintenir au pouvoir « médiatique » où notre naïveté l’a élevé.  Attention aux marchands d’illusions qui s’ignorent et qui nous abusent!

Jacques Marcotte, OP

Québec 1er novembre 2019

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Sollicités de tout bord

C’est bien normal! Nous sommes tout proches encore de la rentrée d’automne. Juste avant l’hiver qui s’amène toujours trop vite. Nous sommes à la fin déjà de la longue saison des sorties, des voyages, des mille rencontres.

Notre agenda collectif est chargé de tout ce qui est dans l’air du temps, de ce qui est à faire pensons-nous. Chargé de tout ce à quoi il nous faut penser. Car avant de faire, il faut penser, réfléchir, approfondir, bien peser le pour et le contre.

À considérer certains enjeux qui retiennent l’attention cet automne, nous retrouvons du neuf et du vieux. Il y a les questions qui toujours reviennent et ne sont jamais réglées. Les ferons-nous avancer un peu cette année?

Il y a, bien sûr, au premier plan, cette fièvre pour l’environnement, cette peur d’un réchauffement climatique accéléré. On en a beaucoup parlé. Des foules ont  marché comme jamais pour la cause. Une jeune suédoise est devenue une inspiration étonnante. Certains contestent encore cette prise de conscience. À les croire il n’y aurait rien de menaçant. Se peut-il qu’on puisse ainsi ne rien voir ? N’appréhender rien? Il faut alors vouloir vraiment ne rien entendre. Et pendant ce temps la couche de gaz à effet de serre continue de s’épaissir, de s’étendre, de s’alourdir.

Il est question aussi de cette montrée de la dette collective de nos pays, ici au Canada de même qu’aux États-Unis. Les campagnes électorales en cours mettent ce thème sur le tapis et nous en font voir l’ampleur. Dépenser trop généreusement hypothèque dangereusement l’avenir.  Or, s’engager dans une dette colossale pour la mettre sur le dos de la génération qui va nous suivre, c’est facile, mais c’est aussi le comble de l’inconscience et de l’irresponsabilité.

Nous retrouvons – s’exprimant de façon de plus en plus accentué – notre contentieux de blancs venus d’Europe confrontés aux autochtones de chez eux. Toujours nous les avons tassés. Ils sont les victimes chroniques de notre racisme larvé. Là aussi, il nous faudrait le courage d’une réforme législative d’envergure au Canada, qui reprendrait toute la question de nos rapports avec les Premières Nations que nous avons depuis longtemps cantonnées dans les réserves. Se peut-il que les migrants qui arrivent en notre pays connaissent un meilleur accueil  et un meilleur traitement que ceux et celles qui nous ont tous précédés sur ces terres où nous sommes nous parvenus il n’y a pas si longtemps?

Faudrait-il parler aussi de la montée chez nous de l’Islam et de son engagement religieux et de son éventuel malaise avec notre laïcité? Ce qu’on espérait avoir réglé pour de bon par une loi passée à la hâte, en forçant la note, pourrait bien ne pas tenir la route. Nous qui nous réclamons de la tradition chrétienne et catholique, ne sommes-nous pas un peu mal à l’aise et déviants potentiels face à une loi aussi restrictive?

Chez nous, dans ce monde qui se dit encore chrétien catholique, c’est la sérénité! Un calme illusoire peut-être? Nous ne demandons plus rien ou bien peu de choses, sinon la paix, la tranquillité. Il n’y a que le pape François qui nous presse, nous poussant à sortir pour aller à la Mission. Mais attention, il n’invite pas à poursuivre une nouvelle utopie. Il ne rêve pas d’un impossible état d’unanimité, Le pape nous parle de diversité, du plein accueil et du respect de la diversité aux divers plans spirituels, culturels, intellectuels de l’humanité du 21e siècle. Il suggère un aménagement de la Mission qui tienne compte de tout ce qui déjà est en attente et en préparation. Il se peut qu’une pareille approche nous dérange un peu dans nos méthodes et nos visées pastorales!

Tous ces enjeux et bien d’autres, nous en parlerons sans doute entre nous en octobre, sans espérer peut-être arriver à des réponses et des solutions définitives. Ces questions sont des « classiques » chez nous et ailleurs. Aurons-nous pour les aborder le courage du regard pénétrant et lucide, de l’écoute attentive, de l’amitié sincère, du dialogue franc et ouvert, de la compassion effective? Si oui, peut-être pourrons-nous contribuer à mûrir ces thèmes, à en débattre utilement, à nous approcher ensemble d’un ordre nouveau vers lequel tous nous tendons?

Jacques Marcotte, O.P. Québec.

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

La religion à l’école

Dans son édition du 27 août 2019, le journal Le Devoir, de Montréal, publiait un texte signé par Madame Andréa Richard. Sous le titre Enseigner les religions ou la laïcité? Madame Richard préconisait rien de moins que l’abolition complète du cours sur les religions à l’école. Ce cours donnerait trop à entendre, selon elle, qu’en parlant religion dans les classes, on ferait rétrograde et attardé, et on empêcherait la société d’avancer.

Depuis l’adoption de la loi 21 sur la laïcité de l’État, il s’en trouve pour dire, comme elle, qu’en toute logique l’État ne devrait d’aucune façon aborder le sujet de la religion à l’école, sinon pour la dénoncer, la refuser, l’enlever de la tête et du cœur des enfants Cette volonté d’enlever chez les jeunes l’idée même de la religion s’apparente à la stratégie du système marxiste; elle est injuste, regrettable et porteuse d’un vide, d’un manque, d’un mal.

L’État n’a pas charge – en lui-même – de promouvoir la religion. C’était une saine démarche que de vouloir prôner la neutralité de nos institutions et de notre image collective, et d’en faire une loi. C’était la volonté, il me semble, de mieux protéger la diversité, la pluralité et la liberté dans l’affichage et la pratique des religions qui ont cours dans notre société moderne.

Mais il ne faut pas être hypocrite et cachotier. Il y a de la religion dans l’air et dans notre monde. Nous vivons tous sous l’influence de quelque tradition religieuse. Nous nous inscrivons dans la suite d’une histoire, ou plutôt d’histoires, qui ne sont pas que noirceur et ténèbres dont il faudrait nous débarrasser. La sagesse veut que nous ne portions pas trop vite un jugement de valeur et une condamnation sur ce dont nous avons hérité, sur ce qui nous a bâtis. Ce serait un déni malheureux, ce serait nous condamner, nous blâmer nous-mêmes.

L’enseignement du religieux à l’école doit se faire. Il doit se vivre dans le respect, une juste neutralité, sans doute, comme une histoire qu’on se raconte, un témoignage qui nous interpelle, pourquoi pas? Il y a là une réalité qui a sa cohérence et son sens et sa part de mystère. Il suffit de considérer la religion pour ce qu’elle est, non pas un montage scientifique, mais une ouverture de tout l’être à ce qui est transcendant, plus grand que soi, le Mystère.

Par respect pour le pluralisme et la liberté de chacun, l’attitude de l’enseignant se doit donc d’être neutre devant les énoncés et les contenus du programme. Cela suppose évidemment qu’on a une bonne maîtrise du sujet. Le but n’est pas de comparer, d’évaluer, de se prononcer sur la valeur de telle ou telle religion, mais de les décrire pour ce qu’elles sont ou pour ce qu’elles tendent à rejoindre du vécu humain au cours des siècles. 

Certes l’évolution des sciences et des techniques a servi à purifier certains concepts explicatifs et notre représentation du monde. Mais la science ne suffit pas. On le sait bien. Elle a ses limites radicales. Elle ne donne pas pleine réponse aux questions existentielles fondamentales qui demeurent présentes et toujours pertinentes : d’où venons-nous? Où allons-nous? Qui sommes-nous?

Merci à nos dirigeants scolaires et aux enseignants de comprendre cela et de ne pas entrer dans un négativisme et des interdits qui viendraient occulter une part très importante de qui nous sommes et de ce que nous avons reçu. Nous avons mission de transmettre la part utile de cet héritage aux plus jeunes. Nous avons tous le droit d’être connectés à l’une ou l’autre des grandes traditions religieuses qui ont traversé les siècles. De quel droit peut-on priver l’homme et la femme d’aujourd’hui et de demain d’avoir un accès pédagogique à une sphère aussi importante de la réalité humaine?

Jacques Marcotte, O.P.

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Quel éditorial pour l’été?

Balles de foin en Toscane, Italie

À quoi nous attendre pour cet été, qui puisse appeler un commentaire, une réflexion particulière, une réaction éditoriale?

Tout peut arriver, comme aussi rien se produire qui mérite notre attention, en fait d’évènements sensationnels, de crises ou d’accidents. On en vient d’ailleurs à souhaiter qu’il ne se passe rien de grave durant l’été. Et de permettre ainsi à tout le monde de se reposer. Le souhait de chacun, de chacune, pour l’été, n’est-il pas de connaître un moment de paix, de joie simple, de tranquillité?

Il y a bien sûr plein de choses qui se passent dans le monde et dont il faudrait parler dans l’espoir qu’elles s’arrêtent : les guerres larvées ici ou là qui font des victimes chaque jour; les tortures dans les prisons, dans les casernes de polices; les outrages faites aux femmes, aux minorités visibles, aux opposants politiques, aux autochtones dans certains pays; les injustices perpétrées par les puissants comme par les petits gangsters.  Bien sûr qu’il nous faudrait documenter ces faits et les révéler et faire campagne pour qu’ils cessent. Il y a une efficacité réelle des éditoriaux. Il faut nous en réjouir, nous en féliciter.

Il y a aussi les belles choses qui se passent chez nous et ailleurs, dont on oublie trop souvent de faire mention. Tant de belles réalisations, obscures ou manifestes, dont il faudrait parler : le travail qui s’accomplit sur la terre par tant de gens qui se dévouent pour gagner la croute de leur famille, finaliser des projets collectifs, mener à bien une recherche scientifique, assurer la paix et la sécurité dans nos sociétés. Tous ces dévouements et ces fidélités, assurés de jour en jour, mériteraient qu’on en parle.

Au moment de vivre cet été, je vous propose qu’au lieu de nous fixer sur un point, un problème, une réalité précise, nous ayons à cœur de penser globalement à tout ce que vit notre humanité à l’heure présente dans les couples, les familles, les personnes seules, les enfants, les jeunes gens, les gens d’âge mûr, les retraités, les vieillards. Pensons à tout ce grouillement d’êtres humains répandus sur toute la surface de la terre. Nous sommes des milliards et des milliards! Avec chacun sa destinée, son appel, sa quête de bonheur. Penser à tout ce monde. Vouloir le bonheur de tout ce monde. Pleurer avec ceux qui pleurent. Nous réjouir avec ceux qui connaissent la joie. Prier avec ceux qui prient. Aimer tout ce monde. Vouloir intensément qu’ils soient heureux. Nous avons là de quoi nous occuper pendant tout l’été et davantage.

Évidemment que ces  pensées tiennent à l’utopie. Nous n’avons pas de prises sur de si grands ensembles. Même notre voisin, notre voisine nous échappe. Chacun, chacune porte un mystère. Nous sommes des source uniques et intarissables de surprises. Un monde immense nous habite.

Voilà pourquoi il faut prendre des vacances. Pour nous retrouver personnellement. Pour habiter mieux notre corps, notre âme, notre esprit, notre cœur. Nous rétablir nous-même dans la paix retrouvée, dans l’abandon de ce qui nous stresse et nous fatigue. Retrouver le sens et la direction de notre vie. Retrouver notre foi, notre amour, qui sont là toujours disponibles, en attentes de notre engagement, de notre service, de notre vraie prière.

Quelle recette pour y arriver ? Ce peut être un moment tranquille passé en sirotant son café, ce peut être plein d’autres gestes particuliers accomplis au fil de l’été : la lecture d’un livre qui inspire et donne des idées; un temps de recueillement à l’écart; l’écoute d’une agence sérieuse de nouvelles sur le Net; le visionnement d’un beau film; une promenade tranquille dans la rue ou dans la nature, etc. Se laisser apprivoiser par les gens, par les choses, par la vie. Renouer peut-être avec de vieilles amitiés perdues. Accepter que la vie nous transporte plus loin, qu’elle nous apporte le cri du monde, l’appel de la vie, qu’elle nous garde dans l’espérance du monde qui vient.

Fr Jacques Marcotte, OP

Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Un peu de nuances, s’il vous plaît !

Avec les discussions concernant le projet de loi sur la laïcité au Québec, nous assistons présentement chez nous à toutes sortes d’interventions, bonnes et moins bonnes. Notre tendance « naturelle » au dénigrement y trouve largement son compte.

Il y a, bien sûr, les déclarations modérées et nuancées qui sont préparées avec soin et qui portent en elles-mêmes la preuve d’une réflexion rigoureuse. Elles veulent tout simplement répondre à de bien légitimes interrogations sur la neutralité de l’état, sur notre histoire et notre culture religieuse traditionnelle, sur l’apport des autres traditions que l’immigration a introduites chez nous avec le temps.

Il est certain qu’en approchant toutes ces matières, nous touchons un terrain sensible. Il est normal que des émotions soient provoquées chez plusieurs. Il faut s’attendre à ce que les opinions soient contrastées, tranchées parfois, et souvent divergentes. Tout ça, c’est inévitable. Chacun, chacune a toujours le droit de se faire une opinion et de nous la dire, de prendre parti, de militer même pour affirmer sa position et pour s’assurer du triomphe de son option.

Là où je vois une difficulté, c’est quand j’entends ou je lis quelques-uns de nos grands ténors ou de nos divas se prononcer avec force, unilatéralement, utilisant sans vergogne les médias publics, comme la Radio d’état, pour se faire voir et valoir avec des déclarations simplistes et « généralices ». Ils profitent de nos tribunes officielles et de leur notoriété pour exprimer des positions radicales et drôlement exagérées. Nous tombons dans les fake news. Nous nous retrouvons devant des amalgames qui jettent, par exemple, le discrédit et la méfiance sur tout ce qui se passait ici avant la « révolution tranquille ». Enfin, comme le proclament ces chantres d’une certaine modernité, nous serions sortis de la grande noirceur et des mœurs infâmes qui avaient cours au temps de nos arrière-grands-parents. Et maintenant, nous serions en train d’atteindre enfin l’état de civilisation idéale, pour vivre la liberté totale, le bonheur d’être débarrassés de tout ce qui avait cours autrefois. Est-ce que je me trompe? Ou bien y a-t-il abus de langage et généralisation à outrance?

Je regrette que nos grands journaux et nos instances radiophoniques et télévisuelles, qui devraient s’obliger à plus de modération et à plus de sagesse, soient les véhicules fréquents de ces dires démesurés. La direction des journaux et des stations de radio et de télévision devraient faire preuve de plus de maturité et de rigueur, en mettant de l’avant une éthique des contenus basée sur les valeurs de vérité, de dignité, de respect. Malheureusement il y a chez eux une complaisance apparente et une véritable préférence pour les propos résolument biaisés, excessifs, diffamatoires, tendancieux, qui ne respectent pas les attentes, les croyances et les convictions d’une bonne partie de leur auditoire ou lecteurs potentiels. 

L’enjeu est délicat. Il y a là une question d’honnêteté intellectuelle et de fidélité au réel de notre histoire collective. Il y va d’un minimum de respect envers l’héritage de grande valeur qui nous a été transmis, même s’il comporte des zones d’ombre et de faiblesse, dont nous pouvons faire l’approche avec sens critique, sans pour autant n’y voir que du malheur et de l’obscurantisme.

Fr Jacques Marcotte, OP

Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Ô Notre-Dame!

 

Il faut l’avoir visitée quelques fois pour en saisir la puissance évocatrice d’un Moyen-Âge toujours présent dans nos cultures, dans nos pratiques chrétiennes, dans un humanisme qui transcende toutes les époques ultérieures. Ce qui a été si précisément fixé dans la pierre continue de nous habiter, de nourrir notre imaginaire. C’est pourquoi nous avons été si émus, saisis et blessés de voir le feu ravager cette superbe église. Elle nous inspirait tant pas son allure extérieure fière, forte et trapue, et par son élancement gothique vertigineux à l’intérieur.

Pour avoir visité nombre de cathédrales en France et en Espagne, j’ai trouvé Notre-Dame de Paris incomparable de dépouillement, de raffinement et de majesté! On s’y sent comme chez soi. Elle figure un immense navire qui vous porte vers un ailleurs de rêve.

Heureusement qu’on a stoppé à temps la poussée des flammes pour qu’elles ne consument pas l’ensemble en nous laissant que des ruines. Passée la surprise, il a bien fallu accepter le coup terrible porté à l’intégrité de l’édifice.

On va rebâtir Notre-Dame. C’est promis! La bonne volonté de plusieurs en fera encore un chef d’œuvre, un livre toujours ouvert sur l’humain de notre foi, le témoignage d’un Esprit qui résiste, qui toujours resurgit.

Tel un phénix, Notre-Dame renaîtra plus belle encore de ses cendres. Merci à tous ceux qui malgré les appels à l’aide, si nombreux, venus de partout, choisissent de consacrer une part de leurs sous à ce qui donne du sens à tout le reste! C’est un geste de fidélité. C’est un témoignage porté à la mémoire des siècles, à la beauté d’un patrimoine unique, irremplaçable.

Fr Jacques Marcotte, OP
Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

À la veille d’un important débat

Au moment d’écrire mon éditorial d’avril, le projet de loi annoncé sur la laïcité n’est pas encore déposé au Parlement du Québec. Son dépôt est imminent! Cette loi doit aborder un sujet chaud qui est depuis longtemps débattu dans la belle province. Elle concerne notamment  le droit ou non du port de signes religieux dans l’espace public.

On parle de laïcité de l’État. C’est ce qu’on veut solennellement affirmer et mettre systématiquement en place au Québec. Je me permets ici quelques réflexions qui ne visent pas une critique de la loi comme telle. Je ne la connais pas encore. Elle sera connue et déjà en train d’être discutée au moment où vous lirez ce texte. Mon but n’est pas de prendre parti pourou contrela loi, mais de partager certaines idées qui m’apparaissent utiles dans les circonstances.

D’abord pourquoi parler de laïcité? Ce mot n’est-il pas un peu piégé? Laïcs’oppose à clerc. Il appartient déjà au vocabulaire religieux traditionnel chrétien. Pourquoi ne pas parler plutôt de neutralitéde l’État? De la responsabilité de l’État d’assurer une chance égale à toutes les religions et de ne pas prendre parti pour l’une plus que pour l’autre. Par souci de respect, d’équité, de liberté.

Pourquoi ne pas parler d’une neutralité ouverte sur l’expression du sentiment religieux ou même sur son absence. Dans le respect de toutes les croyances, y compris celle de ne pas croire. L’État n’est pas là pour faire du prosélytisme en vue de promouvoir une religion au détriment d’une autre. Ni non plus pour professer officiellement l’athéisme ou l’incroyance.

La loi devait être permissive au maximum par rapport à la pratique religieuse, par rapport aux signes religieux affichés par les individus.  Sous réserve que l’État ne doive pas se compromettre comme tel dans une adhésion particulière à une religion. Être ni contre, ni pour. Être d’une neutralité respectueuse, déférente, positive, facilitante. Ou bien, de quoi a-t-on peur?

Notre société a beaucoup mûri. Elle est moderne. Elle est pluraliste par la force des choses, vu le progrès d’une certaine pensée moderne, de certaines philosophies, de certaines avancées culturelles, vu l’entrée dans notre pays de gens d’autres confessions chrétiennes, de tenants d’autres religions, de non croyants. Notre pays se doit d’affirmer et d’assurer une liberté empreinte de respect et de discrétion par rapport aux individus, aux familles et aux communautés qui la composent. L’État a pour mission d’accueillir tout le monde, de faciliter l’épanouissement des personnes et donc des éléments essentiels qui les accompagnent et qui les nourrissent. Or la religion en est un à juste titre!

Notre monde québécois a longtemps été unanime au plan religieux, profondément marqué par le christianisme. Les conséquences de l’orientation prise depuis le temps de la « révolution tranquille » sont possiblement douloureuses pour plusieurs. Nous aimions bien la croix au-dessus des édifices publics, la croix au-dessus du siège du Président de l’Assemblée nationale, les symboles chrétiens affichés un peu partout. Il ne s’agit pas de virer à l’iconoclaste. Nous n’avons pas à avoir honte de nos images, de nos églises, de nos croix de chemins, de nos monuments ou statuaires chrétiens. Cela fait partie de nos racines profondes, de notre culture religieuse, de notre état de fait, de notre patrimoine bâtis, artistiques.

Il ne s’agit pas de ramener toutes ces choses à l’état muséal ou à de simples souvenirs. Ces monuments, pour une bonne part témoignent d’une foi toujours vivante chez plusieurs. Ils ont parfaitement droit de cité, et il ne s’agit pas pour autant de les imposer à tout le monde. Ils appellent tout simplement autant de respect et de condescendance qu’une mosquée ou une synagogue ou un temple bouddhiste ayant pignon sur rue et droit à sa publicité, à ses particularités, à ses emblèmes spécifiques.

Quant à l’habillement… Que la loi soit minimale à cet égard. Libre à chacun de s’habiller comme il veut! Qu’on fasse confiance! Qu’on reste calme et serein et largement permissif! Qu’on s’en tienne à la nécessité de montrer ouvertement son visage quand on assume une responsabilité publique d’autorité ou de contrôle, et tout autant évidemment quand il s’agit d’être contrôlé. Le reste importe si peu. Il devrait être laissé à la liberté de chacun, hormis le cas de grossière indécence (!).

Voilà. Notre loi devrait prendre nettement position de neutralité stricte et nette pour l’État. Et que tout le reste soit marqué du signe de la tolérance, de la bienveillance, du respect, de la liberté, d’une belle fidélité aux grandes valeurs de notre société.

Fr Jacques Marcotte, OP

Québec

 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Les loups dans la bergerie

 

On en parle beaucoup. On s’en inquiète. On dit même que l’Église catholique connaît une période tellement difficile qu’elle pourrait ne jamais s’en relever. Depuis quelques années, et particulièrement dans les derniers mois, nous essuyons une vague déferlante de dénonciations, d’allégations, d’accusations en matière d’agressions sexuelles faites par des prêtres et des religieux auprès de mineurs, garçons et filles, notamment des enfants arrivés au seuil de l’adolescence.

Bien souvent ces horreurs sont sortis de l’ombre à la faveur d’un contexte qui incitait à briser le silence et facilitait les prises de parole, comme des appels à tous en vue d’appuyer un recours collectif en justice. Des hommes et des femmes parvenus à l’âge adulte osent enfin parler. Les faits allégués remontent à bon nombre d’années, dix, vingt ou même trente ans. Des abuseurs sont ainsi rattrapés; des prêtres maintenant âgés sont dénoncés.

L’attention du public se porte donc aujourd’hui sur ce phénomène particulier. Prêtres ou frères sont pointés du doigt. Non pas tous, mais un nombre significatif, voire impressionnant. Dans certains diocèses, certains collèges, certaines communautés, certains pays, ils sont légions, à ce qu’on dit. Rien ne nous prouve que l’hécatombe soit finie. Comment s’assurer que tout le monde a parlé? Que tous les coupables ont été dénoncés?

Je ne veux pas plaider pour la défense des accusés. Il faut laisser la justice faire son travail. Et ne jamais porter entrave ni imposer le silence. Au contraire, nous devons faciliter les dénonciations, accompagner les victimes, écouter ceux et celles qui osent porter plainte. Des crimes ont été commis. Des vies sont brisées. Des enfances ont été volées.

Le pape François, dans son allocution donnée à la fin de la réunion spéciale des évêques délégués de toutes les assemblées épiscopales du monde (Rome 21-24 février), a pris la peine d’élargir la question, de cerner l’ampleur mondiale du phénomène de la pédophilie. Il ne s’agissait pas de se défendre en accusant les autres. Il s’agissait d’être complet, d’être vrai : le phénomène est largement répandu en bien des pays. Il n’est pas d’hier. C’est une plaie sociale universelle déjà bien documentée. Il est injuste de s’en prendre à la seule Église catholique. Ne soyons pas myopes ni naïfs. Ouvrons les yeux.

Ceci dit, il faut, tout en réagissant avec grande fermeté et en faisant la vérité sur les tristes abus d’autrefois et d’aujourd’hui dans l’Église, travailler à ce que ces incidents douloureux et pervers ne se reproduisent plus. Il faut travailler en amont. Notamment au niveau de l’accès au sacerdoce ou à la vie religieuse. Les candidats, avant d’être admis, doivent être profondément investigués quant à leur équilibre psychologique et à leur maturité affective et sexuelle.

Nos activités de recrutement et nos pratiques d’accession à la vie religieuse et à la prêtrise exigent des précautions extrêmes. Car le défi est immense. Selon les lois actuelles, il s’agit pour les candidats de s’engager à vivre le célibat, donc la chasteté particulière à l’homme seul, à la femme seule. Certes une communauté accompagne le frère, le prêtre ou la sœur dans sa vie affective et sociale. Mais cela ne suffit pas, si le candidat n’est pas déjà éprouvé et n’a pas atteint la maturité humaine que seuls peuvent donner l’âge et une expérience significative de la vie adulte dans un cadre plus large et plus complet.

Revenons en arrière et voyons comment se faisaient les choses, il n’y a pas si longtemps au Québec. Des jeunes entraient à l’âge de 12 ans dans le format obligé du cours classique. Souvent ils étaient pensionnaires. Jusqu’à l’âge de 20 ans, ils étaient encadrés au maximum dans un vivre communautaire unisexe, sans véritable occasion de connaître l’autre sexe. Par ailleurs, il y avait cette pression latente des éducateurs, souvent des prêtres dans les séminaires, qui cultivaient la vocation des jeunes pour les voir basculer joyeusement, à la fin, dans le grand séminaire. Sans compter le rêve des parents qui se sacrifiaient pour permettre à leur enfant d’avoir de bonnes études et qui voyaient d’un très bon œil le fait d’avoir un prêtre dans la famille.

Et c’est à l’âge de 20 ans que l’entrée au grand séminaire ou dans telle communauté religieuse devait se faire. Pour une autre longue période d’internat, avec un programme de formation très braqué sur les études. C’est donc un homme forcément incomplet qui se présentait finalement pour le ministère. Comment éviter alors certaines tangentes ou déviations qui pourront conduire, soit à une sortie en douce de l’état religieux ou clérical pour lequel le personnage n’était pas fait vraiment, soit à des accommodements ou compensations qui pouvaient prendre la forme de déviances ou d’habitudes lourdes comme l’alcoolisme, la pornographie, la pédophilie, soit à mener une vie double en couple homo ou hétéro sexuel? Certes, il faut nous garder de généraliser, Mais avouons que de tels parcours vocationnels ne favorisaient pas la saine maturité et l’équilibre socioaffectif nécessaires à l’exercice optimum du sacerdoce. Ici comme ailleurs la grâce ne fait pas fi de la nature.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Je pense qu’on a – du moins au Québec – beaucoup porté attention à la qualité des étapes du cheminement vocationnel pour y apporter les changements nécessaires. On a resserré les critères d’admission. Les candidats se présentent plus vieux, après avoir vécu des expériences de vie plus variées et s’être réellement confrontés à leur sexualité pour la mieux assumer et l’intégrer davantage. Leur choix de vie dans le célibat a de grandes chances d’être plus net, plus libre, plus personnel.

Par ailleurs, il y aurait beaucoup à dire de tous ces milieux « incitatifs » autrefois pour des prédateurs sexuels en quête de victimes. Pensons aux centres paroissiaux de loisirs, aux groupes de petits-chanteurs, aux enfants de chœur, aux troupes scouts, aux camps d’été, etc. Les parents faisaient confiance et ne se doutaient pas qu’ils envoyaient parfois leur enfant dans la gueule du loup.

Oui, la crise actuelle ouvre nos yeux sur nos pratiques passées. Elle devrait aussi nous mener à mieux identifier les situations où des enfants sont plus à risque, à mieux les encadrer et à s’enquérir toujours de la fiabilités des intervenants adultes, prêtres, religieux ou laïcs qui leur sont affectés. Il serait vain de ne faire que dénoncer et condamner. Il faut réagir, courageusement et lucidement, et travailler à enrayer efficacement les causes qui ont rendu les horreurs possibles.

Fr Jacques Marcotte, OP
Québec

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