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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Qui dit vrai !

 

Avec tout ce qu’on nous raconte au sujet de la guerre en Ukraine, nous avons de quoi restés pantois et perplexes. Bien sûr, nous sommes du côté de l’Occident. Nous sommes grandement heurtés par la façon violente avec laquelle les Russes sont entrés là-bas, dans un pays qui n’était pas le leur. Ce là-bas est devenu un peu notre chez nous. Nous sommes l’Ukraine! Notre pays d’adoption immense est pris d’assaut. On en veut à notre liberté, à notre libre détermination. Nous sommes tout le contraire de ce que laisse voir d’elle-même l’énorme et brutale machine soviétique, la Russie dominée par la dictature de l’unique Vladimir Poutine.

Tranquillement pourtant, ce qui était noir ou blanc devient gris, nuageux, constellé de demi-vérités. Après tout, les choses ne sont peut-être pas si simples. Il y a une histoire derrière ce qui se passe là-bas. Ces gens vivent les aboutissements historiques d’un long et durable contentieux. Et la confusion s’installe et brouille les cartes des relations entre deux pays dont les franges ne sont pas si certaines de leur allégeance véritable.

Or, pendant ce temps où la confusion risque de s’installer dans nos têtes, il y a là-bas l’ennemi qui rôde et qui tue. Il y a des milliers d’hommes et de femmes et d’enfants laissés pour morts sur le sol de leur village, dans leurs maisons. Des quartiers et des villes sont assiégées et pilonnées. L’horizon de la destruction s’élargit. Et nous en avons plein les yeux de ces images désolantes. Elles hantent nos pensées, notre sommeil.

Il est à prévoir que, tranquillement, nous passerons à autre chose. Nous porterons attention à l’une ou l’autre de ces nouvelles d’importance qui nous rejoignent au quotidien. Elles s’amènent en bulletins spéciaux et finalement elles nous sont ramenées en boucles : tantôt ce fut le décès de Guy Lafleur, notre étoile nationale, tantôt c’était la Nième vague de la Covid-19 et tous ses malheurs, tantôt ce furent les élections en France ou ailleurs, tantôt c’est la saga des « jeux politiques » au Québec et au Canada, et puis aussi les transactions de Twitter, les menaces dramatiques à l’environnement, etc. Tout y passe dans un fil continu de nouvelles disparates. Un flot incessant d’informations déferle jusqu’à nous étourdir. C’est une marée montante. Nous avons peine à tenir les pieds au sol pour n’être pas emportés.

Qu’est-ce qui peut alors nous empêcher de partir à la dérive en nous donnant les repères indispensables? Comment bien juger de ce qui nous est raconter? Y a-t-il quelque point d’ancrage à quoi nous fier? Où trouver notre assurance dans un monde qui évolue tellement vite?

Bien sûr, pour le croyant, il y a Dieu. Dieu plus fort que la mort. Dieu plus grand que tout. Dieu qui aime sa créature jusqu’à la laisser libre. La résurrection du Christ et l’annonce de notre relèvement nous ouvrent à une espérance formidable, qui relativise tout le reste. Le témoignage des Écritures nous instruit en ce sens. L’enseignement de l’Église et la réflexion théologique et pastorale nous donnent confiance.  Nous ne sommes pas seuls. Nous sommes en état d’alliance avec Dieu, en état de communion avec nos frères et sœurs dans la foi. Au cœur de cette posture existentielle, nous vivons dans la prière et nous tournons nos pensées vers Dieu, vers Celui qui est parfaitement vrai, parfaitement stable et bon, libre de toute manipulation médiatique.

Loin de nous contraindre à quelque dogmatisme durcie, l’Évangile nous livre l’appel répété du Christ à la vigilance? « Veillez! » Le Seigneur nous le demande avec force et insistance. Or, veiller, ça fait appel à notre intelligence, à notre fidélité, à notre sens des responsabilités. Veiller, c’est le contraire de se laisser emporter par les influenceurs et les propagandistes. Veiller, ça nous oblige à pondérer les nouvelles. Veiller, c’est ne pas se laisser emporter par les seules émotions. Veiller nous oblige à bien gérer l’information, à garder un bon sens critique. Nous ne nous laisserons pas submerger ou manipuler par quelque propagande calculée.  Nous veillerons à découvrir les véritables enjeux pour mieux discerner ce qui est juste et ne pas tomber dans la naïveté. Nous veillerons sur notre liberté pour être capables de nous retrouver à tout prix du côté de la vérité. Cela ne veut pas dire ne rien faire. Cela augmente nos chances d’agir dans la lucidité, avec compassion, dans la droiture et la charité, pour la justice et pour la Paix.

Jacques Marcotte, O.P.

Québec, QC

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Qui a peur de qui?

 

Depuis le 24 février dernier l’hécatombe est commencée. Elle va s’amplifiant. Le drame continue. On ne voit pas comment va s’arrêter cette tragédie. On ne sait pas bien jusqu’où elle risque d’aller.

Or, on en voyait la probabilité, on en pressentait l’imminence depuis plusieurs semaines, avec l’immense concentration de chars aux frontières de l’Ukraine. Ce n’était qu’une question de temps et on verrait déferler cette machinerie infernale; on assisterait à la procession bien orchestrée de ces engins de mort.

Et nous qui avions anticipé cette avancée monstrueuse, nous avons laissé faire l’homme du Kremlin, dont la rhétorique justifiait et annonçait le pire. Nous avions peur de l’ours. Peur qu’il prenne peur et se fâche. Il fallait ne rien faire pour l’empêcher de faire ce qu’il voulait faire, de peur qu’il nous le fasse.

J’ai écouté le discours que M. Poutine a servi aux siens la veille, ou le jour même de l’invasion. Il a parlé longuement, avec cœur et enthousiasme, à tous ses compatriotes. Un chef d’œuvre d’interprétation historique biaisée, allant dans le sens d’une manœuvre obligée d’auto-défense. Attaquer pour ne pas être attaqué. Légitime défense. Prendre l’initiative pour ne pas être affreusement la victime.

L’homme de Moscou n’est pas fou. Il est profondément patriote. Il est profondément pétri de l’âme russe. Il est triste. Il est fâché. Déterminé. Il porte une mission de sauveur. Il se consacre personnellement à la revanche et à la défense de la nation russe. Il ne voit pas d’autre issu que l’attaque. C’est une nécessité que de briser la menace, de purger le mal qui est à la périphérie et qui met en danger son pays. Poutine galvanise. Il séduit. Ses convictions sont extrêmes.

L’homme n’est pas fou. Il rêve pour les siens d’un grand pays. Il se consacre rageusement à la tâche de sauver la Russie. Il est en marche avec ce grand peuple vers la Paix qu’il mérite, vers le paradis retrouvé. Nous, les pervertis de l’Ouest, nous sommes une menace pour la Sainte Russie. Il faut tuer dans l’œuf cette racaille de l’Amérique et de l’Europe de l’Ouest, qui est satanique, dépravée, nazifiée. Elle est outrageusement à l’œuvre en Ukraine. Il faut sauver l’Ukraine, notre sœur, malgré elle, parce qu’elle est en train de perdre son âme et de nous contaminer avec elle. Il y va de l’honneur, de l’avenir, de l’identité profonde de notre grand pays.

Jusqu’où ira cette logique? Comment est-il possible pour Monsieur Poutine d’en sortir? Je ne vois pas comment on peut démonter pareil argumentaire, qui est aussi séduisant, qui s’appuie sur une autorité implacable, qui dispose d’une force qui se croit absolue et invincible.

Faut-il aller jusqu’à sacrifier totalement l’Ukraine? Et puis après… ?  N’avons-nous pas le devoir d’une confrontation plus significative et plus efficace que celle des simples mesures économiques et diplomatiques? Ne sommes-nous pas déjà en train de nous battre avec la Russie par corps d’armée interposés? Ne sommes-nous pas déjà en guerre? Les Ukrainiens font malheureusement les frais d’un cruel et bien dangereux avant-combat.

Ne faudrait-il pas avoir bientôt l’audace de porter un grand coup qui puisse réveiller l’homme du Kremlin? L’audace d’un traitement-choc?  Qui le tire de son rêve et de son utopie. Non pas à coup d’humiliations, de peurs et de mises à genoux, non pas à coup de bombes et de missiles, mais à grands coups de raison, de transparence, de détermination et de bonne volonté.  Et si on en était rendu là? À l’heure d’un dialogue ouvert, franc et sincère, bâtisseur de paix!

Fr Jacques Marcotte, O.P.

Québec, QC

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Plus jamais la Guerre!

 

Plus jamais la Guerre!

(Paul VI à l’O.N.U. en septembre 1965)

L’expression n’était pas nouvelle : Nie Wieder Krieg! No More War! Plus Jamais de Guerre! Nunca Jamas Guerra! Nooit meer Oorlog! Aldrig mere Krig! On en a rêvé. On l’a dit et chanté dans toutes les langues. On a cru que c’était possible d’y arriver.

Et pourtant la guerre reprend toujours de plus belle. Aux yeux de toute la famille humaine qui en est maintenant informée en temps réel. Le carnage a une fois encore commencé par la volonté d’un seul homme. Et c’est pour le combat inégal entre David et Goliath. Nous sommes les témoins, ébahis et impuissants, d’un combat singulier qui n’aurait jamais dû avoir lieu. La raison du plus fort sera-t-elle encore une fois la meilleure?

Partout on se met en prière. On lève les bras vers le Ciel. On prend parti. On se désole. On prédit le pire pour l’Ukraine. On ne s’attend à rien de bon pour la Russie. On prévoit même le déclin accéléré et retentissant de Vladimir Poutine. Ne serait-ce là qu’une pensée magique ?

Le président Poutine a vu son mandat sans cesse prolongé, même si, souvent, il a semé la terreur dans son pays. Il a le profil d’un dictateur. Il en a la manière. Personne n’ose ou ne peut le contester. Si jamais quelqu’un ose lui tenir tête, l’homme a tous les moyens pour le faire taire.

Il nous reste à persévérer dans la prière. Nous pouvons aussi appuyer toutes démarches pour calmer le jeu, appeler au dialogue, cesser le feu. Tous les gestes de solidarité pour la paix sont les bienvenus. Les gestes aussi de compassion pour l’Ukraine, l’aide matérielle, les secours direct et indirect.

Au fond, il n’y a rien de neuf sous le soleil. La guerre qui commence prend le relais de milliers de guerres, à plus ou moins grandes échelles, guerres parfois interminables, guerres larvées, guerres ouvertes, guerres civiles et guerres froides!

George W Bush s’en est allé en Afghanistan pour venger le 11 septembre. Il a répondu à la violence par la violence avec des effets épouvantables pour les Afghans et pour les soldats G.I. eux-mêmes. Le conflit a duré vingt ans. La guerre de Corée et celle du Viet Nam n’en finissaient plus. La cruauté était à l’œuvre sur les deux côtés du front. C’était peine perdue!

Hitler avait un rêve insensé dont il a cru trouver l’accomplissement dans un bain de sang. Napoléon avait déjà succombé aux mêmes tentations. Leurs folles ambitions ont ruiné leur pays et toute l’Europe. Les deux grandes guerres (1914-1918 et 1939-1945) ont permis l’émergence d’une idéologie politique qui s’est imposée largement en Europe de l’Est et dans toute la Chine. Cet équilibre marxistes – capitalistes est toujours présent, actif et divisif à souhait! Nous sommes trop dedans pour pouvoir en juger. L’avenir en fera le juste bilan.

L’histoire d’ailleurs nous révèle les malheurs de bien des guerres passées dont le sang a taché nos mains de « bien-pensants » et de complices. Rappelons-nous les autochtones des Amériques du Nord et du Sud, qui du 16e au 18e siècle, ont dû céder leur terre, leur identité et même leurs existences devant les avancées conquérantes de l’Espagne, de l’Angleterre et de la France, et dans une moindre mesure des Pays-Bas et du Portugal.  Toujours c’était une même ambition de pouvoir et d’avoir, la volonté de dominer, l’opportunité de piller, d’exterminer ceux qui contestaient, ceux qui vivaient en paix et qui n’avaient aucun intérêt à la guerre.

Espérons que le présent conflit entre la Russie et l’Ukraine nous serve de leçon. Veillons à ce qu’il ne dégénère pas. Travaillons sans relâche pour la paix, une paix durable, d’où pourront naître et s’affermir la justice et le respect entre tous les peuples de la terre.

 

Jacques Marcotte, O.P.

Québec, QC

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Le grand tintamarre!

Je me souviens d’un film à suspense d’il y a plusieurs années. L’enjeu dramatique du scénario était celui d’une poursuite routière bizarre. Un gros camion avec remorque poursuivait un pauvre automobiliste. Ce dernier se retrouvait soudainement pris à partie par le chauffeur du mastodonte. Le conducteur de l’auto faisait de son mieux pour échapper à la menace persistante du mystérieux camion. On le voyait passer de l’étonnement, à la surprise, puis à la peur et à la frayeur.

La poursuite s’annonçait, à la longue, comme étant sans merci. Le bolide jouait de la trompe, du parechoc à parechoc; il était prêt à toutes les acrobaties pour intimider sa victime, pour ne laisser aucun répit au voyageur qui ne demandait que la paix et la possibilité d’aller son chemin normalement.

La poursuite infernale ne révélait rien du mystérieux personnage assis au volant du camion. Ce dernier nous demeurait totalement invisible, énigmatique, bien caché dans son impénétrable cockpit.  Sa terrifiante monture lui servait de bouclier. C’était David contre Goliath! C’était la bête contre la belle!

Tout le thème du film tenait à cette poursuite entêtée, infernale, nous menant de surprise et surprise, de rebondissement en rebondissement. Jusqu’au dénouement que nous aurions dû prévoir : la fin tragique du camionneur fantastique qui, dans un ultime tournant, disparaît avec son bolide.  Une fracassante plongée dans le vide vient confirmer l’inanité et la vanité de cette poursuite, qui dès le début, s’annonçait comme gratuite et promise à un dénouement fatal. L’automobiliste s’en tirait avec beaucoup d’émotions, une peur extrême et des sueurs très froides, et avec un immense soulagement à la fin.

La longue marche des routiers vers Ottawa en janvier et leur jeu du chat et de la souris dans la Capitale fédérale nous ont donné cette impression d’un film déjà vu. On a voulu jouer du suspense et de la menace dans une grande scène qui risque d’apparaître finalement comme une aventure gratuite, sans objet, inutile.

N’y avait-il là rien d’autre dans ces longs cortèges que de vouloir montrer les poings, les bras et les dents, comme pour ajouter à l’embarras où nous sommes tous avec la pandémie? Sans rien amener qui soit utile dans les circonstances?  Ce n’est sans doute pas cela que ces hommes et ces femmes ont voulu faire : ajouter aux problèmes de la gouvernance nationale. Tout le monde veut certainement sortir de ce malheur où nous sommes tous collectivement concernés.

Mais peut-être nous fallait-il cette bien coûteuse distraction, assortie d’une parade colossale et impressionnante? Le ras-le-bol de plusieurs les a poussés à prendre les grands moyens pour s’exprimer. S’ils ont fait du bruit, c’était pour qu’on les entende. N’essayons donc pas de crier plus fort qu’eux. Soyons habiles! Écoutons-les! Ne les poussons pas dans le vide. Ce serait bien dommage. De si beaux et si utiles camions… et de si valeureux chauffeurs !

Fr Jacques Marcotte, O.P.

Québec, Qc

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Regards sur l’au-delà!

Le jour de Noël dernier, à la base de Kourou, en Guyane française, la fusée Ariane 5 emportait dans le ciel le télescope spatial géant James Webb pour une mission destinée à nous permettre un regard extrêmement profond sur l’univers astral. L’appareil très sophistiqué déploiera tranquillement ses instruments et leurs virtualités dans des conditions extrêmes de températures et de manutention. Nous espérons de cette aventure scientifique un regard jamais encore atteint sur un monde fascinant, à perte de vue! Nous obtiendrons bientôt des images inédites d’objets qui nous sont éloignés presqu’à l’infini du temps et de l’espace…

Qu’y a-t-il plus loin? Qu’y avait-il avant l’hypothétique Big Bang? Comment tout a pu commencer? À quoi nous attendre pour l’avenir? Voilà autant de questions plus philosophiques que physiques! Puisqu’il semble bien qu’il y aura toujours un au-delà de ce que nous voyons, toujours un avant de ce que nous découvrons. De quelle nouvelle antenne aurons-nous besoin pour percer le mystère de ce monde qui nous porte, qui nous emporte, qui échappe à toutes nos mesures et à nos théories les plus audacieuses?

Un bon nombre de nos contemporains voudraient limiter aux seules capacités humaines le droit et la possibilité d’arriver à des réponses complètes et définitives sur ces questions existentielles. Il leur semble que l’ère des approches religieuses et croyantes du mystère de l’univers physique et spirituel, dont nous sommes parties prenantes, est en train de céder la place aux considérations uniquement et strictement scientifiques. Nous serions enfin parvenus au stade d’une prise de conscience irréversible, selon eux : l’homme se suffirait à lui-même pour comprendre le monde.

Nous serions parvenus définitivement à l’époque des « lumières ». Fini le temps des religions et des légendes et des mythes et des écritures saintes! Mais, n’est-ce pas là se fermer à une collaboration possible, à des antennes utiles, dont il ne nous appartient pas de décider si elles sont valides ou pas. Et si c’était une question d’humilité, de sensibilité spirituelle, d’ouverture d’esprit, d’honnêteté intellectuelle? Qui a dit que la réalité devait se réduire à une froide et systématique observation des phénomènes, à des analyses fussent-elles les plus savantes? N’y aurait-il pas un langage autre qui risque de nous échapper, qui vient d’ailleurs, que nul télescope humain à lui seul ne peut capter?

Et s’il existait un autre monde? Totalement spirituel. Inaccessible à nos sens? Parfaitement libre et autonome? Qui n’aurait pas besoin de nous, à vrai dire? Mais qui aurait voulu, un bon jour, prendre initiative de nous rejoindre dans notre état d’humanité? Non pas pour envahir notre monde et le terroriser, mais pour le bonifier, pour l’aimer, l’habiter avec nous, le purifier, le racheter, le libérer, en l’illuminant d’un sens nouveau et d’une finalité augmentée à l’infini du surnaturel?

Et si c’était le chemin que Dieu avait choisi et décidé de prendre pour nous rejoindre? Nous parler? Nous révéler quelque chose de son Mystère? Nous inviter au dialogue? Nous donner d’être partenaires de sa béatitude, de la Vie intime de son être?

Le prologue de l’Évangile de Jean nous introduit dans cette grande perspective. Voici que Dieu lui-même s’est révélé. Il est venu au-devant de nous. Nos pensées les plus profondes, les plus sages, les plus subtiles n’arrivent pas à le trouver… tellement il est immense, infiniment grand. Or, c’est lui qui fait les premiers pas vers nous avec amour, avec tendresse, avec humilité même. Avec la plus grande patience!

Et si c’était la même attitude qu’il attend de nous et qu’il nous faudrait prendre pour le voir et le rencontrer? Oserions-nous déployer largement le télescope d’une Foi qui cherche, qui le cherche en toutes ses manifestions, dans le langage des Écritures, dans la foi de l’Église, dans la communion fraternelle, dans la nature, etc.? Pareille connaissance ne peut se concentrer que sur le miroir d’une âme déployée avec ferveur, humilité, sensibilité et amour. Voilà l’instrument adéquat que Dieu lui-même prépare en nous! C’est lui qui crée en nous cette capacité de le connaître, tel un puissant télescope venu de lui, qu’il nous prête pour scruter l’infini de son Mystère, celui de notre Grand Dieu et Père.

Fr Jacques Marcotte, O.P.
Québec, QC

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

De la discrétion de Noël

Les prophètes en avaient parlé. À mots couverts. L’air de parler d’autres choses. Ils étaient prudents. Il ne fallait pas le dire trop clairement. Pour ne pas embrouiller les gens. Pour ne pas trahir le message. Car Dieu avait les meilleures intentions au monde. Il rêvait de paix, de bonne entente, de justice et d’amour. Et les hommes s’arrangent toujours pour mettre de la bisbille partout. Les plus nobles projets finissent souvent par connaître quelques dérives qui les dénaturent. Vérité, liberté, égalité. Que de crimes on a commis au nom de ces valeurs hautement louables par ailleurs!

Il fallait donc être discret. C’est une bonne chose que le silence. Cela nous évite bien des maladresses, bien des malheurs. Au fond nous sommes bavards et nous aimons trop parler. Nous voulons nous prononcer sur le tout et sur des riens. Nous disons, par exemple, des choses à quelqu’un, et c’est le jeu du téléphone qui est parti! Les phrases ne nous appartiennent plus. Elles partent sans nous; sans toujours apporter avec elles le fond de notre pensée. Elles partent sans les nuances que nous voudrions ajouter qui rendraient le message plus crédible, plus justifié, plus acceptable. Mais hélas, la parole est partie; elle prend les humeurs de chacun en route. Elle passe de l’un à l’autre, prenant la fièvre à son passage chez l’un, attrapant un virus à son passage chez l’autre. Et le discours se charge de malfaisance et devient un contaminant incontrôlable comme un certain virus du début des année Vingt.

Mais Dieu n’allait pas se taire pour autant. Son silence pesait trop sur cette humanité déjà malade d’un péché remontant presqu’aux origines. Il fallait que le Seigneur se décide enfin à parler clair. Sa Parole avait fait le monde et créé l’homme et la femme à son image. Pour leur guérison, il allait inoculer dans le monde le vaccin de sa parole vivante, de son propre Fils.

Avec d’infinis précautions, la Parole en personne est donc venu au monde chez nous. Une jeune femme fut choisie entre toutes les femmes pour porter cet enfant de notre chair et le fruit de l’Esprit Saint. Totalement homme. Totalement Dieu. Un prodige d’équilibre! Un mystère pour le monde! Voilà la mystérieuse Parole qui depuis lors nous est dite!

Noël, tellement discret que plusieurs n’y voient que les belles lumières, les cadeaux, les jouets, les festivités. Sans trop savoir pourquoi on y revient chaque année. Dieu serait-il trop discret? N’y a-t-il pas lieu d’en parler plus? Comment dire davantage la vérité de Noël?

Or, notre discours sur Noël se heurte au mur de silence dans lequel notre société sécularisée cherche à l’enfermer. Noël n’aurait plus de sens. Il ne serait pas recevable tellement il dérange. Tellement il nous transporte ailleurs que dans nos préjugés et nos refus de croire; ailleurs que dans notre vision fermée, terre-à-terre et rétrécie, d’un monde cantonné dans sa science et ses technologies avancées. Un monde qui affiche haut et fort qu’il n’a pas vraiment besoin de Dieu et de Noël. Il le dit tellement qu’il arrive à défigurer Noël, à lui enlever son sens, sa pertinence. 

Patiemment Dieu saura bien reprendre sa pédagogie et nous ramener à la merveilleuse réalité de la Nativité de son Fils dans le monde. Ne serait-ce pas à nous, les croyants, de recevoir et de vivre Noël pour ce qu’il est vraiment? N’est-ce pas à nous d’en témoigner par des paroles et des gestes fidèlement accordés au grand Mystère d’amour, de miséricorde et de solidarité que Dieu veut exprimer par la joyeuse et si discrète venue au monde de son Fils bien-aimé?

Fr Jacques Marcotte, O.P.

Québec, Qc

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Courir contre la montre!

Depuis tout ce temps qu’on en parle… l’environnement, les changements climatiques, notre maison commune, la Terre! Avons-nous vraiment à cœur son destin? Les tendances dangereuses observées par des experts depuis quelques décades nous inquiètent. Mais nous ne sommes pas tous convaincus de l’urgence qu’il y a de réagir et d’agir immédiatement.

Il y a ceux qui sont sceptiques. Selon eux, la terre est tellement immense que nous serions pour bien peu dans ce qui pourrait influencer le cours de son évolution. Les variations climatiques ne dépendraient pas de nous. Nous n’y pourrions rien ni dans les causes ni dans les remèdes. Nous n’aurions qu’à bien savoir nous adapter aux effets et à nous préparer tranquillement à disparaître. Les grands bouleversements qui s’amènent ne sont d’ailleurs pas les premiers!

Ce n’est pas ce que pensent et disent les plus perspicaces observateurs. Il est bien prouvé que les activités humaines sont responsables d’émissions gazeuses qui polluent l’atmosphère et produisent des effets de réchauffement sur notre planète. C’est cette hausse des températures qui nous acheminerait directement et rapidement vers une catastrophe. Beaucoup d’êtres vivants actuels ne pourront supporter les variations de température qui s’annoncent. Les humains eux-mêmes sont gravement menacés dans leurs habitats, leurs ressources alimentaires, leur santé, leurs capacités de survie, etc.

Face aux activités et habitudes humaines qui sont massivement responsables de ces pollutions atmosphériques et matérielles, nous n’avons pas tous les mêmes réflexes. Il y a ceux qui voient leur intérêt dans le statu quo, aux divers plans du commerce, des finances, de la politique. On peut penser qu’ils vont tout faire pour échapper aux pressions qui les pousseraient à changer leurs habitudes. Ils vont continuer de consommer du pétrole, du gaz et du charbon. Et tout le monde sait que les énergies fossiles génèrent inévitablement de l’oxyde de carbone. Il est bien difficile d’arrêter la machine. Il y a tout un lobby qui n’hésitera pas à recourir à tous les moyens possibles pour influencer les leaders nationaux de façon à pouvoir infléchir leurs décisions et leurs politiques dans un sens qui lui est favorable.

Ceux qui n’ont que leur petite sécurité à protéger sont-ils prêts à payer le prix des redressements nécessaires? Accepteront-ils les aménagements nouveaux qu’il leur faudrait réaliser dans leurs habitudes de vie?

Nous comprenons vite la complexité de la situation. Nous sommes devant un ensemble de facteurs qui ont bien l’air de nous dépasser, mais sur lesquels nous pouvons agir nous aussi, même si c’est bien peu à la fois. Personne ne devrait en être exempté. C’est tous ensemble qu’il nous faut travailler sur le long terme. Ce n’est pas demain que nous verrons les effets de nos redressements à l’échelle domestique. Mais il ne faut pas attendre. Demain il sera certainement trop tard.

Il est urgent de nous mettre à l’écoute des connaisseurs, des spécialistes, de ceux qui prennent au sérieux l’écologie terrestre et les recherches environnementales. Tous il faut nous mettre de la partie de façon à multiplier les gestes qui vont dans le sens d’une protection de nos forêts, de nos milieux humides, de nos parcs, de nos milieux urbains et ruraux. Une nouvelle culture finira bien par s’imposer, celle qui nous fera créer à tout prix partout de l’énergie propre. C’est une histoire de prises de conscience, de sensibilité nouvelle, de mises en œuvre effectives, à toutes les échelles : personnelles, domestiques, urbaines, régionales, nationales, universelles. Il revient à tous, et à chacun de nous, de prendre soin de notre maison commune!

Fr Jacques Marcotte, O.P.
Québec, QC

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Synode partout!

C’est dans une ambiance particulière que nous entamons cette nouvelle année avec la rentrée automnale. Nous avons l’impression de tourner la page. Avec derrière nous l’autre monde, celui de la Covid, celui d’avant la Covid, l’ancien monde de nos impasses, de nos succès mitigés, de nos insatisfactions chroniques. Nous avons compris depuis longtemps que nos gloires passées ne sont pas garantes de réussites futures. Tout compte fait, nous sommes à pied d’œuvre pour faire du neuf, pour travailler mieux, pour produire davantage de satisfaction et de bonheur.

C’est dans cette perspective d’un chantier en relance que je m’interroge sur nos méthodes et nos habitudes profondes. On nous dit beaucoup que rien ne sera plus pareil, que nous avons la chance et le devoir de faire du neuf, de faire autrement tout au moins. Bien sûr, nous sommes en processus créatif depuis le commencement du monde, depuis, plus spécialement, que l’intelligence, le cœur et l’esprit humains sont à l’œuvre. Nous avons le mandat de créer depuis nos origines!

Mais, nous sommes un peu paresseux de nature, nous aimons bien marcher dans les sentiers battus, avancer sur notre erre d’aller, nous installer dans quelques bonnes habitudes. Surtout quand il nous faudrait fonctionner à plusieurs, nous entendre sur des conventions et protocoles, sur des façons de faire. Et roule alors la machine de la plus harmonieuse manière! Vogue la galère à bout de bras et de sueurs!

Mais alors, comment inventer? Comment réagir et faire du neuf? Comment faire autrement? Faudra-t-il toujours quelques besoins criants, quelques bonnes chicanes, quelques accidents de parcours, qui nous obligent, qui changent les repères, les paramètres, les algorithmes. Ou bien nous faudra-t-il quelque leader charismatique, quelque gourou illuminé… irrésistible? Ou bien faudra-t-il changer pour changer, succomber à la maladie du changement, de façon compulsive, impulsive? Et alors ce pourrait être l’aveugle qui risque de mal guider un autre aveugle. N’irions-nous pas tous les deux tomber dans un trou?

Et si notre approche du futur était résolument prospective, concertée, négociée, parlementée? Si nous étions à l’écoute du réel, des évènements, des appels et des signes? Si nous savions délier et respecter la parole de l’un et de l’autre, et nous donner de bien nous entendre les uns les autres?  Si nous savions mieux prendre le temps de mûrir les sujets, de les discuter, de les analyser?

Loin de nous paralyser, il me semble que pareille démarche ferait de nous les bâtisseurs d’une communauté vivante. Où chacun, chacune est important, où personne n’est laissé pour compte. Il me semble que nous pourrions mieux nous approprier la suite du monde collectivement; nous donnerions sa chance à l’Esprit-Saint de se glisser dans nos cœurs, âmes et consciences pour faire l’unité, faire de nous le Corps du Christ. Ce serait l’Église vivante!

C’est ce que je comprends de la démarche de réflexion que veut engager le Synode sur la Synodalité, qui se met en route présentement dans un va-et-vient, un aller-retour de consultations et de propositions à l’échelle de l’Église catholique « universelle ».

Tant mieux pour la grande Église qui en deviendra plus elle-même dans le Christ! Mais cet exercice, il nous faut le vivre aussi à tous les niveaux, à toutes les échelles de nos existences collectives. Savoir nous remettre en question par des ateliers d’auto-critique, de partage d’idées, d’écoute et de confrontation, pour un consensus, pour un ralliement au bout d’une patiente et laborieuse recherche. En donnant du temps au temps. En nous responsabilisant tous et chacun. Nul n’est une île. Il nous faudrait consentir jusqu’au bout à la vertu du dialogue et à l’exercice de la démocratie. C’est ainsi que je voudrais voir notre avenir, plus concerté, plus véritablement humain. Celui que nous pourrions vivre en connivence, en communion avec l’Esprit du Seigneur. Et tout ça serait Évangile, Bonne Nouvelle pour les hommes, les femmes et les enfants d’aujourd’hui et de demain!

Jacques Marcotte, O.P

Québec, QC 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Un pays à rêver! Une Cité à bâtir!

On nous dit que c’est notre chance. Que nous vivons en démocratie. Nous avons l’opportunité de pouvoir voter. Le privilège de choisir. La liberté d’être ce que nous sommes. L’avenir est entre nos mains.

Or, des élections, il y en a partout cet automne et l’an prochain, au Québec, au Canada, en France, tout au moins. L’heure approche chez nous de ces grands sondages périodiques, pour des décisions collectives à prendre, tant au niveau municipal que provincial et national.

En réalité, qu’en est-il chez nous comme ailleurs de ces exercices? Nous prêtons une oreille souvent distraite à ces campagnes électorales qui n’en finissent plus. Peu de leurs thèmes nous passionnent. Lassés de les entendre en boucle, peut-être avons-nous le réflexe de syntoniser un autre canal à la radio ou à la Télé? C’est oui, pour le sport, ou la musique, ou telle série! Oui pour n’importe quoi d’autre que le toujours pareil-au-même des mises à jour quotidiennes de la couverture médiatique des chefs de partis.

Car en politique c’est un peu toujours la même chose. On est prudent. Il ne faut surtout pas glisser sur quelque pelure de bananes. On en devient ennuyé ou cynique. Chacun veut tellement gagner. Pour y arriver, il se croit obligé de taper fort sur la tête de l’adversaire. Cette victoire bien éphémère paraît hélas plus importante que celle de bien faire valoir ses propres options, ses orientations profondes, son bilan, son projet, sa propre performance.

Pendant que des bénévoles se désâment dans le porte-à-porte et les appels téléphoniques, pendant que les aspirants députés se démènent dans une stratégie compliquée de contacts ciblés, les grands chefs se gonflent le torse pour bien paraître, pour impressionner, pour séduire lors des quelques heures d’antennes qui leur seront données sur les grands réseaux nationaux.
Tout cela est nécessaire peut-être et sans doute incontournable. Mais c’est beaucoup la parade, le folklore électoral. C’est l’accessoire. Le plus important et le plus intéressant, ce n’est pas cela. C’est bien autre chose! C’est le fond des choses.

Ce qui compte pour chacun, ce devrait être sa réflexion et sa recherche personnelle. C’est le sérieux qu’il y met. Ce sont les conversations de chacun avec ses amis, ses proches, sa famille. C’est l’opinion que tranquillement chacun peut se faire. Ce sont les débats publics et particuliers qui se vivent et les remontées qui se dessinent. Une décision intime finalement arrêtée dans l’esprit de chacun. Vouloir le meilleur pays possible. Vivre un rapport de confiance avec l’un ou l’autre des partis. Se mettre d’instinct à l’unisson de tous les gens de bonne volonté de telle région, de telle province, de tout le pays, qui cherchent le meilleur, le veulent et le décident en vue de rendre possible un mieux vivre ensemble.

Et c’est ainsi que tranquillement, on peut l’espérer, se construira l’unité, le modèle recherché, le pays rêvé pour demain. Un monde plus humain, qui sera à l’image d’un peuple, à l’image de Dieu lui-même.
Fr Jacques Marcotte, O.P.
Québec, QC

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Pauvre Canada! À qui la faute?

La fête nationale des Canadiens a revêtu cette année, on l’a dit, un caractère d’ombres, de tristesse et de deuil. Sans doute cela tenait-il à l’immense tribut qu’il nous a fallu payer à la Covid-19 qui nous tient depuis un an et demi. Heureusement cependant nous avons tous travaillé fort et les instances gouvernementales ont investi beaucoup dans cette incontournable priorité qu’était la lutte contre le virus et la pandémie. Il faut applaudir à la merveilleuse collaboration de nos services de santé et de tous les préposés à la sécurité, aux communications et aux divers services de soutien à la population dans cette lutte titanesque.

Il est cependant un autre dossier qui s’est développé depuis plusieurs années et qui prend de l’ampleur et de l’acuité depuis quelques mois. Il s’agit de la question autochtone, du « mystère » des pensionnats, de la mort inexpliquées de jeunes enfants, dont on découvre soudainement les restes dans des cimetières aux alentours de maisons attitrées autrefois aux enfants autochtones.

Nous savons d’emblée que le sujet est délicat et complexe. Bien sûr, nos sympathies vont d’abord aux familles éprouvées par des disparitions dont elles n’étaient même pas informées. Nous comprenons la souffrance vécue tout au long des nombreuses années où cette approche éducative « résidentielle » était à l’honneur, encouragée, soutenue et voulue par les gouvernements du Pays.

Si on y pense un peu, on imagine facilement tout ce que cette mise en œuvre des pensionnats pour enfants autochtones a pu impliquer : repérage des villages amérindiens à favoriser, interventions auprès des populations amérindiennes et inuits, établissement d’un plan d’action par mode de traités, de persuasion, de législation. Il fallait de lourds investissements pour le transport, la construction d’édifices, l’engagement de communautés religieuses disponibles et volontaires pour assurer l’encadrement, le soutien pédagogique, le fonctionnement des pensionnats. On sait bien que la supervision, la surveillance, le contrôle et le financement de ces entreprises, appelées à durer dans le temps, relevaient du gouvernement fédéral.

Sans vouloir faire le procès de quiconque, on peut penser que tout n’était pas machiavélique dans cette entreprise. C’était sans doute vu comme étant la bonne façon d’aider les pauvres « petits amérindiens ». Mais il nous apparaît certain que ce n’était pas une bonne idée, du moins dans l’état où nous sommes présentement dans nos considérations concernant ces biens fondamentaux que sont la culture, les traditions, la liberté et la responsabilité des parents, les droits humains, la liberté religieuse, etc. Les idéologies qui prévalaient à l’époque, et successivement depuis le milieu du 19e siècle, ne tiennent plus la route en 2021, et même depuis les années 1960. Toute notre approche humanitaire a complètement changé aujourd’hui.

C’est avec ce que nous vivons présentement que nous jugeons autrefois, sans nous préoccuper de retrouver les contextes, d’identifier les vrais coupables, de montrer du doigts les grands responsables.

Il m’est arrivé souvent, au cours des années 1970, et jusqu’en 1980, d’aller passer du temps dans des réserves indiennes de l’Ouest canadien, notamment au Manitoba, en Colombie-Britannique, dans les Territoires du Nord-Ouest (Repulse Bay). Lors de ces tournées, j’ai vu beaucoup d’isolement. Il fallait aller longtemps par d’immenses étendues de terres et de lacs pour rejoindre, par avion léger, ces populations regroupées en petits villages. Des missionnaires Oblats, avec qui j’ai alors causé, m’ont parlé des problèmes qu’ils rencontraient dans les Réserves. Mais j’ai vu aussi, sur le terrain, tellement de belles attitudes humaines de confiance, d’entraide et d’amitié! Et quelle merveille c’était de voir les enfants en ces aires protégées de liberté et d’apprentissage de la vie! L’idée de pensionnats pour eux n’était pas appropriée. J’en ai eu alors la preuve. Le risque était trop grand d’éteindre ces jeunes, de les déraciner, d’en faire des « petits blancs » à notre image alors qu’ils avaient chez eux l’essentiel pour être heureux, la joie, la paix, la liberté, la vie.

L’Église, par le truchement de communautés religieuses, a rendu de précieux services dans ces maisons-là. Elle a contribué à mettre en ces lieux de l’âme, de la charité, du dévouement, de bons enseignements. Mais n’était-ce pas aussi trop difficile? N’était-ce pas un défi trop grand? Un danger? Un piège? Dommage que ne se soit pas levé quelqu’un en autorité qui aurait eu le bon sens et la force de dénoncer cette formule. Ne fallait-il pas arrêter au plus tôt ces « camps de mort »? Pourquoi ne s’est-il pas trouvé un gouvernement pour s’engager à fond dans une réforme de l’injuste loi sur les Indiens?

Si seulement la prise de conscience et les débats actuels nous amenaient à travailler rapidement sur une réforme, en profondeur, de notre rapport avec les premières nations, nous en oublierions vite les excès et les fausses accusations des prises de parole qui ont cours dans les médias!

Il ne faut pas nous excuser d’avoir fait notre possible. Nous n’avons pas à demander pardon d’avoir prié, d’avoir servi avec dévouement, d’avoir investi le meilleur de nous-mêmes dans une vie religieuse sincère et tout offerte à Dieu et aux jeunes autochtones. S’il faut nous excuser, c’est en reconnaissant notre part collective malheureuse et naïve aux décisions premières de nos chefs d’état. Il faut nous désolidariser de toutes politiques assimilatrices. Il nous faut rompre avec ceux qui n’ont pas vu clair, qui n’ont pas réfléchi, qui ont eu des calculs égoïstes au dépens de ces frères humains qui comme nous tous rêvaient de bonheur, de fidélité, d’amour, de miséricorde et de liberté.

Fr Jacques Marcotte, O.P.

Québec, QC

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