Archives pour la catégorie Parole et vie

Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour la Sainte Trinité (C)

Un Dieu proche !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 16, 12-15)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
    Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière.
En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :
mais ce qu’il aura entendu, il le dira ;
et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
    Lui me glorifiera,
car il recevra ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître.
    Tout ce que possède le Père est à moi ;
voilà pourquoi je vous ai dit :
L’Esprit reçoit ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître. »

Commentaire

Des fois on se dit que parler de la Sainte Trinité, c’est difficile et compliqué. Que Dieu est un mystère! Qu’’il n’est pas à notre portée. Et que ce que peuvent en dire les philosophes et les théologiens, ça nous passe par-dessus la tête. Leur langage souvent est abstrait; il embrouille plus qu’il éclaire; parler de Dieu et le connaître, serait-ce réservé aux savants?

Et si Dieu, lui, avait voulu nous rejoindre autrement, d’une façon plus simple, plus à notre portée? En prenant lui-même l’initiative de s’approcher de nous? La tradition chrétienne nous apprend en effet comment Dieu s’est révélé progressivement – humblement et discrètement – à travers la foi et la vie de personnages comme Abraham et Sara et leurs descendants; puis s’adressant à Moïse, il en a fait le chef et le sauveur de ces descendants réfugiés en Égypte, et maltraités là-bas. C’est ainsi qu’une longue histoire s’est déroulée où les sages, les prophètes, les priants ont témoigné de ce Dieu d’alliance, qui préparait un accomplissement formidable des promesses faites depuis les débuts.

Dieu lui-même, voulant nous rejoindre et se faire proche, est venu chez nous en personne. Il s’appelait Jésus de Nazareth. Il s’est manifesté en lui comme un être de paix et d’amitié, d’une grande bonté. Jésus se disait l’envoyé du Père; il avait pour chacun, chacune des paroles de réconfort, de compassion, de réconciliation; une force de guérison se dégageait de lui. Il est allé à l’extrême du don de lui-même. Il a souffert la passion, il est mort sur la croix. Mis au tombeau, il est ressuscité. Retourné auprès du Père, il a voulu, dans l’Église qu’il a fondée, prolonger son action et sa présence auprès de notre humanité. Cette présence, elle demeure active pour nous dans les sacrements, et notamment dans le sacrement de l’Eucharistie, le sacrement par excellence où Jésus se livre à nous dans ce qu’il y a de plus expressif de son amour, le don qu’il nous a fait jadis de lui-même. Car, maintenant, notre porte d’entrée chez Dieu, c’est le Christ. En lui le Père, nous appelle et nous parle. C’est en lui, dans la communion de l’Esprit, que nous avons rendez-vous pour déjà savourer les prémices du bonheur promis.

La Trinité, nous pouvons la vivre du dedans, comme dans une merveilleuse famille à laquelle il nous serait donné d’appartenir. C’est une expérience d’amour que nous pouvons vivre, une intime et intense communion avec Dieu. « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe, dit le Seigneur. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » Or quand le Seigneur s’amène dans notre vie, ils sont trois déjà qui nous tiennent compagnie. Ils viennent faire chez nous leur demeure, si nous sommes fidèles à leur consigne, qui est de nous aimer les uns les autres. À nous d’ouvrir notre cœur aux autres et d’appeler ainsi à force  d’amour la divine présence du Seigneur.

Saint Paul dira même que « l’amour de Dieu a déjà été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » Faisons donc honneur à ce don précieux! Aimons-nous les uns les autres et laissons-nous ainsi aimer par Dieu! Qu’il vienne chez nous à demeure, pour qu’un jour nous puissions aller demeurer chez lui pour toujours.

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Homélie pour la Pentecôte (C)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 15-16.23b-26)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Si vous m’aimez,
vous garderez mes commandements.
    Moi, je prierai le Père,
et il vous donnera un autre Défenseur
qui sera pour toujours avec vous.
    Si quelqu’un m’aime,
il gardera ma parole ;
mon Père l’aimera,
nous viendrons vers lui
et, chez lui, nous nous ferons une demeure.
    Celui qui ne m’aime pas
ne garde pas mes paroles.
Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi :
elle est du Père, qui m’a envoyé.
    Je vous parle ainsi,
tant que je demeure avec vous ;
    mais le Défenseur,
l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom,
lui, vous enseignera tout,
et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

L’Esprit : comme un feu qui ne s’éteint pas!

Il y a trois ans, à pareille date, nous étions encore sous le choc d’une terrible catastrophe survenue en Alberta. Les immenses feux de forêt ont alors bien failli emporter toute la ville de Fort McMurray. Le vent et les flammes étaient de connivence pour tout brûler sur des surfaces considérables. Pendant plusieurs jours, la situation était hors de contrôle. Il a fallu procéder à des évacuations massives. Quantités de résidences furent détruites. Tout le monde devait s’exiler vers le sud, vers les endroits jugés plus sécuritaires.

Le feu et le vent. Des forces mystérieuses! Dont la puissance peut être énorme. Ces éléments peuvent être destructeurs, mais ils ne le sont pas nécessairement. Sans minimiser l’ampleur des dégâts à Fort McMurray, on a pu constater avec admiration que ces évènements ont suscité beaucoup de compassion, d’héroïsme, de solidarité, des gestes inédits de partage et d’entraide. Il n’y a vraiment pas lieu de souhaiter revivre pareille épreuve, mais nous avons de quoi nous émerveiller devant toute l’action humanitaire et la générosité déployée dans ces circonstances difficiles.

Aujourd’hui nous retrouvons le vent et le feu dans le récit de la première Pentecôte. Il nous est dit qu’« Il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent; qu’ils virent apparaître comme une sorte de feu ». Sans doute de quoi attirer l’attention. Mais il n’y a rien là qui vise à détruire ou même à faire peur. « Alors les disciples furent tous remplis de l’Esprit Saint ».  L’Esprit, associé aux deux éléments du feu et du vent, donne à chacun d’être compris, d’entendre ce qui est dit dans sa propre langue. L’Esprit est donné pour une expansion de la parole, pour une œuvre de lumière et de communion, pour une proclamation qui rejoint et qui rassemble des gens de partout. C’est un grand vent de changement qui s’amène. Le feu de l’Esprit apporte lumière et ferveur dans les cœurs pour l’accueil d’un  message qui suscite foi, conversion et engagement.

L’Esprit de Pentecôte est d’abord missionnaire. Il est donné pour l’expansion et la diffusion de la Bonne Nouvelle. Pour un élan qui se confirmera avec le voyage prochain de la Parole dans les divers pays de la Turquie, de la Grèce et jusqu’à Rome. Et c’est déjà la mise en place d’une chaîne ininterrompue amenant l’Évangile jusqu’ici, jusqu’à nous.

Par ailleurs la fête de la Pentecôte affirme un autre trait de l’action de l’Esprit Saint. C’est ce dont nous parlent la lettre de Paul aux Romains et l’Évangile de Jean. Il est écrit que l’Esprit travaille en-dedans de nos cœurs, qu’il nous fait saisir et nous rappelle le message du Christ; qu’il nous donne d’intérioriser l’amour du Seigneur et de nous aimer les uns les autres. C’est un Esprit de Paix, de Pardon, de Communion. L’Esprit anime les cœurs et les tourne volontiers les uns vers les autres dans les attitudes de la charité. L’Esprit donne à chacun de témoigner d’un Dieu qui est Amour, d’un Dieu qui nous aime le premier et qui nous fait entrer en communion avec lui, entre nous.

C’est cela la Pentecôte : la fête du Don de l’Esprit. L’Esprit qui répand la Parole, la pousse vers des terres nouvelles d’humanité. L’Esprit dispensateur d’une âme missionnaire dans l’Église. L’Esprit aussi qui réchauffe les cœurs et les console, et qui les fortifie intérieurement, l’Esprit de liberté, l’Esprit de mémoire et de fidélité.

En cette Eucharistie où l’Esprit agit avec puissance pour rendre vive en notre assemblée la mémoire du Seigneur Jésus ressuscité, qu’il nous soit donné de faire plus encore communauté sainte et d’entrer en plus intime communion avec un Dieu d’amour et de si belle humanité.

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Homélie pour l’Ascension du Seigneur

Ne me quitte pas

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 17, 20-26)

En ce temps-là,
les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint,
    je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là,
mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi.
    Que tous soient un,
comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi.
Qu’ils soient un en nous, eux aussi,
pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
    Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée,
pour qu’ils soient un comme nous sommes UN :
    moi en eux, et toi en moi.
Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un,
afin que le monde sache que tu m’as envoyé,
et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.
    Père,
ceux que tu m’as donnés,
je veux que là où je suis,
ils soient eux aussi avec moi,
et qu’ils contemplent ma gloire,
celle que tu m’as donnée
parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
    Père juste,
le monde ne t’a pas connu,
mais moi je t’ai connu,
et ceux-ci ont reconnu
que tu m’as envoyé.
    Je leur ai fait connaître ton nom,
et je le ferai connaître,
pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux,
et que moi aussi, je sois en eux. »

Commentaire

Le mystère de l’Ascension du Seigneur a de quoi nous émouvoir quand il nous revient comme une fête chaque année. Il éveille, bien sûr, un sentiment de joie à la pensée que Jésus est glorifié, qu’il est maintenant élevé à la droite du Père. Mais nous sommes tristes aussi de considérer qu’il n’est plus là comme avant, comme lorsqu’il était au milieu des premiers disciples.

Le Seigneur, lui, n’a pas voulu que nous pleurions son départ. S’il est monté vers le Père, c’est qu’il est allé nous y préparer une place. Il a promis qu’il reviendrait nous prendre pour nous conduire en cette demeure, et qu’en attendant, il nous enverrait l’Esprit Saint, le Consolateur,pour nous réconforter, nous accompagner, nous conseiller. L’Esprit nous fait saisir le sens et l’importance de ce que le Christ a fait pour nous, pour que nous puissions en vivre et en parler.

Car Jésus, en nous quittant, ne nous laisse pas attendre passivement son retour. Il insiste sur le témoignage que nous devons lui rendre dans le monde. Il a fait des premiers disciples les témoins de cette bonne nouvelle retransmise jusqu’à nous et qui a une si grande conséquence pour l’avenir du monde : nous sommes aimés de Dieu, dans le Christ nos péchés sont pardonnés, « C’est avec pleine assurance que nous pouvons entrer au sanctuaire du Ciel grâce au sang de Jésus », dit la lettre aux Hébreux.   

Le mystère de la mort et de la résurrection du Christ a de quoi remplir d’espérance et de paix les hommes et les femmes du monde entier. Ce message précieux nous est confié. Il est urgent de proclamer cette bonne nouvelle qui concerne tout le monde.

J’aime bien me représenter la mission qui est la nôtre sur le mode de l’amitié.  Nous avons tous un ou des amis; quelqu’un avec qui nous avons des affinités particulières; quelqu’un que nous avons plaisir à rencontrer. Avec qui nous avons vécu de belles choses dans le passé. Il y avait alors entre nous une belle complicité, une communion de pensée, de goût, de projet. Nous lui devons beaucoup. Supposons que cette personne doive partir en voyage, s’éloigner de nous. Une grande distance physique peut alors nous séparer, mais il reste en moi des traces de cet ami. J’y pense souvent. Chaque fois que je fais quelque chose, je me dis que, si mon ami était là, il dirait ceci, il ferait cela. Je me guide sur ce qu’il me dirait. Il est présent en moi. C’est heureux cette bonne influence qu’il a ainsi sur moi!  J’y trouve une source de joie, de réconfort, de lumière sur ma route.

C’est comme cela avec le Christ monté au Ciel. Il est parti vers le Père, mais il demeure dans nos cœurs. Son Esprit est en nous, qui nous rappelle ses paroles, son désir, son amour. Cet Esprit nous console de son absence. Il nous garde en fidèle amitié avec Jésus, dans la joie. Il nous rappelle ses paroles et donne le goût de parler de lui aux autres. Comme on parle avec plaisir d’un grand ami absent. L’Esprit fait ainsi notre bonheur et nous donne de témoigner du Christ et d’accomplir la mission  qu’il nous a confiée à tous et à chacun en Église.

L’Ascension du Seigneur est donc pour nous l’occasion d’un rappel de sa présence intime et amicale à nos vies, rappel de cette mission qu’il nous a confiée, qui nous engage d’abord chacun et chacune à vivre dans la grande espérance qu’il nous donne et qui est déjà en nos vies charitéet paix. Le Seigneur lui-même revit ainsi en nous chaque jour son propre mystère d’amour, son Esprit Saint produisant les effets de Pâques dans nos vies personnelles et communautaires pour le salut de tous. 

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Homélie pour le 6e Dimanche de Pâques

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean  (Jn 14, 23)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Si quelqu’un m’aime,
il gardera ma parole ;
mon Père l’aimera,
nous viendrons vers lui
et, chez lui, nous nous ferons une demeure.
    Celui qui ne m’aime pas
ne garde pas mes paroles.
Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi :
elle est du Père, qui m’a envoyé.
    Je vous parle ainsi,
tant que je demeure avec vous ;
    mais le Défenseur,
l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom,
lui, vous enseignera tout,
et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.

    Je vous laisse la paix,
je vous donne ma paix ;
ce n’est pas à la manière du monde
que je vous la donne.
Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé.
    Vous avez entendu ce que je vous ai dit :
Je m’en vais,
et je reviens vers vous.
Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie
puisque je pars vers le Père,
car le Père est plus grand que moi.
    Je vous ai dit ces choses maintenant,
avant qu’elles n’arrivent ;
ainsi, lorsqu’elles arriveront,
vous croirez. »

COMMENTAIRE

« Ma paix, je vous la donne »

À mesure que nous nous éloignons de la fête de Pâques, la liturgie fixe de plus en plus notre attention sur notre sort à nous, les croyants. D’abord nous avons contemplé le mystère du Ressuscité lui-même. Sa victoire sur le mal et sur la mort. C’était la joie de Pâques avec tous les alléluias possibles!  Déjà ce jour-là pourtant nous avions compris que, par le baptême, nous étions associés organiquement au  Vivant de Pâques, le Christ Sauveur, pour l’engagement de nos vies à sa suite et pour un passage à vivre nous aussi, une participation à sa victoire sur le mal et sur la mort dans nos existences présentes.

La fête de  l’Ascension prochaine, même si elle va souligner le triomphe définitif du Christ élevé à la droite du Père, suggère le temps de son absence. Il va nous laisser apparemment seuls pour relever le défi de la foi dans un monde où ce n’est pas toujours facile de vivre l’Évangile et notre condition de baptisés au nom du Christ Jésus.

Or, aujourd’hui, en ce 6e dimanche de Pâques, le Seigneur anticipe avec nous la suite; il nous donne des consignes pour tenir dans cette marche où nous sommes engagés; il a des paroles pour nous qui sommes en pleine traversée, affrontant  les tempêtes et les chemins difficiles de nos vies et le risque de faiblir et de nous perdre.

Le Seigneur nous redit qui nous sommes, nous qui avons cru en lui et qui avons vocation et mission de témoigner de lui. Il nous confirme dans notre identité spirituelle, pour que nous ne perdions jamais de vue ni de pensée quelle merveille nous sommes en Église, en cette communauté sainte, son épouse bien-aimée. Il nous rappelle combien précieux nous sommes à ses yeux et jusqu’à quel point il nous aime et veille sur nous.

Il nous rappelle que nous disposons de puissantes ressources. Comme une bonne maman qui, lors de la première sortie de son enfant pour une excursion ou un voyage avec des amis, s’occupe de lui fournir en surabondance tout ce qu’il lui faut pour cette activité, le Seigneur nous a donné de quoi nous nourrir, nous restaurer, nous orienter, nous rassembler, pour tenir notre place, pour avancer sains et saufs jusqu’à lui.

Rappelez-vous, nous dit-il, au printemps de l’Église quand mes apôtres étaient encore à Jérusalem, et qu’il y a eu cette dispute au sujet de ce qui devait être demandé aux païens convertis. Comment vous vous en êtes sortis en appel à l’Esprit Saint que je vous ai promis. Vous l’avez prié. Vous l’avez écouté. Vous avez trouvé avec lui la voie juste pour que tout le monde puisse vivre et avoir sa place dans mon Église.

Rappelez-vous le temps des persécutions et des martyrs. Comment j’ai revêtu de force mes témoins. Eux qui ont professé la foi et l’espérance chrétienne devant les tyrans. Ma victoire s’est rendue visible aux yeux de tous par leur témoignage fort et courageux à l’extrême.

Rappelez-vous comment votre amour fraternel – cet amour qui est aussi le mien – fait des merveilles de pardon, de réconciliation et de paix entre vous. Quand vous faites la vérité, en vous parlant, en marchant ensemble, en ouvrant votre cœur pour écouter l’autre.

Rappelez-vous les sacrements. Comment par eux je me laisse apprivoiser, pour votre bien-être spirituel, votre guérison, aussi bien personnelle que communautaire. Vraiment vous n’avez pas à craindre. Vous n’êtes pas à plaindre. Ne soyez pas bouleversés. Je suis toujours avec vousC’est ma paix que je vous donne!

 

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Homélie pour le 5e Dimanche de Pâques (C)

Un Amour novateur!

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 21, 1-5a)

Moi, Jean,
j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle,
car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés
et, de mer, il n’y en a plus.
    Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle,
je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari.
    Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône.
Elle disait :
« Voici la demeure de Dieu avec les hommes ;
il demeurera avec eux,
et ils seront ses peuples,
et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu.
   Il essuiera toute larme de leurs yeux,
et la mort ne sera plus,
et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur :
ce qui était en premier s’en est allé. »
    Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara :
« Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

COMMENTAIRE

Nous sommes tous toujours un peu en quête de nouveautés. Nous aimons ce qui est neuf, les nouvelles modes, les nouvelles recettes, les nouvelles tendances. Un char neuf. Un nouveau vêtement. Nous aimons profiter des nouvelles technologies. Même si cela nous vaut parfois le dépaysement, quand il faut nous adapter, faire des efforts d’apprentissage. La nouveauté n’est pas de tout repos. Mais sortir de notre zone de confort, ça fait du bien!

La liturgie de ce dimanche nous parle amplement de nouveauté : elle nous annonce même la venue d’un ciel nouveau, d’une terre nouvelle pour remplacer ce qui est dépassé et vétuste. L’Apocalypse, en 2e lecture, annonçait un monde transformé où les larmes, la tristesse, les cris et la mort n’auront plus cours. Voici que je fais toutes choses nouvelles, dit le Seigneur. Dieu lui-même sera avec eux, proclame la voix puissante venue du Trône divin.

Au livre des Actes des Apôtres, Paul et Barnabé vont partout répandre la Bonne Nouvelle. Et en revenant, ils racontent « ce que Dieu a fait avec eux, comment il a ouvert aux païens la porte de la foi ». Merveilleuse nouveauté que cette expansion prodigieuse de la foi chrétienne! La Bonne Nouvelle ira donc jusqu’au bout du monde! Elle est vraiment pour tout le monde!

Dieu lui-même sera avec eux, proclamait la 2e lecture. Mais quel est donc le secret et le mode de cette présence divine qui transforme le monde? Quelle est cette influence, dont il est dit qu’elle va affecter tout l’univers? Quelle sera donc la preuve ou quel sera le signe que tout cela est possible, que tout cela est même déjà arrivé? Et si c’était là l’aboutissement d’une extraordinaire histoire d’amour? L’amour infini que suggère l’Évangile de ce dimanche?  

Rappelons-nous le contexte : c’était au cours du dernier repas, alors que Judas venait de partir pour aller trahir et livrer Jésus, et ainsi enclencher le processus qui mènerait son maître à la mort. Le Seigneur, resté avec les autres disciples, leur parle de la gloire qui va bientôt se manifester en sa personne. Nous comprenons qu’il parle du don qu’il s’apprête à faire de sa propre vie par sa mort sur la croix. C’est alors que se manifestera pleinement l’amour dont il nous aime. Jésus annonce en même temps l’amour dont Dieu l’aime, ce Dieu en qui il met toute sa confiance et qui saura bien sauver son Fils de la mort. Ainsi sera manifesté bientôt dans la Passion du Bien-Aimé l’amour glorieux et du Père et du Fils. Nous verrons jusqu’où va l’amour, jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime. Et c’est de ce même amour que Jésus invite les siens à s’aimer les uns les autres, oui, comme il nous a aimés.

N’est-ce pas cet amour qui est répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint? L’amour de Dieu lui-même qui peut maintenant faire la différence dans nos vies et dans notre monde, et témoigner dès lors de la gloire du Père et du Fils? Un tel amour renouvelle notre vie, il change notre regard sur le monde, sur nos familles, sur notre communauté. Cet amour est réparateur et sauveur. Il fait toutes choses nouvelles, parce qu’il est l’amour de Dieu agissant en nous, pour nous et les autres, avec puissance. Cette nouveauté elle est en nous!

Bien sûr, nous continuerons de porter le poids de nos fatigues, de nos jours, de nos deuils. Mais rien n’est plus pareil désormais. L’amour divin agit avec force. L’amour de Dieu renouvelle nos regards et nos attitudes; il donne du courage; il ouvre des chemins de pardon, de réconciliation, de paix et de justice pour tous. L’amour de charité chez nous fait du neuf. Il fait toutes choses nouvelles.

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Homélie pour le 4e Dimanche de Pâques (C)

Le partage d’un rêve

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 10, 27-30)

En ce temps-là,
Jésus déclara :
« Mes brebis écoutent ma voix ;
moi, je les connais,
et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle :
jamais elles ne périront,
et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données,
est plus grand que tout,
et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi,
nous sommes UN. »

 

COMMENTAIRE

C’était au Salon du livre de Québec, il y a quelques années. J’y étais un jeudi au
milieu de l’après-midi. Il y avait là une foule considérable, des enfants de plusieurs
écoles, déjà en partance, à cette heure-là, pour retourner dans leur milieu. On voit d’ici, et
on entend, la cohue de tout ce petit monde, la confusion des mouvements, les cris
discordants fusant de toute part : un beau désordre, quoi? Jusqu’à ce que tous se calment,
la discipline reprenant tranquillement le dessus grâce à l’intervention des
accompagnateurs et des professeurs. Finalement c’était beau à voir : la tranquille
harmonie, la paix et la sécurité pour chacun, c’était presque le silence…

Dans la parole de ce jour, nous voyons de grandes foules rassemblées, non pas en
désordre, mais pour la joie et le bonheur d’être ensemble et d’avoir part au Salut de Dieu.
C’est la Parole qui rassemble, dans les Actes des Apôtres comme dans l’Apocalypse. Le
Christ, Fils de Dieu, Parole de Dieu, tel un berger, prend soin de ses disciples, il les
inspire, les tient ensemble, tous ceux et celles que le Père lui confie. Il y a complicité du
Père et du Fils pour une œuvre d’amour et de paix, pour la création d’une immense et
nouvelle famille. Le Christ nourrit, abreuve, guérit et protège son peuple. Il le mène à la
source vive. « Mes brebis écoutent ma voix, dit Jésus; moi je les connais, et elles me
suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les
arrachera de ma main ».

Le temps pascal nous est donné pour découvrir cette immense richesse du Christ.
C’est le temps privilégié pour nous rappeler que nous aussi nous y avons part. Nous nous
rappelons l’urgence de travailler à partager avec d’autres la joie de croire, la merveille de
Pâques. N’y a-t-il pas beaucoup de détresse et de confusion dans notre monde, beaucoup
de discours discordants et de semences de divisions? Notre monde n’est-il pas confronté
à de véritables impasses? La lumière lui manque et la source de vie lui échappe. Prenant
conscience de la merveilleuse coulée de vie qui nous vient du Christ Sauveur, nous
comprenons qu’il nous faut l’offrir à tous.

Mais comment permettre au Christ de rejoindre ceux et celles que le Père lui
donne? Comment va-t-il rejoindre tous les temps et tous les lieux et chacun/chacune en
particulier? Sinon par l’œuvre de tous ces témoins que nous sommes, et notamment ces
passeurs choisis, appelés par lui, expressément dédiées au service de la vie, de son amour
et de sa miséricorde. En Église, le Seigneur appelle encore et toujours des personnes qui
porteront son message au monde, avec amour et respect, de la façon qui est appropriée
aux différents milieux et aux diverses époques.

Personne n’est dispensé d’un contact personnel avec le Sauveur comme avec ses
frères et sœurs. C’est ainsi que nous communions aux biens du salut. Mais, comme les
écoliers ont besoin d’un maître qui les inspire, les rassemble et les guide, le monde

d’aujourd’hui a besoin de témoins qui l’interpellent, qui lui fassent signe. Qui sera à ce
point solidaire du désir du Christ, du rêve de Dieu pour répondre à l’appel d’en témoigner
devant ses frères et ses sœurs? Qui en fera sa vocation, son désir propre dans l’Esprit? Qui
aujourd’hui et demain sera habité du désir de servir et de partager la richesse de vie qui
est dans le Christ et dont le monde a tant besoin? L’Église n’a pas le choix; elle doit
sortir, partager son trésor. Dieu, lui, prépare les cœurs. S’il nous a d’abord rejoints, c’est
pour nous faire part de son désir qui est bienveillance et miséricorde pour tous. Il nous
demande de porter ce rêve avec lui et de travailler à le mettre en œuvre.

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Homélie pour le 3e Dimanche de Pâques

Pierre m’aimes-tu ? Cent fois Je t’aime!

L’Évangile nous raconte une histoire de pêche ce matin, assortie d’une belle histoire d’amour. Une histoire de pêche qui commence comme celles que nous avons peut-être connues nous-mêmes, quand parfois nous sommes revenus bredouilles, un peu frustrés, peut-être gênés d’en parler, honteux d’avouer que nous avions perdu notre temps, que nous n’avions rien pris. Une histoire de pêche mal partie donc, mais qui, ici, s’achève en beauté, avec un aboutissement qui va au-delà de toute espérance.

Un dialogue d’amour, en plus, qui nous rappelle ces fois où peut-être nous avions du mal à dire nos sentiments, à exprimer notre réelle affection pour telle personne, cherchant à discerner notre réel penchant, alors que justement nous n’étions pas assez certains d’aimer assez, d’aimer vraiment.

En fait nous retrouvons Simon Pierre et les autres disciples dans un temps indéterminé d’après Pâques, qui était le leur, qui peut être aussi le nôtre. Ils sont retournés là-bas sur le Lac, là d’où ils venaient. Le Seigneur qui les avait choisis, leur avait donné rendez-vous en cet endroit, là où jadis il leur avait dit qu’il ferait d’eux des pêcheurs d’hommes.

C’est en fait de leur mission qu’il s’agit maintenant, d’eux qui sont partis à la pêche cette fois-là dans la nuit, partis pour la mission de l’Église, aller sauver leurs frères humains des eaux troubles et profondes du péché et de la mort. Or, cette nuit-là, ils n’ont pas connu le succès escompté. Vivaient-ils alors pour nous une sorte de parabole?

À les voir aller, nous comprenons que ça ne va pas bien quand nous sommes réduits à nos pauvres moyens. Avec la présence et la Parole du Maître, il en est autrement. Le Ressuscité guide ses envoyés vers les bons endroits et il assure la fécondité de leurs efforts. Soyons donc attentifs nous aussi. Jésus vient au bon moment nous relancer pour que notre mission – qui est la sienne – porte du fruit en abondance. Saurons-nous le reconnaître sur le Rivage et suivre ses consignes?

Considérons que le Seigneur a préparé pour les siens un déjeuner paisible et réconfortant sur le rivage, ce rivage qui est déjà terre nouvelle, espace de liberté et monde nouveau : il nous offre le repas de son eucharistie, qui nous réchauffe le cœur et nous fortifie, qui nous établit en intime relation avec lui, en communion les uns avec les autres.

C’est dans ce contexte d’un repas partagé avec lui que nous laisserons le Seigneur nous interpeler sur la vérité de notre affection pour lui, de l’amour qu’il met lui-même en nous pour que nous puissions nous aimer les uns les autres.

À nous aussi il pose la question qui pesait si lourd pour Simon Pierre. Elle devient aussi notre tourment : Toi, m’aimes-tu? Et nous vient la réponse, parfois évidente, souvent hésitante : Bien oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime. – Alors, prend soin de mes brebis, de mes amis, de ton frère, de ta sœur, nous répète Jésus. Voilà ce qu’il attend de nous. Trois fois, dix fois, cent fois, il nous demande : Est-ce que tu m’aimes? Parce que là est l’enjeu et le sens de notre vie. Aimer. Être aimé. Comme lui-même nous a aimés, jusqu’à donner sa vie. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », c’était son insistance!

En cette eucharistie, rendons grâce pour la présence généreuse, amoureuse et tellement mystérieuse du Seigneur ressuscité dans notre Assemblée. Laissons-nous apprivoiser et nourrir par lui, et entrons personnellement dans le régime de confiance, d’amitié, d’amour et de don, dans lequel le Seigneur nous appelle à le suivre. « Toi, suis-moi! »

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Homélie pour le 2e Dimanche de Pâques (C)

Témoins de sa miséricorde

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,19-31. 
C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

COMMENTAIRE

Il nous arrive souvent d’inviter chez nous, à Ste-Foy, le vendredi soir, des gens avec qui nous souhaitons spécialement entrer en dialogue. C’est pour nous, les frères dominicains, une forme de ressourcement, une façon de nous ouvrir à ce qui se passe dans notre milieu ou même en dehors de la région. C’était le cas, il y a un certain temps, alors que nous recevions pour la prière de vêpres, le temps d’un apéro et du souper un couple venu de la Mauricie. Sara et Charles sont mariés depuis une vingtaine d’année. Ils sont les parents de trois enfants. Au cœur de leur vie de couple et de famille, il y a la foi chrétienne.

Ils vivent sur une ferme. Ils pratiquent la culture biologique maraichère. Ils ne visent pas à s’enrichir. Car là n’est pas leur plus grande préoccupation dans la vie. En effet, plusieurs fois dans l’année, ils accueillent chez eux des familles venues de partout au Québec, en quête d’un lieu de vacances où elles pourront trouver l’avantage d’un appui pour l’éducation chrétienne des enfants.

Sara et Charles et leurs adolescents se retrouvent donc au centre d’un réseau qui a grandi. Lors des rassemblements pour le camping d’été, ou lors des fêtes de la Toussaint, de Noël et de Pâques, ou pendant les semaines de relâche, ils sont littéralement envahis par une foule de jeunes familles venues de partout partager chez eux un cadre de vie où la prière, l’entraide, l’animation spirituelle prennent une large place. Il se vit là-bas une expérience communautaire forte sous le signe de la foi, de l’amitié, marquée de beaucoup de ferveur, de convivialité, du bonheur évident de se retrouver.

Ce qui m’émerveille dans le témoignage de Sara et de Charles, c’est la place de la compassion et de l’entraide fraternelle sous toutes ses formes qu’ils privilégient dans ce modèle d’accompagnement. Ils offrent chez eux un lieu de retrouvailles et d’amitié, bien sûr, mais qui est aussi un lieu de guérison, d’accueil inconditionnel, de miséricorde. Le couple nous en a donné bien des exemples. Et je me dis qu’ils font ainsi la preuve de la qualité tout à fait évangélique de leur engagement croyant. Ils sont en mission d’amour et de service au cœur d’un monde qui en a bien besoin. Ils vivent leur foi dans la fidélité concrète au Christ Sauveur, au Seigneur de l’infinie miséricorde. Il y a là des personnes qui s’ouvrent aux autres pour une écoute attentive et généreuse, dans une totale disponibilité.

La parole de Dieu aujourd’hui nous situe expressément dans cette perspective. La 1ère lecture montre chez les premiers chrétiens une communauté vers qui on venait pour se faire guérir… Dans l’Évangile, les apparitions du Ressuscité nous font contempler les plaies du Crucifié. L’homme de Nazareth, blessé dans sa chair, est mort pour nous, par amour. Ses plaies attestent le don qu’il nous a fait de sa vie. Sa venue auprès des disciples témoigne donc de sa vie donnée et du don de l’Esprit aux disciples pour le pardon, la rémission des péchés, la paix à produire dans tous les cœurs et dans le monde.

Le Ressuscité n’oublie personne, pas même l’incrédule et récalcitrant Thomas, ce jumeau qui nous ressemble tant. Jésus pose à son égard un geste de miséricorde qui le met en contact avec les plaies de son Maître. Thomas apprend lui aussi où est la source de l’amour et de la miséricorde, où est le signe du don que Dieu nous fait en son Fils. « Mon Seigneur et mon Dieu » prononce-t-il, comme quoi il a tout compris, et il pourra à son tour tout donner de lui-même en écho et réponse à la miséricorde infinie du Père et du Fils pour lui, pour tous.

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Homélie pour le matin de Pâques

Pâques, mystère de silence et de foi

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean   (Jn 20, 1-9)
Le premier jour de la semaine,
Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ;
c’était encore les ténèbres.
Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple,
celui que Jésus aimait,
et elle leur dit :
« On a enlevé le Seigneur de son tombeau,
et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple
pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble,
mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ;
cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour.
Il entre dans le tombeau ;
il aperçoit les linges, posés à plat,
ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus,
non pas posé avec les linges,
mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple,
lui qui était arrivé le premier au tombeau.
Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris
que, selon l’Écriture,
il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

COMMENTAIRE

J’avoue que je suis toujours un peu déçu le jour de Pâques… avec cette page de l’Évangile de Jean, qui a l’air de mener nulle part. Tellement je m’attendrais, en plein jour de Pâques, à ce que le récit d’évangile nous en mette plein les yeux de ce Ressuscité dont on parle tant ce jour-là. Heureusement, hier soir – dans la nuit – avec S. Luc, et d’autres années avec S. Matthieu ou S. Marc, l’histoire racontée nous en disait plus. Il y avait des anges, et même des fois le Seigneur se montre, il y a de l’action. Il y a ce rendez-vous annoncé en Galilée. Il se passe quelque chose, des émotions, de la peur, de la joie, des discours!

Mais ici ce matin c’est le calme plat. Et c’est toujours comme cela à la messe du jour de Pâques, avec S. Jean – il ne se passe rien. Une seule petite phrase de Marie Madeleine : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. ». Puis c’est le silence.

Bien sûr, il y a la course inégale des deux disciples, Simon Pierre et l’autre – dont on ne nous dit pas le nom – et des constats sur l’état des choses dans le tombeau. Le vide. Les linges. Le silence toujours. Des détails sans importance apparente : un disciple qui court plus vite que l’autre, et qui laisse passer l’autre en premier. Les linges placés comme ceci, comme cela. Et ça semble même finir là. Avec le disciple qui voit et qui croit. Et l’autre – nul autre que Simon Pierre – qui a l’air de ne rien voir. Décevant, vous ne trouvez pas?

Mais c’est peut-être ça la foi de Pâques… Ne pas le voir. Le constater par la négative d’abord. Se trouver devant le vide, devant une énigme, un mystère. Ne pas aller trop vite. Ne pas sauter cette étape de la recherche, de l’exploration, creuser le vide et le silence. Nous préparer l’âme pour accueillir sa divine présence.

Se souvenir de lui, comme le rappelle la 1ère lecture « Qu’il est passé en faisant le bien ». Se dire que beaucoup de disciples l’ont connu en Galilée et en Judée, qu’il s’est, par la suite, manifesté à eux. Qu’ils l’ont vu ressuscité.

Puis se dire comme S. Paul que nous sommes quelque part en nous-mêmes déjà ressuscités avec lui et qu’il faut nous tourner vers cet ailleurs où il est, pour le trouver là, dans les réalités d’en-haut; ne pas nous contenter d’ici-bas; être comme morts avec lui, cachés en lui, avec lui, pour vivre de lui, déjà comme lui.

Il nous est bon de mettre de l’avant cette grande discrétion de Pâques, cette réalité humble et pauvre de notre foi, qui ressemble tellement à ce qu’a été Jésus au milieu de nous, et qui nous garde dans la simplicité, en pèlerinage, témoins de l’absolu de Dieu, du Mystère, d’une divine présence qui ne brise rien, ne casse rien, mais vient doucement, tendrement, puissamment remplir nos cœurs de paix, de lumière, de joie, fruits de notre foi, dons de l’Esprit envoyé vers nous, qui à travers les Écritures et l’impressionnant témoignage de la tradition ecclésiale nous rappelle sans cesse qu’il est vivant, qu’il est venu, qu’il vient, qu’il viendra. Il est là!

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Homélie pour la Vigile pascale (C)

Comme il l’avait dit

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 24, 1-12)

Le premier jour de la semaine,
à la pointe de l’aurore,
les femmes se rendirent au tombeau,
portant les aromates qu’elles avaient préparés.
Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau.
Elles entrèrent,
mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.
Alors qu’elles étaient désemparées,
voici que deux hommes se tinrent devant elles
en habit éblouissant.
Saisies de crainte,
elles gardaient leur visage incliné vers le sol.
Ils leur dirent :
« Pourquoi cherchez-vous le Vivant
parmi les morts ?
Il n’est pas ici,
il est ressuscité.
Rappelez-vous ce qu’il vous a dit
quand il était encore en Galilée :
‘Il faut que le Fils de l’homme
soit livré aux mains des pécheurs,
qu’il soit crucifié
et que, le troisième jour, il ressuscite.’ »

Alors elles se rappelèrent les paroles qu’il avait dites.
Revenues du tombeau,
elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres.
C’étaient Marie Madeleine, Jeanne,
et Marie mère de Jacques ;
les autres femmes qui les accompagnaient
disaient la même chose aux Apôtres.
Mais ces propos leur semblèrent délirants,
et ils ne les croyaient pas.
Alors Pierre se leva et courut au tombeau ;
mais en se penchant,
il vit les linges, et eux seuls.
Il s’en retourna chez lui,
tout étonné de ce qui était arrivé.

COMMENTAIRE

Ce n’est pas la première fois que des hommes n’auront pas cru au discours des femmes. Il n’est pas surprenant non plus que le message pascal soit communiqué, confié d’abord à des femmes. Elles le portent naturellement, étant plus émotives que les hommes, plus immédiates et spontanées dans leurs réactions, plus intuitives aussi devant le mystère, plus proches de la vie.

Nos bons hommes, eux, supposément plus réalistes et raisonnables, exigent des preuves, ils veulent contrôler. Mais cette différence d’approches nous tient, les uns et les autres, dans l’équilibre, dans une complémentarité qui témoigne de la vérité de cette expérience fondamentale qu’il nous est donné de revivre cette nuit.

Peu importe nos réactions premières, nous sommes tous mis au défi de croire, sidérés par un fait inouï, qui nous étonne encore : la mort n’a pas eu le dernier mot sur Jésus de Nazareth. Il n’est plus au tombeau. Il est vivant. Ressuscité, il a passé la mort comme il l’avait dit. Et celles et ceux qui l’ont accompagné depuis la Galilée l’apprennent avec stupeur et ravissement. Par-delà leur cheminement d’autrefois avec lui, leur déception, leur abandon, leur tristesse et leur deuil, ils se souviennent que Jésus l’avait annoncé, que tout s’accomplit comme Jésus l’avait prophétisé.

La fête de Pâques nous plonge dans la merveille de cette annonce qui a retenti, il y a plus de 2000 ans. La Nouvelle de la Résurrection du Christ se répercute sur la terre depuis lors et nous convie à une prodigieuse espérance. Grâce au Christ, les portes s’ouvrent pour nous sur un monde nouveau, sur l’infini de la grâce, de la vie, de l’amour de notre Dieu.

Certes les réalités quotidiennes et leurs nécessités suivent leur cours, mais plus rien n’est pareil pour les croyants. Nous sommes appelés à témoigner d’un avenir désormais ouvert sur autre chose que sur la mort, d’une possibilité immense d’accomplissement pour l’homme et la femme, pour la famille, pour la société, pour chacun et chacune de nous. L’évènement de Pâques nous n’avons jamais fini de l’explorer, d’en voir les effets, d’en accueillir l’énergie et tout le potentiel dans nos propres vies.

Dans un monde toujours menacé de mort et enveloppé de ténèbres, nous témoignons de la lumière radieuse et paisible du Ressuscité. Comme le soulignait S. Paul, le mystère de Pâques nous concerne tous. En Jésus nous sommes passés de la mort à la vie. Dès maintenant le baptême a signifié pour nous ce passage. « Nous tous qui avons été baptisés, écrit l’Apôtre, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si par le baptême nous sommes plongés dans la mort avec lui, c’est pour mener en lui une vie nouvelle. » Et il ajoute : « Pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ »

Notre foi ne porte pas sur un rêve ou une illusion, ni sur un raisonnement ou une observation scientifique, elle porte sur quelqu’un qui se pose auprès de nous, mystérieusement présent, source de vie, puissant Sauveur. Notre foi est percutante, dérangeante, explosive parce qu’elle porte sur le Vivant à jamais; elle fait de nous les témoins privilégiés de cette vie nouvelle offerte à tous par Celui qui est mort et ressuscité pour nous tous.

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