Archives pour la catégorie Parole et vie

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 3e Dimanche de l’Avent (C)

 

Le temps de la Joie!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 3, 10-18)

En ce temps-là,
les foules qui venaient se faire baptiser par Jean
lui demandaient :
« Que devons-nous faire ? »
Jean leur répondait :
« Celui qui a deux vêtements,
qu’il partage avec celui qui n’en a pas ;
et celui qui a de quoi manger,
qu’il fasse de même ! »
Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts)
vinrent aussi pour être baptisés ;
ils lui dirent :
« Maître, que devons-nous faire ? »
Il leur répondit :
« N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
Des soldats lui demandèrent à leur tour :
« Et nous, que devons-nous faire ? »
Il leur répondit :
« Ne faites violence à personne,
n’accusez personne à tort ;
et contentez-vous de votre solde. »
Or le peuple était en attente,
et tous se demandaient en eux-mêmes
si Jean n’était pas le Christ.
Jean s’adressa alors à tous :
« Moi, je vous baptise avec de l’eau ;
mais il vient, celui qui est plus fort que moi.
Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales.
Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient à la main la pelle à vanner
pour nettoyer son aire à battre le blé,
et il amassera le grain dans son grenier ;
quant à la paille,
il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Par beaucoup d’autres exhortations encore,
il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

COMMENTAIRE

Ce dimanche nous parle avec force et insistance de la joie, à nous qui abordons si souvent la messe avec gravité et sérieux, pour ne pas dire avec tristesse. Aujourd’hui, l’heure est à la joie, une joie non pas légère et superficielle, mais profonde : la joie de notre foi, celle qui vient de Dieu. Nous avons lu dans le prophète Sophonie que Dieu tire de la joie de son peuple, qu’il danse pour lui avec des cris de joie. Il y a là de quoi nous réjouir et nous surprendre.   

La joie, on aime ça. On la recherche. Quand elle est là, c’est bon signe : signe d’une réussite, de l’accomplissement d’un rêve. Joie des retrouvailles. Joie de l’amitié.  Joie d’un pardon.  La joie est au cœur de nos expériences humaines simples et ordinaires, aussi bien que celles des grandes occasions. Quand survient la tristesse, c’est qu’il y a un malheur dans notre vie, une peine, un deuil, une souffrance, une épreuve qui nous parait insurmontable.

Et pourtant s. Paul écrit : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. » Nous avons pour nous la joie de l’évangile,  soulignait l’an dernier le pape François. Nous vivons de la résurrection du Christ; nous puisons en lui à la source d’une joie invincible, celle de Pâques, la joie du Royaume promis en train d’advenir, de se réaliser.

Ces dernières années, nous avons vécu des joies collectives, D’heureux aboutissements de nos concertations pour la lutte contre le réchauffement climatique, de notre ouverture à l’accueil des réfugiés syriens ou autres, des démarches concrètes pour de meilleures relations avec les peuples autochtones du Canada. Mais cela ne suffit pas à nous enlever les grandes tristesses de nous savoir en guerre en bien des pays, solidaires de bien des injustices et cruautés, associés malgré nous à tant de gestes irresponsables envers la nature et les plus pauvres. Nous voyons bien qu’il nous faut la grâce d’une conversion pour retrouver la joie profonde, celle de notre foi, de notre espérance. La joie sera alors possible malgré tout ce qui a l’air de la contredire, de la nier, dans un monde souvent trop centré sur lui-même, profondément triste et désabusé.

Dans l’évangile, Jean-Baptiste annonce les temps nouveaux que Dieu va bientôt faire advenir. Les gens sont émus, ils sont inquiets. Que doivent-ils faire qui soit accordé à leur conversion, à leur désir d’une vie meilleure?  Le prophète leur demande des choses toutes simples. Partager ce qu’ils ont en surplus, avec ceux qui manquent de tout.  Être justes et honnêtes. S’abstenir de violence. Des choses qui sont à leur portée, qui vont dans le sens de la justice, de l’équité. Rien de si extraordinaire!

Remarquons qu’il s’agit chaque fois de gestes ou d’attitudes qui concernent les autres. Jean invite à sortir de soi, à contrer notre égoïsme viscéral. Il renvoie à l’autre pour y rencontrer celui dont il annonce la venue. C’est comme s’il disait que la façon d’aller vers Dieu ou de laisser Dieu venir vers soi, c’est de se tourner avec tendresse vers ce prochain que l’on côtoie au quotidien. Si nous vivons bien nos rapports humains, nous sommes déjà en train d’accueillir Dieu. Voilà le bon grain que nous faisons mûrir et que Dieu va reconnaître quand il viendra.

L’eucharistie fait mémoire de celui qui est venu nous révéler la tendresse et l’amour du Père.  Jésus nous apprend le chemin du don et du pardon, le chemin des béatitudes, de pauvreté du cœur, de douceur, de compassion, de paix : chemin de bonheur et de joie. Voici qu’il se donne lui-même pour notre  joie plus forte que toute tristesse.

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Homélie pour le 2e Dimanche de l’Avent (C)

Le temps de nous habiller le cœur!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 3, 1-6)

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère,
Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée,
Hérode étant alors au pouvoir en Galilée,
son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide,
Lysanias en Abilène,
les grands prêtres étant Hanne et Caïphe,
la parole de Dieu fut adressée dans le désert
à Jean, le fils de Zacharie.

Il parcourut toute la région du Jourdain,
en proclamant un baptême de conversion
pour le pardon des péchés,
comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète :
Voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers.
Tout ravin sera comblé,
toute montagne et toute colline seront abaissées ;
les passages tortueux deviendront droits,
les chemins rocailleux seront aplanis ;
et tout être vivant verra le salut de Dieu.

COMMENTAIRE

Aplanir la route. Combler les ravins. Abaisser les collines. Redresser les passages tortueux. Ce sont là des tâches qui demandent beaucoup d’énergie. Il faut s’y mettre vraiment pour changer ainsi plus que le paysage, et ça prend du temps. Je me rappelle ce gros bulldozer autrefois sur la ferme, chez nous. Ça m’impressionnait beaucoup de voir arriver cette grosse machine, dont la puissance nous étonnait, et qui travaillait fort pendant une dizaine d’heures par année, pour des transformations réelles sur nos terres.

Ce que les prophètes Isaïe et Jean Baptiste nous disent, c’est que ce n’est pas une mince tâche de nous convertir et de préparer nos cœurs pour la rencontre qui vient. À plusieurs reprises cette liturgie, nous rappelle la venue prochaine du Seigneur, une venue glorieuse et puissante, qui mettra fin à notre longue attente. Prenons garde de manquer le rendez-vous par manque de vigilance!

Quand on attend quelqu’un, c’est normal, de se préparer. On se sent responsable de l’accueil à lui faire. On n’aime pas les surprises, pris en défaut. Si c’est quelqu’un d’important, il faut se préparer encore plus et bien s’ajuster à ce qu’il est : un ami, un proche, quelqu’un de significatif pour nous.

Il s’agit d’anticiper la présence de l’être aimé; c’est comme si la personne attendue était déjà là, vivante dans notre cœur. Dès lors, plus que les décorations extérieures, plus que le rangement de tout et la propreté de la maison, il y a le cœur, la disposition intérieure qui importe. Qui fait qu’on s’habille le cœur, comme disait le renard au Petit Prince, parlant de leur amitié, fruit d’un apprivoisement.

Si le Seigneur vient, c’est certain que c’est pour notre joie, pour notre bonheur intime. N’était-ce pas le sens de sa première venue? C’est ce qu’il veut pour nous, que nous soyons heureux, réconciliés, en harmonie et communion avec lui et entre nous. Sa venue ne peut qu’aller dans ce sens. Ce qu’il faut faire pour nous bien préparer, S. Paul nous le rappelait dans la 2ème lecture : « Dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui vous feront discerner ce qui est plus important.»

Il ne faut pas penser que cette mise à niveau de notre personne pour la venue du Seigneur puisse se réaliser par nous-mêmes. L’enjeu et le défi sont trop grands. Prenons un exemple : si le premier ministre du Canada ou le président des USA venaient ici chez nous, c’est sûr que nous aimerions cela. Pensez donc, quel honneur ils nous feraient par leur présence! Mais tout de suite nous dirions que la tâche de les bien accueillir est trop lourde pour que nous puissions l’assumer tout seul. Nous aurions d’ailleurs bientôt la visite de la GRC ou du FBI pour parler sécurité. Toutes sortes d’experts viendraient nous informer, nous préparer pour une telle visite. Autrement, tout seul, nous n’arriverions pas à recevoir ces dignitaires de la bonne façon, en toute sécurité et bienséance.

C’est pareil avec le Christ en toute sa gloire. Il ne nous laisse pas seul pour préparer sa venue. Il est grand! Plus que tous les présidents! Déjà d’ailleurs l’Esprit Saint nous est donné pour nous instruire, affiner notre âme, notre être intérieur. Ses dons nous aident à nous bien disposer en-dedans, à nous mettre en bonne relation les uns avec les autres. Profitons-en! S. Paul ne témoigne-t-il pas justement de cette présence de Dieu qui déjà a pris les devants, quand il écrit : « Puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. »

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Homélie pour le 1er Dimanche de l’Avent (C)

Le temps de la confiance!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 21,25-28.34-36.
En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
« Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots.
Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées.
Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire.
Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. »
Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste
comme un filet ; il s’abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière.
Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »

 

COMMENTAIRE

Les signes ne manquent pas pour nous rappeler que notre monde est fragile et malade. Qu’il est brisé, menacé. À grande ou à petite échelle, nous vivons dans l’insécurité. Les signes, il n’est pas besoin de les voir dans le soleil, la lune et les étoiles, nous en avons assez avec les guerres, les tortures et les persécutions, les injustices humaines, la pauvreté et la misère chez tellement de gens, les catastrophes naturelles, la maladie, le deuil, et tout ce qui nous menace au dehors et en dedans. Nous avons de quoi, sinon mourir de peur, du moins nous décourager. De quoi vouloir fuir et nous évader, tous portés à vouloir compenser par nos petits plaisirs et toutes sortes de distractions pour oublier, pour ne pas voir, ne rien savoir.

En évoquant la fragilité de notre monde et son écroulement prévisible, Jésus ne veut pas nous faire peur. Il sonne plutôt un réveil. Il nous propose une vision et une attitude différente, qui en appellent à notre lucidité, notre courage, notre confiance, notre fidélité. Il met en balance toutes ces misères avec la venue, en grande puissance et gloire, du Fils de l’homme. En fait Jésus nous parle du mystère de son départ prochain et de sa venue prochaine, le mystère de sa mort et de sa résurrection. Il est lui-même engagé dans son grand témoignage d’amour et il pressent, par-delà le moment terrifiant de sa mort, un avenir plein de vie, l’accomplissement d’un grand bonheur offert à tous.

N’oublions pas qu’en Saint Luc, nous sommes à proximité des événements de la passion de Jésus, de sa mort sur la croix, et du jour béni de sa résurrection. D’un côté sa passion, inévitable, incontournable, une mort qui nous saisira bien un jour nous aussi, le sacrifice dont Jésus bientôt sera la victime. De l’autre, l’assurance de sa venue prochaine en gloire et puissance. En échec au mal et au péché, la promesse d’une vie nouvelle. Le Christ reviendra pour un temps de grâce et de rédemption offert à tous.

Ce que le Seigneur attend de nous, c’est que nous soyons attentifs à faire cette lecture nouvelle qui nous révèle l’avènement de son règne. Il nous demande de nous engager dans le mystère de Pâques avec lui, en faisant confiance au Père. Il nous convoque au meilleur de nous-mêmes à ne pas courber la tête. Car il est là avec nous et il prend parti pour nous en nos justes combats.

« Restez éveillés », nous dit Jésus. Et vous n’aurez pas de mauvaises surprises. « Priez en tout temps. », insiste-t-il. Voilà aussi son secret! Que vos pensées se tournent constamment vers Dieu, qu’elles soient tendues vers lui. Ayez l’âme et l’esprit occupés de son amour, épris d’une relation vive et active avec lui et les uns avec les autres. C’est bien ce que suggère Saint Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant. »

Si nous sommes ainsi mobilisés au meilleur de nous-mêmes, en état de service les uns pour les autres, nous serons artisans avec le Christ du monde nouveau que produit sa venue puissante. Par la prière et nos engagements, nous proclamons la fidélité de Dieu, l’accomplissement de ses promesses, les dons de son Esprit.

L’Eucharistie que nous célébrons nous tient au carrefour d’une rencontre, mystérieuse et bien réelle, de lui avec nous, de nous avec lui. Le Seigneur vient tout exprès, de cette humble manière, nous rejoindre et nous livrer son énergie pascale. C’est ainsi qu’il nous donne d’être « établis dans une sainteté sans reproche devant Dieu notre Père ».

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Fête du Christ-Roi : Roi d’amour et de lumière!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 18, 33b-37)

En ce temps-là,
Pilate appela Jésus et lui dit :
« Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus lui demanda :
« Dis-tu cela de toi-même,
ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? »
Pilate répondit :
« Est-ce que je suis juif, moi ?
Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi :
qu’as-tu donc fait ? »
Jésus déclara :
« Ma royauté n’est pas de ce monde ;
si ma royauté était de ce monde,
j’aurais des gardes
qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs.
En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »
Pilate lui dit :
« Alors, tu es roi ? »
Jésus répondit :
« C’est toi-même qui dis que je suis roi.
Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :
rendre témoignage à la vérité.
Quiconque appartient à la vérité
écoute ma voix. »

 

COMMENTAIRE

Les images sont fortes. Les mots du prophète Daniel ou ceux de l’Apocalypse impressionnent par tout ce qu’ils suggèrent de grandiose et d’immense. Une entrée bien solennelle pour le Christ qui pourtant s’est fait lui-même si humble et si petit! Un titre de majesté, de puissance, de grandeur, que celui de Roi de l’univers! Et pourtant, lui, si proche, si intime et si discret, tellement présent à ce que je vis et à tout ce qui m’arrive, dans le plus grand respect de ce que je suis et de tout ce qui m’habite!

Serait-il si lointain et si élevé que je ne puis même pas me l’imaginer? Alors qu’il est là à portée de pensée et de cœur? Lui qui se tient à ma porte, et qui demande à venir chez moi pour être avec moi. « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Apoc. 3, 20) Voici donc qu’il parle avec moi, avec toi, comme il parle aujourd’hui avec Pilate ou avec le plus humble des serviteurs.

Jésus n’est pas roi à la manière du monde. Il n’est pas celui qui fait peur et qui se fait servir et qui se cache derrière une armée de subalternes. Jésus est présent, en direct, sur le terrain. Il fait la vérité partout, il est lui-même la Vérité. Il est amour et fidélité. Il est pour nous le chemin, la vérité, la vie. Il l’a dit. Il l’est véritablement pour chacun, pour chacune de nous, qui voulons appartenir à la vérité, en écoutant la voix de notre Seigneur.

Cette fête nous est donnée à la fin de toute une année de parcours avec le Christ. Nous l’avons approché par étapes depuis l’attente d’Israël jusqu’à sa naissance à Bethléem; ensuite nous sommes allés au désert avec lui, nous l’avons suivi en Galilée, sur la route jusqu’à Jérusalem. Il s’est révélé à nous tranquillement comme un être proche, si proche de Dieu, si proche de nous, Dieu avec nous, Fils de Dieu, envoyé de Dieu. Confronté à nos rejets, à notre orgueil, il nous a offert sa vie, il nous l’a donnée, il l’a sacrifiée pour nous dire l’amour du Père, l’infini miséricorde d’un Dieu d’amour. C’est finalement cette victoire du pardon et de l’amour que Pâques nous a révélée.

Lui, le Vivant à jamais, il a inscrit désormais dans notre chair cet appel à vivre, à aimer infiniment, cette capacité de vivre pour toujours avec lui. Et c’est cette grande espérance déjà inscrite en nos propres vies mortelles qui nous travaille et nous garde pour lui. Cette présence, cette venue quotidienne, cette amitié tranquille et fidèle, elle nous accompagne. Elle est notre force, notre chance, notre avenir. Il est si proche. Il est avec nous. Il est en nous. Roi de l’univers et mon roi. « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi », écrivait S. Paul.

Il nous revient à chacun, à chacune, dans la liberté et la confiance, de l’accueillir, de le saisir, comme il peut nous saisir, dans la tendresse d’un amour réciproque. Aujourd’hui, demain, tous les jours le laisser me toucher, m’habiter. Communier avec lui. Il m’en donne merveilleusement le moyen dans l’Eucharistie. Il est toute paix, toute joie. Il est mon Dieu. Il est mon Amour.

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Homélie pour le 33e Dimanche T.O. (B)

Les secrets d’un Père

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 13, 24-32)

En ce temps-là,
Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
« En ces jours-là,
après une grande détresse,
le soleil s’obscurcira
et la lune ne donnera plus sa clarté ;
les étoiles tomberont du ciel,
et les puissances célestes seront ébranlées.
Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées
avec grande puissance et avec gloire.
Il enverra les anges
pour rassembler les élus des quatre coins du monde,
depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.

Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier :
dès que ses branches deviennent tendres
et que sortent les feuilles,
vous savez que l’été est proche.
De même, vous aussi,
lorsque vous verrez arriver cela,
sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte.
Amen, je vous le dis :
cette génération ne passera pas
avant que tout cela n’arrive.
Le ciel et la terre passeront,
mes paroles ne passeront pas.
Quant à ce jour et à cette heure-là,
nul ne les connaît,
pas même les anges dans le ciel,
pas même le Fils,
mais seulement le Père. »

 

COMMENTAIRE

 il y a quelqu’un qui sait, qui connaît déjà l’issu et le moment précis de notre relèvement, et c’est le Père. « Mon Père et votre Père », disait le Ressuscité à Marie-Madeleine. Et cette référence nous suffit. L’affirmation nous en dit long sur le sort qui nous attend. Nous ne sommes pas perdus. Puisque notre Père est là qui veille et qui sait quand et comment viendra le Salut qu’il a préparé pour nous depuis toujours. 

Il y a là de quoi nous rassurer.  Que fait l’enfant aux prises avec le danger, les menaces ou la peur? Il appelle son parent, son père ou sa mère, qui accourt aussitôt et prend tendrement et puissamment contrôle de la situation. Cette présence aimante suffit pour apporter toute sécurité. L’annonce du secret tenu par le Père, nous réconforte et nous tient nous aussi dans l’espérance et dans la pleine confiance, comme il en fut pour Jésus de Nazareth au moment de son agonie, de sa passion et de sa mort en croix.

La liturgie de ce dimanche utilise des images fortes de catastrophes et de malheurs pour dire la fragilité de notre monde. Ces images sont bouleversantes. Elles décrivent pourtant ce que nous vivons : pensons aux attentats de Paris, de Nice, de Pittsburg, et à l’immense consternation dans laquelle nous sommes si souvent plongés Pensons aux alertes et aux alarmes qui se multiplient de nos jours sur les conditions climatiques qui frappent une bonne partie de notre univers terrestre. La fin du monde a bien l’air d’être déjà commencée!

Ce qui frappe dans les passages de l’Écriture que nous avons lus c’est l’ampleur universelle des évènements annoncés : « Un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent. ». Pourtant la Parole,  quand elle évoque avec force les malheurs qui nous guettent et qui déjà nous arrivent, annonce aussi ce qui va tempérer, contrebalancer ces malheurs : « Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. » En ces moments extrêmes, n’oublions pas le Fils de l’homme, le Seigneur qui vient. Dieu, son Père et notre Père, le fait advenir comme Sauveur. En lui il a détruit la mort. Par lui il fait surgir en nous la Vie.

Des paroles d’espérance et de vie nous rejoignent en ce dimanche d’automne. Elles ne viennent pas annuler, ni diminuer le sérieux de l’avertissement qui nous est fait d’abord, annonçant la fragilité et la précarité du monde présent. Mais elles proclament des mesures de rédemption comme des valeurs de printemps, qui sont le fruit d’une grande victoire, qui sont l’effet de Pâques dont le retentissement est universel, à la mesure, et bien plus, des craquements et des bouleversements qui caractérisent la fin d’un monde, celui dans lequel nous avons été jusqu’ici et qui achève, pour faire place au nouveau.

Déjà les signes de Pâques nous sont donnés à voir et à vivre; humbles et discrets, ils s’inscrivent pourtant dans notre chair, dans nos attitudes et nos choix, dans nos manières de vivre, marquées de l’Esprit et de ses dons : ils sont amour, pardon, communion, guérison, paix et joie!

Malgré tous les vents contraires qui nous secouent, nous tenons debout grâce à notre Dieu et Père, forts du Salut qu’il nous donne dans le Christ, son Fils bien-aimé, notre Sauveur et notre frère.

 

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Homélie pour le 32e Dimanche T.O. (B)

Tout donner. Donner tout. Comme lui!

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 12, 41-44)

En ce temps-là,
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor,
et regardait comment la foule y mettait de l’argent.
Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança
et mit deux petites pièces de monnaie.
Jésus appela ses disciples et leur déclara :
« Amen, je vous le dis :
cette pauvre veuve a mis dans le Trésor
plus que tous les autres.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu,
mais elle, elle a pris sur son indigence :
elle a mis tout ce qu’elle possédait,
tout ce qu’elle avait pour vivre. »

 

COMMENTAIRE

Jésus regardait la foule. Ce devait être amusant à voir. Tout ce monde dans les galeries du temple. Et là, devant les troncs disposés pour accueillir les offrandes, chacun se sentant interpelé. Les uns ayant déjà préparé leur enveloppe. Ils donnent par devoir, pour faire comme les autres, pour rendre grâce à Dieu, intercédant pour eux-mêmes, pour un des leurs. D’autres peut-être donnent spontanément, sur le vif de l’émotion. Certains veulent qu’on voie bien ce qu’ils donnent. Leur manière plus ostentatoire les trahit. D’autres sont plus discrets, plus humbles ou plus mesquins : ils ne veulent pas être vus. Jésus, lui, voit tout. Il regarde jusqu’au fond de l’âme et du cœur. Il sait bien qui est là pour les apparences, pour la forme, sans son cœur, et qui est là pour vrai, pour Dieu, pour sa foi et son amour.

Il voit cette femme qui s’amène. Elle est pauvre. Elle est seule. Elle tient quelques piécettes dans sa main. Elle s’approche du tronc. Et d’un geste rapide, hésitant peut-être, elle dispose de ses pièces, et s’en retourne discrètement, comme elle est venue. Elle a fait le don que lui inspirait sa foi, son amour pour Dieu. N’a-t-elle pas donné pour le Dieu d’Israël, si glorieusement adoré dans ce temple. Elle s’en retourne chez elle, toute légère du don qu’elle a fait, délestée de sa fortune, confrontée sans doute à la dure réalité, mais toute confiante en son Seigneur et maître.

Le Seigneur nous invite à regarder cette femme avec lui pour voir la vérité de son geste. Elle a fait plus que tous les autres, qui eux n’ont donné que de leur superflu. « Elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. » Le récit finit là. Qu’arrivera-t-il à cette femme? L’histoire ne le dit pas. En principe elle n’a plus rien pour vivre. Il n’y a pas de filet social. Va-t-elle mourir, victime de son trop grand amour? Qu’arrive-t-il à ceux qui donnent tout d’eux-mêmes? Son geste nous interpelle toujours. Un geste lumineux, prophétique. Qui préfigure le don que bientôt Jésus va faire de lui-même. Qui préfigure nos propres gestes de générosité, de service, de don de nous-mêmes.

Le Dieu d’Israël, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus le Christ ne se laisse pas vaincre en générosité. Il l’a prouvé autrefois pour Élie et la veuve de Sarepta au pays de Sidon, il l’a prouvé pour le psalmiste. Il l’a prouvé au matin de Pâques. Les deux veuves de l’Écriture nous livrent un témoignage qu’il nous est bien difficile d’imiter. Nous pensons bien que Dieu ne nous en demande pas autant. Reste que Jésus dans sa passion a suivi l’exemple de ces deux femmes. Il a donné tout de lui-même, s’abandonnant totalement à son Père, qui seul pouvait le faire vivre à jamais. Pâques nous donne la réponse : la victoire de l’amour et du don sur l’égoïsme et la mort.

À défaut de tout donner, il nous est proposé de partager, en prenant un peu de ce qui est important pour nous pour que d’autres puissent en profiter. Partager de notre temps, de notre attention. Offrir notre disponibilité, notre amitié, nos diverses ressources. Comme lui qui s’est offert une fois pour toute. Lui qui n’exclut personne des bénéfices du don qu’il a fait de sa vie. Lui dont l’action salvatrice se continue par notre engagement, notre service, notre amour. Prenons appui sur le don que Jésus nous a fait de lui-même, sur le sacrifice pascal du Christ. Qu’il transparaisse en tous nos gestes par la puissance de l’Esprit de Dieu. Alors tous pourront découvrir que Dieu les aime d’un amour qui les sauve, qui les fait vivre.

 

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Homélie pour le 31e Dimanche T.O. (B)

UN MONDE AVEC OU SANS DIEU

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 12, 28b-34)

En ce temps-là,
un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander :
« Quel est le premier de tous les commandements ? »
Jésus lui fit cette réponse :
« Voici le premier :
Écoute, Israël :
le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur, de toute ton âme,
de tout ton esprit et de toute ta force.
Et voici le second :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »
Le scribe reprit :
« Fort bien, Maître,
tu as dit vrai :
Dieu est l’Unique
et il n’y en a pas d’autre que lui.
L’aimer de tout son cœur,
de toute son intelligence, de toute sa force,
et aimer son prochain comme soi-même,
vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »
Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse,
lui dit :
« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. »
Et personne n’osait plus l’interroger.

 

COMMENTAIRE

La prière que nous avons entendue dans la première lecture s’appelle le Shema Israël, c.-à-d. « écoute Israël ». Cette prière commence ainsi : « Écoute, Israël : le SEIGNEUR notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » Cette invocation est récitée au début de la prière du matin et celle du soir, et ce, chez tout Juif dès l’âge de trois ou quatre ans; elle est aussi invoquée devant la venue imminente de la mort, car cette prière est l’expression la plus profonde de la foi d’Israël. Elle comporte à la fois une mise en garde : « Écoute Israël », et surtout elle consiste en une profession de foi au Dieu Unique, qui est une profession d’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… ».

Jésus reprend cette prière lors de sa rencontre avec un scribe afin de rappeler ce que doit être notre relation avec Dieu, et ce qu’il en découle dans nos rapports les uns avec les autres. Par la même occasion, Jésus ouvre de nouvelles perspectives à cette loi quand il l’associe à un certain Royaume dont le scribe, en s’approchant de Jésus, se serait fait tout proche.

Aujourd’hui, j’aimerais aborder la question de la foi en Dieu. Nous le savons, l’existence de Dieu est de plus en plus remise en question dans nos sociétés et il est important que nous prenions la parole afin de répondre de notre foi, à la manière d’objecteurs de conscience refusant que l’on ne réduise Dieu qu’à une équation dépassée pour expliquer notre monde.

Récemment, est paru dans le journal Le Devoir un article de Daniel Baril, membre du Mouvement laïque québécois, qui se définit comme un athée convaincu. Dans son article il oppose religion et science en s’appuyant sur les thèses d’un célèbre philosophe anglais du XXe siècle Bertrand Russel. Ce philosophe, tout comme son émule Daniel Baril, se déclarait philosophiquement agnostique et en pratique athée.

Bien sûr le doute « est un compagnon fidèle et précieux » dans la recherche de Dieu, mais pour nos deux objecteurs la foi en Dieu est quelque chose d’irrationnel, puisqu’on ne peut prouver l‘existence de Dieu. Il ne serait selon eux qu’une raison de vivre que se donnent des personnes religieuses afin d’exorciser leurs peurs ou de rendre plus acceptable la mort. Ces deux hommes sont convaincus : si tant de personnes mettent leur foi en Dieu, c’est tout simplement par ignorance, afin de calmer leur angoisse de vivre.

Permettez-moi donc d’être un peu personnel dans ce débat. Moi-même, j’ai connu une période dans ma vie où je ne croyais pas en Dieu. Rassurez-vous, c’était bien avant de devenir dominicain. J’aurais alors adhéré sans hésitation aux thèses de Bertrand Russel. Je sais d’expérience que lorsqu’on n’a pas la foi, quand on n’a pas été touché par cette réalité mystérieuse d’une présence de Dieu à nos vies, ce dernier alors ne peut-être envisagé que comme un ami imaginaire, un concept abstrait et sans fondement. Voilà ce que croient nos deux objecteurs, et avec tout le respect que je leur dois, je ne puis que leur répondre qu’ils ne savent pas vraiment de quoi ils parlent. Ils me font penser à ce cosmonaute russe Youri Gagarine, le premier homme à être allé dans l’espace, et à qui l’on prête les paroles suivantes lors de son retour sur terre : « J’étais dans le ciel et j’ai bien regardé partout : je n’ai pas vu Dieu. »

Voyez-vous, il est très difficile de croire en l’amour quand on n’a jamais aimé, ou d’estimer l’amitié quand on n’a jamais eu d’amis. Il en est de même pour la foi en Dieu, car croire en Dieu n’est pas le fait d’une vérification scientifique, de déductions implacables qui s’imposent à nous. Tout comme l’amour ou l’amitié, on ne peut pas quantifier Dieu, le placer sous un microscope comme un sujet d’étude. Bien sûr, la foi est en quête d’intelligence et nous cherchons à comprendre, mais la foi en Dieu est avant tout de l’ordre d’une rencontre mystérieuse et déterminante pour qui en fait l’expérience. On ne peut que s’y abandonner en sachant que ce qui nous anime est vrai et signifiant au plus profond de nous-mêmes.

L’expérience que nous faisons de Dieu est de l’ordre d’une présence qui change complètement le regard que nous avons sur le monde et qui a ce pouvoir de transformer nos vies. J’aime bien dire que je ne crois pas pour aller au ciel, même si c’est là un bénéfice extraordinaire qui nous est promis, mais si je crois c’est avant tout parce qu’au cœur de l’acte de foi, il y a la rencontre d’un amour qui se donne à nous et qui nous fait nous découvrir non seulement comme des êtres charnels, mais surtout comme des êtres doués d’une vie spirituelle, où cette foi nous donne de construire le présent et d’y faire notre demeure.

Voilà quarante-quatre ans que j’ai fait cette rencontre de Dieu dans la prière, une rencontre qui a transformé ma vie et à laquelle je ne voudrais jamais renoncer. Cette joie de croire on ne peut se la donner à soi-même à force d’imagination ou d’auto-suggestion. C’est un don, c’est une grâce qui nous fait dire que Dieu est là, tout près de nous, qu’il est fidèle, qu’il nous aime, et qu’il vient réaliser en nous ses promesses de vie. C’est pourquoi nous ne sommes pas sans espérance, nous les croyants, nous croyons que nous sommes appelés à être éternellement heureux, et que cet appel s’enracine déjà dans le bonheur de croire dès maintenant.

Alors, comment témoigner de cette foi en Dieu auprès de notre monde en recherche et qui doute? Personnellement, je suis très marqué par l’approche d’un Maurice Zundel, prêtre suisse et grand spirituel du XXe siècle, qui disait vouloir rencontrer ceux et celles qui cherchent, et leur parler de Dieu à pas de silence et de respect. Il voulait être avec eux dans ce qui les habitent et les faits vivre, et pouvoir leur dire sans violence, mais en prenant chaque personne par la main, que Dieu est l’accomplissement de l’homme. 

Frères et sœurs, c’est là notre foi, bonne nouvelle que nous célébrons ensemble en ce dimanche, alors que nous prions pour tous ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi auprès du Père, ainsi que pour tous ceux et celles que Dieu cherche afin de les ramener à lui.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 30e Dimanche T.O. (B)

Croire pour voir

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 46b-52)

En ce temps-là,
tandis que Jésus sortait de Jéricho
avec ses disciples et une foule nombreuse,
le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait,
était assis au bord du chemin.
Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth,
il se mit à crier :
« Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »
Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire,
mais il criait de plus belle :
« Fils de David, prends pitié de moi ! »
Jésus s’arrête et dit :
« Appelez-le. »
On appelle donc l’aveugle, et on lui dit :
« Confiance, lève-toi ;
il t’appelle. »
L’aveugle jeta son manteau,
bondit et courut vers Jésus.
Prenant la parole, Jésus lui dit :
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
L’aveugle lui dit :
« Rabbouni, que je retrouve la vue ! »
Et Jésus lui dit :
« Va, ta foi t’a sauvé. »
Aussitôt l’homme retrouva la vue,
et il suivait Jésus sur le chemin.

 

COMMENTAIRE

Ce petit récit de miracle, tout simple, aux allures presque naïves, est fort touchant. Comment ne pas être ému par la situation de ce pauvre homme assis sur le bord du chemin? Ce Bartimée, le fils de Timée. Que tout le monde connait. Si démuni pourtant. Tout seul dans son obscurité. Voilà que nous nous retrouvons un peu en lui. Quand nous sommes enfermés nous aussi dans la solitude, dans l’isolement, dans la nuit de nos souffrances personnelles, de nos peurs, de nos deuils. Ce qui lui arrive peut-il soulever en nous aussi l’espérance?

Car il se passe quelque chose d’extraordinaire dans son cœur, dans son esprit. Lui le dernier de tous, l’exclu, l’ignorant, le décroché de la vie sociale et religieuse, il va servir, dans les circonstances, à montrer la lumière à tout le monde. Il voit plus clair que tous les autres, tellement il est illuminé en son cœur sur qui est ce Jésus de Nazareth qui passe. Au fond de sa misère l’Esprit l’a rejoint pour faire de lui un témoin surprenant de la vérité. Il voit en Jésus le Fils de David. Celui qu’il peut prier. Celui qui peut avoir vraiment pitié de lui.

Le traitement que le pauvre homme reçoit des disciples et de la foule n’arrive d’ailleurs pas à le faire taire. Il est entendu de Jésus. Et c’est sur l’ordre exprès du Seigneur que l’homme peut bondir vers son maître. Tous les gestes rapportés, et l’arrangement du récit, ne nous parlent que de ce mendiant et ne semblent viser personne d’autre. Et pourtant nous sommes concernés par cette histoire. Son témoignage nous instruit, il nous encourage et nous rapproche nous aussi de Jésus.

L’événement rapporté ici en S. Marc se situe à un moment significatif de l’évangile. En sortant de la ville de Jéricho, Jésus s’engage dans le dernier droit qui le mène à Jérusalem. Il ne s’en cache plus, il s’en va vers la Ville Sainte, bien conscient de ce qui l’attend. Les gens qui l’accompagnent, ses disciples et la foule, réalisent-ils l’enjeu de cette montée, les risques et les périls de l’aventure où Jésus s’engage? Savent-ils vraiment qui est Jésus de Nazareth? Voient-ils en lui le serviteur qui s’avance avec courage et détermination vers le lieu ultime de son témoignage?

L’aveugle de Jéricho devient curieusement celui qui donne l’heure juste à tout le monde. « Fils de David! Aie pitié de moi ». Cette prière est une annonce messianique. Elle est révélatrice, sans doute pour Jésus lui-même et pour tous ceux qui déjà le suivent, pour nous aussi ce matin. Quel paradoxe que d’entendre cette déclaration surgir au creux de la vallée du Jourdain, comme une vive lumière émanant du cœur et de l’esprit d’un mendiant aveugle assis au bord du chemin. Ce témoignage surgit de façon bien saisissante alors que Jésus va bientôt vivre sa passion, sa mort et sa résurrection.

Et si ce matin nous entrions nous aussi dans le jeu de la foi qui nous ferait nous tenir en lieu et place de Bartimée? Jusqu’à reconnaître notre pauvreté, notre cécité, notre besoin de guérison. Jusqu’à laisser l’Esprit de Dieu nous illuminer dans notre nuit, faisant jaillir de nos cœurs une intense prière, pour entendre le Maître nous appeler, et nous dire : « Que veux-tu que je fasse pour toi? ». Pour obtenir qu’il ouvre nos yeux. Pour enfin le « voir » jusqu’à vouloir librement le suivre dans le don qu’il fait de lui-même, dans l’amour qui le mène vers les petits et les pauvres, en route vers le jour prochain de sa Pâques, pour passer avec lui dans ce monde nouveau du Royaume qu’il vient réaliser?

 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 29e Dimanche T.O. (B)

Église servante et pauvre

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 35-45)

En ce temps-là,
Jacques et Jean, les fils de Zébédée,
s’approchent de Jésus et lui disent :
« Maître, ce que nous allons te demander,
nous voudrions que tu le fasses pour nous. »
Il leur dit :
« Que voulez-vous que je fasse pour vous ? »
Ils lui répondirent :
« Donne-nous de siéger,
l’un à ta droite et l’autre à ta gauche,
dans ta gloire. »
Jésus leur dit :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire,
être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? »
Ils lui dirent :
« Nous le pouvons. »
Jésus leur dit :
« La coupe que je vais boire, vous la boirez ;
et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé.
Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche,
ce n’est pas à moi de l’accorder ;
il y a ceux pour qui cela est préparé. »

Les dix autres, qui avaient entendu,
se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean.
Jésus les appela et leur dit :
« Vous le savez :
ceux que l’on regarde comme chefs des nations
les commandent en maîtres ;
les grands leur font sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi.
Celui qui veut devenir grand parmi vous
sera votre serviteur.
Celui qui veut être parmi vous le premier
sera l’esclave de tous :
car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi,
mais pour servir,
et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

 

COMMENTAIRE

« Les dix autres se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. » C’était bien parti pour la chicane! On le voit, les comparaisons, la rivalité, la quête du pouvoir engendrent rapidement les disputes, les malaises et le trouble dans un groupe. Jésus convoque donc tous les disciples et il leur fait bien voir qu’ils n’ont rien compris de son enseignement, de son propre témoignage.

Chez ses disciples, dans son Église, Jésus ne veut pas de course à la chefferie. Il ne veut pas de poste d’honneur. Cela ne doit pas être une préoccupation entre nous de savoir qui sera à droite ou à gauche du Maître. Ou alors, s’il fallait nous engager dans une compétition, que ce soit pour occuper la dernière place, pour nous mettre en position d’humilité et de service les uns par rapport aux autres, et comme Église, il faudra nous mettre en mode écoute et humilité, en état de service vis-à-vis le monde. Pour une Église servante et pauvre, titrait un livre du Père Yves Congar, dans les années 60.

Voilà le trait distinctif du chrétien, la formule gagnante de toute Église du Christ. Que nous soyons tous des êtres d’humilité et de service! C’est comme cela que s’est manifesté le Christ lui-même au milieu de nous, et c’est comme cela qu’il nous veut, comme cela qu’il nous envoie. Dès lors peu importe la première place ou pas. Ce qui importe c’est d’être là où le Père nous veut. Il suffit que nous fassions confiance au Père et que nous mettions toute notre énergie, tout notre amour, à servir, à tisser entre nous des liens de paix et de communion qui soient extensibles et qui débordent pour rejoindre le plus de monde possible.

Ces traits commandés à l’Église par son Seigneur ont une répercussion décisive sur la mission ecclésiale dans le monde. Jésus ne veut pas d’une église conquérante ou de contrôle. Il ne veut pas d’un projet qui s’imposerait par les armes et la guerre. Rien qui ne soit pas un regard d’amour et de bonté; rien qui ne soit pas le fruit de notre docilité à l’Esprit Saint, rien qui ne nous viendrait pas d’un juste discernement spirituel.

Les entreprises missionnaires de l’Église n’ont pas toujours été dans ce sens, nous le savons bien. Que de gâchis accumulés au long des siècles, dont il nous faudrait demander pardon!

Le Christ nous appelle en Église pour une mission de paix et d’amitié. Il nous demande d’avoir sur le monde un regard d’ouverture, de confiance, parce que l’Esprit de Dieu toujours nous précède et nous fait signe. Notre mission sera d’abord témoignage de charité et de fidélité à l’Esprit, dans le plus vif respect des personnes, dans l’écoute attentive de ce qu’elles ont à dire, dans la reconnaissance pour ce qui se vit déjà de beau, de grand, de saint dans ce monde que Dieu a créé et où il nous envoie pour dire son amour.

Notre mission consiste finalement à laisser l’œuvre de Dieu s’accomplir sur le terrain où nous allons. Nous sommes seulement les pauvres serviteurs et servantes d’une Église en train de naître, d’un monde nouveau en train de germer et de grandir. Plus peut-être que d’un contenu doctrinal exhaustif, ce monde a besoin d’amour, d’encouragement, d’initiation au service. Il ne faut pas mettre la charrue devant les bœufs!

N’est-ce pas là d’ailleurs une approche privilégiée par un grand nombre de communautés missionnaires, qui ont compris qu’il fallait travailler à sortir les gens de la misère en s’occupant d’abord de santé, d’œuvres sociales et politiques, et d’éducation?

 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 28e Dimanche T.O. (B)

Insoutenable tristesse!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 17-27)

En ce temps-là,
Jésus se mettait en route
quand un homme accourut
et, tombant à ses genoux, lui demanda :
« Bon Maître, que dois-je faire
pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
Jésus lui dit :
« Pourquoi dire que je suis bon ?
Personne n’est bon, sinon Dieu seul.
Tu connais les commandements :
Ne commets pas de meurtre,
ne commets pas d’adultère,
ne commets pas de vol,
ne porte pas de faux témoignage,
ne fais de tort à personne,
honore ton père et ta mère
. »
L’homme répondit :
« Maître, tout cela, je l’ai observé
depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima.
Il lui dit :
« Une seule chose te manque :
va, vends ce que tu as
et donne-le aux pauvres ;
alors tu auras un trésor au ciel.
Puis viens, suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre
et s’en alla tout triste,
car il avait de grands biens.

Alors Jésus regarda autour de lui
et dit à ses disciples :
« Comme il sera difficile
à ceux qui possèdent des richesses
d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles.
Jésus reprenant la parole leur dit:
« Mes enfants, comme il est difficile
d’entrer dans le royaume de Dieu !
Il est plus facile à un chameau
de passer par le trou d’une aiguille
qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés,
les disciples se demandaient entre eux :
« Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et dit:
« Pour les hommes, c’est impossible,
mais pas pour Dieu ;
car tout est possible à Dieu. »

 

COMMENTAIRE

La Parole de ce dimanche est dérangeante.. « Elle pénètre au plus profond de l’âme », nous prévient la lettre aux Hébreux proclamée en deuxième lecture. Cet homme qui vient s’agenouiller devant Jésus, c’est un bon garçon. Il pratique tous les commandements. On ne peut demander mieux. Il a même le sentiment qu’il n’en fait pas assez pour gagner son ciel.

Jésus regarde avec affection cet homme accouru vers lui en quête de vie éternelle, qui se demande ce qu’il doit faire de plus ou de spécial pour hériter de la vie. « Posant son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. » Un regard qui va droit dans les yeux et le cœur de son interlocuteur. Jésus l’invite à faire un pas de plus, à se départir de tous ses biens en les vendant au profit des pauvres. « Tu auras un trésor au ciel », ajoute-t-il. Après seulement, il pourra revenir vers Jésus et le suivre.

L’homme devient sombre, il s’attriste. Pourquoi, alors qu’il était venu voir Jésus avec enthousiasme et grande sincérité, est-il reparti sombre et triste? C’est parce qu’il avait de grands biens, nous dit le texte. Et son bonheur il était dans cette possession. La seule pensée de devoir les abandonner, ça le rend malheureux.

Le regard de Jésus l’a rejoint. L’homme est travaillé en son cœur par tant d’amour, par l’appel que Jésus lui a fait de choisir la vie, la sagesse, en prenant soin des pauvres. S’il est triste, c’est parce qu’il se sait aimé par Jésus. Et ses richesses le séparent de lui. C’est bien difficile ce que Jésus lui demande. C’est comme faire un saut dans le vide. Son cœur est partagé. Il hésite. Il n’est pas prêt.

À vrai dire c’est une pareille histoire d’amour qui s’offre à nous tous. Pour y entrer, il nous faut retrouver notre liberté intérieure et nous offrir au regard du Seigneur. Devenir pauvre de cœur. Il nous proposera à nous aussi de nous engager en faveur des pauvres. Nos hésitations et notre peur vont nous rendre tristes, c’est normal. Mais le regard du Seigneur est toujours là. Regard de tendresse, plein de promesse, d’encouragement. Un visage de bonté qui appelle une réponse généreuse et confiante. Saurons-nous dire « oui »?

Je pense toujours à ces jeunes du secondaire 2 qui, sans doute avec l’intime conviction de n’avoir rien à perdre, corrigent spontanément l’histoire de l’homme riche et imaginent un sketch où le personnage tout de suite s’en va vers les pauvres pour leur partager ses biens, puis revient vers Jésus pour marcher derrière lui.

Qu’en est-il de nous qui sans doute avons déjà tout quitté pour suivre Jésus? Ne sommes-nous pas venus vers Jésus avec des richesses de tous ordres qui nous retiennent, nous attachent, avec la seule préoccupation de gagner notre ciel, de mériter une récompense, d’acheter le bon Dieu. Or Jésus nous regarde, il a pour nous un autre plan. Il porte sur nous un regard de sagesse, attentif à chacun, à chacune de nous. Jésus ne veut pas avec lui de nos richesses matérielles, mais il ne les méprise pas. Il veut seulement qu’on fasse justice, qu’on ait de la compassion, et qu’elles servent, nos richesses, au bonheur des plus pauvres. Puissions-nous lire dans ses yeux tout l’amour qu’il a pour les plus pauvres vers lesquels d’abord il nous envoie.

 

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