Archives pour la catégorie Parole et vie

Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 33e Dimanche. Année C

Résilience et persévérance !

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 21,5-19.
En ce temps-là, comme certains parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara :
« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »
Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? »
Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux !
Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »
Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume.
Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel. »
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devantdes rois et des gouverneurs, à cause de mon nom.
Cela vous amènera à rendre témoignage.
Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense.
C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer.
Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous.
Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom.
Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

COMMENTAIRE

Des annonces de catastrophes qui reviennent chaque année. Avouons qu’elles nous troublent un peu. Comme certains disciples de Jésus nous allumons vite sur les scénarios de fin du monde. Et nous avons peur. Et nous voulons savoir quand et comment tout cela va arriver. Or ce n’est pas de ces détails que Jésus veut nous parler. Il s’en défend même à plusieurs reprises. Il nous parle de la fin d’un monde, une fin commencée depuis longtemps, qui dure encore et qui n’est peut-être pas près de finir. Le monde présent va faire place à quelque chose d’autre, de nouveau, qui émerge lentement et sûrement. 

Toutes les images utilisées par Jésus ont comme but premier de nous provoquer à renouveler notre regard et notre approche sur ce que nous vivons présentement. Jésus nous exhorte à la patience et à la persévérance au milieu des épreuves : « Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense… Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ».

Les événements dont Jésus nous parle ressemblent beaucoup à ce que nous voyons aujourd’hui. Rien de nouveau sous le soleil, dirions-nous. Nous sommes sollicités constamment par des faits qui nous rappellent nos fragilités. Que ce soit au plan de nos vies personnelles, de nos vies familiales. Des drames surviennent. C’est le deuil, une rupture, une maladie, l’impasse dans nos relations, dans nos projets. Au plan personnel donc, mais aussi au plan collectif. Dans la société. Et même dans notre expérience de vie en Église. Nous étions fiers de notre monde, fiers de nos réalisations, fiers de notre générosité, fiers de ce que nous avions bâti ensemble. Et voici que tellement de choses craquent, s’écroulent et nous échappent. Serions-nous en train de tout perdre, de disparaître? Qui peut espérer s’en sortir? Qui est assez solide et capable pour résister à tous les assauts, à toutes ces épreuves ?   

C’est pourtant ce à quoi Jésus nous engage : résister, persévérer. Il nous rappelle que nous ne sommes pas seuls. Menacés, nous pouvons tenir. Lui-même n’a-t-il pas connu la souffrance, l’épreuve du rejet, de la persécution et de la mort ? Il n’est pas resté enfermé dans la mort. L’épreuve, il l’a vécue dans l’obéissance et la fidélité de l’amour. Et ce fut pour lui un passage vers la vie. Notre foi nous donne d’en être les témoins après bien d’autres : à la suite du Ressuscité, à son appel, nous vivons de lui. Notre condition de disciple du Christ ne nous dispense pas de l’épreuve, bien au contraire, mais c’est dans la foi, l’espérance et l’amour que nous tenons le coup. S’il y a des temps et des moments où les événements nous bousculent davantage, c’est qu’il nous faut déployer encore plus de foi, d’espérance et d’amour.

La parole de ce jour nous appelle donc à vivre le présent avec un regard et un cœur et des ressources renouvelés dans la grâce du Christ. Vivons donc engagés plus que jamais, mais déjà ancrés dans l’avenir que Dieu nous a préparé en son Fils. Dans nos vieillissements et nos brisures nous sommes amenés à revenir sans cesse à notre vraie jeunesse, la jeunesse éternelle du Christ. N’allons pas considérer notre vie présente comme quelque chose que l’on doit subir en attendant la fin, mais comme une réalité orientée vers le Royaume. L’enjeu n’est pas tant de guetter les signes de la fin que de passer déjà, animé par la foi, l’espérance et la charité, dans le monde nouveau à travers les douleurs de son enfantement. Voilà le sens de notre vie présente et de toutes nos persévérances ! « Ne vous effrayez pas; par votre persévérance vous obtiendrez la vie. »

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Homélie pour le 32e Dimanche. Année C

Vivre toute sa Vie

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 20, 27.34-38)

En ce temps-là,
    quelques sadducéens
– ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection –
s’approchèrent de Jésus
    et l’interrogèrent.
    Jésus leur répondit :
« Les enfants de ce monde prennent femme et mari.
    Mais ceux qui ont été jugés dignes
d’avoir part au monde à venir
et à la résurrection d’entre les morts
ne prennent ni femme ni mari,
    car ils ne peuvent plus mourir :
ils sont semblables aux anges,
ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.
    Que les morts ressuscitent,
Moïse lui-même le fait comprendre
dans le récit du buisson ardent,
quand il appelle le Seigneur 
le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.
    Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
Tous, en effet, vivent pour lui. »

COMMENTAIRE

Après la fête de la Toussaint et la Commémoration des fidèles défunts du début du mois de novembre, la liturgie en ce dimanche lève encore un peu le voile sur l’après la mort. Elle nous fait jeter un regard de foi et d’espérance sur ce monde différent qui nous attend. Non pas que nous puissions le voir déjà en pleine clarté. Nous sommes loin encore de la vision béatifique. Mais il nous est donné de pressentir ce qu’il en est dans une sorte de contre-parti de ce que ce que nous expérimentons dans la vie présente. « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. » De ces propos de Jésus, sans prétendre nous faire une juste idée de ce qui nous attend dans l’autre monde, nous pouvons conclure que nos références ne seront plus les mêmes. Tout sera tellement différent de tout ce que nous pouvons imaginer et même de ce que nous vivons présentement.

La Parole de Dieu est bien discrète pour nous parler de ce qui nous attend dans l’au-delà. Elle respecte notre inaptitude foncière à pouvoir nous représenter les choses qui nous dépassent. Nous avons ici cependant un petit flashe sur le mystère de notre résurrection à venir. Il ne faut pas penser notre condition future sur le modèle de ce que nous vivons présentement. Nos alliances et même nos amours et nos jouissances ne seront plus vraiment les mêmes. 

La plus forte et surprenante affirmation de la parole de ce dimanche, n’est-elle pas de nous redire qu’il y a une vie après notre vie, que la mort n’a pas le dernier mot? Or tout le discours actuel autour de la fin de vie nous a mené à croire que nous avons apprivoisé la mort, à penser que nous avons pris le dessus sur elle. La mort, on nous dit qu’on peut maintenant la choisir, en déterminer l’échéance. Voici que maintenant on l’attend, en amorti, avec des médicaments aidants, facilitants. Ce nouveau procédé nous amène à penser que la mort corporelle n’est plus une étape, un seuil, un passage que nous vivons vers un autre état de notre vie. Ce serait simplement  une fin! Ce serait la fin de notre vie!

Or tout le message chrétien nous dit qu’il y a plus que ça, infiniment plus que ça. Comme disait Thérèse de Lisieux : « La mort, c’est l’entrée dans la Vie. » Nous ne mourrons pas, nous entrerons dans la Vie. Oui, il y a un au-delà de la mort physique. On n’arrête pas la vie d’un être humain. Nous pouvons, bien sûr, croire que nous maîtrisons la vie physique jusqu’à la faire s’éteindre d’elle-même en douceur, mais cela n’empêche pas la Vie de se vivre. Nous n’avons pas de pouvoir sur notre existence d’après notre vie terrestre. Ce mystère lui-même est présentement hors de notre portée.

Notre vie est déjà un mystère. La vie nous est donnée. Elle ne vient pas de nous, Elle ne nous appartient pas vraiment. Et c’est heureux que nous ne puissions pas la contrôler totalement. Il faut dès lors, en toute humilité et fidélité, nous abandonner à ce plus grand que nous que nous vivons. Nous sommes habités d’une réalité qui nous dépasse, animés par une puissance plus grande que nous-même. La sagesse ne nous invite-t-elle pas à user de prudence avec notre vie, à la vivre de notre mieux? Notre appel est de faire confiance à celui qui nous a donné la vie et, dans la gratitude, à nous montrer digne de l’Amour qui nous a mis au monde. 

Notre condition présente est véritablement celle d’un apprentissage. Une préparation à vivre notre vraie vie. Vivre déjà notre vie, nos amours, nos alliances, nos joies, nos peines dans l’horizon d’une promesse de vivre plus un jour. Être chaque jour en appel de cette vie nouvelle, autre, immense et immortelle. Protéger cette vie reçue dans la perspective de l’accomplissement à venir. Respecter la vie des autres. Veiller à donner à tout le monde la qualité de vie requise par notre appel universel à vivre toujours dans une parfaite communion avec Dieu. L’espérance de la vie éternelle,  c’est notre chance à tous et à chacun! Accueillir la vie présente, c’est déjà un bonheur à partager. Protéger cette vie, la transmettre, l’aimer, c’est honorer notre Créateur et nous montrer dignes du bonheur promis. 

Redressons donc nos options, nos valeurs, nos comportements pour assumer et accomplir mieux nos tâches, nos responsabilités, nos engagements, notre mort physique elle-même. Vivre à 100% notre vie présente comme un passage vers l’au-delà qui nous attend. Nous en aller ainsi avec courage et gratitude vers la demeure du Père pour un bonheur indicible, incomparable avec Lui.

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Homélie pour le 31e Dimanche. Année C

AUJOURD’HUI, CHEZ NOUS !

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 19, 1-10)

En ce temps-là,
    entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait.
    Or, il y avait un homme du nom de Zachée ;
il était le chef des collecteurs d’impôts,
et c’était quelqu’un de riche.
    Il cherchait à voir qui était Jésus,
mais il ne le pouvait pas à cause de la foule,
car il était de petite taille.
    Il courut donc en avant
et grimpa sur un sycomore
pour voir Jésus qui allait passer par là.
    Arrivé à cet endroit,
Jésus leva les yeux et lui dit :
« Zachée, descends vite :
aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
    Vite, il descendit
et reçut Jésus avec joie.
    Voyant cela, tous récriminaient :
« Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »
    Zachée, debout, s’adressa au Seigneur :
« Voici, Seigneur :
je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens,
et si j’ai fait du tort à quelqu’un,
je vais lui rendre quatre fois plus. »
    Alors Jésus dit à son sujet :
« Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison,
car lui aussi est un fils d’Abraham.
    En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver
ce qui était perdu. »

COMMENTAIRE

« Zachée, descends vite; aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »

Pour une surprise, c’en est une bonne! Surprise pour tout l’monde! Pour le pauvre homme d’abord, bien installé qu’il est dans son arbre. De s’entendre dire : « Descends vite! » 

Surprise pour la foule et les disciples, qui n’imaginaient pas que Jésus puisse s’abaisser jusque-là, jusqu’à aller chez ce pécheur de Zachée, jusqu’à s’inviter chez lui, le choisir comme destination ce jour-là. Quelle erreur! Quelle horreur! Quel scandale!

On voit bien qu’il s’agit ici d’une page non seulement émouvante, touchante, imagée, toute en mouvements de l’Évangile, une de ces scènes simples et naïves, pour les enfants, mais que cette page et cette histoire sont au cœur de l’Évangile, qu’elles nous livrent le cœur de l’Évangile.

Jésus est de passage. Il est à Jéricho, une ville mythique du Moyen-Orient, sise à proximité du Jourdain non loin de la mer Morte, au plus creux du monde; des centaines de mètres au-dessous du niveau de la mer. Le Christ, le Fils de Dieu, descendu jusque-là… Son mouvement d’incarnation l’amène sur la route de cet homme, descendu bien bas lui aussi, mais dans la sphère du péché. Il se cache dans un arbre pour voir, pour le voir, pour voir qui est ce Jésus dont il a entendu parler. 

Nous apprenons que Jésus le cherche du regard, pour le cueillir comme un fruit mûr de foi et de désir… 

« Zachée, descends vite. Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi ».

Non pas, descend vite et disparais de ma face!

Non pas, je vais t’apprendre à mener une vie juste.

Non pas, je t’envoie chez le diable.

Simplement, je veux venir chez toi, être avec toi. C’est chez toi que je veux demeurer. Il le faut… Quelque part je n’ai pas le choix. Tu as besoin de moi. Je dois aller chez toi, je suis venu pour cela, pour toi.

Avouons que nous sommes là nous aussi à regarder la scène, juchés peut-être dans l’arbre de nos connaissances, de nos prétentions, de nos sages distances, de nos opinions, de nos points de vue. Toutes choses qui nous aident à voir Jésus sans doute, mais qui nous gardent à distance de lui sans vraiment nous mener en son intimité. À moins que lui, le premier, il vienne vers nous. Qu’il nous aperçoive et nous interpelle. Verra-t-il au fond de nos cœurs et dans nos yeux, le désir, le sentiment du besoin, une sourde attente de lui? Et s’il nous disait à chacun, chacune : descends vite. C’est à ton tour… de te laisser parler d’amour. Il faut que je demeure chez toi?

Savons-nous bien quelle joie ce serait pour nous? Sommes-nous prêts à descendre vers lui, pour être avec lui? Pour une intime rencontre. Pour l’entendre nous parler et pour nous ouvrir à lui. Pour voir soudainement plus clair en nous-mêmes. Pour changer notre vie. Agir plus droit. Être plus justes, mieux ajustés. Le laisser nous annoncer le Salut, la Paix, le Pardon, nous dire de quel Amour il nous aime. Aujourd’hui! Aujourd’hui! 

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Homélie pour le 30e Dimanche T.O. Année C

AUX SOURCES DE LA MISÉRICORDE

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 18, 9-14)

En ce temps-là,
    à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes
et qui méprisaient les autres,
Jésus dit la parabole que voici :
    « Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L’un était pharisien,
et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
    Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
‘Mon Dieu, je te rends grâce
parce que je ne suis pas comme les autres hommes
– ils sont voleurs, injustes, adultères –,
ou encore comme ce publicain.
    Je jeûne deux fois par semaine
et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’
    Le publicain, lui, se tenait à distance
et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
mais il se frappait la poitrine, en disant :
‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’
    Je vous le déclare :
quand ce dernier redescendit dans sa maison,
c’est lui qui était devenu un homme juste,
plutôt que l’autre.
Qui s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé. »

COMMENTAIRE

Les deux personnages de la parabole sont bien campés dans leurs attitudes respectives. L’un est tourné vers Dieu, l’autre vers lui-même. La prière du publicain tout pécheur qu’il était, était une vraie prière, qui l’engageait sur la voie d’une réelle conversion. Il attendait de son Seigneur miséricorde et pardon. Il ne sera pas déçu. L’autre n’avait que faire des dons de Dieu tellement il était plein de lui-même. 

Le publicain a compris que son sort est dans la main de Dieu. Il a l’humilité et le bon sens de le reconnaître. Il a des chances de s’en sortir et de mener désormais une vie plus juste et plus saine, en  accueillant le don de Dieu, son pardon, dans l’humilité d’un cœur repenti. Sa prière pourra dès lors devenir louange et action de grâce envers le Seigneur de toute miséricorde; elle pourra devenir missionnaire par le témoignage puissant d’une vie transformée. Le juste selon le cœur de Dieu offre aux autres ce qu’il a lui-même reçu, se rappelant chaque fois le geste premier de Dieu à son égard.

L’autre personnage de la parabole, fidèle à lui-même, ne peut que retourner chez lui tel qu’il en était sorti. Il retrouve ses affaires, ses illusions, son intime complaisance, son autosatisfaction, le triste isolement où le place le mépris qu’il a pour les autres. Les observances dont il se vantait ne lui rapportent pas grand-chose. 

À la fin de ce mois d’octobre tout entier consacré cette année à notre mission en Église, l’Évangile nous livre un message tout à fait approprié sur le sens profond de notre vie et de notre service. La mission chrétienne est née de l’expérience vécue de la bonté de Dieu, de la patience de Dieu manifestée envers ceux et celles qui, conscients de leurs fautes, sont en appel d’une miséricorde et d’un salut, et qui s’engagent dans une démarche de repentir et de conversion. C’est là le chemin que le Christ Jésus a ouvert pour nous tous dans le mystère de sa passion, sa mort et sa résurrection, une œuvre de salut accomplie pour la rédemption de tous.

Comme le rappelle souvent le pape François dans ses messages pour la l’Église missionnaire est d’abord témoignage de miséricorde. La mission étant elle-même « une grande, immense œuvre de miséricorde tant spirituelle que matérielle ».

 « L’Église, au milieu de l’humanité, est la communauté qui vit de la miséricorde du Christ », écrit le Pape. « Elle se sent toujours regardée et choisie par lui avec un amour miséricordieux et, de cet amour, elle tire le style de son mandat; elle vit de son Seigneur et elle le fait connaître aux peuples dans un dialogue respectueux avec chaque culture et conviction religieuse. »

Voilà donc la clé, le secret de l’action missionnaire : un témoignage authentique, une présence personnelle, toute d’humilité et d’esprit de service, pour le pardon et la communion, pour une œuvre de paix et d’amour. 

Face aux problèmes, si nombreux du monde, les missionnaires que nous sommes tous, ne doivent pas faiblir, ni baisser les bras. Il nous faut plutôt redoubler d’effort, de confiance : « Les missionnaires, écrit le pape, savent par expérience que l’Évangile du pardon et de la miséricorde peut apporter la joie et la réconciliation, la justice et la paix… Le mandat du Christ nous engage tous, dans les scénarios présents et les défis actuels à nous sentir appelés à une sortie missionnaire renouvelée,  une sortie de notre confort avec le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière – miséricordieuse – de l’Évangile. »

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Homélie pour le 29e Dimanche T.O. Année C

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 18, 1-8)

En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples une parabole
sur la nécessité pour eux
de toujours prier sans se décourager :
    « Il y avait dans une ville
un juge qui ne craignait pas Dieu
et ne respectait pas les hommes.
    Dans cette même ville,
il y avait une veuve qui venait lui demander :
‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’
    Longtemps il refusa ;
puis il se dit :
‘Même si je ne crains pas Dieu
et ne respecte personne,
    comme cette veuve commence à m’ennuyer,
je vais lui rendre justice
pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ »
    Le Seigneur ajouta :
« Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice !
    Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus,
qui crient vers lui jour et nuit ?
Les fait-il attendre ?
    Je vous le déclare :
bien vite, il leur fera justice.
Cependant, le Fils de l’homme,
quand il viendra,
trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

COMMENTAIRE

« Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui, jour et nuit? »  Poser la question, c’était déjà y répondre!  Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus n’est-il pas notre Père, tout le contraire de ce juge sans scrupule de la parabole? « Bien vite, déclare Jésus, mon Père, votre Père leur fera justice. »

Pourtant, il nous semble que les choses traînent et n’avancent pas. Toutes les veuves et les pauvres gens de ce monde ne trouvent pas le secours dont ils auraient besoin. Faudrait-il donc prier plus longtemps encore, avec plus d’intensité, jour et nuit. Mais jusques à quand?

Comment faut-il entendre cet enseignement de Jésus sur la prière? De quoi parle-t-il au juste? De quelle prière s’agit-il? Pour satisfaire quel besoin, et comment? 

Cette page d’évangile s’amène comme une curieuse variation sur le thème de la justice. Déjà la parabole portait sur une demande expresse de justice. Nous y retrouvons un juge sans foi ni loi. La veuve qui l’interpelle lui demande de la défendre dans son droit. Lui, il y consent finalement pour avoir la paix. Et nous voyons Jésus continuer sur cette lancée pour parler de la justice que Dieu, lui, va rapidement accomplir pour ses élus. 

La réponse de Dieu viendra combler les priants dans ce qu’ils réclament de lui, jour et nuit. C’est à ce niveau de la réponse du Seigneur qu’il nous faut réfléchir. Dieu certes connaît nos besoins les plus criants comme les plus profonds. Il exauce sans tarder, nous dit Jésus. Quel geste va-t-il bientôt poser ou est-il en train de poser pour répondre à la prière inlassable de ses fidèles?

Saint Luc donne à penser que Dieu exauce les siens dans la personne de Jésus lui-même, son envoyé. Dans le Christ, Dieu nous a déjà confié tout ce qu’il pouvait nous donner de mieux, son propre fils. C’est en lui, en sa passion, sa mort et sa résurrection, que nous sommes justifiés. Ce qui importe le plus maintenant, c’est que nous puissions accueillir cette justice, cet état de grâce qui nous est accessible dans le fils bien-aimé. Nous n’avons plus qu’à y croire, qu’à y tendre de tout notre être. Il s’agit de laisser Dieu nous transformer du dedans, nous configurer à l’image de son Fils, pour devenir Bonne Nouvelle comme lui. 

Dieu n’est pas un dépanneur universel, venant au secours de toutes nos misères, réalisant même nos caprices. Bien sûr, nous aimerions qu’il obéisse à nos requêtes. Mais la vraie prière consiste d’abord à lui faire confiance, à lui dire notre amour filial, à nous accorder à sa volonté bienveillante, nos priorités devenant les siennes. Dieu crée alors en nous la paix intérieure, il nous envoie son Esprit. C’est dans son Fils que notre prière est exaucée. C’est dans le Fils que nous sommes désormais invités à prier le Père. La Pâque du Christ nous a ouvert un passage vers la vie. C’est ainsi que notre prière et nos combats même pour la justice se nourrissent de l’énergie du Ressuscité.

Notre relation à Dieu devient, dans le Christ, une histoire d’amour, d’engagement pour le prochain, de communion à la volonté du Père. Notre prière sera un état de veille et de désir, l’entrée effective dans le projet divin.

La prière du croyant le mobilise. Seulement Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre? C’est là l’inquiétude et le grave avertissement de Jésus, comme si c’était la chose essentielle à demander sans cesse. N’hésitons donc pas à prier le Père pour que la foi ne nous fasse jamais défaut. Et sa réponse ne se fera pas attendre. Il nous donnera juste assez de foi pour la route que nous poursuivrons en communion avec le Christ Sauveur, notre Justice.

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Homélie pour le 28e Dimanche T.O. Année C

NOUS NE DIRONS JAMAIS ASSEZ MERCI

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 17, 11-19)

En ce temps-là,
    Jésus, marchant vers Jérusalem,
traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
    Comme il entrait dans un village,
dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance
    et lui crièrent :
« Jésus, maître,
prends pitié de nous. »
    À cette vue, Jésus leur dit :
« Allez vous montrer aux prêtres. »
En cours de route, ils furent purifiés.

    L’un d’eux, voyant qu’il était guéri,
revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
    Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus
en lui rendant grâce.
Or, c’était un Samaritain.
    Alors Jésus prit la parole en disant :
« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ?
Les neuf autres, où sont-ils ?
    Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger
pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »
    Jésus lui dit :
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

COMMENTAIRE

Plusieurs s’en rappellent, à l’école ou dans leur famille, ce souci qu’on avait d’apprendre aux enfants à dire Merci. Il ne nous est pas naturel de dire merci. Il faut qu’on nous l’apprenne. Nous sommes davantage portés à penser que tout nous est dû. C’est pourquoi il faut souvent revenir à la charge et nous rappeler notre devoir de gratitude et de reconnaissance. Il nous est si facile de l’oublier…

Pourtant qu’avons-nous que nous ne l’ayons reçu?  En vieillissant, nous prenons plus conscience de tout ce que nous devons aux autres. Nous avons tellement de raisons de remercier Dieu et les personnes qui nous ont accompagnés, entourés dans la vie. Nous ne dirons jamais assez Merci! pour tout ce que nous devons à la bonté de quelques êtres qui nous ont donné des chances. Mais voilà, nous disons souvent merci! machinalement et pour la forme, sans même y penser. C’est devenu pour plusieurs une sorte de routine, une habitude qui nous colle à la peau. 

Il y a par ailleurs des fois où le sentiment de dette et de reconnaissance nous vient plus fortement. Nous prenons soudainement conscience de l’ampleur du don reçu ou de l’attention spéciale qui nous a été portée. Tel geste, telle attitude nous ont manifesté parfois une intensité plus grande; ils ont pris une signification toute spéciale pour nous. Il nous vient alors à l’esprit d’exprimer de façon plus marquée notre reconnaissance. Nous sentons le besoin de réagir. De dire notre bonheur, notre émerveillement, notre gratitude. Aussi bien dire que notre relation avec telle personne prend alors une profondeur et un sens nouveau. Voici quelqu’un qui ne peut être que mon meilleur ami, mon sauveur! L’anecdote de l’évangile de ce dimanche va dans ce sens. 

Les 9 lépreux qui ne sont pas revenus auprès de Jésus après leur guérison, ont suivi le programme que Jésus lui-même leur avait tracé : Allez, montrez-vous aux prêtres, leur avait-il dit.  Ils sont alors été purifiés en chemin à la mesure de leur foi commune. Ils ont tous cru en lui assez pour partir et aller se montrer aux prêtres. Ils sont tous guéris de leur mal. Là-bas, ils ont offert le sacrifice prescrit par la loi pour remercier Dieu. On peut dire qu’ils ont fait ce qui leur était demandé. Mais pour le moment ils ne sont pas allés aussi loin dans la foi et l’action de grâce que le Samaritain. Eux, ils n’ont pas osé revenir vers Jésus. Ils n’ont pas mesuré l’immense miséricorde qui leur était prodiguée dans le Christ Jésus; ils n’ont pas reconnu en lui celui qu’ils auraient dû découvrir comme le prêtre, l’envoyé de Dieu à qui ils devaient revenir pour lui offrir reconnaissance. Jésus était bien plus que les prêtres du temple, Jésus était celui devant qui il fallait aller se prosterner.

« Je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël », disait Naaman au prophète Élisée. « Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts », disait Paul à Timothée.  « L’un d’eux, un Samaritain, voyant qu’il était guéri, …  se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. »

Vivrons-nous une démarche semblable à celle du Samaritain, de Naaman et de Paul. Prendrons-nous le temps de réfléchir, d’approfondir notre foi, de revenir vers le Christ. Pour une rencontre personnelle avec lui, pour ne pas en rester aux formalités de la loi ancienne, mais pour entrer dans le vif de l’Évangile et savoir reconnaître en lui notre sauveur. N’allons pas nous contenter avec lui d’un sourire banal ou d’un merci à distance, du bout des lèvres. 

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Homélie pour le 27e Dimanche T.O.

SERVITEURS JUSQU’AU BOUT

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17,5-10.
En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi.
« Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ?
Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour” ?
Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ?
De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” »

COMMENTAIRE

Cette finale d’évangile est bien peu encourageante. À première vue! Comme si le Seigneur nous disait : vous n’êtes vraiment pas à la hauteur. Vous êtes bien ordinaires! Vous n’avez pas de quoi vous vanter. Il y a certainement du vrai là-dedans. Mais le Seigneur ne veut certainement pas nous décourager. Sa Parole est toujours une bonne nouvelle. Et dans les deux figures qu’il utilise pour nous instruire aujourd’hui, il dit des choses importantes sur notre vie de foi, notre vie en Église. La Parole de ce dimanche nous rejoint dans ce que nous vivons de plus difficile. Elle nous accompagne justement pour que nous n’allions pas désespérer, pour que nous trouvions du sens et de l’élan pour notre vie présente.

Nous avons d’abord entendu le cri de souffrance et d’indignation du prophète Habacuc. Pas besoin de savoir quelles cruautés menaçaient le peuple juif à l’époque, aux environ de l’an 600 avec le Christ. Nous avons sous les yeux de quoi imaginer le pire. Ce qui étonne dans la 1e lecture c’est l’audace du prophète qui s’en prend à Dieu. Il ose l’interpeller : que fais-tu, Seigneur? Qu’attends-tu pour nous tirer de notre misère? La réponse du Seigneur l’invite au calme : Fais-moi confiance! Je suis là. Tôt  ou tard tu verras. La vision que je te fais connaître s’accomplira. « Si elle paraît tarder, attends-là. »

Oui, nous avons le droit de crier, de pleurer, de poser des questions quand la vie est trop dure et que nous n’en pouvons plus. Une résignation trop facile serait un manque de foi peut-être. Le témoignage du prophète nous invite à tenir notre cœur en éveil et nos oreilles prêtes à entendre la réponse du Seigneur, pour nous ajuster à lui et tenir sous son regard. Il ne nous décevra pas « Le juste vivra par sa fidélité ». Confiance et  patience! Dieu veille sur les siens et il prend soin d’eux.

L’évangile abordait le même sujet. « Augmente en nous la foi! », disaient les apôtres. Ils avaient le sentiment d’avoir si peu de foi. Et Jésus leur répond qu’il en faut bien peu pour faire des merveilles. Ont-ils jamais essayé? Prenez une graine de moutarde de foi, ce n’est pas beaucoup, et bien, vous avez là la capacité d’installer la vie où règne la mort. Le grand arbre, c’est la vie! La mer, c’est la mort! Planter l’arbre dans la mer, n’est-ce pas faire œuvre de vie, de résurrection! C’est dire combien nous sommes forts avec la foi. Et le Seigneur nous en donne juste assez pour notre conversion et notre relèvement. La foi, c’est Pâques dans nos vies! C’est déjà le monde nouveau du Royaume! Il faut croire en la foi qui s’appuie sur Dieu, sur sa puissance d’amour et de vie.

Seulement, aurions-nous oublié qui nous sommes? Nous vivons pour l’instant l’humble condition du serviteur. Le serviteur ne doit-il pas s’acquitter de ses tâches jusqu’au bout?  Nous avons en Jésus lui-même le modèle à suivre. Au milieu de nous, il s’est fait le serviteur de tous. Comment ne pas aller comme lui jusqu’au bout de notre service? Rappelons-nous que le juste vivra de sa fidélité.

S. Paul aborde le même sujet dans sa 2e lettre à Timothée. Son disciple est peut-être fatigué, essoufflé, dirions-nous?  Paul lui rappelle qu’il a en lui la ressource qu’il faut pour tenir et continuer. Consacré pour son ministère, Timothée a reçu un esprit, non pas de peur, mais de force, d’amour et de maîtrise de soi. Paul invite donc son disciple à raviver le don gratuit de Dieu qui est en lui. Le secret de notre vie, il est là. Nous tenons notre force et nos ressources de Dieu lui-même. Comment n’aurions-nous pas la capacité de tenir dans les épreuves et produire des merveilles. Rappelons-nous le grand arbre planté dans la mer.

Parole et vie

Les autres chroniques du mois

Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 27e Dimanche T.O. Année C

SERVITEURS JUSQU’AU BOUT
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 17, 5-10)

En ce temps-là,
    les Apôtres dirent au Seigneur :
« Augmente en nous la foi ! »
    Le Seigneur répondit :
« Si vous aviez de la foi,
gros comme une graine de moutarde,
vous auriez dit à l’arbre que voici :
‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’,
et il vous aurait obéi.

    Lequel d’entre vous,
quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes,
lui dira à son retour des champs :
‘Viens vite prendre place à table’ ?
    Ne lui dira-t-il pas plutôt :
‘Prépare-moi à dîner,
mets-toi en tenue pour me servir,
le temps que je mange et boive.
Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ?
    Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur
d’avoir exécuté ses ordres ?
    De même vous aussi,
quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné,
dites :
‘Nous sommes de simples serviteurs :
nous n’avons fait que notre devoir’ »

COMMENTAIRE

Cette finale d’évangile est bien peu encourageante. À première vue! Comme si le Seigneur nous disait : vous n’êtes vraiment pas à la hauteur. Vous êtes bien ordinaires! Vous n’avez pas de quoi vous vanter. Il y a certainement du vrai là-dedans. Mais le Seigneur ne veut certainement pas nous décourager. Sa Parole est toujours une bonne nouvelle. Et dans les deux figures qu’il utilise pour nous instruire aujourd’hui, il dit des choses importantes sur notre vie de foi, notre vie en Église. La Parole de ce dimanche nous rejoint dans ce que nous vivons de plus difficile. Elle nous accompagne justement pour que nous n’allions pas désespérer, pour que nous trouvions du sens et de l’élan pour notre vie présente.

Nous avons d’abord entendu le cri de souffrance et d’indignation du prophète Habacuc. Pas besoin de savoir quelles cruautés menaçaient le peuple juif à l’époque, aux environ de l’an 600 avec le Christ. Nous avons sous les yeux de quoi imaginer le pire. Ce qui étonne dans la 1e lecture c’est l’audace du prophète qui s’en prend à Dieu. Il ose l’interpeller : que fais-tu, Seigneur? Qu’attends-tu pour nous tirer de notre misère? La réponse du Seigneur l’invite au calme : Fais-moi confiance! Je suis là. Tôt  ou tard tu verras. La vision que je te fais connaître s’accomplira. « Si elle paraît tarder, attends-là. »

Oui, nous avons le droit de crier, de pleurer, de poser des questions quand la vie est trop dure et que nous n’en pouvons plus. Une résignation trop facile serait un manque de foi peut-être. Le témoignage du prophète nous invite à tenir notre cœur en éveil et nos oreilles prêtes à entendre la réponse du Seigneur, pour nous ajuster à lui et tenir sous son regard. Il ne nous décevra pas « Le juste vivra par sa fidélité ». Confiance et  patience! Dieu veille sur les siens et il prend soin d’eux.

L’évangile abordait le même sujet. « Augmente en nous la foi! », disaient les apôtres. Ils avaient le sentiment d’avoir si peu de foi. Et Jésus leur répond qu’il en faut bien peu pour faire des merveilles. Ont-ils jamais essayé? Prenez une graine de moutarde de foi, ce n’est pas beaucoup, et bien, vous avez là la capacité d’installer la vie où règne la mort. Le grand arbre, c’est la vie! La mer, c’est la mort! Planter l’arbre dans la mer, n’est-ce pas faire œuvre de vie, de résurrection! C’est dire combien nous sommes forts avec la foi. Et le Seigneur nous en donne juste assez pour notre conversion et notre relèvement. La foi, c’est Pâques dans nos vies! C’est déjà le monde nouveau du Royaume! Il faut croire en la foi qui s’appuie sur Dieu, sur sa puissance d’amour et de vie.

Seulement, aurions-nous oublié qui nous sommes? Nous vivons pour l’instant l’humble condition du serviteur. Le serviteur ne doit-il pas s’acquitter de ses tâches jusqu’au bout?  Nous avons en Jésus lui-même le modèle à suivre. Au milieu de nous, il s’est fait le serviteur de tous. Comment ne pas aller comme lui jusqu’au bout de notre service? Rappelons-nous que le juste vivra de sa fidélité.

S. Paul aborde le même sujet dans sa 2e lettre à Timothée. Son disciple est peut-être fatigué, essoufflé, dirions-nous?  Paul lui rappelle qu’il a en lui la ressource qu’il faut pour tenir et continuer. Consacré pour son ministère, Timothée a reçu un esprit, non pas de peur, mais de force, d’amour et de maîtrise de soi. Paul invite donc son disciple à raviver le don gratuit de Dieu qui est en lui. Le secret de notre vie, il est là. Nous tenons notre force et nos ressources de Dieu lui-même. Comment n’aurions-nous pas la capacité de tenir dans les épreuves et produire des merveilles. Rappelons-nous le grand arbre planté dans la mer.

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 26e Dimanche T.O. Année C

Sortons de notre bulle

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 16,19-31.
En ce temps-là,  Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux.
Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance.
Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

COMMENTAIRE

« S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, ni le gros bon sens, ni l’appel de leur conscience, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus ».  Autant dire que la situation est grave pour celui ou celle qui s’enferme dans le piège de ses richesses et de son égoïsme, au point de ne pas voir et de ne pas entendre le malheureux qui gémit à la porte.

La condition de chacun des deux personnages de la parabole tient un peu de la caricature sans doute, mais elle figure bien ce qui se passe dans ce monde où nous sommes. Faire bombance et grand festin alors que les pauvres se tiennent à la porte et n’ont rien à manger. Un tel spectacle n’est pas si rare.  Il n’y a pas lieu de  nous étonner du sort tragique qui nous attend, si nous continuons à nous comporter comme ce mauvais riche de la parabole. Comme dans la parabole, ce sera chacun son tour!

L’homme riche de l’histoire a construit son malheur à force de n’être pas sensible ni attentif, ni compatissant, ni généreux envers le pauvre Lazare. Son inconscience a construit un mur autour de lui-même; il a creusé un abime entre lui et celui pour qui les anges et le père Abraham ont pris parti.

Le récit nous fait bien voir ce qui n’a pas marché. L’homme riche était aveuglé par ses richesses. Il vivait dans une bulle. Il n’a pas vu le pauvre. Il ne l’a pas aidé. Il a profité de ses gros sous pour bien s’habiller et bien festoyer, et pour accroître encore sa fortune sans doute.

Malheureusement pour lui, la récréation avait une fin. Le plaisir et la fête ont cessé. Il a eu beau crier. Il était trop tard! Il n’avait pas su reconnaître pendant qu’il en était encore le temps la présence et les besoins du pauvre Lazare. Il n’a pas reconnu en lui le Christ lui-même. Le Christ qui dans le pauvre était venu à sa porte l’interpeler, l’inviter à sortir de son égoïsme et à s’échapper du malheur qu’il était en train de préparer.

Cette parabole n’a pas pour but de nous décrire ce qui  va exactement se passer dans l’au-delà. Ce n’est pas tant du ciel et de l’enfer dont il est question ici que de notre vie présente. Il nous est dit que nous n’avons pas de temps à perdre, qu’il nous faut ajuster vite nos mœurs et nos attitudes et devenir capables de compassion, d’amour et de miséricorde; qu’il y a urgence pour chacun et chacune de sortir de soi-même pour porter attention aux pauvres.

Il ne s’agit pas d’une condamnation de la richesse et de l’argent et des bons repas. Il s’agit de dénoncer toutes pratiques égoïstes et injustes qui conduisent à creuser un fossé entre nous ou à dresser un mur qui nous isole les uns des autres, et qui repousse plus loin les plus pauvres.

Comme on le dit en politique : les pauvres et les petits sont importants. C’est d’eux dont il faut nous occuper d’abord. On juge de la valeur d’une société à la qualité de l’attention et des soins qu’elle porte à ses membres les plus faibles.

Dieu se soucie du pauvre, il prend parti pour les pauvres. « Le Seigneur garde à jamais sa fidélité, disait le Psaume, il fait justice aux opprimés … Il égare les pas du méchant». Si nous voulons être avec le Seigneur, soyons avec les humbles nous aussi. Le Christ lui-même ne s’est-il pas fait humble et pauvre au milieu de nous? C’est lui qui dans l’indigent nous tend la main pour  nous sauver des malheurs de notre égoïsme et nous prendre avec lui.

Parole et vie

Les autres chroniques du mois

Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 25e Dimanche. Année C

Drôle d’histoire, qui nous sert de leçon!

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc  (Lc 16, 1-13)

En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples :
« Un homme riche avait un gérant
qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
    Il le convoqua et lui dit :
‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ?
Rends-moi les comptes de ta gestion,
car tu ne peux plus être mon gérant.’
    Le gérant se dit en lui-même :
‘Que vais-je faire,
puisque mon maître me retire la gestion ?
Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force.
Mendier ? J’aurais honte.
    Je sais ce que je vais faire,
pour qu’une fois renvoyé de ma gérance,
des gens m’accueillent chez eux.’
    Il fit alors venir, un par un,
ceux qui avaient des dettes envers son maître.
Il demanda au premier :
‘Combien dois-tu à mon maître ?’
    Il répondit :
‘Cent barils d’huile.’
Le gérant lui dit :
‘Voici ton reçu ;
vite, assieds-toi et écris cinquante.’
    Puis il demanda à un autre :
‘Et toi, combien dois-tu ?’
Il répondit :
‘Cent sacs de blé.’
Le gérant lui dit :
‘Voici ton reçu, écris 80’.

    Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête
car il avait agi avec habileté ;
en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux
que les fils de la lumière.
    Eh bien moi, je vous le dis :
Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête,
afin que, le jour où il ne sera plus là,
ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

    Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose
est digne de confiance aussi dans une grande.
Celui qui est malhonnête dans la moindre chose
est malhonnête aussi dans une grande.
    Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête,
qui vous confiera le bien véritable ?
    Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance,
ce qui vous revient, qui vous le donnera ?
    Aucun domestique ne peut servir deux maîtres :
ou bien il haïra l’un et aimera l’autre,
ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

COMMENTAIRE

L’histoire est amusante. Voilà comment le gérant s’est assuré d’un retour d’ascenseur de la part de ceux à qui il a fait grâce de leurs dettes envers son patron. De la malhonnêteté, il en remet! Mais il est habile. Son maître le reconnaît. On peut penser que son stratagème ne va pas finalement lui réussir, puisque sa démarche astucieuse n’échappe pas à l’œil vigilant de son maître..

Le Seigneur n’approuve pas ces manigances racontées dans la parabole. Au contraire, il en profite pour nous rappeler tous à l’honnêteté, même dans les plus petites choses. La confiance, ça se mérite et ça se gagne.

Pourtant Jésus nous invite à être nous aussi astucieux, habiles, mais dans le bon sens, en travaillant à nous faire des amis avec l’argent, de telle façon que cela puisse nous servir dans le monde nouveau du Royaume. Il nous demande d’aller vers les plus pauvres et de ne pas hésiter à être généreux et compatissants à leur endroit. C’est là la meilleure façon, proclame-t-il, d’assurer notre avenir. « Le jour où l’argent ne sera plus là, ces amis – les pauvres à qui vous aurez su apporter de l’aide –  vous accueilleront dans les demeures éternelles. » « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

La parole de Dieu aujourd’hui nous interpelle au niveau de notre vie sociale, économique et politique. Elle nous rappelle que nous ne sommes pas des évadés de ce monde. Nous y avons des responsabilités. Et qu’il dépend de nous d’y être engagés, actifs et efficaces pour changer le monde et le rendre meilleur, plus viable, plus confortable pour tous, notamment pour les plus démunis. Rappelons-nous les avertissements du prophète Amos : « Écoutez, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays…, jamais je n’oublierai aucun de vos méfaits. »  S. Paul dans la 2e lecture nous invite à prier pour les gouvernants et chefs d’état « Afin, précise-t-il, que  nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. »

La parabole du gérant malhonnête nous invite à réfléchir : si l’argent et la richesse profitent à certains dans la vie présente, c’est pour qu’ils en usent habilement, honnêtement, par la pratique d’une justice et d’un partage qui favorise une répartition équitable des biens et la fraternité entre tous. L’important c’est d’user des réalités matérielles présentes avec, dans le cœur et dans l’esprit, le sens du Royaume à venir, et dans nos mains des gestes de partage qui font signe d’un ailleurs, d’un autre monde.

Comment pourrions-nous rêver d’espérance et de vie nouvelle, d’humanité heureuse et réussie, si nous maintenons entre nous l’inégalité, l’exploitation, l’oppres-sion, l’accumulation égoïste des biens, alors que tant de gens n’arrivent pas à vivre avec le trop  peu qu’ils ont ?

Difficile de voir d’autres solutions au problème de l’inégalité et de la pauvreté régnant dans de nombreux pays et même chez nous, sans devenir nous-mêmes un peu plus pauvres, sans nous départir de notre superflu en faveur des moins nantis. Il faut cesser de mener une course effrénée à la richesse personnelle ou communautaire qui se ferait au détriment des plus pauvres. Oserons-nous nous départir du superflu? Oserons-nous suivre le Christ en son dénuement? Et si c’était la seule voie pour nous enrichir vraiment? Avons-nous suffisamment médité le verset proclamée tout à l’heure juste avant l’évangile : « Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. »

Parole et vie

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