Category Archives: Parole et vie

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 6e Dimanche de Pâques (C)

La Paix qu’il nous donne!

« Levons-nous, partons d’ici ! » Cette petite phrase vient conclure – quelques lignes plus loin – le discours que Jésus achève aujourd’hui. Le Seigneur parle à des disciples qui sont bouleversés, effrayés, qui savent que leur maître est menacé, sur le point d’être arrêté et mis en procès. Jésus ne leur cache pas le danger dans lequel il se trouve. Déjà la trahison de Judas est en marche. On peut dire que le compte à rebours de la Passion est commencé. « Je m’en vais, leur dit Jésus, et je reviens vers vous ». Ces paroles sont à la fois mystérieuses et graves. Elles donnent l’allure d’un testament à ces consignes de dernières minutes que le Seigneur transmet aux disciples, d’où leur importance.

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et chez lui nous nous ferons une demeure. » Jésus s’adresse ainsi à tout le monde. « Si quelqu’un m’aime… » Chacun, chacune est sollicité pour une amitié avec le Seigneur, l’invitation à rien de moins qu’une histoire de cœur et d’intimité avec lui et avec le Père.

nnLe testament de Jésus se continue et s’étend sur une promesse. La promesse de l’envoi d’un Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en son nom. L’Esprit qui va prolonger l’enseignement du Christ. Non pas pour un nouveau chapitre, mais pour protéger la mémoire de ce que Jésus nous a dit. Fidélité à l’Évangile pour l’approfondir et nous permettre de le mettre intégralement en pratique.

Dernier élément que Jésus souligne, c’est la paix. La paix qu’il nous laisse, la paix qu’il nous donne. Qui n’est pas une tranquillité béate, l’absence de problèmes ni même de conflits; ce n’est pas un temps calme et serein chaque jour, ni non plus l’absence de trouble et de questionnement. La paix pour lui, c’est d’abord l’humble certitude de la foi, celle de l’abandon dans la confiance. Il nous partage cette paix qui l’habite, lui, puisqu’il s’abandonne résolument à la volonté du Père. C’est la paix dont il a le secret parce qu’il est le Fils bien-aimé, et qu’il est certain que le Père ne va jamais l’abandonner. « Je m’en vais, et je reviens vers vous. » Jésus sait qu’il va mourir et qu’il va ressusciter. Il a intimement la preuve que sa confiance dans le Père ne saurait être trahie ou déçue. Que cette paix soit pour nous le secret qui nous tient debout, qui nous garde en confiance, forts et en sécurité profonde! C’est là la paix des fils et filles du Père infiniment puissant et bienveillant qui est le nôtre.

Ces dernières paroles de Jésus doivent faire leur chemin en nous, dans les circonstances que nous vivons aujourd’hui, dans les temps troublés et souvent difficiles où nous sommes. Ne sommes-nous pas cette Église dont nous parlait le livre de l’Apocalypse. Cette Jérusalem nouvelle venue de chez Dieu, toute précieuse, toute belle et sainte, mais que nous savons menacée de toute part. Elle est habitée de lumière et de paix, cette Église qui a la capacité de régler ses problèmes, puisque l’Esprit lui est donné. Puisque l’amour et les dons de Dieu lui donnent les moyens d’aller de l’avant et de vivre maintenant le rêve de Dieu.

Faisons donc notre profit de l’enseignement du Seigneur. Laissons-nous rejoindre aujourd’hui, instruire par sa parole pour en vivre. Qu’elle soit notre paix, notre joie, notre assurance! « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. »

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Homélie pour le 5e Dimanche de Pâques (C)

« Comme je vous ai aimés »

À la mort de son fondateur, il y a trois ans, le réseau des foyers de l’Arche fondé à Trosly-Breuil, en France, comptait plus de 152 groupes dans 37 pays. Nous avons, dans ces petites communautés, le modèle reconnu d’un vivre ensemble original offert aux déficients mentaux, aux handicapés intellectuels et sociaux. Les foyers de l’Arche se veulent un refuge pour l’accueil inconditionnel des blessés de la vie, des êtres fragilisés, en besoin de protection, d’encouragement, de tendresse.

L’évangile de ce dimanche explique en bonne part l’œuvre de l’initiateur de l’Arche et de ses collaborateurs. Les paroles du Christ nous disent la source profonde de ce dynamisme spirituel qui fait de ces communautés des lieux d’amour, de réconciliation, d’acceptation inconditionnelle de l’autre. Malgré les révélations plus récentes de mauvaises conduites qui entachent la réputation du fondateur de l’Arche, le commandement nouveau, dont Jésus nous parle en ce dimanche, a trouvé dans ces petites communautés une forme impressionnante d’accomplissement. Il faut faire la part des choses. Les fautes personnelles d’un artisan n’enlèvent rien à la beauté et à la nature profonde de son œuvre. La grâce de Dieu se joue de nos insuffisances et de nos misères. Voyons dans l’œuvre de l’Arche l’effet authentique de la miséricorde divine, le triomphe de l’Amour divin au cœur d’un monde pauvre et malheureux.

Aimer et être aimé, ça n’a rien de neuf pour nous. Nous avons tous envie d’aimer et le besoin d’être aimés. Tout le monde tombe en amour! Ce dont Jésus nous parle ici, c’est cependant d’un commandement nouveau, d’un amour pas comme les autres, d’un amour de charité. Notre vocabulaire est pauvre pour en parler. Disons qu’il s’agit d’un amour pas seulement naturel et humain, mais de l’amour du Christ lui-même, dont il nous a donné exemple lors du lavement des pieds, dont il nous a révélé la grandeur et la profondeur dans le don de sa vie sur la croix.

Cet amour qui est proprement divin est répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint. C’est cet amour qui tient ensemble les disciples du Christ. Cet amour qui nous rend capables d’aimer comme lui; qui nous fait nous aimer les uns les autres comme lui nous a aimés. Jusqu’à donner notre vie. Cet amour, capable d’un dépassement héroïque, témoigne de l’infini de l’amour divin en nous. Il nous sauve de l’égoïsme, de la peur, des ténèbres de la trahison, de l’infidélité, de la mort.

« Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Cet amour n’est pas réservé à quelques êtres exceptionnels, – Mère Teresa, Vincent de Paul, Martin Luther King, Thérèse de l’Enfant-Jésus et les autres -. Cette grâce d’aimer, comme le Christ nous a aimés, elle est offerte à chacun de nous. Elle se retrouve dans les couples, dans les familles, chez tous les gens de bonne volonté. Elle est partout où l’Esprit d’humilité et de service anime les gestes simples et patients, les cœurs qui pardonnent, les gens qui partagent et sacrifient leur bien-être et leur confort pour aider le démuni, qui accueillent volontiers l’étranger, qui se laissent déranger pour le salut du prochain. Ce sont eux les vrais disciples du Maître et Seigneur Jésus, ceux qui, même sans le savoir, le font connaître comme Christ Sauveur, lui qui nous a tous aimés le premier et nous fait miséricorde, lui qui s’est livré pour nous, qui nous donne d’aimer comme lui.

C’est elle la Jérusalem nouvelle descendue de chez Dieu dont parlait la 2e lecture. Cette communauté sainte de ceux qui aiment comme Jésus. Avec elle advient un monde nouveau où cesseront les pleurs, les tristesses, les cris de mort. Déjà c’est la demeure de Dieu avec les hommes. C’est ainsi qu’il fait chez nous toute chose nouvelle.

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Homélie pour le 4e Dimanche de Pâques (C)

Au Nom du Père!

 Les brèves paroles de l’évangile sont une réponse de Jésus à la question des autorités juives : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le-nous ouvertement ! » La scène se passe dans les portiques du temple. C’est l’hiver. L’ambiance est tourmentée et tendue. Jésus répond à la requête qu’on lui fait sur le même ton que celui de ses interlocuteurs. Les mots sont forts. Les expressions, tranchées. Jésus est bien le Messie, le Christ. Mais ce qu’il leur dit ne correspond pas à l’idée qu’ils se font du Messie, d’un messie à leur façon, qui ne les surprendrait pas trop, qui serait conforme à leurs plans.

En fait Jésus nous plonge tous dans le mystère de son être de Fils de Dieu, qui est en communion intime et parfaite avec son Père. Il utilise l’image qu’on retrouve fréquemment dans les psaumes, chez les prophètes, souvent présente dans le monde rural à l’époque, celle du berger au milieu de ses brebis, de la relation particulière entre les brebis et leur berger. La réponse de Jésus sur son identité ne l’amène donc pas à parler de lui-même, mais à se définir en rapport avec ceux et celles dont il prend soin, et en rapport, bien sûr, avec le Père dont il est tellement proche jusqu’à ne faire qu’un avec lui, jusqu’à épouser sa volonté bienveillante à l’égard de ceux qu’il lui confie.

La réponse de Jésus est tellement claire que les gens ne s’y trompent pas. Aussitôt après cette prise de parole, il est même dit, dans le texte de Jean, qu’on a voulu alors le lapider tellement ce qu’il disait choquait et scandalisait les autorités religieuses. Jésus se disant, à toute fin pratique, l’égal de Dieu, Dieu comme son Père.

Les paroles du Seigneur sont pourtant lumineuses et rassurantes pour nous qui voulons bien mettre notre foi en lui. Nous qui voulons être de ses brebis jusqu’à écouter sa voix, nous sachant connus de lui et voulant le suivre. Il nous dit qu’il nous donne la vie éternelle. Il nous assure que nous n’allons jamais périr, que personne ne nous arrachera de sa main. Quoi demander de plus réconfortant et de plus rassurant alors que nous vivons des situations souvent difficiles et troublantes, éprouvantes? Il nous est bon de nous savoir en cette relation privilégiée avec le Christ, d’être l’une des brebis dont il prend soin. Oui, nous pouvons nous laisser aimer, connaître et sauver par lui.

D’ailleurs ce qu’il nous dit va encore plus loin. Il nous révèle que c’est le Père qui préside ultimement à la mission de Pasteur et de Sauveur. Le Père nous aime de toute éternité et nous confie à son bien-aimé. Lui, le Père qui est plus grand que tout et qui domine tout, à la main de qui on ne peut absolument rien arracher.

N’est-ce pas dans ce cadre et cette perspective que se situent toutes les vocations et tous les ministères en Église? La mission de l’Église elle-même, la vocation de chacun et chacune de nous, les vocations particulières, les ministères ordonnés et les autres services dans les communautés, toutes ces fonctions pastorales s’enracinent et prennent leur source dans le cœur et la volonté bienveillante du Père. Tout cela pour nous dire que nous sommes entre bonnes mains et qu’il y a pour nous de quoi perdre toutes inquiétudes et appréhensions, si nous accueillons la parole de vérité et d’amour de Jésus. Rien ne pourra nous séparer de l’amour de notre Dieu et Père. Nous sommes héritiers d’une relation parentale et filiale toute-puissante! Nous avons raison de faire confiance. Nous avons pour nous la promesse divine d’une Vie heureuse et réussie malgré les épreuves et les difficultés inhérentes à la vie présente.

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Homélie pour le 3e Dimanche de Pâques (C)

Parle-moi d’amour!

On pourrait dire que la troisième apparition, la dernière mentionnée par le 4e Évangile, dure encore. Le récit, en effet, s’ouvre sur l’intemporel d’une histoire de pêche et d’une belle rencontre d’amitié qui pourraient bien, et devraient même, ne jamais finir.

« Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes », avait dit Jésus aux premiers disciples qu’il appelait à le suivre alors qu’ils étaient là, préparant leurs filets au bord du lac. C’est là que nous les retrouvons, dans la barque, un beau matin après une longue nuit de pêche infructueuse.

Beaucoup de choses dans cette histoire sont à l’image de l’Église de tous les temps, qui se donne à la mission que le Seigneur lui a confiée. Cette Église ne peut connaître de succès que lorsqu’elle se met résolument à l’écoute de son Seigneur et qu’elle met en pratique les consignes qu’il lui a données : l’urgence de témoigner de la miséricorde du Père, l’annonce d’un Royaume de Justice, d’amour et de Paix, l’appel à tous pour une conversion.

Les disciples embarqués ce jour-là pour la pêche avec Simon Pierre représentent bien cette mise à l’œuvre d’une Église essentiellement missionnaire. Une mission que le Seigneur a initiée lui-même, qui est la sienne, et que nous sommes appelés à poursuivre en son Nom. Nous sommes une Église toujours en besoin de retrouver son Seigneur dans l’Eucharistie, symbolisée ici par ce petit déjeuner servi sur le rivage. Une Église appelée à se tenir dans l’intimité de son Seigneur, dans son amour. Une Église qui se laisse interpeler pour une réponse d’amour envers celui qui lui a déjà témoigné le plus grand amour.

La semaine dernière, un de mes confrères que j’estime beaucoup pour son engagement, son sens habituel de l’humour, sa belle simplicité, me disait au hasard d’une conversation : « Es-tu en amour avec Dieu? Est-ce que ton amour pour lui t’envahit à tel point que tout le reste ne compte plus vraiment? » J’avoue que sa question m’a pris au dépourvu. Le frère était-il en train de préparer son homélie pour ce dimanche? Je me suis senti mal-à-l’aise devant son insistance, son indiscrétion. Et j’ai alors compris l’embarras de Simon-Pierre qui se voit poser trois fois la même question par Jésus : « M’aimes-tu? »

Cette question nous est posée à chacun, chacune : Est-ce que j’aime Dieu? Est-ce que j’aime le Christ? Est-ce que cet amour remplit ma vie? Suis-je en amour avec Jésus assez pour prendre soin de ses amis, les petits et les pauvres, les laissés pour compte? Il n’est pas si facile de répondre : « Oui je t’aime, Seigneur. » Bien d’autres attraits viennent parfois nous distraire et prendre le dessus dans nos pensées et notre cœur.  Nous ne savons pas bien vers qui penche notre cœur, de quoi il a peur, ce qui l’empêche d’aimer, Nous sommes pauvres et démunis en fait d’amour. Et pourtant c’est important d’y voir clair, pour ne pas nous faire d’illusion, pour être vrai et sincère avec Dieu.

Le Seigneur a besoin de notre amour au moment où il nous confie les siens. L’amour que nous avons pour lui nous fera bien assumer le service qu’il nous demande, qui est de prendre soin, d’écouter, d’accompagner ceux et celles qui désormais pourront voir en nous avec quel amour et quelle tendresse Dieu les aime et prend soin d’eux.

L’Eucharistie, c’est chaque fois le temps de nous laisser parler d’amour par le Seigneur. Lui le premier il nous a aimés et s’est livré pour nous. Notre amour pour lui n’est-il pas au fond ce même amour que nous avons les uns pour les autres et pour ceux vers lesquels il nous envoie?

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Homélie pour le 2e Dimanche de Pâques (C)

La Joie de croire!

La première fois, Thomas n’était pas avec les autres. Peut-être avait-il des affaires dont il devait s’occuper? Peut-être s’était-il caché quelque part avec sa peur et sa tristesse? Peut-être avait-il tout simplement décroché, n’y comprenant plus rien? Il n’était pas là quand le Seigneur était venu les calmer, leur montrer ses plaies. Après les avoir rassurés, Jésus leur avait insufflé de son âme, de sa vie, de son Esprit, leur donnant mission d’aller offrir miséricorde et pardon à tous les pécheurs. C’est ainsi qu’il inaugurait le monde nouveau de la grâce et de la réconciliation véritable pour tous!

Thomas n’avait pas vécu cette expérience. C’était dommage! Mais ils allaient lui parler de ce qui les rendait tout joyeux. Et Il se réjouirait avec eux. Ce serait pour lui comme s’il avait été là. Il les croirait sur parole. Il aurait ainsi part à l’Esprit de leur maître et aussi à la mission de paix et de réconciliation qui leur était confiée par le Seigneur ressuscité.

Mais ça ne marche pas comme cela avec Thomas, ni même peut-être avec nous qui lui ressemblons, qui sommes ses jumeaux. Non, Thomas a trop souffert. Il y a trop de déception dans son cœur. Il a besoin qu’on aille le chercher là où il est. Qu’on lui montre le sens des blessures et des souffrances de son ami et maître. Thomas en est encore traumatisé, plongé dans la tristesse. Il ne comprend pas. Il est en besoin d’une profonde guérison.

Et c’est cette guérison que le Ressuscité lui apporte huit jours plus tard, alors que tout le monde est là cette fois. Tout de suite le Seigneur porte son attention sur notre jumeau. Il s’occupe de lui, du besoin qu’il a de voir les plaies, de toucher, de prendre la mesure de la crucifixion, des traces de la croix, du côté perforé par où le corps de Jésus a laissé couler l’eau et le sang. Thomas voit maintenant, et c’est assez pour le mener au comble du bonheur et de la foi : mon Seigneur et mon Dieu. Oui, je revois comme tu as souffert, comme tu m’as aimé. Il n’y en a pas qui nous ait aimé plus que toi tu l’as fait. Toi seul a pu faire autant pour nous. Toi seul a pu ainsi nous sauver, répondre autant à nos besoins d’amour, de guérison, de pardon. Toi, mon Seigneur et mon Dieu, notre miséricorde!

Thomas aurait sans doute dû faire comme s’il avait été là la première fois. Il aurait dû croire sur parole les premiers témoins, engager toute sa personne en leur sens. Mais il ne le pouvait pas encore. Il lui fallait vivre ce passage particulier avec son Seigneur : le voir, le toucher. Et le Seigneur a eu cette délicatesse pour lui. Dans ce geste, il nous révèle qu’il est prêt à faire de même pour nous et pour d’autres. Le Seigneur ne nous force pas. Il nous attend patiemment. Il porte un regard d’amour, de paix, d’infinie miséricorde sur chacun, chacune de nous.

Le Christ Vivant a confié son ministère de paix et de réconciliation à toute l’Église, et il nous invite tous, comme il l’a fait pour Thomas, à être attentifs à chacun/e pour l’attendre, l’aimer plus, lui donner de toucher les plaies saintes de son Seigneur. C’est important! Il ne faut jamais l’oublier : c’est par ses plaies et sa croix que nous sommes guéris. Si nous prenions au sérieux cette immense thérapie de notre Sauveur peut-être qu’il nous guérirait tous de nos blessures et nous ferait aussitôt bondir d’allégresse et confesser très fort qu’il est notre Seigneur et notre Dieu.

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Homélie pour la Vigile pascale

 

Frères et sœurs, il y a de ces moments où célébrer notre foi semble être en porte-à-faux avec la réalité ambiante. N’en avons-nous pas fait l’expérience avec un ami malade, une famille éprouvée, une personne violentée,, alors que la seule présence qui s’impose est celle de notre silence bienveillant?

On ne peut faire abstraction en cette nuit de Pâques qu’ailleurs, comme en Ukraine, la guerre fait rage; on y souffre, on y meurt, alors que nous nous tenons là, impuissants, bien que solidaires. C’est comme si le Vendredi saint ne semblait pas vouloir s’achever cette année et il nous est impossible d’en faire abstraction en cette nuit de veille. Je dirais même que c’est là la première chose qu’attend de nous le Seigneur ressuscité.

Si nous étions en Ukraine, ou dans tout autre pays en guerre, de quelle manière célèbrerions-nous la résurrection du Christ? J’oserais espérer pour ma part pouvoir vivre la Pâque du Seigneur avec une passion et une prière encore plus aiguisées et suppliantes, me donnant ainsi la force de tenir ferme quand tout bascule autour de moi, quand l’espérance semble se tenir comme au-dessus d’un abîme.

La semaine dernière, une amie me faisait part d’un poème qu’elle venait d’écrire et qui saisit tout à fait cette contradiction apparente au cœur de notre vie de foi, où le clair-obscur en sera toujours une composante inévitable, où passion et résurrection ne seront jamais bien loin l’un de l’autre. Voici ce que m’écrivait mon amie Stéphanie :

Songe du 41e jour de guerre en Ukraine

Ce matin,

Le chant incessant du cardinal heureux

Me heurte, directement comme un affront

Un affront à cette désharmonie bien installée,

Bien accordée au monde et à l’atmosphère actuelle.

Quel fanfaron!

Quand tout semble noir et insurmontable,

un chant me rappelle franchement la présence d’une beauté intarissable.

Dans cette dichotomie, comment éviter de se crevasser le cœur ?

Entre la laideur terrifiante d’une guerre immonde et

la beauté inégalée d’un simple trait musical a capella.

Au milieu de cette crevasse douloureuse et insondable, se laisser choir ?

Une larme à l’œil gauche, un rire à l’œil droit ?

Est-ce là être humain, en toute connaissance, sourire en portant la douleur ?

Une simple note, voulant hisser tout à coup le monde hors de toutes ses fausses notes,

rappelant à la conscience une autre réalité, 

réharmonisant et attendrissant ma fresque intérieure.

En arrière-plan, un ciel bleu et un soleil brillant, réalité imperturbable;

aussi improbable que cela puisse paraitre ces jours-ci, en écoutant les nouvelles.

Passagers, ils passeront ces nuages épais, 

accueillir la pluie de larmes, vivre profondément sa peine.

Importe l’harmonie et la beauté cultivées, 

chéries et soignées durant le mauvais temps.

Étrangement, je me faisais une réflexion semblable en préparant l’homélie pour cette Vigile pascale. Chaque année, dans le pays nordique qui est le nôtre, le printemps fait irruption dans nos vies. Les journées ne sont plus les mêmes. La vie renaît tout d’un coup et c’est la fête! Nous nous réjouissons de la venue du printemps comme d’un ami longtemps attendu. Nous ne faisons pas que nous rappeler de cette saison comme d’un souvenir du passé. Au contraire, c’est la saison qui s’empare de nous, qui nous séduit, et dont l’énergie ne peut être stoppée. Que dire alors de la venue du Christ en cette nuit très sainte? Ne vient-il pas vers nous comme ces eaux de mars inarrêtables, traversant le mur de nos doutes, de nos peurs et de nos angoisses?

N’est-il pas lui, cette « simple note, voulant hisser tout à coup le monde hors de toutes ses fausses notes »; lui, réalisation d’une promesse longtemps attendue, où Dieu affirme de manière éclatante que la vie est plus forte que la mort, que le vivant, en commençant par le Christ, n’a pas sa place dans les tombeaux du monde.

Les évangiles ne manquent pas de détails pour évoquer la dimension dramatique, cataclysmique même, de la mort de Jésus. Il s’agit d’un drame au retentissement cosmique qui se joue dans les évangiles : du ciel qui s’obscurcit, au soleil qui disparaît, du voile du Temple qui se déchire en deux, au tremblement de terre qu’évoque Matthieu, les évangélistes veulent surtout nous faire comprendre combien la mort de Jésus revêt une dimension universelle. La Terre vacille sur son socle, le voile du Temple se déchire, ouvrant ce dernier aux quatre vents, alors qu’un monde nouveau est en train de naître.

Comme cette image d’enfantement est à propos devant cette crise universelle et humanitaire que nous traversons, où toutes nos certitudes sont ébranlées, nous amenant à nous demander quels seront les lendemains qui nous attendent. Un monde nouveau ? De nouvelles relations entre les nations où tout le monde serait gentil et généreux ? Rien n’est impossible, bien sûr, mais quelle conversion extraordinaire cela exigerait ?  C’est pourquoi il nous faut vraiment prendre la mesure du défi qui se présente à nous et du remède à y apporter.

Je ne crois pas en ces grands lendemains où « tout va changer ce soir », comme le chantait la chanson. Je crois toutefois que le grand changement est déjà survenu un certain matin de Pâques dans la Jérusalem ensommeillée, et qu’il nous revient de faire nôtre cette victoire.

« Éveille-toi ô toi qui dors », comme le chante une hymne antique. Ouvre ton cœur à Celui qui seul est capable de le guérir en profondeur. C’est là la seule réponse qui convient devant l’énorme défi de notre vivre ensemble sur cette terre et où nous découvrons combien nous avons besoin les uns des autres, de pays à pays, de voisin à voisin.

C’est à cette révolution spirituelle et universelle que cette nuit très sainte nous convoque. Pas de recette magique, mais un profond travail d’enfantement chez tous ceux et celles qui veulent bien ouvrir leur cœur en ces temps qui sont les nôtres, et qui ressemblent à s’y méprendre à un chemin de croix pour notre humanité, mais où notre foi nous dit que Dieu est avec nous et que le dernier mot lui appartient.

En cette Sainte Vigile, qui est la mère de toutes les vigiles, de toutes les attentes au cœur de notre monde, frères et sœurs, nous proclamons que l’inespéré s’est fait chair, que le Fils du Père a habité parmi nous, qu’il a vaincu la mort et qu’il est devenu notre éternel printemps. Ne l’entendez-vous pas !

fr. Yves Bériault, o.p. Dominicain.

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Notre chance, c’est Lui

 

Jésus enseigne dans le Temple, lorsqu’on lui amène cette femme, surprise en train de commettre l’adultère. La faute est grave! Cette femme, il faut la dénoncer au nom de la Loi. En fidélité aux Écritures, il fallait aussi dénoncer son complice. Mais les accusateurs vont au plus vite, ils sont préoccupés de voir Jésus prendre parti devant tout le monde. Peu leur importe qu’ils soient eux-mêmes infidèles à la Loi, ils ne font que se servir de la Loi. L’enjeu est d’amener Jésus à contredire son enseignement ou à contredire la Loi. Lui, l’ami des pécheurs, il ne pourra pas s’esquiver. Il est coincé! Il doit condamner cette femme ou se condamner lui-même.

Que va dire Jésus? Que va-t-il faire? Devant le rapport accablant sur cette femme, Jésus marque d’abord un temps d’arrêt. Il fait silence. Il nous invite ainsi à la réflexion. En se penchant, il écrit sur le sol. Est-ce pour gagner du temps? C’est là un geste d’apaisement, d’abaissement et d’humilité, une marque de respect peut-être? Une réserve! Un repli qui évite la confrontation, créant une attente, un espace pour faire du neuf!

Puis vient la sentence : eux, sont-ils tous tellement purs et innocents qu’ils puissent se permettre de lapider cette femme? Sont-ils justifiés de mener quelqu’un à la mort alors qu’eux-mêmes ils ne sont pas sans reproche ni sans besoin de miséricorde? « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »   Silence et retrait de tout l’monde! On les imagine se retirant, discrètement, sur la pointe des pieds, les plus âgés d’abord. Plus âgés, avec un bilan personnel plus lourd peut-être? Ou parce qu’ils ont une expérience plus grande de la miséricorde divine à leur endroit?

Jésus, quant à lui, refuse de condamner. « Il n’est pas venu pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé. » Lui seul pourtant aurait eu le droit de faire justice. Il s’en abstient. « Moi non plus, je ne te condamne pas », prononce-t-il. Il refuse la violence. Il consent à donner une chance au pécheur. Il ne veut pas la mort, mais la vie du pécheur. Il ouvre ainsi à cette femme un espace de miséricorde, de pardon, de liberté. « Va, et désormais ne pèche plus. » Il y a pour elle un avenir. Il la convoque au meilleur d’elle-même pour une vie plus juste. « Ne vous souvenez plus d’autrefois, disait le Prophète Isaïe, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas? » Le Seigneur croit au changement. Il redonne espoir et il fait confiance.

Cette histoire nous entraîne personnellement dans le même sens : alors que nous sommes pécheurs et que le Seigneur pourrait nous condamner, il nous appelle bien plus à la conversion, à la réparation. S. Augustin le disait ainsi : détestons le mal et le vice, mais aimons le pécheur. L’aimer, non pas pour sa faute, mais pour lui-même, pour le sauver personnellement.

Le chrétien combat le mal, mais il donne au pécheur la chance de se relever et de mener une vie nouvelle. Cette vie nous est donnée dans le Christ, en qui nous avons la rémission, le pardon des péchés. Ce qui compte vraiment, nous dit S. Paul dans la 2e lecture, c’est de nous laisser saisir par le Christ. Notre seul avantage, c’est lui, en qui Dieu nous reconnaîtra comme justes. Il s’agit d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en nous sa mort, dans l’espoir de parvenir nous aussi à ressusciter d’entre les morts pour une vie éternelle avec Lui!

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Homélie pour le 4e Dimanche du Carême (C)


La Joie du Pardon!

Nous avons, dans l’évangile de ce dimanche, une bien belle histoire. Elle nous rejoint au cœur. Elle nous fait passer par toute la gamme des émotions, alors qu’elle touche à notre humanité en tous ses états d’âme.

C’est d’abord la générosité et la confiance du père. Puis la témérité et l’ivresse d’une certaine liberté explorée par le fils cadet. Il y a la fidélité et la sagesse apparente du fils aîné. Le retour obligé du plus jeune, devenu sans ressource, en détresse; un retour qui lui vaut le pardon sans condition d’un père tout heureux de l’accueillir dans un geste inespéré. C’est au père maintenant de se montrer prodigue à l’extrême! Et puis il y a ce malaise ressenti à la fin devant la résistance de l’aîné, qui boude la fête et qui se cabre; il calcule lui aussi, et bien plus que son petit frère, jouant avec son Père la carte de ses mérites et de ses attentes jusqu’à ignorer l’heure de la réconciliation avec son petit frère.

Si Jésus a raconté cette histoire, c’était pour eux les fils aînés, les pharisiens et les justes, qui se pensaient les seuls méritants des biens de Dieu. D’où leur mépris avoué pour les publicains et les pécheurs, et leur jugement sévère envers Jésus et tous ceux et celles qui daignaient l’écouter.

Cette parabole, comme tout l’enseignement de ce dimanche, est pour nous. Elle nous rappelle principalement que c’est Dieu qui donne et qui pardonne. Qu’il a plein d’égards pour tous ses enfants. Qu’il a à cœur le bonheur de chacun et chacune. Qu’il a risqué gros avec nous en nous créant libres et responsables de notre destinée.

Rappelons-nous la 1ère lecture au livre de Josué : « Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte », dit le Seigneur. Il nous a tirés de l’esclavage et de la servitude. « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur », chantait le psaume. « Un pauvre crie; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses. »

  1. Paul nous a rappelé que c’est en Jésus que nous sommes pardonnés; en sa Pâques, que nous sommes réconciliés; grâce à lui nous avons accès aux biens du royaume. « Si quelqu’un est dans le Christ, écrit l’apôtre, il est une créature nouvelle… C’est bien Dieu qui dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. »

Devant la généreuse bienveillance de notre Dieu et Père, il nous faut donc cesser nos calculs mesquins pour miser totalement nous aussi sur sa grâce. Dans le Fils bien-aimé, il nous a sauvés; de tout cœur il nous convie à la conversion pour entrer dans la grâce de ce Fils, son bien-aimé, qu’il a sauvé d’entre les morts.

Les personnages de la parabole ont chacun quelque chose à nous dire. Peut-être sommes-nous le fils qui s’est éloigné? Retrouvons alors la confiance et venons vite nous jeter dans les bras d’un Père qui depuis longtemps nous attend. Peut-être sommes-nous comme l’aîné de la parabole? Ne soyons pas jaloux ni mesquins ni scandalisés! C’est tant mieux si nous sommes fidèles et proches! Mais soyons-le vraiment en accueillant comme notre Père céleste celui qui demande à revenir!

Ce qui est certain, c’est qu’il nous faut imiter le Père, laissant ses mœurs devenir les nôtres; prenant le parti de Celui qui aime tous ses enfants et ne veut pas qu’un seul d’entre eux se perde. Nous tenons de lui la mission de porter à d’autres l’appel du retour, de la conversion qui fait entrer dans la grâce du pardon. Entrons nous-mêmes dans cette grande et belle fête de la réconciliation, et portons témoignage au Christ auprès de ceux que nous rencontrons. Et qu’alors notre zèle soit sincère, notre joie lumineuse, notre amour toujours en peine pour tous nos frères et sœurs.

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le3e Dimanche du Carême (C)

L’urgence de se convertir !

Des tragédies. Des accidents. Il en arrive souvent. Nous apprenons les faits presqu’en temps réel. Les médias nous informent rapidement. Les questions viennent vite aussi : Pourquoi? Pourquoi eux? Pourquoi pas moi? Les tragédies humaines, les massacres, les calamités, les catastrophes naturelles, tous ces malheurs ont-ils un sens? Comment les expliquer? Comment comprendre?
On se dit que c’est peut-être une punition du Bon Dieu, un châtiment de sa part. Mettre le mal sur le dos du Seigneur, c’est facile! On le dit comme ça. Et nous nous imaginons alors un Dieu sévère, vengeur, punisseur, cruel.

Jésus pourtant, alors même qu’il évoque des faits réels pleins d’horreur, nous détourne nettement d’une conclusion qui mettrait la faute ou la responsabilité sur Dieu. « Pensez-vous, dit-il, que ces gens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres, plus coupables, pour connaître un tel sort? » Et il s’empresse de donner la réponse : « Je vous dis : Pas du tout. » Il le déclare et le répète avec fermeté et insistance.

Seulement, il ajoute avec gravité, à deux reprises : « Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même ». En voulant dire : la soudaineté des accidents ou des tragédies qui arrivent, et qui vous ébranlent, devrait vous inciter à vous convertir, à ne pas attendre, à y penser sérieusement. Ce dont Jésus veut nous parler alors c’est d’une conversion salutaire, de tourner notre cœur et notre esprit vers Dieu. Nous savoir en confiance avec lui, l’accueillir dans notre vie. Ne pas attendre. Ne pas nous attarder loin de lui, dans un monde où règnent l’injustice, l’égoïsme, l’orgueil. Ce serait choisir la perdition, le malheur, la mort. Ce n’est pas ce à quoi il nous a destinés!
Nous convertir! Peut-être que ça nous fait peur, que ça nous paraît compliqué, difficile, hors de notre portée, trop exigeant. Et pourtant il ne s’agit pas d’abord de mener une vie impeccable, 100% pure, ni d’afficher une sainteté mur à mur. Ceci n’est pas exclu, bien sûr, mais ce n’est pas là l’essentiel de la conversion qui nous est d’abord demandée. C’en est le résultat, l’effet à long terme!

La conversion commence par le cœur, par notre bonne volonté d’abord. Nous nous tournons vers plus grand que nous, vers ce Dieu qui demande à nous parler, à se faire proche. Se convertir, c’est ouvrir son cœur, ses oreilles et ses yeux, c’est se jeter dans les bras d’un Père, c’est accueillir Jésus comme son envoyé. Le reste viendra à son heure, au rythme et selon les capacités de chacun, de chacune. La conversion, ce n’est pas d’abord des mérites, des performances morales. C’est d’abord un abandon, un retournement du cœur, un amour qui nait et grandit, et change tout de notre vie. C’est l’effet d’un coup de foudre!

Le Seigneur nous rappelle aujourd’hui qu’il n’est pas trop tard pour nous convertir. Nous pouvons compter sur sa compassion, son aide. Dieu nous attend et nous facilite les choses. Il est Dieu de tendresse et d’amour, Dieu de patience et de miséricorde. Il veut notre bonheur et notre joie, il rêve d’une fidélité partagée avec nous, entre nous.

Le grand témoin de l’amour et de la patience de Dieu, n’est-ce pas Jésus de Nazareth? En lui, Dieu s’est mis pour toujours à notre portée; il nous a pris par la main, nous a réappris à marcher, nous initiant aux valeurs du monde nouveau. La mort et la résurrection de Jésus nous donnent la preuve de l’amour extrême dont nous sommes aimés. En réalité, c’est Pâques qui fonde et justifie notre conversion et lui donne de porter du fruit pour le Royaume qui vient.

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Homélie pour le 1er dimanche de Carême (C)

Avec nous dans l’épreuve!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 4,1-13.
En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert
où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »
Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.
Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »
Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;
car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ;
et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

COMMENTAIRE

« Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve. » C’est ce que nous avons chanté comme refrain du psaume tout à l’heure. Et le psalmiste disait : « Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut et repose à l’ombre du Puissant, je dis au Seigneur : « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr! » Quand Jésus se retrouve au désert pendant les 40 jours, on peut penser que ces paroles du psaume 90 étaient son pain quotidien. Le Fils bien-aimé s’alimentait de sa confiance au Père. « Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre; je le défends, car il connaît mon nom, il m’appelle, et moi, je lui réponds; je suis avec lui dans son épreuve. »

Le récit des tentations nous présente les manières subtiles que le Tentateur, l’esprit du mal, le mauvais conseiller utilise pour essayer de contrer les convictions profondes qui habitent le cœur et l’esprit de Jésus, comme aussi les nôtres. Briser la confiance. Semer le doute et la confusion. Mener subtilement à la trahison et à l’infidélité. Voilà la tentative, le but des entourloupettes du diable.

Mais avec Jésus, il ne réussit pas. Affaibli par le jeûne, Jésus aurait pu se dire : Voilà, j’en ai assez! Que cette pierre devienne donc du pain! Il avait capacité de le faire. Il ne l’a pas fait. Non! Pour lui, il n’y a pas que le pain matériel qui compte. Il y a la nourriture de la Parole et de l’amour du Père. « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé… », dira-t-il en saint Jean (chap. 4, 34).

Autre tentative : le diable fait miroiter dans l’esprit de Jésus, et bien souvent aussi dans le nôtre, des rêves de puissance, de pouvoir et de gloire, moyennant certains compromis malhonnêtes. Me prosterner devant les idoles du monde, réplique Jésus. Non! Jamais! « C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. » Pas de tricherie possible. Pas d’accommodements serviles. L’humilité et la fidélité valent mieux que toute la gloire du monde. Avouons que nous résistons mal aux suggestions d’un monde ambiant qui nous propose parfois des raccourcis vers la richesse, les honneurs, la réussite. Avons-nous le courage de ne pas céder à l’injustice, aux abus, aux moyens douteux d’atteindre nos fins?

La troisième tentation est plus subtile encore. Le diable suggère à Jésus de vérifier si Dieu est vraiment là, s’il s’occupe de son Fils. Or Jésus refuse l’invitation de se mettre à risque en se jetant en bas du Temple. Ce serait provoquer Dieu, l’obliger à se mettre à son service. Ce serait vouloir renverser les rôles, en quelque sorte. Non! Là encore. « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Avouons que souvent nous tentons Dieu. Nous le mettons au défi de faire ses preuves. Comme si nous manquions de signes et de preuves qu’il nous aime, qu’il est avec nous, qu’il nous a tout donné ce que nous sommes et ce que nous avons, et qu’il prend soin de nous depuis longtemps, depuis toujours.

On voit bien, l’enjeu profond de toutes ces manœuvres du diable. Il veut nous déconnecter de Dieu, miner notre confiance, notre foi, notre espérance, notre amour. L’esprit du mal tente sa chance constamment. C’est à nous de ne pas perdre cette assurance fondamentale en la bonté de Dieu, cette certitude que Dieu ne va pas, ne va jamais nous lâcher. Parce qu’il nous aime.

Rappelons-nous ce que disait le psaume : « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu dont je suis sûr! » Lui seul est notre Dieu et Père, Dieu de tendresse, de puissance et d’amour. Et la preuve que jamais il ne nous abandonnera, c’est qu’il a sauvé de la mort son Fils Jésus, le Christ, notre Seigneur et notre frère, qui s’est livré pour nous sauver.

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