Archives pour la catégorie Parole et vie

Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 2ème Dimanche du Carême

Notre horizon est déjà pascal!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 28b-36)

En ce temps-là,
Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques,
et il gravit la montagne pour prier.
Pendant qu’il priait,
l’aspect de son visage devint autre,
et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.
Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui :
c’étaient Moïse et Élie,
apparus dans la gloire.
Ils parlaient de son départ
qui allait s’accomplir à Jérusalem.
Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ;
mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus,
et les deux hommes à ses côtés.
Ces derniers s’éloignaient de lui,
quand Pierre dit à Jésus :
« Maître, il est bon que nous soyons ici !
Faisons trois tentes :
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il ne savait pas ce qu’il disait.
Pierre n’avait pas fini de parler,
qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ;
ils furent saisis de frayeur
lorsqu’ils y pénétrèrent.
Et, de la nuée, une voix se fit entendre :
« Celui-ci est mon Fils,
celui que j’ai choisi :
écoutez-le ! »
Et pendant que la voix se faisait entendre,
il n’y avait plus que Jésus, seul.
Les disciples gardèrent le silence
et, en ces jours-là,
ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

 

COMMENTAIRE

Il y a de ces moments dans la vie dont nous nous souvenons avec émotion, dont il nous est difficile même de parler. Quelque chose nous est arrivé, qui a tout changé pour nous. Il peut s’agir d’un évènement bien personnel dont nous gardons le secret, qui a mis du baume et du neuf dans notre existence. Entre la grisaille du quotidien et nos rêves, cette clarté d’un moment donnait du sens à notre parcours et l’envie de continuer la route. Nous avons tous besoin de ces instants lumineux, qui nous fortifient et nous donnent de l’élan. Ça peut être un incident, une rencontre, la présence d’un ami, une inspiration, une lecture. Nous savons alors que les épreuves du moment et celles qui s’annoncent, les déceptions, les perspectives d’échecs peut-être et les contrariétés n’auront pas le dernier mot sur nous. Courage! Confiance! Espérance! Voilà ce que produit la transfiguration du Seigneur sur la montagne aujourd’hui.

Simon Pierre venait de confesser sa foi en Jésus. « Tu es le Messie, l’Élu, le Fils de Dieu », avait-il répondu au Maître qui interpelait les disciples sur son identité. Jésus leur avait alors imposé silence, les prévenant que des jours approchaient où il allait souffrir beaucoup, être mis à mort, et ressusciter le 3e jour. Les disciples eux-mêmes ne seraient pas épargnés. On comprend qu’ils furent choqués d’une telle annonce, saisis d’inquiétude et de peur.

Or, c’est 8 jours après ces révélations que Jésus emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean sur la montagne. Les 3 disciples ne tardent pas à s’endormir d’un sommeil mystérieux, comme Adam au paradis, comme Abraham au moment d’entrer en alliance avec Dieu, comme les mêmes disciples au Jardin des oliviers juste avant l’arrestation de leur maître. Ils tombent dans cette sorte de léthargie que provoque l’ampleur d’un événement qui nous dépasse. Voici que Jésus, en prière, est transfiguré. C’est en s’éveillant qu’ils le voient. Il est en surbrillance, ayant avec lui Moïse et le prophète Élie : deux personnages mythiques dans la mémoire juive, associés tous les deux à la montagne de l’Horeb, disparus tous les deux autrefois de mystérieuse façon. Ils sont là en gloire eux aussi, qui parlent avec Jésus de ce qui l’attend à Jérusalem. Puis une nuée recouvre les disciples comme l’Esprit venu sur Jésus sous l’apparence d’une colombe lors de son baptême. Et cette voix qu’on entend : « Celui-ci est mon fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. » Et après, plus rien, rien que Jésus tout seul, redevenu comme avant… et pourtant si différent maintenant à leurs yeux.

La foi de Pierre était donc confirmée par la Parole du Père. Cette manifestation arrivait à point pour soutenir le Fils dans sa marche vers Pâques. On peut penser que les disciples ont puisé là, eux aussi, par la suite, et dans la Pâques de leur Seigneur et maître, l’énergie pour le suivre jusqu’au bout dans la même épreuve.

Leur témoignage nous invite à prendre de la hauteur et à porter un regard de foi sur le Christ, nous pressant de sortir d’un sommeil accablant pour vivre de la vie du Ressuscité. Configurés au Fils par le baptême, laissons-nous pleinement identifier à lui pour être à notre tour de précieux témoins pour les autres. Sachons voir et faire voir par-delà les ténèbres et l’obscurité d’ici-bas la lumière de Pâques. En cette eucharistie, vivons ce moment de grâce et d’éternité porteur de la plus belle espérance. Qu’il nous donne d’anticiper tous ensemble le bonheur de notre communion promise avec le Père et le Fils dans l’Esprit.

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Homélie pour le 1er Dimanche du Carême. Année C

Le Prix de la fidélité!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 1-13)
En ce temps-là,
après son baptême,
Jésus, rempli d’Esprit Saint,
quitta les bords du Jourdain ;
dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert
où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable.
Il ne mangea rien durant ces jours-là,
et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le diable lui dit alors :
« Si tu es Fils de Dieu,
ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit :
« Il est écrit :
L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut
et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
Il lui dit :
« Je te donnerai tout ce pouvoir
et la gloire de ces royaumes,
car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.
Toi donc, si tu te prosternes devant moi,
tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit :
« Il est écrit :
C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras,
à lui seul tu rendras un culte.
 »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem,
il le plaça au sommet du Temple
et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;
car il est écrit :
Il donnera pour toi, à ses anges,
l’ordre de te garder
 ;
et encore :
Ils te porteront sur leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte une pierre.
 »
Jésus lui fit cette réponse :
« Il est dit :
Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations,
le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

COMMENTAIRE

Il est dit que Jésus, rempli de l’Esprit-Saint, est poussé par le même Esprit au désert pour un temps d’épreuves. Un temps où il donnera la preuve de sa fidélité au dessein du Père. Suivons sa démarche et voyons dans son attitude et ses réponses comment faire pour le suivre et être avec lui.

Les évangélistes Matthieu et Luc nous rapportent les tentations en 3 étapes. Le contexte principal, c’est le désert. Un lieu de solitude, où Jésus n’est pas vraiment seul. Il est en communion avec le Père. Il se prépare à la mission qui l’attend. Dans l’aridité du désert, il ne pouvait que jeûner, c’est bien évident! C’est alors qu’une 1ère épreuve surgit. La faim! L’urgence de se nourrir. Le Fils de Dieu n’a-t-il pas les moyens de satisfaire ce besoin sur le champ? Sera-t-il fidèle à sa condition humaine? Ou bien va-t-il s’en évader en usant de son privilège divin? Un petit miracle et le tour est joué! Mais il ne saurait en être question pour lui. Jésus sera fidèle aux limites de sa nature humaine. Il refuse de tricher. Pour lui, une autre nourriture compte d’abord : la volonté bienveillante de son Père.

En cette épreuve, le Seigneur nous apprend à être nous aussi fidèles à notre condition humaine. Même si c’est parfois lourd et difficile. Même si nous avons des limites, les maladies, bien des nécessités. Nous sommes créés dans l’amour et la beauté. Nous ne sommes ni de purs esprits, ni des anges. Nous sommes corporels et physiques. Il nous faut gagner notre vie et partager notre pain. Dieu nous fait aussi le don de sa Parole. Ce pain-là nous est lui aussi nécessaire.

À Barcelone, en Espagne, à l’ouest de la ville, il y a une immense colline, une montagne, à laquelle on a donné le nom de Tibidabo (je te donnerai). Cette appellation nous reporte à la 2e épreuve que le démon fait subir à Jésus en l’emmenant sur une haute montagne. Pour se livrer avec lui à une sorte de marchandage : si Jésus accepte d’adorer le Satan, il aura en son pouvoir tous les royaumes de la terre et la gloire qui va avec ce pouvoir. Jésus va-t-il accepter de se commettre auprès du Tentateur, quitte à oublier Dieu? Sa réponse est nette. Dieu seul suffit. Il refuse le compromis et la trahison qui lui feraient opter pour une gloire qui ne viendrait pas du Père.

Nous aussi nous serons fidèles, si nous vivons sans idolâtrie ni basse soumission devant les propositions de ce monde-ci. Comme le Christ nous ferons confiance à notre Dieu, nous tenant droits et libres en sa présence, même s’il nous en coûte aux yeux du monde. Avec le Christ, à sa suite, nous servirons nos frères et sœurs dans l’humilité et le don de nous-mêmes, en ne sacrifiant pas aux idoles de l’avoir, du pouvoir et de la gloire.

Reste la 3e épreuve : plus spectaculaire peut-être mais plus subtile aussi. On est à Jérusalem, au sommet du Temple. Si Jésus se jette en bas, Dieu viendra à son secours. C’est certain! Il l’a promis. Alors pourquoi ne pas vérifier? Jésus refuse le stratagème. Il est écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Jésus fait confiance à son Père. En lui, il s’abandonne. Il a la preuve intime de son amour.

Nous n’avons pas toujours cette confiance, le même abandon. Nous voulons des preuves que Dieu nous aime, des signes, du spécial qu’il ferait pour nous. N’est-ce pas là une façon de lui dire que nous n’avons pas assez la foi, ni l’intime conviction qu’il nous aime? Pourtant!

Jésus, au moment de sa passion, revivra les épreuves dont il a jadis triomphé au désert. Le tentateur n’aura pas plus le dernier mot. Jésus sera fidèle jusqu’au bout, jusqu’à mourir sur la croix. C’est après ce témoignage ultime d’amour et de fidélité pour nous et pour son Père, qu’il sera sauvé de la mort, et nous aussi, qui à sa suite mènerons le combat de l’amour et de la fidélité jusqu’au bout, jusqu’à tout donner, nous gagnerons de vivre avec lui.

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Homélie pour le 8e Dimanche T.O. Année C

Prendre soin de soi

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 39-45)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples en parabole :
« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?
Le disciple n’est pas au-dessus du maître ;
mais une fois bien formé,
chacun sera comme son maître.

Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,
alors que la poutre qui est dans ton œil à toi,
tu ne la remarques pas ?
Comment peux-tu dire à ton frère :
‘Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil’,
alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?
Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ;
alors tu verras clair
pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ;
jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.
Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit :
on ne cueille pas des figues sur des épines ;
on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L’homme bon tire le bien
du trésor de son cœur qui est bon ;
et l’homme mauvais tire le mal
de son cœur qui est mauvais :
car ce que dit la bouche,
c’est ce qui déborde du cœur. »

COMMENTAIRE

« L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon. »

Nous sommes chanceux, cette année, que le Carême vienne plus tard, avec Pâques le 21 avril. Cela nous vaut quelques dimanches de plus, dans le Temps Ordinaire, avec l’Évangile de Luc qui nous plonge dans le concret de notre vie de disciples du Christ.

Et c’est la sagesse du Christ qui encore nous interpelle. Une sagesse liée à son mystère de salut pour l’homme et la femme de tous les temps. La sagesse du Christ reliée à son mystère pascal, mystère de restauration, de rédemption pour nous tous.

Et ce dont il nous est parlé aujourd’hui, c’est d’intériorité, de ces ressources intérieures, inépuisables qui alimentent, dirigent, soutiennent notre action, qu’elle soit paroles, écritures, gestes physiques ou spirituels. Tout ce qui vient de nous prend la couleur de ce que nous sommes. Nous parlons de ce que nous sommes. L’agir suit l’être. Nous agissons comme nous sommes. De là notre originalité foncière. Chacun de nous est unique au monde. Chacun, chacune a le droit et même le devoir d’être soi-même.

C’est pourquoi on peut dire que nous sommes pareils à nous-même en tout ce que nous faisons. Et si nous changeons vraiment quelque part, nous changeons partout. C’est alors quelque chose comme une vrai conversion qui passe d’abord par le dedans.

Et qui est notre maître à penser, à exister, à agir, si ce n’est le Christ Seigneur. Il est notre modèle. Le Père,lui, est le potier qui nous façonne avec amour, dans l’esprit, à l’image de son Fils. Laissons-nous donc travailler au-dedans par cette influence « trinitaire ». Mettons en pratique ce qu’elle nous inspire et nous communique.

De fait, nous sommes tous un peu sur les traces de quelqu’un. Nous imitons volontiers nos parents, notre grand frère, notre grande sœur, un ami, un professeur. Nous avons tous, peut-être en secret, un héros qui nous fascine. Ce rapport avec notre modèle nous façonne tranquillement au-dedans.

Dans la dynamique familiale, il y a aussi le jeu des gènes et des autres transmissions biologiques qui déjà nous configurent pour des traits qui nous font nous ressembler tant au plan psychologique que physique. Et c’est aussi un fait que nous nous conformons ou nous résistons à l’exemple, au modeling suggéré par les gens de la famille ou de notre entourage.

La Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à nous conformer surtout au maître intérieur qui nous inspire pour une œuvre à produire d’abord en notre intérieur. Un travail de libération, de purification. Pour que soit dégagée en nous la source toujours nouvelle qui s’alimente à l’infini de Dieu.

Il ne s’agit pas là d’une prise de contrôle de Dieu qui serait comme une force extérieure qui pèserait sur nous. Dieu le premier nous laisse libres. Il est honoré par toute liberté bien assumée. Nous ne sommes donc pas des robots, comme si notre avion était pilotée à partir d’un autre avion ou d’une base quelconque éloignée de nous. Non, le rapport personnel à Dieu dont il est ici question fait que nous sommes encore plus libres et à notre meilleur quand nous entrons sous cette influence divine qui souffle au-dedans de nous. Dieu est à l’aise avec nous. Ce qu’il fait essentiellement, c’est de nous rétablir à notre meilleur pour que nous devenions plus nous-mêmes comme si nous en revenions au plan originel qu’il avait d’abord voulu pour nous.

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Homélie pour le 7e Dimanche T.O. Année C

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 27-38)

En ce temps-là,
Jésus déclarait à ses disciples :
« Je vous le dis, à vous qui m’écoutez :
Aimez vos ennemis,
faites du bien à ceux qui vous haïssent.
Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent,
priez pour ceux qui vous calomnient.
À celui qui te frappe sur une joue,
présente l’autre joue.
À celui qui te prend ton manteau,
ne refuse pas ta tunique.
Donne à quiconque te demande,
et à qui prend ton bien, ne le réclame pas.
Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous,
faites-le aussi pour eux.
Si vous aimez ceux qui vous aiment,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.
Si vous faites du bien à ceux qui vous en font,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs en font autant.
Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs prêtent aux pécheurs
pour qu’on leur rende l’équivalent.
Au contraire, aimez vos ennemis,
faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour.
Alors votre récompense sera grande,
et vous serez les fils du Très-Haut,
car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants.

Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ;
ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés.
Pardonnez, et vous serez pardonnés.
Donnez, et l’on vous donnera :
c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante,
qui sera versée dans le pan de votre vêtement ;
car la mesure dont vous vous servez pour les autres
servira de mesure aussi pour vous. »

COMMENTAIRE

Nous en sommes, pour quelques dimanches encore, à réfléchir sur le genre de vie que nous devons mener si nous voulons demeurer dans l’esprit de l’Évangile. Quelle est la proposition du Christ à ses disciples?

Nous sommes peut-être étonnés du ton et de la netteté avec lesquels Jésus nous parle des attitudes que nous devons mettre en place dans nos vies. Ce n’est pas pour mettre une pression indue sur nous. Il s’agit d’une invitation, d’un appel qu’il nous fait. Il voudrait tellement que nous ayons les mœurs de Dieu, les attitudes divines, celles qui sont aussi les siennes.

Notre monde est souvent un lieu de luttes et d’affrontements. Nous sommes tous en quête de possession et d’autorité. Nous cherchons à nous imposer aux autres, à les dominer, à posséder au-delà de ce dont nous avons besoin. Cette tendance ne concerne pas seulement les autres, nos gouvernants municipaux, provinciaux et fédéraux. C’est une affaire éminemment personnelle que de prendre option pour la douceur, la miséricorde, le pardon, les valeurs de paix et d’amour.

Bien sûr, il y a en chacun de nous un instinct de vengeance. « Nous sommes vite sur la gâchette » Nous avons tous une réaction vive devant les affronts et la douleur. Comment résister à l’envie de riposter et de rendre à la pareille à qui nous fait du mal et du tort? Et pourtant, comment désamorcer autrement la violence, l’escalade de la violence? Une vengeance immédiate ne risque-t-elle pas de nous engager dans quelque guerre interminable?

« À cochon, cochon et demi », disons-nous. Et nous sommes dès lors convaincus que notre guerre est juste, que c’est là la meilleure façon de prendre notre place dans la vie et de nous faire respecter. Mais où est donc la vraie grandeur? N’est-elle pas dans l’humilité et le service? N’y a-t-il pas de la petitesse à vouloir absolument être meilleur que les autres, à chercher la grandeur comme si elle n’était pas déjà cachée en dedans de nous? Grandeur de l’humilité, du service, de l’amour fraternel… Il y a là quelque chose de divin, de béni et de sanctifié par Jésus lui-même qui a voulu vivre au milieu de nous comme un pauvre, un petit, le serviteur de tous. Comme une graine jetée en terre dans un champ.

Savons-nous bien que nous sommes riches et comblés en dedans de nous? Nous n’avons pas à envier les autres, à être jaloux, prétentieux, en compétition et rivalité avec tous et chacun. C’est que d’abord nous devons prendre conscience de notre monde intérieur et de sa richesse, de la vie qui palpite en nous; de cette force divine qui nous habite, qui nous est prêtée.

Nous sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette ressemblance, nous l’avons hélas abimée et perdue. N’ayons donc de cesse que d’accepter d’être restaurés par le Christ en cette image. Et misons sur cette restauration spirituelle en nous pour croire davantage en notre jardin intérieur. Dieu est amour. Le premier, il nous a aimés.

Nous avons en nous tout ce qu’il faut pour avoir confiance, pour aller vers les autres avec assurance. Prenons donc l’initiative de donner, d’être en service, de respecter les autres. Comment ne pas les voir, eux aussi, comme aimés de Dieu, voulus par lui. Ils me sont confiés pour que je les aime et les aide au nom de notre Dieu et Père.

Résistons donc absolument à la tentation de la méfiance envers les autres, du jugement à leur égard, de la condamnation qui les stigmatise. Soyons plutôt proactifs en travaillant pour construire un monde meilleur, de justice et de paix pour autant qu’il dépende de nous. Nous ferons alors advenir le Royaume de Dieu. Toute cette bonté, cet amour, cette miséricorde investie par nous pour les autres débordera sur nous en retour à la fin. Dieu nous l’a promis en son Fils bien-aimé Jésus. Que son mystère pascal nous en soi la preuve et nous en rappelle la promesse infaillible!

fr. Jacques Marcotte, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

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Homélie pour le 6e Dimanche T.O. Année C

Un choix d’existence : l’Espérance!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 17.20-26)

En ce temps-là,
Jésus descendit de la montagne avec les Douze
et s’arrêta sur un terrain plat.
Il y avait là un grand nombre de ses disciples,
et une grande multitude de gens
venus de toute la Judée, de Jérusalem,
et du littoral de Tyr et de Sidon.

Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara :
« Heureux, vous les pauvres,
car le royaume de Dieu est à vous.
Heureux, vous qui avez faim maintenant,
car vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant,
car vous rirez.
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent
et vous excluent,
quand ils insultent
et rejettent votre nom comme méprisable,
à cause du Fils de l’homme.
Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie,
car alors votre récompense est grande dans le ciel ;
c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais quel malheur pour vous, les riches,
car vous avez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant,
car vous aurez faim !
Quel malheur pour vous qui riez maintenant,
car vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous !
C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

 

COMMENTAIRE

« Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat… » C’est-à-dire dans la plaine, sur le plancher des vaches, dirions-nous. Comme pour dire à la hauteur de tout l’monde, auprès du commun des mortels.

De quoi leur parle-t-il? De bonheur et de malheur, de rires et de pleurs, d’amour et de haine. De tout ce qui fait le lot des hommes et des femmes, dans leur rapport des uns avec les autres.

Les précédents dimanches du Temps Ordinaire, au fil de la lecture de l’Évangile selon saint Luc, nous avons considéré d’abord le mystère du Christ en lui-même. Jésus de Nazareth, l’envoyé du Père, venu accomplir les promesses de Dieu pour son peuple, combler l’espérance des pauvres. Jésus dont le destin est de n’être pas accueilli chez les siens. Un rejet qui dans la miséricorde et la grâce du Père, sera dépassé dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. C’était déjà l’annonce de Pâques!

Ce Jésus Seigneur, le Christ, venu accomplir une mission de sauvetage de l’humanité, a voulu nous associer à son œuvre, à la mission qui lui est confiée par le Père. Et nous avons vu Simon-Pierre et d’autres de ses compagnons être initiées au défi de cette entreprise sous le signe de l’audace et de la fécondité surprenante d’une pêche mémorable.

Et nous nous retrouvons aujourd’hui – en Église – en mission de prédication avec Jésus. Et nous abordons les thèmes du Sermon sur la montagne de S. Matthieu, délivrés cette fois en bas de la montagne, dans la plaine, en S. Luc. Le vrai monde confronté aux grandes valeurs qui, à la lumière de la parole du Christ, s’offrent à lui.

L’évangéliste, on le voit tout au long de son écriture, est attentif aux conditions sociales des gens de l’époque. Ceux qui majoritairement composent l’auditoire de Jésus appartiennent à la classe des défavorisés. Luc a un parti pris pour les pauvres, les malades, les femmes, les pécheurs. Il s’applique à bien manifesté que l’enseignement de Jésus les concerne.

« Mieux vaut être riche et en bonne santé, que d’être pauvre et malade. » Cela est toujours vrai. Il ne s’agit pas de se délecter dans la misère, loin de là!

Ce dont Jésus nous parle c’est d’espérance et d’avenir, de compassion et de promesse de vie, d’humilité et de réceptivité. « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous ». Le bonheur que vous cherché, vous est déjà donné. Parce que Dieu vous regarde. Il a compassion. Il entend votre cri. Il vous aime. Il prépare pour vous une libération. Célébrez en vous-mêmes cette promesse, cette espérance!
Bonheur pour les pauvres! Malheur pour les riches! Tant mieux si vous avez besoin! Dieu s’offre à vous combler! Tant pis si vous êtes riches et n’avez besoin de rien, Dieu alors ne peut plus rien faire pour vous, parce que déjà vous avez tout ce que vous voulez, et que vous en êtes satisfaits. Malheureux celui ou celle qui n’attend rien de plus que ce qu’il possède et dont il a jouissance maintenant!

Grandes questions à la fin : qu’est-ce qui me comble? de quoi suis-je pauvre? Qu’est qui me manque le plus? De quoi ai-je le plus besoin? De confort? de gadgets? d’amitié? de compréhension? de paix intérieure? d’espérance de vie? de joie? de respect et de considération? de miséricorde et d’amour?

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Homélie pour le 5e Dimanche T.O. Année C

Quand tout bascule dans notre vie

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc  (Lc 5, 1-11)

En ce temps-là,
la foule se pressait autour de Jésus
pour écouter la parole de Dieu,
tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.
Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ;
les pêcheurs en étaient descendus
et lavaient leurs filets.
Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon,
et lui demanda de s’écarter un peu du rivage.
Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.
Quand il eut fini de parler,
il dit à Simon :
« Avance au large,
et jetez vos filets pour la pêche. »
Simon lui répondit :
« Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ;
mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »
Et l’ayant fait,
ils capturèrent une telle quantité de poissons
que leurs filets allaient se déchirer.
Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque
de venir les aider.
Ceux-ci vinrent,
et ils remplirent les deux barques,
à tel point qu’elles enfonçaient.
à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus,
en disant :
« Éloigne-toi de moi, Seigneur,
car je suis un homme pécheur. »
En effet, un grand effroi l’avait saisi,
lui et tous ceux qui étaient avec lui,
devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;
et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée,
les associés de Simon.
Jésus dit à Simon :
« Sois sans crainte,
désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
Alors ils ramenèrent les barques au rivage
et, laissant tout, ils le suivirent.

 

COMMENTAIRE

Nous avons tous dans nos souvenirs quelque évènement de notre vie, un moment où tout a basculé, a pris un sens nouveau. Ce fut peut-être un accident, un deuil, une rencontre, un échec ou une réussite formidable. Un moment particulier, où nous nous sommes sentis rejoints, atteints profondément en nous-mêmes. Ce n’était peut-être pas une grosse affaire, mais nous étions alors plus sensibles à ce qui nous arrivait. Il s’est alors produit un changement de regard, un sens nouveau pour notre vie, une conversion. Devant cette nouveauté qui s’offrait à nous, nous avons peut-être eu un moment d’hésitation et de vertige. Le sentiment d’être dépassés, de n’être pas à la hauteur. Et tranquillement nous nous sommes faits à l’idée d’une nouvelle étape pour notre vie. Nous avons compris que des forces étaient en nous qui nous rendaient capable d’assumer cet appel à grandir, à vivre plus.

Il y a de cela dans la parole de Dieu qui nous a été proclamée aujourd’hui. Rappelons-nous la 1ère lecture et le prophète Isaïe, alors qu’il est dans le temple et que Dieu se manifeste à lui d’une prodigieuse façon. Le prophète fait une expérience qui lui donne d’abord de l’effroi. Il est saisi et très conscient de son indignité. « Malheur à moi, dit-il, je suis perdu. Je suis un homme aux lèvres impures. » Le Seigneur ne veut pas le terroriser, au contraire, il lui envoie un ange pour le purifier de ses fautes. Le prophète en devient courageux, libre et fort pour s’engager dans la mission que le Seigneur lui confie.

Vous connaissez bien l’histoire de S. Paul, comment il était persécuteur des chrétiens, comment sur la route qui mène à Damas il a été terrassé. En 2e lecture, dans la lettre aux Corinthiens, Paul s’explique sur la conscience qu’il a d’être le plus petit, le dernier des apôtres. Il nous rappelle que la révélation de Dieu a changé sa vie. Et que la grâce de Dieu en lui n’a pas été stérile.

Enfin, l’évangile nous rapporte la fameuse pêche, qui fut pour Simon Pierre et les autres avec lui, une expérience décisive où se révélait la puissance du Seigneur, et chez eux, le sentiment profond de leur indignité. « Éloigne-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur. »Toujours cette conscience d’être si petit et pauvre devant la grandeur et la sainteté de Dieu. Et en même temps comme chez Isaïe, comme chez s. Paul, cette confiance manifestée par le Seigneur, cette miséricorde qui lui est accordée. Et dans les trois cas, il y a finalement un libre engagement bien personnel au service de la mission.

Nous n’avons sans doute pas eu des tournants aussi décisifs que cela dans nos vies. Pas de vision grandiose comme pour Isaïe, pas d’intervention sur la route comme chez S. Paul, pas de pêche miraculeuse non plus, mais chacun, chacune nous avons nos secrets, le détour où Dieu nous a parlé. Juste assez pour nous faire changer de chemin peut-être, pour nous mener les uns dans la vie religieuse, les autres dans l’état du mariage, d’autres dans le célibat, dans tel ou tel engagement, toujours c’était pour un nouveau défi, un projet d’amour, une réponse d’amour.

Des questions se posent : qu’ai-je fait de l’appel reçu? À quoi d’abord le Seigneur m’a-t-il appelé? Quelle est ma réponse à cette miséricorde qu’il a pour moi? Où en est l’amour dans ma vie ? Suis-je suffisamment attentif à tout ce que le Seigneur veut me dire aujourd’hui et demain au cœur même de ce qui fait ma vie la plus ordinaire, la plus quotidienne peut-être. N’est-ce pas là qu’il a rejoint le prophète Isaïe, Simon Pierre, Paul et les autres?

 

 

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Homélie pour e 4e Dimanche T.O. Année C

 

Un amour « à risque »!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 21-30)

En ce temps-là,
dans la synagogue de Nazareth,
après la lecture du livre d’Isaïe,
Jésus déclara :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
que vous venez d’entendre »
Tous lui rendaient témoignage
et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.
Ils se disaient :
« N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit :
« Sûrement vous allez me citer le dicton :
‘Médecin, guéris-toi toi-même’,
et me dire :
‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm :
fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !’ »
Puis il ajouta :
« Amen, je vous le dis :
aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays..
En vérité, je vous le dis :
Au temps du prophète Élie,
lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie,
et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre,
il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles,
mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon,
chez une veuve étrangère.
Au temps du prophète Élisée,
il y avait beaucoup de lépreux en Israël ;
et aucun d’eux n’a été purifié,
mais bien Naaman le Syrien. »

À ces mots, dans la synagogue,
tous devinrent furieux.
Ils se levèrent,
poussèrent Jésus hors de la ville,
et le menèrent jusqu’à un escarpement
de la colline où leur ville est construite,
pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux,

COMMENTAIRE

Le danger était grand. On voulait le jeter en bas des escarpements de la colline. C’était vouloir le tuer. Pourquoi cette colère et cet emportement contre Jésus? Lui, un gars de chez eux? Le fils de Joseph! N’avait-il pas grandi avec eux, chez eux? Pourquoi subitement vouloir l’éliminer?

Mais « Lui passant au milieu d’eux, allait son chemin. » C’était lui le plus fort! C’est le prophète Jérémie qui avait raison : « Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer. »

Cet évènement d’Évangile – nous le voyons bien – a déjà la couleur de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. On dirait que déjà se jouent ici le drame du vendredi saint et la merveille du jour de Pâques. Dieu sauve son élu et il confond ses persécuteurs. Ce n’est sans doute qu’une annonce, une première ronde, une partie remise, mais on sait déjà où ira la victoire finale.

Ce qui est en jeu et en cause en tout cela, c’est l’amour, c’est l’élargissement, l’approfondissement, le grand risque et la victoire de l’amour. Cet amour dont nous parle saint Paul. L’amour qui est plus fort que la mort. Et qui ne passera jamais. C’est un feu divin, disait le Cantique des Cantiques.

Tout ce beau monde de Nazareth s’aimait bien. Ils aimaient bien Jésus, lui qui revenait chez eux, chez lui, chez nous. Mais ils l’aimaient d’un amour frileux, jaloux, captatif, enveloppant et réducteur. Jésus, lui, les aime plus. Il les dépasse en amour. Il voit plus grand, plus loin, plus largement. Il les appelle au dépassement de l’amour dans l’accueil du mystère de l’autre, dans le respect des voies de Dieu. Et c’est là que, pour le moment, ça bloque et que ça tourne au drame, et que ça devient dangereux.

Il me semble qu’il y a là une grande leçon pour nous. Celle de revoir nos attitudes, notre regard les uns sur les autres et sur nous-mêmes. Aimons-nous vraiment? ou bien sommes-nous en défiance, en méfiance, en provocation, en attente utilitaire de l’autre, cherchant à nous servir des autres, à les conformer à nos propres petites idées, à nos attentes mesquines, égoïstes, sans faire attention, sans les écouter et sans profond respect pour qui ils sont?

Jésus est venu chez les siens, chez nous, pour dire Dieu, pour annoncer un Dieu d’amour et son règne d’amour, pour révéler le Père et annoncer un temps de grâce et de miséricorde, un temps de libération pour tous, un temps d’illumination et de débordement en faveur de tous. Mais eux, et nous aussi peut-être, nous voyons petit et conforme à nos vues étroites. Pour eux, pour nous, Jésus n’a pas le droit d’être qui il est, un mystère, le Messie de Dieu, l’élu de Dieu. Nous le rejetons. Eux, dans leurs gestes et comportements à son égard, ils figuraient déjà nos propres rejets du Seigneur. Ils figuraient ce qu’il nous arrive de faire les uns pour les autres et ainsi pour le Christ lui-même, alors qu’il nous faudrait l’aimer et nous aimer les uns les autres de cet amour qui « prend patience, rend service, ne jalouse pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil, ne fait rien de malhonnête, ne cherche pas son intérêt, ne s’emporte pas, n’entretient pas de rancune, ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais trouve sa joie dans ce qui est vrai, de cet amour qui supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout. De cet amour qui ne passera jamais. »

Puissions-nous aimer ainsi! Et notre vie – dans la grâce du Christ – prendra dès aujourd’hui couleur de Pâques.

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Homélie pour le 3e Dimanche T.O. Année C

Aujourd’hui, ta Parole nous rassemble!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21)

Beaucoup ont entrepris de composer un récit
des événements qui se sont accomplis parmi nous,
d’après ce que nous ont transmis
ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires
et serviteurs de la Parole.
C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi,
après avoir recueilli avec précision des informations
concernant tout ce qui s’est passé depuis le début,
d’écrire pour toi, excellent Théophile,
un exposé suivi,
afin que tu te rendes bien compte
de la solidité des enseignements que tu as entendus.

En ce temps-là,
lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit,
revint en Galilée,
sa renommée se répandit dans toute la région.
Il enseignait dans les synagogues,
et tout le monde faisait son éloge.
Il vint à Nazareth, où il avait été élevé.
Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
et il se leva pour faire la lecture.
On lui remit le livre du prophète Isaïe.
Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
remettre en liberté les opprimés,
annoncer une année favorable
accordée par le Seigneur.
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
que vous venez d’entendre »

 

COMMENTAIRE

Nous achevons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Le message de ce dimanche nous rejoint justement sur ce thème de l’unité. Nous voulons savoir sur quoi se fonde l’unité du peuple de Dieu, quel esprit l’anime, qui est celui qui le rassemble? Les lectures nous donnent les réponses. Elles nous rappellent de quelle unité nous parlons, comment cette unité peut et doit se vivre.

D’abord au Livre de Néhémie, nous assistons à la lecture solennelle du précieux livre de la Loi, qu’on avait perdu, oublié, et qu’on venait de retrouver. La lecture publique du document sacré donne joie et espérance au peuple à l’époque troublée où il se trouve. Cet événement nous rappelle de façon émouvante l’importance de la Parole de Dieu pour notre vie en Église. Cette parole est à la source de notre foi. Il ne s’agit pas d’une parole figée dans un livre et gardée sur les rayons d’une bibliothèque. Elle est parole vivante, parlante, qui donne du sens à nos vies. Cette parole aujourd’hui encore nous rassemble; elle réchauffe nos cœurs; elle est lumière; elle nous instruit; elle construit l’Église; elle nourrit notre foi.

C’est tout le peuple de Dieu qui est dépositaire, héritier de cette parole. Et ce peuple, c’est l’Église de Dieu répandue, étalée mais toujours rassemblée, partout sur la terre. Elle n’est pas une organisation comme une autre. S.Paul nous le rappelle dans sa 1ère lettre aux Corinthiens. L’Église, c’est l’assemblée de ceux qui sont au Christ par la foi et le baptême. Ils forment ensemble le Corps du Christ. Les membres du corps sont nombreux et différents, mais ils sont unis organiquement les uns aux autres. Ils ne sont pas en compétition; ils sont en complémentarité. Tous les membres sont importants. Des fois nous pensons que l’Église c’est le pape, les évêques, ou les prêtres tout seuls. Et nous, nous n’aurions qu’à suivre. Ce n’est pas vrai. Les ministres dans l’Église sont au service de la communauté. Et ce qui compte c’est l’Église, en sa totalité, c’est chacun et chacune de ses membres, ceux qui croient au Christ et qui ont part à sa vie par les sacrements, la prière, les œuvres de charité, le devoir d’état accompli, le service de la justice, de la miséricorde et de la fraternité.

Dans l’évangile, S. Luc nous raconte l’entrée en scène de Jésus. Les choses se passent après son baptême et son épreuve au désert. Voici que, poussé par l’Esprit, Jésus revient dans son village. C’est le Sabbat, il va à la synagogue. Après avoir lu un passage sensible du prophète Isaïe, il ferme le livre, le rend au servant, il s’assit. Tout le monde le regarde. Que va-t-il dire? « Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

Cet aujourd’hui dont il parle signifie que désormais et pour toujours Jésus le Christ est celui que l’Esprit Saint a consacré par l’onction, qu’il est celui que le Père a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer la liberté aux prisonniers, apporter la lumière aux aveugles, la libération aux opprimés, annoncer pour tous un temps de bienfaits de la part du Seigneur. Jésus prend tout ça sur lui. Il inaugure à ce moment le vaste chantier de l’accomplissement des promesses de Dieu. Cette œuvre est en cours. C’est AUJOURD’HUI! Que cette parole nous donne joie et confiance! Dieu accomplit en Jésus ses promesses. Soyons donc ensemble avec lui bâtisseurs du Royaume en train d’advenir! Portons au monde, en Église, aujourd’hui, ce précieux témoignage de paix, d’amour et de miséricorde.

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Homélie pour le 2e Dimanche T.O. Année C

L’Heure des Noces

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 2, 1-11)
En ce temps-là,
il y eut un mariage à Cana de Galilée.
La mère de Jésus était là.
Jésus aussi avait été invité au mariage
avec ses disciples.
Or, on manqua de vin.
La mère de Jésus lui dit :
« Ils n’ont pas de vin. »
Jésus lui répond :
« Femme, que me veux-tu ?
Mon heure n’est pas encore venue. »
Sa mère dit à ceux qui servaient :
« Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
Or, il y avait là six jarres de pierre
pour les purifications rituelles des Juifs ;
chacune contenait deux à trois mesures,
(c’est-à-dire environ cent litres).
Jésus dit à ceux qui servaient :
« Remplissez d’eau les jarres. »
Et ils les remplirent jusqu’au bord.
Il leur dit :
« Maintenant, puisez,
et portez-en au maître du repas. »
Ils lui en portèrent.
Et celui-ci goûta l’eau changée en vin.
Il ne savait pas d’où venait ce vin,
mais ceux qui servaient le savaient bien,
eux qui avaient puisé l’eau.
Alors le maître du repas appelle le marié
et lui dit :
« Tout le monde sert le bon vin en premier
et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon.
Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »

Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit.
C’était à Cana de Galilée.
Il manifesta sa gloire,
et ses disciples crurent en lui.

 

COMMENTAIRE

Parmi les plus beaux rêves qu’il nous soit donné d’avoir sur la terre, il y a sans doute celui de l’amour humain réussi entre un homme et une femme. Cet amour qui demande à s’accomplir dans des épousailles qui soient un réel bonheur, alors même que chacun et chacune poursuit sa route d’humanité avec plus ou moins de succès, goûtant à de grands ou de petits bonheurs, tirant le meilleur parti possible des circonstances particulières qui sont les siennes et des rencontres qu’il lui est donné de vivre. Le cinéma, le théâtre et le roman ont largement cultivé ce rêve, ils ont souvent voulu illustrer la réalité conjugale en tous ses états jusque dans le meilleur et dans le pire..

Voici qu’aujourd’hui, en cette liturgie dominicale, Dieu nous parle d’amour et d’épousailles comme nous osons à peine en parler de nous-mêmes. Aujourd’hui nous allons aux noces, non pas comme de simples invités, mais comme partie prenante de ces épousailles entre Dieu et l’humanité : nous entrons en alliance avec le grand Amour de notre vie. Celui qui nous aime à la folie nous en fait la promesse. « On ne t’appellera plus : La délaissée, dit le prophète, on n’appellera plus ta contrée : Terre déserte, mais on te nommera : Ma préférée, on nommera ta contrée : Mon épouse, car le Seigneur met en toi sa préférence et ta contrée aura un époux… Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a construite t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »

La Parole de Dieu aujourd’hui nous surprend encore avec ce rêve impensable de Dieu qu’elle chante pour nous. Dans ce plein hiver où nous sommes, voilà un joli contraste. C’est plutôt un printemps que Dieu fait pour nous, avec ces épousailles qu’il nous propose. Son Fils nous révèle cette grande passion de Dieu. La mère de Jésus se fait complice du bonheur annoncé. « Faites tout ce qu’il vous dira! » dit-elle aux serviteurs. Grâce à Marie, Jésus, à travers le geste qu’il accomplit pour tirer d’embarras un maître de repas, dont les réserves de vin était épuisées, anticipe son Heure, celle de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Bientôt sa Pâques nous vaudra d’être abreuvés de l’Esprit, le vin de l’alliance nouvelle. Nous passerons alors du régime de la Loi et des rites de purification au régime de la grâce et de la Fête éternelle.

En fait, nos noces humaines et nos mariages les plus beaux sont une figure de cette alliance d’amour que Dieu veut vivre avec nous en son Fils. Cette alliance, cette communion avec le Père et le Fils dans l’Esprit nous est donnée pour que nous en vivions en Église, pour que nous en soyons transformées ensemble. Cette beauté et cette harmonie, Saint Paul nous en parle dans sa 1ère lettre aux Corinthiens : « Les fonctions dans l’Église sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est partout le même Dieu qui agit en tous. Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. »

Une façon de nous dire que le Seigneur lui-même nous fait une beauté; il veille sur sa fiancée; il fait plein de cadeaux à son épouse. Il ne cherche qu’à nous rendre heureux. « On t’appellera d’un nom nouveau, donné par le Seigneur lui-même. Tu seras une couronne resplendissante entre les doigts du Seigneur, un diadème royal dans la main de ton Dieu. »

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Homélie pour le Baptême du Seigneur (C)

Quand s’ouvre le Ciel!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 3, 15-16.21-22)

En ce temps-là,
le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente,
et tous se demandaient en eux-mêmes
si Jean n’était pas le Christ.
Jean s’adressa alors à tous :
« Moi, je vous baptise avec de l’eau ;
mais il vient, celui qui est plus fort que moi.
Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales.
Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »

Comme tout le peuple se faisait baptiser
et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait,
le ciel s’ouvrit.
L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe,
descendit sur Jésus,
et il y eut une voix venant du ciel :
« Toi, tu es mon Fils bien-aimé ;
en toi, je trouve ma joie. »

COMMENTAIRE

Depuis trois semaines, nous étions sous le charme de Noël. La nativité du Seigneur, c’était l’accomplissement des promesses, l’aboutissement d’une longue attente. Noël, c’est la venue en notre chair du Verbe de Dieu. Noël, c’est l’amour de Dieu pour tout le monde. C’est notre fête!

Avec l’aide des évangélistes Luc et Matthieu nous avons recueilli d’émouvants témoignages sur l’Enfant-Dieu. Chaque fois notre regard en était bonifié. Ce fut d’abord les bergers de Bethléem. Des pauvres. Des marginaux. Avertis par un ange, ils sont allés voir l’enfant, emmailloté et couché dans une mangeoire. Toute empreinte de naïveté, de simplicité, leur présence nous donne de voir l’enfant pauvre parmi les pauvres, entouré de Marie et Joseph.

Ensuite sont venus les mages, étrangers, pressentis par un astre et guidés jusqu’à Jérusalem, puis vers Bethléem, où ils découvrent enfin l’enfant et sa mère. Témoignage précieux de ces chercheurs de Dieu, ces marcheurs à l’étoile, qui nous ressemblent dans notre quête d’absolu, et qui nous montrent en Jésus le roi des juifs, le roi de l’univers sous les traits d’un enfant de chez nous.

Puis il y a eu le témoignage de deux personnages vénérables, Anne et Syméon : poussés par l’Esprit, ils parlent avec audace et clarté de cet enfant que ses parents ont amené au Temple pour le présenter au Seigneur.

Voici qu’aujourd’hui nous atteignons un nouveau sommet de révélation : le regard et le témoignage que Dieu lui-même nous donne sur son Fils. Jésus se joint à tous ceux qui se font baptiser par le prophète Jean, en signe de conversion. Et c’est alors que, sortant des eaux du Jourdain, Jésus est en prière, que le ciel s’ouvre et laisse passer l’Esprit qui, tel une colombe, se pose sur lui, tandis qu’une voix lui dit : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui je t’ai engendré. » Cette parole et cette présence mystérieuses sont un sommet de révélation sur Jésus. Quoi dire de plus? Comment le dire mieux? Après ces témoins qui ont ajusté progressivement notre regard sur le Christ, voici le Père et l’Esprit. Ils apportent le témoignage ultime, décisif pour nous, sur la personne et la mission du Fils, l’Emmanuel.

Jusque-là c’était des gens comme nous qui portaient le message, des gens informés divinement mais qui nous parlait dans la foi, de leur foi. Maintenant c’est le Père lui- même qui contemple son Fils, qui lui parle. C’est l’Esprit qui nous le désigne. Nous entrons dans la confidence et l’intimité trinitaire. Les cieux s’ouvrent. Il n’y a plus de secret. Tout est dit. Tout est là. Le Fils peut entreprendre sa mission. Tout rempli de l’Esprit, il se sait aimé du Père et mandaté par lui pour une mission d’amour et de salut pour tous.
En fait, cette parole qui lui est dite nous concerne tous, cet Esprit qui lui est donné nous recouvre nous aussi. Et c’est au dedans de nous-même et dans toute l’Église de Dieu que doit retentir désormais l’ultime témoignage. C’est nous qui sommes les témoins privilégiés de cette venue, de cette présence du Fils de Dieu en notre monde. Par le bain du baptême, Dieu ne nous a-t-il pas fait renaître et ne nous a-t-il pas renouvelés dans l’Esprit Saint?

Nous allons défaire nos crèches, enlever les lumières et les décorations. Que va-t-il en rester dans notre cœur? Quelle révélation nous aura effectivement rejoints? Quel sens renouvelé pour notre vie? Que gardons-nous de plus précieux, de plus grand à la fin de ces festivités, de ces célébrations, de ces rencontres joyeuses, de tous nos partages? Sinon que, baptisés dans l’Esprit et le feu, cette parole nous désigne nous aussi : Tu es mon fils, tu es ma fille, moi, aujourd’hui je t’ai engendré.

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