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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Éditorial

Tourner bientôt la page!

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

L’année 2020 toute entière aura été assombrie par la grande épidémie. On s’en souviendra comme de l’année de toutes les précautions. Qui aurait cru, il y a un an, que pareille chose nous arriverait? Qui aurait pu imaginer qu’un virus allait freiner tous nos mouvements, stopper tous nos projets, nous mettre sur pause indéfiniment, changer profondément notre régime de vie?

Nous sommes encore loin d’en être sortis, après presqu’une année de lutte. Nous sommes un peu fatigués de vivre au ralenti. Dirions-nous que nous commençons à nous y habituer? Car il nous a bien fallu apprendre à vivre avec cette réalité invisible et combien pernicieuse. Nous avons essayé par tous les moyens d’en éviter les vagues, de les déjouer, de les contourner, de les contrer, d’en arrêter nettement l’expansion. Hélas, plusieurs n’ont pas eu de chance, ils ont été piégés sans pouvoir se défendre, victimes d’une éclosion devenue incontrôlable.

Nous n’en sommes pas encore à l’heure des bilans. La guerre n’est pas terminée. Je me permettrai seulement de constater quels impacts positifs cette expérience universelle me parait avoir eu sur mon vécu social, communautaire et personnel. À petite échelle donc. À l’intime de la microsociété où j’évolue. 

Étant octogénaire, j’étais à risque. Comme bien d’autres, j’ai vu mon régime de travail se modifier profondément. Il y a eu l’embargo sur les rassemblements, la fermeture des lieux de culte, la mise en panne des services publics tels que les secrétariats, les fonds d’archives, les bibliothèques, les universités, les musées, etc. Il restait google et d’autres moteurs de recherche. Il restait le téléphone. L’inépuisable réseau internet. Ma petite réserve personnelle de livres reprenaient de la valeur!

 Les sorties en plein-air étant possibles et recommandées, j’en ai beaucoup profité, jusque tard le soir… pour éviter l’incidence de trop de rencontres. Par-delà la petite communauté où je me trouve, et que j’ai pu solliciter et vivre à 100%, tous les moyens de communication électroniques sont devenus mes amis, mon recours, ma bouée de sauvetage. Pour un contact vivant avec d’autres personnes, d’autres pensées, la culture, le monde. Au total, c’était pour moi l’opportunité de redécouvrir plein de choses du passé et du présent. D’en prendre le temps. Il fallait donc cette pandémie pour m’amener vers cette nouveauté dans ma vie. 

J’ai alors compris que nous sommes plus proches que loin les uns des autres. Que nous sommes tous dans le même bateau, éprouvés par les mêmes fragilités. Les riches comme les pauvres ne sont-ils pas en butte aux mêmes dangers? L’argent ouvre-t-elle la voie à tellement plus de sécurité? La pandémie a mis tout l’monde sur le même pied. Nous comprenons que c’est ensemble que nous traverserons ce péril. Les valeurs gagnantes en cette aventure sont à trouver, il me semble, du côté de la solidarité, de la complicité, de l’amitié. 

 Au plan spirituel, j’ai souffert de voir tant de souffrances et de deuils et de malheurs affliger des gens même proches de moi. Nous étions tous confrontés au drame d’une maladie annoncée, tous à la merci des éclosions. Pour moi, cette détresse m’a fait me questionner sur le sens de la vie et des épreuves. 

Fallait-il se lancer dans la prière? Dieu n’allait-il pas, sur demande, faire cesser ce malheur? Comme s’il en était le responsable. Comme s’il avait voulu nous punir avec ce fléau. Bien sûr, notre Dieu et Père ne s’amuse pas avec nos malheurs. Bien sûr qu’il pourrait agir. Mais de quel droit pouvais-je l’y obliger? S’il nous laisse avoir peur, s’il nous laisse souffrir et mourir de cette Covid-19, faut-il l’en blâmer? Et alors pourquoi aurait-il toléré et permis les grandes pestes du Moyen-Âge, les grands désastres naturels d’autrefois, les guerres, les abus systémiques, les génocides, et quoi d’autre? J’aime mieux penser que tous ces malheurs sont inhérents à notre condition humaine. Qu’il y a toujours le risque qu’il se passe quelque chose de grave chez nous.  

Dieu a pris ce risque en nous créant. Il en a mesuré le prix depuis l’éternité même. Et ce prix, c’est notre liberté, c’est la mobilisation de notre responsabilité, c’est la mise en œuvre de nos talents et capacités. C’est la science, nos techniques, l’amour et la charité. C’est, en fin de compte, un chemin d’humilité et de compassion à parcourir. 

Ce chemin, Dieu lui-même a voulu le prendre et le suivre jusqu’au bout en son Fils. L’amour et la confiance qu’il nous fait se sont traduits par l’incarnation du Verbe de Dieu. Sa Parole, prenant chair de notre chair. Et c’est ainsi que Dieu lui-même n’est pas étranger à la Covid-19. Noël va nous le rappeler de la plus réaliste façon. 

En Jésus, Dieu a plongé dans l’histoire avec nous. Dans la destinée de mort et de résurrection de son Fils il nous a montré un chemin de miséricorde, de relèvement et de Salut. C’est ainsi qu’il nous établit dans la plus merveilleuse et la plus puissante Espérance. Le Mystère pascal est désormais notre remède le plus sûr. Il est un vaccin surnaturel, universel, plus fort que tous les coronavirus du monde.

Fr Jacques Marcotte, OP

Québec, Qc

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