Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Une vie de liberté

Imprimer Par Caroline Pinet


Récemment, alors que je discutais avec de jeunes femmes ayant un ou deux enfants, l’une d’elle me lance -à moi qui en ai huit: « Personnellement, je ne voudrais pas tant d’enfants, car j’ai besoin de vivre ma vie de femme… » Ce n’était pas la première fois que j’entendais cette réflexion et cela me fit sourire. Car de mon côté, j’ai bien l’impression de vivre ma vie de femme. Heureusement que nous ne sommes pas limités à un rôle. Je suis femme, je suis épouse, je suis mère, je suis citoyenne, je suis enseignante. Je pense exercer chacun des rôles qui composent ma condition. Femme est l’hyperonyme de tous les autres termes qui composent ma vie. Et au-delà de ce terme, je suis un humain.

Cette famille nombreuse étonne bien souvent les gens. Et c’est bien vrai que c’est assez inhabituel. Je pense que plusieurs croient que c’est pour une question, au choix, de religion, de manque d’ambition, d’une conception traditionaliste du rôle de la femme que j’ai eu tant d’enfants. Non, ce désir est né de la liberté et de l’amour.

« C’est vrai que c’est exigeant, ai-je répondu à cette jeune femme. Mais je ne pouvais imaginer une vie autre qu’une maison remplie de cris d’enfants, de parfum de gâteaux au chocolat, d’empreintes de doigts sur les murs, de grandes tablées et de cette joie si particulière aux jeunes enfants qui s’enthousiasment pour un simple repas de crêpes ! »
Je dis souvent que si j’avais été passionnée de musique et dédiée à un instrument, j’aurai vécu en tournée à faire des concerts partout autour du monde. Mais ce qui me passionnait, moi, c’était l’éducation des enfants. J’ai étudié pour devenir enseignante. Et, un jour, j’ai rencontré, dans une pastorale universitaire, un jeune homme avec beaucoup d’esprit qui lui aussi désirait avoir une grande famille.

Ces huit enfants sont la concrétisation de ce projet commun. Il est vrai qu’au départ nous n’en voulions « que » quatre. Tous sont les fruits de ce désir qui nous unit et c’est sans doute le plus bel accomplissement que j’aurai réalisé sur Terre. Quand je les regarde, je découvre une cathédrale avec ses merveilleux vitraux, ses voûtes d’ogives, ses fresques sur le plafond, ses cierges, sa nef… C’est l’œuvre d’une vie à deux ! Chacun de ces enfants est unique. Aucun ne ressemble exactement à l’autre. Chacun suit le chemin qui lui ressemble ! La plus jeune de onze ans réclame déjà son unicité quand nous lui disons qu’elle nous fait penser à l’une ou l’autre de ses sœurs. Pourtant, une empreinte en filigrane semble lier chacun d’eux. On ne peut passer à côté du fait qu’ils sont, petits et grands, de la même famille. Dans chacun, je découvre un peu de mon mari, un peu de moi et une grosse dose de ce qui les rend unique.

On pense alors à ces champs de lis que Jésus décrit, «je vous dis que Salomon lui-même, au sommet de sa gloire n’était pas habillé comme l’un d’eux. » Ces lis que j’imagine de différentes couleurs comme preuve de la générosité de Dieu pour le monde.

Je ne crois pas que mes enfants auront l’idée d’avoir tant d’enfants ! Peut-être parce qu’ils ont vécu ce bonheur avec aussi ses limites ! Avoir une famille nombreuse n’est pas un objectif en soi. Il y a tant de façons de vivre sa vie.

L’aînée de mes filles qui se distingue beaucoup de moi -et que j’adore- me partageait ce matin une de ses lectures « Les cinq langages de l’amour ». Quelle ne fut pas ma surprise puisque ce livre, je l’ai lu moi aussi il y a une quinzaine d’années. Ainsi, j’étais heureuse de constater qu’elle soignait aussi son couple, qu’elle avait à cœur de vivre d’amour ! Sa vie poursuivra une route bien différente de la mienne, et comme ces jeunes femmes, elle se dira sans doute « j’ai besoin de vivre ma vie de femme ! ». L’important est d’écouter cette voix de liberté intérieure, cette liberté à laquelle Dieu n’est pas étranger.

Nous pourrions citer Saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. » La question qui devrait tous nous tenailler quand vient le temps d’orienter notre vie est la suivante : comment, par ma vie, je peux mieux aimer ?

Une réflexion au sujet de « Une vie de liberté »

  1. Damien Bouchard

    Votre texte m’émeut et me rappelle que je suis issu d’une famille de onze enfants. Vous me rappelez mes parents et ma mère particulièrement. Vous et votre mari êtes capable d’amour!

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