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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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Parler, c’est trop dur ! Écouter n’est pas facile !

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

Femmes_AutochtonesRécemment, au Québec, nous avons été informés de faits douloureux concernant les femmes autochtones de chez nous. Les réactions ont été nombreuses à la suite des révélations de ces femmes qui, pour la première fois, avaient décidé de se mettre ensemble pour parler et pour dénoncer les sévices qu’elles avaient subis.

Ce n’est pas la première fois que nous apprenons que les autochtones sont aux prises avec de sérieux problèmes qui ont trait à leur identité. C’est un fait connu. Le regroupement des femmes autochtones ne demande-t-il pas depuis plusieurs mois une enquête sur la disparition de plusieurs d’entre-elles, alors que le gouvernement fédéral ne fait rien en ce sens ?

En réfléchissant aux révélations que les femmes autochtones ont faites ces dernières semaines, nous nous sommes interrogés sur les raisons de leur silence durant tout ce temps et sur le fait que nous ne les ayons pas écoutées quand elles parlaient. Cela nous a permis de mieux comprendre combien il est important et difficile à la fois de dire une parole qui fait sens en vérité et de recevoir cette parole qui nous touche dans notre vulnérabilité.MJIMage2014

Si nous y pensons bien, la prise de parole demande beaucoup de courage. Il en faut en effet pour se dire en toute vérité.  La peur se tapit partout, prête à prendre le dessus sur la parole qui cherche à se libérer, à nous libérer : peur de se compromettre, peur d’être jugé, d’être rejeté, voire exclu de sa propre communauté, peur de ne pas avoir les bons mots, peur d’être incompris, peur des représailles, etc.

Malheureusement, se taire a aussi un prix. En étouffant en nous la parole qui cherche à se dire en vérité, nous acceptons de mourir petit à petit, par asphyxie, car le corps exprime par des maux les mots que nous taisons, que ce soit au plan mental ou au plan physique.

Nous sommes tous conscients qu’il y a un temps pour parler et un temps pour se taire ; comme il y a aussi un temps pour écouter. Ce que nous affirmons pour la prise de parole vaut aussi pour la réception de cette parole. Parfois nous nous préférons ne pas écouter parce que nous ne voulons pas entendre une parole de vérité qui pourrait nous menacer, nous déranger, nous remettre en cause. Nous faisons la sourde oreille pour nous protéger, nous débrancher d’une réalité qui nous fait peur ou nous embarrasse. Pareilles attitudes expliquent pourquoi certains messages ne passent pas.

La parole pourtant a sa propre capacité ; elle est une semence jetée dans les cœurs et dans les esprits, mais encore faut-il qu’elle ait une certaine richesse, une véritable densité, qu’elle ne soit pas uniquement un flot ininterrompu de mots vides de sens. Nous connaissons tous de ces personnes qui parlent pour ne rien dire, juste pour meubler le silence ; ou de ces personnes qui brillent par leur capacité à discourir, à cacher l’essentiel pour distraire l’auditeur et l’amener vers autre chose.

Lors du discours de ces femmes, nous avons été rejoints dans notre être intime. Pourquoi ? Parce que nous acceptons enfin d’écouter et d’entendre leur témoignage que nous pensons être vrai. Leur corps parlait pour elles et il disait leurs souffrances. Malgré toute cette douleur, nous les sentions fortes dans leur fragilité. Leurs blessures ne sont pas guéries, loin de là, mais la parole dite en vérité a ce pouvoir étonnant de conduire vers la guérison, parce que consentir à témoigner, c’est enfin se respecter et accepter de vivre avec ses blessures. N’est-ce pas là un premier pas, indispensable, vers la pleine guérison ?

Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP.
En collaboration.
Québec

 

2 réflexions au sujet de « Parler, c’est trop dur ! Écouter n’est pas facile ! »

  1. Rebecca Snyder

    Dear Friends, Are you able to put me in touch with the artist who made the picture of the rainbow people at the top of your article? Thank you.

    Répondre

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