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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Éditorial

Qu’est-ce qu’on fait au bon Dieu!

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

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Avec toutes ces guerres dont nous sommes les témoins en temps réel par le biais des médias, cette question nous hante toujours. Il nous semble que le monde bascule et que la guerre s’étend partout comme un brasier que nul n’arrive à éteindre. Comment cela a-t-il pu se produire? Comment des humains peuvent-ils en arriver là, et tuer sans discrimination femmes et enfants, réfugiés dans des abris ou tout simplement cachés dans les montagnes? Et en plus, le faire avec l’assurance de défendre une cause juste!

Quand nous écoutons les différentes parties s’exprimer, il nous semble que nous assistons à un dialogue de sourds, chacune des parties étant ancrée dans sa position, ce qui, bien sûr, rend impossible une vraie négociation. Que reste-t-il alors? Seulement la force. La force par les armes. Je tire, tu tires à ton tour, et nous verrons qui va gagner. Peu importe les dommages collatéraux et le nombre de victimes; ils font partie du jeu. L’autre a toujours tort.

Et Dieu, où se tient-il pendant tout ce gâchis? Que dire de son silence? Comment l’interpréter? Dieu serait-il mort? Le silence de Dieu est pour nous un mystère, surtout que Jésus nous présente   Dieu comme un père qui sait ce dont tous ses enfants ont besoin. Comment expliquer que notre   Père n’intervienne pas?

Le silence de Dieu résonne très fort, plus fort même que le bruit des bombes. Jésus lui-même l’a entendu quand il était sur la croix, seul avec l’énorme souffrance du doute et du questionnement. Y a-t-il pire souffrance que celle de l’abandon ressenti, que l’inutilité apparente du plus grand sacrifice consenti? Quand seule la foi s’entête à tenir, sans même avoir la certitude que tout cela en vaut la peine? « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné? » (Mt 27, 46)

Ce cri de Jésus, il nous semble l’entendre de la bouche de ces milliers de gens. Il nous semble que tous ces cris se répercutent par-dessus les décombres; des voix brisées, angoissées, provenant de tous côtés. Des gens meurent à cause de la bêtise humaine, à cause de la soif insatiable du pouvoir de ceux qui n’hésitent même pas à utiliser le nom de Dieu pour justifier leurs atrocités. Devant ces cris de mort, nous nous sentons bien seuls, impuissants à intervenir. Comment agir devant une telle propension du mal?

Le dimanche 20 juillet, l’Évangile nous apportait une réflexion pertinente face à toute cette situation. Dans la parabole de l’ivraie (Mt 13, 24-30), Jésus nous met en garde contre le risque de tout arracher en voulant séparer trop tôt l’ivraie du bon grain. Il nous invite, bien sûr, à prendre conscience du mal qui est implanté en nous, mais il nous rappelle l’importance de faire confiance au bien qu’il a lui-même semé en chacun de nous. Ce bien a pouvoir de croître et de parvenir à maturité en dépit du mal qui affecte notre condition humaine. Jésus ravive en nous l’espérance, cette espérance que le Royaume de Dieu se construit peu à peu et que nous sommes, avec lui, bâtisseurs de ce Royaume.

Difficile à croire, direz-vous! Nous nous sentons tellement impuissants pour réaliser les changements nécessaires! Et pourtant, à y bien regarder, nous voyons que de bonnes actions  contribuent à changer l’ordre des choses. Des faits nous montrent qu’en dépit des apparences, le Ressuscité est bel et bien présent et qu’il nous accompagne : pensons à ces mouvements de protestation organisés pour dénoncer les prises de position de nos gouvernants; pensons à des organismes comme la Croix-Rouge et Médecins Sans Frontières qui s’impliquent directement auprès des populations concernées; pensons aux initiatives de certains pays qui, contre toutes attentes, contribuent à faire avancer la paix et les négociations nécessaires.

Malgré la tentation de baisser les bras en gardant les yeux rivés sur tout ce mal, il nous semble qu’il faut éviter le défaitisme et continuer d’être des porteurs d’espérance. La déprime et le découragement n’arrangent rien.

Et si nous faisions tout de suite ce qui est en notre pouvoir : réfléchir à ce qui fait sens dans nos vies, accorder personnellement nos existences aux valeurs de respect, de fraternité, de justice, de partage et de paix, et devenir d’authentiques témoins de l’Évangile, en continuant d’espérer, envers et contre tous, en un monde meilleur. Notre Espérance ne déçoit pas, puisque le Christ, notre frère, est mort et ressuscité pour nous, et qu’il vit à jamais!

« Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 20)

Et si Dieu était à ce point intimement présent et lié à ceux qui souffrent, qu’il en vienne à s’identifier à tous les blessés de nos guerres? Et si c’était le bruit de nos armes qui nous empêchait de l’entendre nous dire sa peine et sa douleur?

Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
en collaboration
Québec

2 réflexions au sujet de « Qu’est-ce qu’on fait au bon Dieu! »

  1. Madeleine Pratte

    Comme c’est beau! Dans la vie de tous les jours, les valeurs de respect, de fraternité, de justice, de partage et de paix que vous énoncez, sont certes à privilégier, mais comme nous sommes tous humains… la miséricorde et le pardon me semblent fort importants. Merci

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  2. paulette

    quel belle réflextion…je me questionne aussi devant toutes cette cruautés qui règne sur cette planète…,ca va de pis en pire, ca fait peur, chaque jour ,Joffre a Dieu toutes ces martyres, je lui demande d’avoir pitié de notre pauvre monde qui a basculer…merci de me lire, je vous lis toute les semaines, je médite vos écrits, merci….

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