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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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Éclatement ou chute libre?

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

Fotolia_6549225_S-350X220L’informatique progresse de jour en jour. Il fait maintenant partie de notre culture, à tel point que nous ne saurions nous en dispenser. Il nous ouvre le monde en nous donnant accès à un savoir universel, illimité. L’âge du numérique dans lequel nous sommes engagés annonce peut-être des « divergences » importantes. C’est ce que semble craindre Hervé Fisher dans un essai tout récent.

L’auteur souligne l’apport immense de la numérisation dans un monde qui n’en connaît pas encore tout le potentiel. Il fait remarquer que la fonction numérique amplifie même la conscience éthique chez les humains, rendant possible la connexion de chacun avec les événements du bout du monde en temps réel. Par ailleurs, Fisher s’interroge, dans son essai, sur le côté éphémère de ce que nous mettons en mémoire par le biais du numérique et sur le futur de l’humanité que nous sommes en train de préparer dans cet univers en expansion.

Les propos tenus par Hervé Fisher ont suscité – en marge – chez nous un début de réflexion que nous aimerions vous partager. Il est clair que l’ère numérique apporte des bienfaits immenses que nous mesurons un plus chaque jour. Nous ne pourrions plus nous passer de nos équipements électroniques de plus en plus sophistiqués. Cependant, il nous semble que le numérique comporte le danger de nous placer dans un réseau devenu trop grand. Cette vastitude de l’information et la mouvance constante des repères nous introduisent dans un labyrinthe où nous risquons de nous perdre. Tout nous arrive si rapidement! Comment prendre pied dans ce flux continuel? Ne sommes-nous pas menacés d’être emportés finalement dans une dérive qui échappe à tout contrôle?

Par ailleurs, que ce soit au plan politique, économique ou culturel, la subtilité et les arcades des réseaux informatiques rendent possibles des couvertures qui permettent des abus dont nous pouvons être les artisans, sans même nous en rendre compte. Ainsi, ce mode de communication permet d’opérer une foule de transactions cachées : les commandes d’armes, de pétrole ou de tout autre produit stratégique en sont des exemples. Nous pouvons imaginer les répercussions tragiques que cela peut entraîner! Ces transactions cachées peuvent faire toute la différence dans les tensions ou les conflits qui se vivent dans certains pays. Il se joue là un drame dont nous sommes peut-être complices à notre insu.

Il est urgent de réfléchir à toutes les implications du phénomène immense de l’informatisation de tout et de rien. Il ne s’agit pas seulement de nous en servir, ni même d’être à la fine pointe des équipements, ni non plus d’être des virtuoses en ces matières. Une question s’impose : serons-nous bientôt les apprentis-sorciers en mal d’arrêter leur machine? Devant la surabondance de l’information et l’absence de critères pour la bien déchiffrer, que deviennent les questions d’éthique, de sens et de valeurs, de normes de vie?  Le fondement même de nos sociétés n’est-il pas dès lors concerné?

Comme citoyens, nous pouvons nous demander quelle est notre responsabilité comme  consommateurs du numérique? Il ne suffit pas d’en être les utilisateurs habiles et naïfs. Une vigilance et une lucidité sur les enjeux encourus nous paraissent importantes. Saurons-nous développer l’attitude critique et la réflexion que requiert l’usage grandissant de l’informatique dans notre monde? Le potentiel du numérique est extraordinaire, encore nous faut-il l’utiliser et le développer en nous donnant les moyens de mieux en prévoir et en comprendre les impacts sur le futur de l’humanité.

En collaboration

Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP

 

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