Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 51(50) : En ta tendresse, efface mon péché

Imprimer Par Michel Gourgues, o.p.

3 Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté,
en ta grande tendresse efface mon péché,
4 lave-moi tout entier de mon mal
et de ma faute purifie-moi.

5 Car mon péché, moi, je le connais,
ma faute est devant moi sans relâche;
6 contre toi, toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Pour que tu montres ta justice quand tu parles
et que paraisse ta victoire quand tu juges.
7 Vois : mauvais je suis né,
pécheur ma mère m’a conçu.

8 Mais tu aimes la vérité au fond de l’être,
dans le secret tu m’enseignes la sagesse.
9 Ôte mes taches avec l’hysope, je serai pur;
lave-moi, je serai blanc plus que neige.

10 Rends-moi le son de la joie et de la fête
qu’ils dansent, les os que tu broyas!
11 Détourne ta face de mes fautes,
et tout mon mal, efface-le.

12 Dieu, crée pour moi un cœur pur,
restaure en ma poitrine un esprit ferme;
13 ne me repousse pas loin de ta face,
ne m’enlève pas ton esprit de sainteté.

14 Rends-moi la joie de ton salut,
assure en moi un esprit magnanime.
15 Aux pécheurs j’enseignerai tes voies,
vers toi reviendront les égarés.

16 Affranchis-moi du sang, Dieu, Dieu de mon salut,
et ma langue acclamera ta justice;
17 Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche publiera ta louange.

18 Car tu ne prends aucun plaisir au sacrifice;
un holocauste, tu n’en veux pas.

19 Le sacrifice à Dieu, c’est un esprit brisé;
d’un cœur brisé, broyé, Dieu, tu n’as point de mépris.

20 En ton bon vouloir, fais du bien à Sion :
rebâtis les remparts de Jérusalem!
21 Alors tu te plairas aux sacrifices de justice
– holocauste et totale oblation –
alors on offrira de jeunes taureaux sur ton autel.

(Traduction de la Bible de Jérusalem)

****

Un psaume unique. À différents titres.

L’un des rares psaumes qui, du début à la fin, se présente comme une prière adressée à Dieu. Pas ici de proclamations de sagesse, du genre « Heureux qui est absous de son péché, acquitté de sa faute » (Ps 32,1). Pas non plus de proclamations croyantes à la troisième personne, comme « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte? » (Ps 27,1. Pas non plus d’interpellations lancées à des pécheurs : « Pourquoi te prévaloir du mal, héros d’infamie? » (Ps 52). Pas non plus d’exhortations adressées à des justes : « Garde-toi de t’échauffer contre les méchants » (Ps 37). Non, voici un psaume qui, d’un bout à l’autre, sait maintenir le ton indiqué dès le premier verset : « Pitié pour moi, Seigneur, en ta bonté ». « Je – tu », « moi – toi » :  à aucun moment (sauf en finale, aux versets 20-21, qui détonnent et donnent l’impression d’une addition) on ne s’écarte de cette perspective, où n’intervient que le « je » intime d’un priant tourné vers le « tu » de son Dieu.

L’un des rares psaumes, encore, à se présenter comme unifié d’un bout à l’autre, en ce sens que tout s’y rapporte à une seule et unique expérience. Cette expérience est celle d’un être humain accablé par un péché dont il veut être libéré. D’autres psaumes, comme les psaumes 32 ou 39 par exemple, rendent compte d’une expérience semblable, mais d’autres motifs viennent s’y entremêler : la maladie, la persécution, les ennemis. Ici, d’un bout à l’autre, le psaume fait entendre la prière d’un croyant qui, en rapport avec son péché, sait témoigner devant Dieu d’une conscience, d’une lucidité, d’une profondeur de sentiment et d’une volonté de renouvellement auxquelles tout croyant aspire à parvenir, après le Christ aussi bien qu’avant.

Lisons brièvement les trois parties du psaume.

1. J’ai péché, pardonne-moi (versets 3-9)

La première partie commence et se termine de la même manière. « Lave-moi tout entier de mon mal », proclame le v. 4, aussitôt après la supplication initiale (v. 3); « Lave-moi, je serai blanc plus que neige », proclame en écho le v. 9. « Purifie-moi de ma faute », proclame le v. 4; « Purifie-moi avec l’hysope, je serai pur », proclame en écho le v. 9.

Ce qui s’exprime dans cette première partie, c’est la conscience du péché et la demande du pardon.

Du péché, tout d’abord, il est question presque à chaque verset à travers une variété de désignations que s’efforcent de faire ressortir les traductions : « mon péché, ma faute, mon mal, ce qui est mal, mes taches, j’ai péché, je suis né mauvais, je suis pécheur ». C’est dans cette première section que sont concentrés cinq des sept termes composés de la racine ht’ qui jalonnent le psaume. C’est de cette racine qu’en hébreu dérive le vocabulaire utilisé le plus fréquemment pour le péché.

C’est d’abord de son expérience du péché que le priant multiplie l’aveu, en particulier aux versets 5 et 6 : « …mon péché, moi, je le connais, ma faute est devant moi sans relâche; contre toi, toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. » Mais ce qu’il reconnaît, au delà de son expérience du péché, c’est sa condition de pécheur : « mauvais je suis né, pécheur ma mère m’a conçu » (v. 8).  Il éprouve en lui cette tendance innée, cette sorte de propension au mal qui s’attache à la fragilité humaine.

Quel est donc ce péché qu’il a commis et dont il ressent ainsi la gravité devant Dieu? Certains croient qu’il en révèlera quelque chose plus loin, à travers la supplication mystérieuse du verset 16 :  « Affranchis-moi du sang (littéralement : « des sangs »), Dieu, mon Dieu sauveur ». Mais, outre le fait qu’il ne paraît possible de clarifier le sens exact de l’expression, celle-ci se retrouve dans la dernière partie du psaume. Là, à la différence de la première partie, l’attention ne porte plus sur l’aveu du péché, mais plutôt, comme nous le verrons, sur les résolutions de conversion adoptées par le pécheur. Comme l’indique le titre ou en-tête ajoutée au psaume, une certaine tradition juive, a compris qu’il devait s’agir du péché d’adultère et d’homicide perpétrés par David. Cette attribution est favorisée par le rapprochement entre 2 Samuel 12,13, où, dénoncé par Nathan, David s’exclame « J’ai péché contre Yahvé », et le verset 6 du psaume, « Contre toi, toi seul, j’ai péché ». Mais le psaume reste discret et ne révèle rien du péché commis. Un peu, comme la parabole de Luc, sans s’appesantir sur la description des fredaines du fils prodigue, se bornera à faire état de son repentir et de sa confession : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi » (Lc 15,21).

Conscient d’avoir offensé Dieu, le psalmiste reconnaît d’emblée que celui-ci serait pleinement justifié de châtier (v. 6b). Il n’en réclame pas moins avec insistance le pardon et la réhabilitation (v. 8-9). Et, comme cela ressort de l’invocation initiale du psaume (v. 3), il en appelle pour cela à des dispositions fondamentales de Dieu : la pitié (hanan), la bonté (hesed), la tendresse qui pardonne (rehem). Ne sont-ce pas ces qualités qu’au moment crucial du renouvellement de l’Alliance (Ex 34,6), Yahvé avait dévoilées à Moïse en lui révélant son nom : « Yahvé, Dieu de tendresse (rehem) et de pitié (hanan), lent à la colère, riche en grâce et en fidélité (hesed) »?

Fort de cette certitude, le psalmiste, pour exprimer sa demande de pardon, multiplie les images et accumule les synonymes, comme il l’avait fait pour désigner son péché. Il demande que celui-ci soit effacé comme on fait disparaître une tache en la frottant avec  l’hysope (v,. 9). Il réclame un grand lavage qui s’étende jusqu’aux moindres recoins (v. 4) et au  terme duquel il se retrouvera blanc comme neige (v. 9). À deux reprises encore, il demande d’être purifié, comme un vêtement sale que l’on nettoie à fond (v. 4, 9).

2. Renouvelle-moi en profondeur (v. 10-14)

La deuxième section (v. 10-14), comme la précédente (v. 3-9), commence et se termine de la même manière, en faisant intervenir le motif de la joie. Au « rends-moi le son de la joie » du début (v. 10) répond  en finale « rends-moi  la  joie de ton salut » (v. 14)

Avec le verset 10, la perspective change et fait accéder à un niveau croissant de profondeur. Maintenant, il n’est plus question simplement de pardon des fautes déjà commises, comme dans la section précédente. Ce que le priant demande, c’est d’être renouvelé, transformé et en quelque sorte recréé. Le voilà qui enfile les uns après les autres les verbes en ce sens : « créer » (v. 12a), « restaurer » (v. 12b), « rendre » (v. 14). Ce renouvellement, cette transformation auxquels il aspire, ils sont d’ordre intérieur, comme le souligne à trois reprises la mention de l’esprit, la ruah : « restaure en ma poitrine un esprit ferme » (v. 12), « ne m’enlève pas ton esprit de sainteté » (v. 13), « assure en moi un esprit magnanime » (v. 14).

Jusqu’alors, ce qui était évoqué, c’était, pour ainsi dire, la face négative du salut, « Détourne ta face de mes fautes ». Maintenant, ce dont il s’agit, c’est de la face positive du salut, la transformation intérieure.

Ce renouvellement intérieur qu’il demande à Dieu, le psalmiste en évoque successivement trois facettes.

a) Il attend d’abord de Dieu qu’il lui rende la joie (v. 10 et v. 14) : qu’il soit libéré de la tristesse du péché, du poids de la conscience qui accable, du remords persistant à l’égard d’une faute qui se tient « devant moi sans relâche », comme il l’avait confessé plus haut (v. 5).

b) Il attend encore de Dieu qu’il efface de lui toute malice (v. 11b): qu’il soit libéré de cette propension au mal dont il avait été question au v. 7 et qui est à la racine du péché. Pas seulement donc: « pardonne-moi », « détourne ta face de mes fautes », comme l’exprime la première partie du v. 11, mais, comme l’exprime la seconde partie, « fais disparaître en moi le péché en sa source ».

c) Il aspire enfin à être ajusté en profondeur à Dieu, grâce au don que lui fera de dernier de son Esprit ou du moins d’un esprit renouvelé. N’est-ce pas là par excellence le visage positif du salut, la recréation du cœur (v. 12a) et la restauration d’un esprit accordé à Dieu pour de bon (v. 12b)? N’est-ce pas là ce salut que laissait espérer Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau » (Ez 36,26)?

3. Que ma vie te soit louange (v. 15-19)

La section précédente (v. 10-14) était toute dominée par des verbes à l’impératif. Sept au total : « détourne ta face », « efface de moi toute malice », « crée pour moi un cœur pur », « restaure en moi un esprit ferme », « ne me repousse pas », « ne m’enlève pas ton esprit saint », « rends-moi la joie ». Voilà qu’au v. 15, on passe de l’impératif à l’indicatif futur : « j’enseignerai », « reviendront », « acclamera », « publiera ».

Après avoir demandé à Dieu de le renouveler de l’intérieur, le psalmiste fait part maintenant de ses résolutions, du renouvellement qu’il souhaite traduire dans son engagement extérieur. Celui-ci, pour une part, concernera la relation au prochain : le pécheur revenu à Dieu pourra se rendre attentif à d’autres pécheurs comme lui et les aider à trouver les voies du retour à Dieu (v. 15). Dans la suite, aux versets 16-19, c’est de la relation à Dieu lui-même qu’il est question. Le psalmiste aspire à vivre dans la louange de Dieu et à lui rendre un culte qui ne se limite pas aux rites sacrificiels mais qui embrasse l’existence concrète, dans la vérité du cœur et de l’esprit.

« Heureux les pauvres en esprit » 

Ce psaume, dans la profondeur de l’expérience croyante et de la relation à Dieu dont il témoigne, des chrétiens auront le sentiment de pouvoir le reprendre dans son intégrité et sans la moindre retouche. Par sa façon de représenter l’expérience et la condition humaine du péché, par sa façon d’attendre de Dieu un renouvellement en profondeur, par la volonté de conversion qu’il exprime, ce psaume entre en consonance avec tant de passages du Nouveau Testament.

Ne peut-on pas y voir en particulier un témoin privilégié de la pauvreté en esprit que proclame chez Matthieu la première des béatitudes? Pour une part, cette pauvreté en esprit s’identifie à une sorte de lucidité sur soi, à la conscience d’une misère, d’une pauvreté, d’une soif de quelque chose de plus et de quelque chose d’autre qui habite le croyant. N’est-ce pas de cela que témoigne la première partie du psaume? Mais le propre de la pauvreté en esprit consiste dans le fait que la lucidité sur soi, la conscience de ses limites, l’aspiration à un plus, amène le croyant à se tourner vers Dieu : « Je suis pauvre, viens à mon aide ». N’est-ce pas de cela que témoigne la seconde partie du psaume, soupirant après un renouvellement en profondeur qui dépasse les possibilités humaines et qu’on ne saurait attendre que de Dieu lui-même?

4 réflexions au sujet de « Psaume 51(50) : En ta tendresse, efface mon péché »

  1. Lefix

    Mille mercis pour les commentaires bibliques mis en ligne.
    En ce mercredi des cendres, j’ai pu retrouver facilement le commentaire du psaume 51(50).
    En communion de prière en ce début de Carême..
    De France sud, je vous envoie du bon soleil méditerranéen, bien chaud !

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  2. LoïcWarsaw

    Merci de ce bon commentaire . J’aimerais parvenir à en utiliser un peu pour l’évangélisation dans les prisons. Il y a beaucoup à mûrir en chantant un psaume.

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