Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 66 (65) Proclamez Dieu qui a délivré du malheur !

Imprimer Par Christian Eeckhout, o.p.

1 – Du maître de chant. Cantique. Psaume.
Acclamez Dieu, toute la terre,
2 – chantez à la gloire de son nom,
rendez-lui sa louange de gloire,
3 – dites à Dieu : Que tu es redoutable.

À la mesure de ta force, tes œuvres.
4 – Tes ennemis se font tes flatteurs ;
toute la terre se prosterne devant toi,
elle te chante, elle chante pour ton nom. Pause.

5 – Venez, voyez les gestes de Dieu,
redoutable en hauts faits pour les fils d’Adam :
6 – il changea la mer en terre ferme
On passa le fleuve à pied sec.
Là, qu’on se réjouisse en lui,
7 – souverain de puissance éternelle !
Les yeux sur les nations, il veille
sur les rebelles pour qu’ils ne se relèvent. Pause.

8 – Peuples, bénissez notre Dieu,
faites retentir sa louange,
9 – lui qui rend notre âme à la vie,
et préserve nos pieds du faux pas.

10 – Tu nous as éprouvés, ô Dieu,
épurés comme on épure l’argent ;
11- tu nous as fait tomber dans le filet,
tu as mis sur nos reins une étreinte ;
12 – tu fis chevaucher à notre tête un mortel ;
nous sommes passés par le feu et par l’eau,
puis tu nous as fait sortir vers l’abondance.

13 – Je viens en ta maison avec des holocaustes
j’acquitte envers toi mes vœux,
14 – ceux qui m’ouvrirent les lèvres,
que prononçait ma bouche en mon angoisse.

15 – Je t’offrirai de gras holocaustes
avec la fumée des béliers,
je le ferai avec des taureaux et des boucs. Pause.

16 – Venez, écoutez, que je raconte,
vous tous les craignant-Dieu
ce qu’il a fait pour mon âme.

17 – Vers lui ma bouche a crié,
L’éloge déjà sur ma langue.
18 – Si j’avais vu de la malice en mon cœur,
Le Seigneur ne m’eût point écouté.
19 – Et pourtant Dieu m’a écouté,
Attentif à la voix de ma prière.

20 – Béni soit Dieu
Qui n’a pas écarté ma prière
Ni son amour loin de moi.

© Les Éditions du Cerf 1997

Présentation

La thématique du psaume 66(65) est l’action de grâce – appelée « tódah » en hébreu – provenant d’un priant anonyme qui reconnaît que Dieu, dans sa bonté, écoute la prière de l’éprouvé. Ce priant est solidaire de sa nation, laquelle a été soumise à bien des épreuves.

Le psaume – qui peut dater du Ve ou IVe siècle avant Jésus-Christ – est un chant qui invite la divulgation des hauts faits de Dieu, ceci par reconnaissance pour les exploits de libération du mal et par gratitude personnelle. Comme le note Gilles-Dominique Mailhot (Les Psaumes. Prier Dieu avec les paroles de Dieu, Médiaspaul, Montréal 2003, p169 et 172): « L’action de grâce est donc un cri de confession devenu louange et gratitude pour cette intervention unique que le Seigneur a accomplie en notre faveur. » Et « la tódah, c’est miser contre toute espérance humaine dans l’espérance divine. C’est confesser que Dieu, dès maintenant, a le dernier mot et que les voies sans issues auxquelles nous nous heurtons sont autant d’appels divins pour nous conduire à la délivrance, la sienne. »

Notre psaume 66(65) rejoint en cela plusieurs autres proclamations des exploits de Dieu, qu’elles soient nationales, collectives, royales ou individuelles. Notre psaume s’inscrit dans une suite d’autres actions de grâce publique, notamment les Ps 61(60), aux 64(63), 65(64) et 67(66).

À qui le Psalmiste s’adresse-t-il ? En premier lieu aux « peuples de la terre » (v.1b-2, 5-7, 8-9), afin qu’ils reconnaissent la puissance divine (v.3-4) ; puis il rappelle à Dieu les épreuves subies autrefois (v.10-12). En second lieu, le Psalmiste confesse personnellement et ouvertement à Dieu ce qu’il vient faire, ses engagements pris et ce qu’il va entreprendre. Il s’agit ici d’ « ‘élohim » c’est-à-dire Dieu dans sa majesté ou plénitude, le Dieu unique du peuple israélite arrivé en Terre sainte, qui témoigne de la vaillance autant que de la compassion divine.

La structure

Nous pourrions facilement être désorientés si nous ne voyons pas que nous avons ici une prière orientale, où la finale (v.19-20) justifie le début (v. 1-3a). La fin donne la clé de l’ensemble ! Car si la joie peut éclater (v.6c-7a), c’est parce qu’il y a eu expérience secourable du cri émis dans un moment tragique de l’angoissé ou du peuple éprouvé. Il exhorte le monde entier à s’associer à son témoignage heureux. Le Psalmiste procède ainsi: il appelle fortement à louer, bénir et à prêcher la puissance de Dieu et ne justifie qu’ensuite le pourquoi de sa supplication.

Du point de vue du sens, le Psalmiste développe son hymne en trois contenus successifs :
1) v.1b-8: « la terre entière » et « les peuples » disent une portée universelle;
2) v.9-12: le « nous » face à une épreuve de groupe marque une portée communautaire;
3) v.13-20: la confession en « je » dénote une portée individuelle. Il passe donc de la dimension la plus large, cosmique, à la dimension personnelle de croyant préparant son sacrifice devant l’autel du Temple de Jérusalem.

La structure de l’hymne est en forme de parallélisme synthétique, assez simple à lire:
A v.1b-4: un style impératif pour honorer l’agir de Dieu (« Acclamez Dieu »; « pour toi »);
B v.5-7: un style impératif (« Venez voir ») et puis l’exhortation à remercier et ses motifs, dans la traversée des eaux (exode de la mer des Roseaux et passage du fleuve Jourdain)
C v.8 : un style impératif (« Bénissez, peuples, notre Dieu ») pour bénir Dieu, Le louer.
DD’ v.9-12: le motif central de remerciement qui est l’affirmation que l’épreuve et l’oppression se sont achevées dans une expérience de libération et du surcroit de vie reçue.
A’ v.13-15: la description de l’agir humain dans le culte à Dieu (« pour toi »).
B’ v.16-18: un style impératif (« Venez, écoutez, je dirai ») et la sincérité dans le cri pour sortir de l’épreuve personnelle.
C’ v.19-20: l’acclamation (« Dieu béni ») avec ses motifs de bénir Dieu : la supplication entendue et la fidélité maintenue.
Cette structure est par ailleurs renforcée dans le texte massorétique par l’indication d’une « pause », par trois fois, en finale des versets 4, 7 et 15.

Comme d’autres psaumes d’action de grâce, l’accent est clairement mis sur l’universalisme, qui caractérise déjà la seconde partie du livre d’Isaïe (cf. Is 43,1-2 dans Is 40-55). Remarquons encore que cet hymne rapproche le passé du présent, sans tenir compte ni du temps ni de l’espace: nous saisissons mieux alors que le plan divin du salut est révélé à travers tous les exploits de Dieu. C’est une manière d’affirmer la présence permanente de Dieu agissant dans son peuple, son alliance exceptionnelle (cf. Ex 34,10). Le rappel des bienfaits du passé sont une caractéristique des Psaumes (Cf. notamment 36,5 s; 40,5 s; 68,8 ss; 138, 4 ss).

Le style du Ps 66 (65) montre l’enthousiasme et la ferveur du Psalmiste exaucé.
Le vocabulaire hymnique de tradition hébraïque est très riche, centré sur le nom divin « ‘élohim » (v.1b, 3a, 5a, 8a, 10a, 16b, 19a, 20a) attentif et agissant, sachant éprouver autant que libérer. En regardant le vocabulaire récurrent, le lecteur trouve des mots clés: bénir (barak, v.8a, 20a), louer (hallel, v.2b, 8b), entendre (shem’, v.8b, 16a, 18b, 19a), le Nom (Sham, v.2a, 4c), le faire ou l’action (‘sh, v.3a, 5b, 15c, 16c), pour toi (lekâ, v.3b, 4ab, 13b, 15a).

Notre psaume est bien de type « eucharistique » car il proclame, confesse publiquement Dieu qui a fait sortir le peuple de l’impasse en Égypte, qui, de plus, a permis à l’individu de surmonter son doute dans l’épreuve, bref Dieu qui les a délivrés du grand malheur !

Relecture chrétienne

Le fondement de la confiance, qui est à la source de l’action de grâce et du sacrifice pacifique du psalmiste, se trouve dans la fidélité ou la loyauté indéfectible de Dieu (hesed, v.20c) : Son « amour » est plus fort que la création, plus fort même que la mort, comme l’a prouvé par excellence Jésus crucifié mais sorti vivant du tombeau à Jérusalem.

Et quelle est la plus grande action de grâce du chrétien, sinon de remercier et proclamer Dieu qui nous a délivré de la mort par l’œuvre de rédemption en Jésus-Christ ? C’est bien pourquoi l’impératif de jubilation est de mise. « Jubilate Deo ! » peut résonner en nous, en nos maisons, en église, sur les places et à chacune des journées mondiales de la jeunesse. Cette gratitude pour la délivrance obtenue entraine chacun(e) à pouvoir se donner soi-même tout entier à Dieu.
Dans cet élan de l’amour engagé de Dieu qui ne nous abandonne jamais et de l’attachement serein à ce Dieu unique, le Psaume 66(65) rappelle la « tódah » de Marie devant Élisabeth : son Magnificat confesse, loue et tout à la fois exprime sa gratitude envers Dieu qui a porté son regard sur son humble servante comme il avait déjà secouru Israël son serviteur. Certes, « le Puissant fit pour moi des merveilles ! (cf. Lc 1,48.49.54). Dans la vie publique de Jésus, l’accomplissement des merveilles se voit souvent, et on cite volontiers la vue rendue à l’aveugle de naissance (cf. Jn 9,31) ou le démoniaque guéri dans la Décapole (cf. Mc 5,19). Tous deux témoignent publiquement de leur libération vécue, grâce à la miséricorde divine de Jésus-Christ.

Dans la liturgie

Lors de la prière des heures le Psaume 66 (65) est prié à l’office des lectures du Dimanche de la 4e semaine. Il est proposé en partie au cours de la liturgie de la Parole du mercredi de la 19e semaine du temps ordinaire et encore les 3e mercredi et 3e jeudi de Pâques. Le 6e Dimanche de Pâques, il est bien placé pour confesser le merveilleux exploit du miracle de la résurrection du Seigneur. Il est repris le 14e Dimanche dans l’année C. A l’occasion de la fête de sainte Clotilde, le 4 juin également. Outre que les peuples sont invités à bénir Dieu qui donne la vie, qui n’a pas écarté ma prière, c’est surtout le v. 16 qui est mis en avant : « Écoutez ce que Dieu a fait pour mon âme! ». C’est que, rappelle le P. Mailhot (op. cit, p.166), « Celui qui a été sauvé et libéré est tellement enthousiaste de ce qui lui est arrivé qu’il tient à raconter cette action de la bonté du Seigneur à son endroit. » C’est l’origine de la joie que Dieu nous donne ! Puisse-t-elle être chantée dans nos célébrations comme pendant nos vacances !

Fr. Christian Eeckhout, o.p.

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