Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Marie à la lumière des psaumes

Imprimer Par Yves Guillemette

Les psaumes du Commun des fêtes de la Vierge Marie dans la Liturgie des Heures (23; 45; 86; 112; 121; 126; 147) évoquent quelques aspects du mystère de la Vierge Marie, en fonction du rôle qu’elle a joué dans l’incarnation du Fils de Dieu. Le choix de ces psaumes obéit au principe de la lecture de l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau et vice versa. Ces psaumes ne font donc pas directement référence à la Vierge mais ils désignent la plupart du temps, comme nous le verrons plus loin, soit la ville de Jérusalem, soit le Temple. À ce propos, remarquons que la plupart des psaumes du Commun de la Vierge se retrouvent aussi dans le Commun de la Dédicace d’une église (23; 45; 86; 121; 147). À ceux-ci, il faut ajouter les Psaumes 112 et 126 pour le Commun de la Vierge, et les Psaumes 83 et 146 pour celui de la Dédicace.

À partir des attributs de Jérusalem et du Temple, respectivement ville-mère d’Israël et signe de l’habitation de Dieu au milieu de son peuple, la liturgie des Heures nous propose d’honorer la Vierge Marie en lui reconnaissant les titres de Servante du Seigneur, de Mère du Verbe incarné et de l’Emmanuel, de Temple de Dieu, de Mère de l’Église. Nous vous proposons de parcourir ces psaumes à partir des titres mentionnés ci-dessus, plutôt que de présenter successivement chacun des psaumes.

La Servante du Seigneur

Dans son Magnificat, Marie se qualifie d’humble servante du Seigneur et rend grâce à Dieu de s’être penché vers elle. Marie se range ainsi aux côtés des grands serviteurs de Dieu, tels Abraham, Moïse, les prophètes. Ces élus de Dieu ont joué un rôle de premier plan dans la réalisation des promesses de Dieu de faire alliance avec son peuple. Comme eux, Marie est témoin de la proximité de Dieu, qui a choisi de faire route avec les humains, trouvant chez elle une réponse accueillante à son projet de salut.

On peut croire que Luc avait en tête le Psaume 112 quand il rapporte la prière de Marie. Ce psaume, le premier de l’office du soir I, nous invite à nous associer à la joie de Marie pour chanter les merveilles que Dieu accomplit au milieu des humains. On y reconnaît aisément quelques-uns des motifs d’action de grâce de la Vierge:

Louez, serviteurs du Seigneur,
louez le nom du Seigneur! [ … ]
Le Seigneur domine tous les peuples,
sa gloire domine les cieux.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu?
Lui, il siège là-haut.
Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre. (versets 1.4-6)

Le psalmiste poursuit en indiquant que le regard de Dieu est efficace. Il agit en faveur des faibles, des pauvres et des femmes stériles, si souvent bafoués par ceux qui ne cherchent qu’à exploiter leur faiblesse:

De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, parmi les princes de son peuple.
Il installe en sa maison la femme stérile, heureuse mère au milieu de ses fils.
(versets 7-9)

À cause de son amour et de sa fidélité à l’alliance, Dieu est sans repos tant que ses enfants n’auront pas des conditions de vie qui correspondent à leur dignité d’hommes et de femmes créés à son image. Le Magnificat prend la relève de la prière du psalmiste. Marie chante la pleine réalisation du salut dans l’activité de Jésus et dans l’agir de ses disciples. Elle est elle-même un témoin de la faveur de Dieu. L’humble fille de Nazareth se voit élevée plus haut que les chefs de la nation, car elle porte en elle le Fils de Dieu, le sauveur du monde.

La mère de l’Emmanuel et du Verbe incarné

Jérusalem, construite sur la montagne de Sion, joue un rôle maternel dans l’idéologie royale. Jérusalem, c’est la ville-mère, la métropole (la métro-polis), du peuple d’Israël. Le recueil des chants de Sion, auquel appartient le Psaume 45, exalte la ville que Dieu a choisie pour y faire habiter son Nom, ville de paix et de bonheur, vers laquelle on s’empresse de monter lors des grandes fêtes de pèlerinage. Tous les membres du peuple sont invités à venir et à voir les actions de Dieu, à découvrir ses interventions toujours nouvelles dans le cours de leur histoire nationale. Les évangiles accordent une place importante aux récits des pèlerinages de Jésus, soit en compagnie de sa famille durant son enfance, soit avec ses disciples durant son ministère public.

Le Psaume 45, prié à l’office des lectures, affirme la présence protectrice de Dieu au milieu de Jérusalem. L’expression «Dieu est avec nous» agit comme refrain tout au long de la prière:
Dieu s’y tient: elle est inébranlable;
quand renaît le matin,
Dieu la secourt. [ … ]
Il est avec nous,
le Seigneur de l’univers;
citadelle pour nous,
le Dieu de Jacob. (versets 6.8)

Dieu-avec-nous, Emmanuel, tel est le nom annoncé pour l’enfant que Marie mettra au monde. Marie, mère de l’Emmanuel, nous invite à fixer avec elle notre regard sur Jésus, qui est la présence de Dieu au milieu de l’humanité. Mieux que ne pourrait le faire Jérusalem, Marie porte en son sein le Dieu qui «est pour nous refuge et force, secours dans la détresse, toujours offert.» (v. 2)

Marie est aussi Mère du Verbe incarné. C’est en ce sens que nous pouvons prier le Psaume 147 (office du soir I) qui invite Jérusalem à reconnaître la gloire de Dieu à travers les œuvres de sa parole:
Glorifie le Seigneur, Jérusalem!
Célèbre ton Dieu, ô Sion! [ … ]
Il envoie sa parole sur la terre:
rapide, son verbe la parcourt. [ … ]
Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité;
nul autre n’a connu ses volontés. (versets 12.15.19-20)

Associée à Israël, Marie, dans le mystère de l’Annonciation, bénéficie d’une théophanie de la parole de Dieu. La Parole, communiquée autrefois par les prophètes, se fait chair dans le sein de Marie. Grâce à la foi de Marie, la parole de Dieu vient habiter parmi nous et parcourt notre terre. Attentive à la volonté de Dieu qui l’appelle à collaborer étroitement avec lui, Marie nous invite a suivre son exemple et à trouver notre bonheur dans l’accueil de la parole du Fils de Dieu: «Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.» (Luc 1,45) Heureux ceux qui écoutent ma parole et la mettent en pratique, dira plus tard Jésus. À la suite de Marie, mettons toutes les ressources de notre intelligence et de notre cœur à discerner la volonté de Dieu sur nous, à découvrir que les événements de notre vie nous disent quelque chose de l’amour de Dieu à notre égard.

Le Temple de Dieu

Le Psaume 23 (office des lectures) est une liturgie d’entrée au Temple, tandis que le Psaume 121 (office du soir II) appartient à la fois au recueil des chants de Sion et à celui des Montées. Ces deux psaumes célèbrent la présence de Dieu au milieu de son peuple. Le Temple de Jérusalem en est le signe par excellence. On comprend aisément l’émotion ressentie par les Israélites quand ils arrivent aux portes de Jérusalem et qu’ils se présentent ensuite à l’entrée du Temple. Leur rassemblement dans le lieu saint fournit à tous un puissant témoignage de l’unité qui se dégage de leur commune appartenance au peuple élu.

En rapprochant le Psaume 121 et Marie, la liturgie nous invite à considérer la mère du Messie comme celle vers qui se tournent les chrétiens et les chrétiennes pour adorer le Christ Jésus, le descendant de David et le Prince-de-la-Paix:
C’est là que montent les tribus,
es tribus du Seigneur. [ … ]
C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.
Appelez le bonheur sur Jérusalem:
«Paix à ceux qui t’aiment!
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais!»
(versets 4.5-7)

Marie apparaît en quelque sorte comme le Temple que Dieu a choisi pour y faire habiter son Fils. Elle est digne de louange, comme Jérusalem qui contient dans ses murs le Temple de Dieu. Ce qui est dit de Marie sera également appliqué à l’Église qui est le Corps du Christ ressuscité et à chaque chrétien: «Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous?» (1 Corinthiens 3, 16)

En nous inspirant du Psaume 23, nous pouvons aussi considérer Marie comme le modèle des croyantes et des croyants qui s’approchent de Dieu. La Vierge Marie est le type même de la personne juste qui cherche à conformer son être et sa manière de vivre au projet de Dieu. Le cœur et les mains désignent l’agir complet de l’être humain, tant au niveau de sa volonté que de son action extérieure:
Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint?
– L’homme au cœur pur, aux mains innocentes.
(versets 3-4)

La Mère de l’Église

Enfin, dans le prolongement de la maternité divine de Marie, les Psaumes 86 (office des lectures) et 126 (office du soir II) peuvent s’appliquer à Marie en tant que Mère de l’Église, le peuple de la nouvelle alliance scellée en Jésus, tout comme Jérusalem est la ville-mère d’Israël. En donnant naissance au Fils de Dieu, Marie se situe au point de départ de l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut destiné à toutes les nations. En mettant sa foi dans le Christ Jésus, tout être humain découvre en Marie une mère spirituelle et une éducatrice de sa foi. Nous pouvons nous reconnaître dans la foi et dans l’amour de Marie pour Dieu:
On appelle Sion: «Ma mère!»
car en elle, tout homme est né.
(Psaume 86, 5)

Marie nous indique que nous ne pouvons pas édifier notre vie sans une recherche continue du projet de Dieu pour nous. Elle nous met en garde contre la tentation de vouloir nous passer de Dieu dans nos entreprises humaines. À plus forte raison, l’édification de l’Église, en tant que Corps du Christ et signe du salut, ne peut se faire sans une fidélité à Dieu qui en est le constructeur:
Si le Seigneur ne bâtit la maison,
les bâtisseurs travaillent en vain.
(Psaume 126, 1)

En conclusion de ce bref parcours, nous constatons que les psaumes du Commun des fêtes de la Vierge Marie évoquent diverses facettes du mystère de la Mère du Christ. Aucune n’est exclusive. Marie tourne plutôt nos regards admiratifs vers l’insondable richesse de l’amour de Dieu, qu’aucun de ses témoins ne parviendra à épuiser. C’est dans ce sens que l’hymne de la Lettre aux Éphésiens, lue à l’office du soir, nous exhorte à louer Dieu qui, comme il le fit pour Marie, «nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ». En Marie, comme en chacun de nous, Dieu «nous dévoile le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ». Bénis de Dieu, nous devenons porteurs de sa bénédiction, collaborateurs de Dieu dans la transmission du salut jusqu’au jour où il sera pleinement accompli en tous. Marie, fille des hommes et fille de Dieu, nous entraîne à sa suite dans la recherche et la réalisation de la volonté de Dieu.

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