Le psalmiste,

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Le psalmiste

Psaume 17. Au réveil, je me rassasierai de ton visage.

Imprimer Par Marc Leroy

1 Prière. De David.

Écoute, Yahvé, la justice,
sois attentif à mon cri ;
prête l’oreille à ma prière,
point de fraude sur mes lèvres.
2 De ta face sortira mon jugement,
tes yeux verront où est le droit.

3 Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves sans trouver en moi d’infamie :
ma bouche n’a point péché 4 à la façon des hommes,
la parole de tes lèvres, moi je l’ai gardée.

Aux sentiers prescrits, 5 affermis mes pas,
à tes traces, que mes pieds ne chancellent.
6 Je suis là, je t’appelle, car tu réponds, ô Dieu !
Tends l’oreille vers moi, écoute mes paroles,
7 signale tes grâces, toi qui sauves
ceux qui recourent à ta droite contre les assaillants.

8 Garde-moi comme la prunelle de l’œil,
à l’ombre de tes ailes cache-moi
9 aux regards de ces impies qui me ravagent ;
ennemis au fond de l’âme, ils me cernent.

10 Ils sont enfermés dans leur graisse,
ils parlent, l’arrogance à la bouche.
11 Ils marchent contre moi, maintenant ils m’encerclent,
ils ont l’œil sur moi pour me terrasser.
12 Leur apparence est d’un lion impatient d’arracher
et d’un lionceau tapi dans sa cachette.

13 Dresse-toi, Yahvé, affronte-le, renverse-le,
par ton épée délivre mon âme de l’impie,
14 des mortels, par ta main, Yahvé,
des mortels qui, dans la vie, ont leur part de ce monde !

Avec tes réserves tu leur rempliras le ventre,
leurs fils seront rassasiés
et ils laisseront le surplus à leurs enfants.
15 Moi, dans la justice, je contemplerai ta face,
au réveil je me rassasierai de ton image.

(Bible de Jérusalem)

Les psaumes 16 et 17 se ressemblent beaucoup. Le genre littéraire du Ps 17 est une prière comme l’indique son titre au v. 1. Le psalmiste trouve dans sa fidélité le fondement de sa confiance en Yahvé. Il est alors certain que sa prière sera entendue. Nous pouvons diviser ce psaume en cinq parties : vv. 1-2, prière envers Yahvé afin qu’Il prête attention ; vv. 3-5, déclaration de fidélité ; vv. 6-9, prière envers Yahvé afin qu’Il prête attention et qu’Il agisse ; vv. 10-12, lamentation ; vv. 13-15, prière envers Yahvé afin qu’Il agisse.

Le psaume est donc fortement structuré par trois moments de prière. Il y a, d’abord, une prière pour que Yahvé prête attention, puis une prière pour qu’Il prête attention et qu’Il agisse, et enfin une prière pour qu’Il agisse seulement.

Les deux premières prières sont développées dans les versets qui suivent. Ainsi, la première prière affirme l’honnêteté du suppliant qui sera, par la suite, développée dans la déclaration de fidélité. La deuxième prière demande d’être délivré des impies, et la lamentation est un développement sur eux.

Les références à des parties du corps, celui du psalmiste, ceux des assaillants, celui de Dieu, sont nombreuses à travers ce psaume et lui donnent une belle unité : lèvres (v. 1.4) ; face (v. 2.15) ; yeux/oeil (v. 2.8.11) ; cœur (v. 3) ; bouche (v. 3.10) ; pieds (v. 5) ; oreille (v. 6) ; [main] droite/main (v. 7.14) ; ventre (v. 14).

vv. 1-2 : le psaume commence par un appel vers Dieu afin qu’Il écoute la prière du suppliant et qu’Il y réponde. Le v. 1 comporte trois impératifs (« écoute ! » ; « sois attentif ! » ; « prête l’oreille ! ») dont le complément d’objet est, à chaque fois, la voix du psalmiste car la prière est à la fois un son et un contenu. Le psalmiste se présente comme quelqu’un qui n’a « point de fraude sur ses lèvres », c’est-à-dire comme l’exact opposé de ses ennemis qui, eux, parlent « l’arrogance à la bouche » (cf. v. 10). Les lèvres du psalmiste (v. 1) se conforment à ce qu’ont dit les lèvres divines (v. 4).

La prière prend un sens juridique avec des mots comme « justice », « jugement », « droit ». C’est comme un procès en appel, et on attend de Dieu, le juge de la cour céleste, une décision de justice.

vv. 3-5 : La question de la fidélité est au cœur de ce passage car les ennemis du psalmiste vont remettre en cause son intégrité même. Dieu ne sait pas d’emblée ce qu’il y a à l’intérieur de l’homme, mais Il doit faire l’effort d’aller voir ce qu’il y a à l’intérieur du suppliant, de sonder son cœur, de le visiter la nuit. Cela montre combien Dieu veut s’intéresser à nous, combien Il peut se montrer attentif vis-à-vis de notre existence ou de nos pensées. Toutefois, le vocabulaire employé, celui du sondage, de la visite, dénote un contexte un peu difficile qui n’est pas sans rappeler l’expérience de Job où l’on voit Dieu venir « l’inspecter chaque matin, le scruter à tout moment » (cf. Jb 7,18). La nuit se révèle être le moment propice où Dieu peut connaître les pensées intimes de l’homme, en particulier à travers les rêves et les songes.

On passe du registre de la voix et du son au registre des pas, des traces, et des pieds au v. 5. Le psalmiste veut réaffirmer son entière fidélité envers Dieu en déclarant qu’il met ses pieds dans ses traces, qu’il veut continuer à suivre ses chemins.

vv. 6-9 : alors qu’au v. 6, il est encore question de prêter l’oreille, au v. 7, le psalmiste demande à Dieu d’agir concrètement, de manifester ses grâces. Le suppliant prie le Seigneur d’agir comme Il le fit naguère envers le peuple d’Israël lors du miracle de la mer Rouge. De la même façon, qu’autrefois, Yahvé sauva Israël des mains des Égyptiens (cf. Ex 14,30), le psalmiste demande à Dieu de le sauver de ses assaillants. Contre ceux qui se dressent pour l’attaquer (v. 7), le psalmiste va demander à Dieu de se dresser à son tour (v. 13).

Le v. 8, par ses allusions, renvoie également au début de l’histoire du peuple d’Israël (cf., avec l’image de l’aigle, Dt 32,10-11). Le psalmiste cherche à se cacher à l’ombre des ailes de Yahvé (v. 8) alors que les impies cherchent à se cacher pour mieux attaquer (v. 12). L’image est suggérée, dans l’Ancien Testament, par les ailes des Chérubins qui couvraient l’Arche de l’Alliance (cf. Ex 25,20). En Égypte, le Pharaon peut être représenté avec les ailes du dieu faucon Horus lui protégeant la nuque. On retrouvera également l’idée des ailes protectrices dans le Nouveau Testament lorsque Jésus dit : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ».

vv. 10-12 : Il y a un contraste dans la façon d’utiliser leur bouche entre le psalmiste (cf. v. 3 : « ma bouche n’a point péché ») et ses opposants (cf. v. 10 : « ils parlent, l’arrogance à la bouche »). La « bouche » peut servir à la louange divine comme à répandre des propos mensongers. L’expression « ils sont enfermés dans leur graisse » veut dire qu’ils ne veulent pas changer d’attitude et de vie. La graisse est le symbole d’une orgueilleuse rébellion. Au v. 2, les yeux de Yahvé voient où est le droit, au v. 11, l’œil de l’assaillant cherche à terrasser le suppliant. Celui-ci le compare à un lion qui cherche le meilleur moment pour surgir de sa cachette et le déchiqueter.

vv. 13-15 : On retrouve une prière vers Dieu afin qu’Il agisse. Au v. 13, nous avons encore trois impératifs : « dresse-toi ! » ; « affronte-le ! » ; « renverse-le ! ». Le psalmiste demande à Yahvé de se lever contre des assaillants qui se sont eux-mêmes dressés contre lui au v. 7. Le v. 15, enfin, termine le psaume dans un grand sentiment de confiance en l’avenir. Alors que le v. 14 parlait d’avoir le ventre rassasié, le v. 15 parle d’être rassasié de l’image de Dieu. Puisque les impies ne vivent que pour des biens terrestres, Dieu les en gavera. Le mal que Yahvé n’aura pas fait aux impies, Il devra en remplir le ventre de leurs fils et il restera encore un surplus pour leurs enfants car, d’après Ex 20,5 et Dt 5,9, le châtiment des crimes des pères doit retomber sur les fils jusqu’à la troisième génération.

Le psalmiste, qui se sent mis en danger par le regard de ses ennemis, demande à Yahvé de pouvoir contempler sa Face et de s’en rassasier. Contrairement à Ex 33,20, où il est dit que l’homme ne peut voir la Face de Dieu et vivre, le psalmiste affirme ici qu’il peut contempler la Face de Dieu. Après avoir invité Dieu à le visiter la nuit (cf. v. 3), le suppliant est sûr de sa fidélité, il sait qu’au matin il se réveillera en présence de Dieu.

Contempler la Face de Dieu, c’est ce que le chrétien fait chaque fois qu’il contemple le visage de Jésus.

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