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Le psalmiste

Quand je suis à bout de souffle, ton esprit est bon ! (Psaume 143)

Imprimer Par Christian Eeckhout

1 Psaume. De David.
Yahvé, écoute ma prière,
prête l’oreille à mes supplications,
en ta fidélité réponds-moi, en ta justice;
2 n’entre pas en jugement avec ton serviteur,
nul vivant n’est justifié devant toi.

3 L’ennemi pourchasse mon âme,
contre terre il écrase ma vie;
il me fait habiter dans les ténèbres comme ceux qui sont morts à jamais;
4 le souffle en moi s’éteint,
mon coeur au fond de moi s’épouvante.

5 Je me souviens des jours d’autrefois,
je me redis toutes tes oeuvres,
sur l’ouvrage de tes mains je médite;
6 je tends les mains vers toi,
mon âme est une terre assoiffée de toi. – Pause

7 Viens vite, réponds-moi, Yahvé,
je suis à bout de souffle;
ne cache pas loin de moi ta face,
je serais de ceux qui descendent à la fosse.

8 Fais que j’entende au matin ton amour,
car je compte sur toi;
fais que je sache la route à suivre,
car vers toi j’élève mon âme.

9 Délivre-moi de mes ennemis, Yahvé,
près de toi je suis à couvert,
10 enseigne-moi à faire tes volontés, car c’est toi mon Dieu;
que ton souffle bon me conduise par une terre unie.

11 A cause de ton nom, Yahvé, fais que je vive en ta justice;
tire mon âme de l’angoisse,
12 en ton amour anéantis mes ennemis;
détruis tous les oppresseurs de mon âme,
car moi je suis ton serviteur.

(Traduction de la Bible de Jérusalem © )

Puis-je croire en la prière de demande ?

Bien sûr qu’il est bon de louer Dieu et de Le prier pour avoir la force d’accepter des situations angoissantes, mais peut-on supplier Dieu alors que nous nous savons pécheurs ? Peut-on toujours croire en la prière de demande quand l’ « ennemi » est là ?

Le Psaume 143 prend au sérieux ces questions et, avec de nombreuses réminiscences des autres psaumes, des livres bibliques de Job et de Néhémie, il propose au suppliant un rare aveu de vérité devant Dieu, puis quatre formes de vive réaction, un peu comme ceci : Je suis désolé et vraiment pas meilleur que les autres ; pire, je suis dans l’impasse, à bout complètement. Et pourtant, je me souviens si bien que Tu en as sauvé tant d’autres, alors je me fie à Toi : Tu ne me laisseras pas tomber.

Cela revient à se reconnaître pécheur devant Dieu, oser redire ce qui ne va pas, en appeler à Dieu avec insistance et, tout en remémorant les actes de puissance passée, les œuvres de salut de Dieu dans l’histoire, terminer par un regard vers l’avenir avec une confiance absolue en Dieu seul !

Même quand le présent accable et que toute énergie humaine est dépensée (vv. 3-4. 7), l’individu qui reconnaît l’action divine dans l’histoire et les prodiges de Dieu à l’œuvre à tout instant de la vie, trouve là une base solide qui redonne vitalité à la confiance. (vv. 4-5). L’attente d’un lendemain meilleur apparaît, preuve d’une bonté bienveillante qui sait faire miséricorde, caractéristique de « YHWH » dans la Bible. Rappelons qu’il ne s’agit pas ici d’un Dieu qui appartient au croyant, mais bien de Celui qui est le Seigneur de tout l’univers.

Or, Jésus, dans l’expérience de la croix, ne s’est-il pas approché lui-même de nous, enténébrés, essoufflés ? N’a-t-il pas répondu par une promesse d’aujourd’hui du salut au larron suppliant (cf. Lc 23,43) ? N’a-t-il pas su confier au disciple sa mère au pied de la croix (cf. Jn 19,26) ? Ses bienfaits, son attention à nos angoisses est réelle et délivre des « ennemis » dont parle le Ps 143 en sa seconde partie (vv. 9.12).

Un avenir dans lequel je m’implique

Mais est-ce tout ? Non, car la méditation du psalmiste qui supplie ainsi veut aller au fond des choses. Il veut que la présence de Dieu guide désormais son action : le bon souffle de Dieu lui est vital (v.10), l’Esprit-Saint est devenu une nécessité ! Plus encore, le psalmiste invoque Dieu directement et ses mains tendues disent sa prière instante, symbolisent la dépendance du suppliant par rapport à Dieu (v. 6).

La marque d’une pause au milieu de la prière fait rebondir l’urgence de l’exaucement ; elle dit la permanence de cette « soif de Dieu » (v. 6), comme le pense saint Jérôme.

Or, s’il attend une réponse concrète et en vertu de l’Alliance la délivrance maximale (vv. 1.7.9), le suppliant modifie de son côté son attitude. Il accepte une protection, un enseignement, il s’en remet à Dieu. Il dit, en effet : « fais que je sache la route à suivre », v. 8c ; « enseigne-moi à faire tes volontés, car c’est toi mon Dieu » v. 10a ; et finalement « que ton souffle bon me conduise par une terre unie ». v. 10b. Qu’est-ce à dire sinon qu’à la loyauté de Dieu va correspondre une piété sans faille de la part de celui qui a hâte d’être vivant et exaucé. Ceci ne fait-il pas penser à la supplication des anciens envoyés par le centurion pour rendre la vie à son esclave en Lc 7,4 ou encore à la pratique de ses paroles que demande Jésus (cf. Lc 6,46 ss.) à la volonté de son Père céleste (cf. Mt 7,21).

Au sujet de cet apprentissage pour faire les volontés de Dieu, le Pape Jean-Paul II indiquait : « Nous devons faire nôtre cette demande admirable. Nous devons comprendre que notre bien le plus grand est l’union de notre volonté à la volonté de notre Père céleste, car ce n’est qu’ainsi que nous pouvons recevoir en nous tout son amour, qui nous apporte le salut et la plénitude de la vie. Si elle n’est pas accompagnée d’un puissant désir de docilité à Dieu, la confiance en Lui n’est pas authentique. »

Le Pape Jean-Paul II concluait : « Partie d’une situation extrêmement angoissante, la prière a abouti à l’espérance, à la joie et à la lumière, grâce à une adhésion sincère à Dieu et à sa volonté, qui est une volonté d’amour. Telle est la puissance de la prière, qui engendre la vie et le salut. »
Psaume de pénitence et d’espérance

Le Psaume 143 est celui qui vient en dernier dans le groupe des sept poèmes de supplication du Psautier (Ps 6; 32; 38; 51; 102; 130; 143). La tradition chrétienne les a tous utilisés pour demander au Seigneur le pardon des péchés. Ce psaume de pénitence était déjà bien connu de l’apôtre Paul, qui y avait lu une culpabilité radicale de chacun(e) : “Nul vivant n’est justifié devant toi” (v. 2). Son enseignement sur la pratique de la Loi qui ne justifie pas (Rm 3, 20) et celui sur la foi au Christ Jésus (Ga 2, 16) en a largement bénéficié.

Chaque quatrième jeudi la liturgie des Laudes nous propose cette prière. En 2003, le pape Jean-Paul II proposait « cette supplication comme une intention de fidélité et une imploration d’aide divine au début de la journée » puisque le Psaume nous fait dire à Dieu: “Fais que j’entende au matin ton amour, car je compte sur toi” (v. 8).

Mais cette supplique est encore proposée aux fidèles chaque mardi soir, aux Complies, afin de passer de l’angoisse à l’espérance, de la conscience d’humble pécheur à celle de serviteur qui se sait dans l’Alliance en tant que croyant, à la suite de David, de Moïse ou de Josué et dans la certitude que se lèvera l’aube de la joie et de la résurrection, à la suite du Christ, unique sauveur.

Christian Eeckhout, o.p.

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