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Le psalmiste

L’alléluia final avec grand orchestre ! (Psaume 150)

Imprimer Par Hervé Tremblay

Le psautier se divise en cinq livres se terminant tous par une doxologie (Ps 41,14 ; 72,18-19 ; 89,53 ; 106,48). Le Ps 150, lui, conclut tout le psautier en musique, dans un concert grandiose qui loue le Seigneur. Si les psaumes sont les louanges par excellence de Dieu, il convenait que tout le livre se termine par un psaume entier de louange, et que le dernier des 2527 versets finisse par l’acclamation « alléluia ». On a donc au tout début du livre le Ps 1, qui commence par un « bienheureux » à l’adresse de ceux qui suivent la loi du Seigneur, et à la fin le Ps 150 qui rassemble ou résume toutes les paroles du psautier dans la louange de l’alléluia. Même si les 150 psaumes parlent bien plus souvent de détresses, de cris, de douleur ou d’interrogations – on sait que les psaumes de lamentation sont de loin plus nombreux que les hymnes ou les psaumes de louange – le dernier mot est une louange au Seigneur.

Texte

Le v.1 dit littéralement « Louez Dieu dans son saint » ce qui peut être compris de deux façons : « Louez Dieu pour sa sainteté » ou « Louez Dieu dans son [lieu] saint ». Dans le premier cas, il s’agit d’un attribut divin, dans le second, d’un lieu, à savoir le temple. La deuxième partie du verset aussi est difficile à comprendre : « au firmament où est sa force » ou « dans la forteresse de son firmament », c’est-à-dire le ciel (Dt 26,15 ; 1 R 8,43 ; Ps 8,3 ; 11,4 ; Ba 2,16 ; Mi 1,3). Voici la traduction liturgique : « Louez Dieu dans son temple saint, louez-le au ciel de sa puissance ».

L’expression « louez El » qui débute le psaume est unique. Le psaume s’adresse à Dieu désigné non pas sous le nom de YHWH mais sous son vocable générique de El, le nom employé pour désigner la principale divinité de l’Orient ancien. Aussi a-t-on pu dire que la possibilité de louer le Seigneur est offerte ici non seulement à Israël mais à tous ceux qui cherchent Dieu sincèrement.

Structure

Le poème, encadré par deux alléluias, comporte une structure facile à identifier : v.1 lieu de la louange ; v.2 le pourquoi de la louange ; v.3-5 le comment de la louange ; v.6 qui doit louer. Le verbe « louer » structure le psaume. En plus des alléluias au début et à la fin, on compte dix emplois à l’impératif « louez-le » et un dernier au subjonctif « que le loue ». On hésite à accorder un symbolisme numérique à ces dix emplois (rappel des dix commandements Ex 20 ; Dt 5 ou des dix paroles de la création Gn 1).

Commentaire

• v.1 Si la traduction liturgique est exacte, il faut noter le lieu de la louange, à savoir le temple terrestre et le firmament céleste. On retrouve une biprésence de Dieu. Le Dieu du ciel est dans le temple et le Dieu du temple est au ciel. Comme c’est le cas ailleurs (Dn 3 ; Ps 148), le ciel et la terre sont unis dans la louange.

• v.2 Les raisons de la louange, ce sont les hauts faits et la grandeur de Dieu. Ce sont les œuvres divines qui sont louées, et non les attributs divins. Le mot « grandeur » renvoie donc à la grandeur des actions que Dieu a réalisées dans l’histoire de son peuple. On peut penser, en particulier, à toutes celles qui ont été décrites dans le psautier. Mais si la première traduction que nous avons évoquée est la bonne, alors la louange se fonde sur quatre attributs du Seigneur, à savoir « sainteté, force, vaillance, grandeur » (Ps 104,1-3 ; 115,3 ; 139 ; 148 ; 1 Ch 29,11).

• v.3-5 Ici, ce sont tous les instruments de musique qui sont appelés à jouer pour le Seigneur dans une espèce de symphonie. De tous temps et en tous lieux, le culte s’est associé les ressources esthétiques et sentimentales de la musique. On entre à l’intérieur du temple où toute l’assemblée participe à la liturgie en parfaite harmonie avec l’orchestre, le chœur des lévites et le chœur céleste des anges (Né 12,27). Il y a sept modèles d’instruments de musique : le cor, la harpe, la cithare, d’autres instruments à cordes, les flûtes, le tambour, les cymbales. Il est possible ici que les instruments de musique nommés soient une référence à toute la vie humaine. En effet, plusieurs aspects de la vie sont évoqués dans cette courte liste. Le cor et la trompette étaient des instruments sacerdotaux, originellement destinés à la guerre ou en cas de danger grave (Jg 3,27 ; 1 S 13,3 ; 2 S 2,28) que les prêtres faisaient retentir lors de certains sacrifices (2 S 6,15 ; 2 Ch 15,14) et des diverses circonstances importantes, comme, par exemple, l’annonce de la néoménie (Ps 47,6 ; 81,4 ; 98,6). La harpe et la lyre étaient utilisées pour le culte par les lévites (Ps 33,2 ; 57,9 ; 71,22 ; 92,4 ; 144,9). Le tambourin était un instrument fréquemment employé par les femmes et les jeunes filles pour scander les danses rituelles (Ex 15,20 ; Jg 11,34 ; 1 S 18,6 ; Ps 68,25-26) ou les joyeuses célébrations (Ps 81,3 ; 149,3). Les cordes et la flûte désignent le reste des instruments à cordes et à vent, d’un usage plus courant mais admis dans les célébrations cultuelles (Gn 4,21 ; 1 R 1,40 ; Is 30,29 ; Jb 21,12 ; 30,31). Viennent enfin les diverses sortes d’instruments à percussion de matière métallique, de tailles variées et de sonorité diverses (2 S 6,5 ; 1 Ch 15,19 ; 16,5 ; 2 Ch 5,12 ; Esd 3,10) qui avaient pour but d’accentuer le rythme des chants. La description du spectacle serait tout à fait incomplète sans la mention de la danse exécutée au son du tambour par une troupe de jeunes filles (Ps 68,25-26). Il s’agit d’une danse sacrée, partie intégrante des liturgies orientales. Il appert donc qu’on utilisait pour le culte les trois sortes d’instruments existants : les instruments à cordes, les instruments à vent et les instruments à percussion. Il faut noter, toutefois, que ces instruments servaient exclusivement à l’accompagnement des chants liturgiques qu’on adressait à Dieu, et qu’on n’aurait pas eu l’idée d’en jouer de façon indépendante.

• v.6 Certains pensent que « tout ce qui respire » se limiterait à l’humanité (en ce sens, le point culminant de la symphonie serait l’homme), mais cela semble trop rétrécir l’envergure de l’expression. Des morceaux semblables, comme Ps 148 ou Dn 3, énumèrent la grande diversité des créatures à laquelle vient se joindre la famille humaine. Aussi, la formule désigne-t-elle ici toute créature même si on peut l’appliquer surtout aux hommes ; c’est en effet quand il reçut le « souffle » que l’homme devint un être vivant (Gn 2,7 ; 7,22 ; Jb 27,3).

Liturgie

À la liturgie des Heures, le Ps 150 se récite à la fin des Laudes des dimanches II et IV. À la liturgie eucharistique, il sert de psaume responsorial le jeudi de la 23e semaine du temps ordinaire aux années impaires, en réponse à Col 3,12-17 et le mercredi de la 33e semaine des années paires, en réponse à Ap 4,1-11.

Hervé Tremblay, o.p.

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