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Commentaire sur le psaume 118

Imprimer Par Saint Hilaire de Poitiers

Il naquit à Poitiers dans une famille de la noblesse d’Aquitaine et reçut le baptême à l’âge adulte. Bien que marié, il devint évêque de Poitiers vers 350. Son prestiqe le mit d’emblée à la tête de l’épiscopat gaulois, et il entreprit aussitôt une lutte implacable contre l’arianisme. Cela lui valut d’être expulsé en Phrygie. Hilaire y rédigea son ouvrage « De Trinitate » sur la divinité du Christ. Il revint en Aquitaine en 360. Le « Commentaire sur le psaume 118 » fait partie d’un ensemble de cinquante-huit commentaires sur les psaumes rédigés entre 364 et 367.

ZAIN*

SOUVIENS-TOI DE TA PAROLE ENVERS TON SERVITEUR; EN ELLE TU M’AS DONNÉ L’ESPÉRANCE.

1. Toute parole de Dieu, contenue dans les Écritures divines, est un appel à l’espérance des biens célestes. Et c’est pourquoi, le prophète, convaincu d’être demeuré dans tous les préceptes de Dieu, dit avec assurance : Rappelle-toi ta parole envers ton serviteur. Serait-ce que Dieu ne se souvient pas de sa promesse ? Loin de nous de croire que certaines formes de faiblesses humaines s’introduisent dans la puissance éternelle et indéfectible. Mais le prophète qui a cru aux promesses de Dieu, qui a été pris par le désir des biens célestes et qui, méprisant ceux de maintenant, a espéré les biens à venir, ne rappelle pas Dieu au souvenir de sa parole. Mais il l’implore de se souvenir de sa parole en lui, son serviteur, c’est-à-dire de le considérer comme digne d’être celui en qui Dieu daigne désormais se souvenir de sa parole, parole dans laquelle il lui a donné l’espérance. Et cette espérance, il ne faut pas qu’elle soit vaine ni seulement proclamée en paroles, mais il faut que les faits mêmes la révèlent de telle sorte que, si jamais s’abattent sur nous infirmités, persécutions, pertes, deuils, outrages, nous soyons consolés de ces menaces qui exercent leur puissance dans le monde présent par l’espérance des promesses éternelles.

2. Et c’est bien à cette conduite que nous sommes formés. Mais le prophète l’a déjà entièrement, suivie, lui qui dit : CELLE-CI M’A CONSOLÉ DANS MON ABAISSEMENT, PARCE QUE TA PAROLE M’A VIVIFIÉ. Celle-ci se rapporte à l’ «espérance» que Dieu lui a fait «espérer». Et elle l’a consolé dans l’abaissement, c’est-à-dire lorsqu’il est méprisé, raillé, accablé d’injures, déshonoré par les offenses ; il sait qu’il mène là un combat contre les épreuves présentes. Mais l’ «espérance » donnée par le Seigneur se console au milieu des luttes que doit soutenir sa propre faiblesse ; d’ailleurs, elle est vivifiée par les paroles de Dieu. Elle sait qu’il y a en elles pour son abaissement une « gloire
éminente » dans les cieux, elle sait qu’une âme restaurée par les paroles de Dieu possède comme la nourriture de la «vie éternelle». Elle n’est pas touchée, ayant, la vie dans les paroles de Dieu, par la vaine gloire des orgueilleux.

Elle sait en effet que son indigence est plus riche que leur opulence. Elle sait que « ses jeûnes » sont comblés de la bénédiction céleste des Évangiles. Elle sait que son abaissement doit avoir la faveur d’être récompensé par l’honneur de la « gloire ». Aussi, a-t-il ajouté : LES ORGUEILLEUX AGISSAIENT INJUSTEMENT JUSQU’À L’EXTRÊME, MAIS JE N’AI PAS DÉVIÉ DE TA LOI. Au milieu des excès des orgueilleux d’une injustice consommée — ils agissaient en effet fort injustement — le prophète, sans le moindre écart, ne dévie pas de la loi de Dieu.

3. Mais il faut que celui que ne dévie pas de la loi de Dieu se souvienne des jugements de Dieu. En effet, dans notre vie, en toute circonstance, il nous faut susciter et entretenir en nous le souvenir du jugement divin, afin que, lorsque nous agissons, grâce au souvenir de ce jugement qui demeure en nous ou plutôt ne s’en éloigne jamais, nos œuvres obéissent aux préceptes de Dieu. Heureux sera quiconque, en toutes ses actions, n’aura pas oublié le jugement divin. C’est la déclaration que fait pour lui-même le prophète en disant : JE ME SUIS SOUVENU DE TES JUGEMENTS DEPUIS LE SIÈCLE ET J’AI ÉTÉ ENCOURAGÉ. Ici il dit seulement depuis le siècle, et non depuis le siècle du siècle, parce
que tous les jugements de Dieu qui nous concernent ont été établis dans le temps de ce siècle et de ce monde. En eux, il a trouvé son réconfort, c’est-à-dire qu’au milieu des tempêtes du monde et des combats dans les souffrances physiques, il a exhorté son cœur abaissé à supporter et à vaincre par le souvenir des jugements de Dieu les maux qui l’assaillent.

4. Ensuite vient : LE DÉCOURAGEMENT M’A SAISI DU FAIT DES PÉCHEURS QUI ABANDONNENT TA LOI. Ses mérites propres ne suffisent pas à garantir à notre prophète l’«espérance» de la vie éternelle : ni celui d’avoir mis son «espérance» dans la «parole de Dieu», ni celui de s’être «consolé» dans cette même «espérance», ni celui d’être «vivifié» par la «parole de Dieu», ni celui de ne pas «dévier» de la «loi», ni celui d’être encouragé par le «souvenir des jugements»; il est encore éprouvé par la souffrance de l’impiété humaine et accablé par les «injustices» impies des hommes. En effet, chaque fois qu’un saint est frappé, il s’apitoie non sur non propre «abaissement», l’abaissement de celui qui a été frappé, mais sur l’arrogance de qui le frappe. De même, un père outragé par un fils insensé, un médecin qui l’est par un malade dément, souffrent non de ce qu’ils ont enduré, mais de voir que celui qu’ils souhaitaient en bonne santé a commis, dans son égarement, une injustice envers eux. Or, «quand un membre souffre, selon l’Apôtre, les autres membres souffrent aussi avec lui». C’est pourquoi le découragement saisit le prophète devant les pécheurs qui abandonnent la loi de Dieu : il est accablé par un sentiment de pitié et de douleur et, comme si ses propres «membres» étaient en partie malades, par le danger que courent les hommes «injustes» et irréligieux.

5. Mais il reste lui-même, autant qu’il le peut, toujours attentif aux règles de justice de Dieu ; et, quel que soit l’endroit où il habite, l’hymne de sa confession de foi n’a en aucun cas quitté sa bouche. Il dit en effet : TES RÈGLES DE JUSTICE MÉRITAIENT QUE JE LES CHANTE DANS LE LIEU DE MA DEMEURE. Par son exemple, il montre que les chants des psaumes, une fois recueillis par l’oreille, doivent être retenus dans le cœur et que le rôle de la bouche est de toujours les répéter. Comme il le dit lui-même, il ne les a pas lus et entendus sans leur prêter attention et n’a pas, comme nous le faisons dans notre impiété, écouté les paroles divines d’une oreille occupée à autre chose ou prompte à oublier; mais les règles de justice méritent qu’il les chantre, c’est-à-dire les chante sans interruption. Il montre aussi qu’en toute espèce de lieu l’habitude de psalmodier de l’abandonne en aucun cas, lorsqu’il dit : Dans le lieu de ma demeure. En effet, il n’a pas dit : Dans ma demeure, mais : Dans le lieu de ma demeure, c’est-à-dire à l’endroit où il résidait, quel qu’il fût, parce qu’il comprend qu’il est un « pèlerin» dans ce monde, mais que les règles de justice de Dieu méritent toujours qu’il les chante.

6. Mais il montre combien les règles de justice de Dieu méritent qu’il les chante, quand il dit qu’il ne laisse passer aucun moment où il ne se consacre à l’accomplissement des rites célestes. Il dit en effet : JE ME SUIS SOUVENU DANS LA NUIT DE TON NOM, SEIGNEUR, ET J’AI GARDÉ TA LOI. Il sait que la nuit surtout nous devons nous rappeler le nom de Dieu. Il sait que nous devons faire attention à garder la loi de Dieu, particulièrement lorsque s’insinuent dans notre âme des désirs impurs, lorsque les aiguillons des vices, sous l’effet de la nourriture absorbée peu auparavant, harcèlent notre corps ; alors, il faut se rappeler le nom de Dieu, alors il faut garder sa loi qui prescrit la pudeur, la continence, la crainte de Dieu. Il sait qu’à ce moment-là surtout il faut prier Dieu, l’implorer et gagner sa faveur ; il dit ailleurs : «Je baignerai chaque nuit mon lit, de larmes j’inonderai ma couverture. » L’esprit ne doit pas s’abandonner au dangereux repos des veilles nocturnes, mais il doit se consacrer aux prières, aux supplications, à l’aveu des péchés, afin que, particulièrement lorsque se présente une occasion de satisfaire les vices du corps, alors surtout ces mêmes vices soient combattus par le souvenir de la loi divine.

7. Vient ensuite : CELUI-CI EST ÉTABLI POUR MOI, PARCE QUE J’AI RECHERCHÉ TES RÈGLES DE JUSTICE. Celui-ci renvoie au «souvenir» par lequel il s’est «souvenu», durant les « nuits, du nom de Dieu ». En disant : Est établi pour moi, il veut dire que ce souvenir ne surgit pas d’un coup et qu’il n’est pas reçu pour un moment mais qu’il demeure toujours, fondé en lui-même par une sorte d’acte de foi, et qu’il est établi pour lui, parce qu’il recherche les règles de justice ; il est donc utile de scruter, sans aucune interruption, les règles de justice de Dieu, parce qu’en recherchant ce qu’elles sont, nous gardons toujours en nous le « souvenir» de Dieu, dans le Christ Jésus, à qui revient la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

* Le paume 118 comprends 176 versets répartis en 22 strophes de 8 versets. Chacune des 22 lettres de l’alphabet hébreu constitue successivement l’initiale de 8 versets .Il s’agit ici de la septième lettre de l’alphabet hébreu « zain » et des versets 49 à 56.

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