Dieu en famille,

Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

Un autre regard

Imprimer Par Raphaël Pinet

Une vieille blague des années de guerre froide circulait en Pologne avant la fondation du syndicat libre Solidarnosc :

« L’Union soviétique, se demandait-on, est-elle un pays ami ou un pays frère ? Réponse : un pays frère car les amis, on les choisit ! »

Par-delà le cynisme ravageur des populations de l’Est soumises à la tyrannie communiste, il convient de poser la question suivante : Choisit-on les gens qu’on veut aimer ou choisit-on d’aimer les gens qui nous entourent ? Cela pose le problème de la liberté individuelle et du choix, de la motivation et de la finalité de nos décisions. Cela pose en fait la question de l’individu et de la personne que nous voulons être.

Nous sommes, en quelque cent ans, passer de sociétés rurales où le poids de la communauté pouvait être étouffant au risque de brimer toute manifestation d’individualité à des sociétés urbaines et anonymes exaltant la construction de l’individu au détriment du groupe. Le « nous » passait avant le « je » maintenant que le « je » ignore même qu’un « nous » existe.

« L’enfer, c’est les autres » a pu brandir comme un étendard dérisoire l’existentialisme sartrien ; il marque bien la destruction de l’entrave communautaire au profit d’un moi qui s’impose à n’importe quel prix.

Pourtant, la contrainte est là et nous ne pouvons l’abolir : les autres, l’Autre. À moins de vivre notre projet individuel comme un ermite, l’autre est celui ou celle qui m’empêche d’être « moi » tout seul ! Et c’est parfois pesant. Mais c’est toujours l’occasion d’une vraie liberté. L’autre menace mon moi mais peut, je dis bien peut, me révéler « je », sujet entier, unifié, intègre pourvu que je dépasse les limites de mon horizon individuel.

La famille en tant que communauté est bien un des lieux où le défi de l’autre se pose parfois avec acuité. Les sensibilités se heurtent, les projets achoppent, les attentes divergent _ sans amour. Mais lorsque chaque membre est motivé par l’Amour, non pas le sentiment passager avec un petit « a » mais l’Amour comme volonté et décision d’aimer, alors tout devient possible et l’horizon s’élargit aux vastes dimensions de Dieu.

« Le Royaume des cieux est parmi vous » révèle et proclame Jésus () Telles des personnes unies par la contemplation d’un feu réconfortant, la famille aimante s’unit seulement dans le partage des regards rencontrés parce que détournés de soi vers les autres.

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