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Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

2022 : Bonne santé et bon pardon !

Imprimer Par Raphaël Pinet

La scène se passe à New York sur Times Square le soir du 31 décembre 2011. C’est du moins le scénario du film Happy New Year (2001). Les gens en quête de rassemblement festif, de spectacles et de champagne attendent le décompte. Mais la directrice en charge des festivités, à la suite d’un problème technique, doit improviser un discours pour faire patienter la foule. Puisant dans son vécu comme on le verra dans le dénouement final, elle parle en cette veille du Jour de l’An de l’importance de pardonner et d’aimer.

Et c’est vrai que le passage à la nouvelle année donne l’idée d’un nouveau départ : bilan de l’année écoulée avec ses réussites et ses échecs, projets aboutis ou avortés, brouilles ou demi-réconciliations. La promesse d’un recommencement nous donne souvent les yeux plus gros que le ventre. C’est le temps des résolutions péremptoires, de la remise en forme la première semaine de janvier (rarement la deuxième) et finalement de tout un tas de projections dans nos vies qui, il faut bien le reconnaître, rarement aboutissent.

Mais ce sentiment obscur de recommencement nous donne l’envie d’un authentique renouvellement notamment dans le domaine de nos relations interpersonnelles, avec nos proches, nos amis ou nos collègues. Le pardon, qu’on le demande ou qu’on l’accorde, est le premier pas d’une mise à plat salutaire au sens propre : il sauve celui qui donne comme celui qui reçoit.

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés !

La faute implique une dette, une dette à rembourser parfois avec intérêt ; une dette que parfois nous ne voulons pas régler nous-mêmes ; une dette qui nous enchaîne là où le pardon libère. L’une des plus profondes paraboles de Jésus, fortement ancrée dans la réalité antique est bien le récit du pardonné endurci qui ne veut pas remettre une plus petite dette à son frère après le grand pardon qu’il reçoit du maître (Mathieu 18, 23-35). L’esclavage dans l’Antiquité s’approvisionnait en général de deux façons : l’une à la suite de guerres de conquête ou de razzias et de pillages, l’autre pour acquitter une dette. Le débiteur pouvait espérer régler sa dette en se vendant comme esclave jusqu’au règlement de son dû. Je dis bien « pouvait espérer » car bien souvent, le créancier s’arrangeait pour augmenter le fardeau de la dette afin de rendre l’esclavage permanent. Je vous renvoie à l’excellent ouvrage du regretté David Graeber 5000 ans de dette ou au magnifique roman de B. Traven La charrette pour voir ce que la notion de dette charrie d’exploitation et d’humiliation.

Mais tel n’est pas mon propos ici. La dette ici est à prendre au sens du négatif, du creux, du vide ou du fossé comme on voudra, que nous créons dans nos relations avec les autres. La restauration d’une relation nourrissante passe par le pardon, la remise de la dette. Ne parle-t-on pas du pardon comme d’une rémission ?

La nécessité du pardon enfin nous inscrit dans le sentiment de la communauté que nous formons avec nos proches mais aussi nos lointains. Pardonner aux autres est le premier pas pour édifier une société plus humaine fondée sur la réciprocité.

Profitons donc dans notre famille, dans notre cercle d’amis et de collègues pour nous donner le baiser de paix qui remet les compteurs à zéro. Et souhaitons-nous mutuellement une bonne année en la rendant de notre propre initiative, une heureuse année jubilaire.

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