Le rosaire dans la ville,

Responsable de la chronique : Francine Paquin
Le rosaire dans la ville

Troisième mystère joyeux : La Nativité

Imprimer Par Francine Paquin

La puissance de sa fragilité

    Pourquoi une fête comme Noël mobilise t-elle la terre entière, suscite t-elle chez les êtres humains une telle force de partage? Pourquoi la Nuit de Noël vient-elle remuer les cœurs et raviver la flamme de nos vies? Pourquoi, même les incroyants sont-ils entraînés dans le mystère et les ignorants boivent-ils à même l’enchantement du mystère? Pourquoi ce réveil dans l’âme, à une présence indéfinissable, insoupçonnée, à ce quelque chose d’inintelligible qui vient confronter les cœurs endurcis à la fragilité et à la grandeur de leur être? Pourquoi la passivité a t-elle fait place à l’émerveillement et les yeux s’ouvrent-ils à la Nouvelle?

   Tant de belles fêtes sillonnent le calendrier liturgique tout au long de l’année; des fêtes importantes, revêtues d’un sens profond, relatant la foi chrétienne et alimentant la vie de l’âme; mais combien en ignorent à peu près l’existence et le véritable sens.

   À Noël, les peuples en guerre sont tenus de s’arrêter, plus que jamais les familles sont invitées à se réconcilier et les gens isolés se voient visiter et comblés. De quelle magie s’habille Noël, quelle féerie vient ébranler ce monde blessé, aux prises avec les conséquences du péché! Ce n’est certes pas une création sortie de l’imaginaire de l’homme; c’est le plus grand don de Dieu donné à l’homme : son divin Fils Jésus.

   Un Enfant est né, le Fils de Dieu né d’une Vierge, Dieu se faisant chair pour que nous puissions vivre de son Esprit. Celui qui a tout créé, le Dieu tout-puissant vient en notre monde, il se fait l’un des nôtres pour que nous puissions   être avec lui. La puissance d’un Dieu qui a choisi la fragilité d’un tout-petit, pauvre, reçu dans une étable, épousant notre terre au creux d’une mangeoire pour que nous devenions nous aussi, nourriture de vie les uns pour les autres. La fragilité d’un Enfant qui vient ébranler nos certitudes humaines et nous ouvrir à notre propre mystère d’enfant de Dieu. La fragilité d’un Dieu qui réveille l’enfant blessé en nous en voulant nous ramener à l’essence même de notre être : « En vérité, je vous le dis, si vous ne retournez à l’état des enfants, vous ne pourrez entrer dans le Royaume des Cieux. » (Mt, 18, 3) Un Dieu qui veut guérir le genre humain non par la force mais par la vulnérabilité d’un Enfant qui a aimé le premier en se faisant mendiant du cœur humain, du cœur des siens.

La force de ceux qui ont cru

   Devant l’Enfant, la terre est ébranlée, l’Enfant veut révéler à tout être humain l’amour dont il est aimé. Marie et Joseph ont accueilli le projet de Dieu, avec eux, les cœurs pauvres et humbles entrent dans le mystère de Noël; le Sauveur Enfant rejoint leur fragilité et les élève à la joie de l’amour donné. La joie des tout-petits baigne du mystère de Noël : l’incompréhension intellectuelle laisse place aux effets de la grâce baptismale; aussi, les tout-petits accueillent avec un cœur pur et sensible la manifestation d’un Enfant-Sauveur. 

   Ce n’est pas la force de nos mentalités humaines qui vient libérer la vie en nous, qui vient nous réconcilier avec nous-mêmes, avec Dieu, avec les autres. Ce n’est pas la puissance physique ni intellectuelle qui vient nous rendre la force de continuer et la joie d’espérer; c’est la fragilité d’un Dieu si petit, si pauvre, si vulnérable qui, malgré nos endurcissements et nos résistances, nous met en présence des blessures et des fragilités de notre condition humaine.

   La fragilité d’un Dieu fait homme est si puissante qu’elle féconde, des fruits de son Esprit, nos âmes que le mal avait entraîné dans le désespoir et la perdition. La fragilité de Dieu Enfant est si puissante qu’elle élève les âmes humbles et abaissent celles qui s’enorgueillissent. La Vierge Marie le proclame en son Magnificat : «Il a renversé les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.» (Lc, 1, 52-53)

   L’abaissement de Dieu en Jésus-Christ a valu à l’être humain son élévation jusqu’à Dieu. Voilà pourquoi Noël, après deux mille ans, Dieu est toujours présent dans l’eucharistie. La Présence réelle de Jésus dans l’eucharistie met à nue sa vulnérabilité. Jésus se met à notre service, il est, comme un poupon, démuni entre nos mains, dépendant de notre vouloir humain, de notre réceptivité à recueillir l’offrande de sa vie. Dieu vulnérable, dépouillé de sa puissance, prêt à se donner, ranime dans le cœur humain le don du Père dans le Fils pour qu’en Lui, nous devenions, avec Jésus, les fils et filles du Père. L’Hostie sainte, l’Amour incarné comble de ses grâces, revêt de sa beauté celui et celle qui l’accueillent. C’est ce regard d’amour que le Père a posé et continue de poser sur chacun de nous.

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