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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Par monts et par vaux: LE CLUB VINLAND et ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES

Imprimer Par Gilles Leblanc

Le cinéma sait nous faire voyager aussi bien dans l’espace que dans le temps : voilà ce que deux films récents réussissent bellement. D’abord,  le Québécois Benoît Pilon dresse le portrait émouvant d’un religieux totalement dédié à sa cause d’éducateur dans LE CLUB VINLAND. D’autre part, la réalisatrice française Caroline Vignal réalise une comédie sentimentale bien menée à travers un périple surprenant avec son ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES.   

LE CLUB VINLAND 

L’opposition entre obscurantisme et progrès à l’aube de la Révolution tranquille trouve une illustration originale dans ce nouveau film du réalisateur d’IQALUIT. Bien écrit par Benoît Pilon, Marc Robitaille et Normand Bergeron, le récit est présenté sur un ton sobre et s’accompagne de messages positifs sur la persévérance, l’intégrité et la résilience.

Noël 1948. Enseignant dans un pensionnat pour garçons de Charlevoix, le frère Jean présente avec ses élèves une pièce de théâtre défendant l’hypothèse selon laquelle l’Amérique n’aurait pas été découvert par Christophe Colomb en 1492, mais par des Vikings au tournant de l’an mille. Venu de Québec pour assister au spectacle, le frère visiteur met en garde son collègue contre les dangers de propager des idées contraires à la version officielle défendue par l’Église catholique.

Progressiste dans l’âme, le frère Jean continue à stimuler la curiosité de ses élèves pour cette théorie à travers le club Vinland, du nom du mythique territoire bordé de vignes décrit dans la saga de l’explorateur Leif Erikson. Convaincu que le Vinland serait situé dans le voisinage de La Malbaie au cœur de la région montagneuse de Charlevoix, l’enseignant fouille les lieux avec les jeunes, à la recherche de vestiges vikings. Son enthousiasme contagieux parvient à vaincre les résistances d’Émile, un nouvel élève difficile, en deuil de son père mort à la guerre.

Campé à la même époque que CE QU’IL FAUT POUR VIVRE, LE CLUB VINLAND apparaît plus modeste dans sa reconstitution d’époque, mais néanmoins soignée visuellement. La figure du frère enseignant, inspirant et compréhensif, s’avère très juste, et Sébastien Ricard l’incarne dans la fébrilité et le charisme souhaités. Plus prévisible, le parcours du perturbé Émile (Arnaud Vachon) n’en demeure pas moins touchant et gorgé d’espoir. 

ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES

De retour à la réalisation 19 ans après LES AUTRES FILLES, son premier film, Caroline Vignal brosse un portrait de femme riche et nuancé, sur fond de récit initiatique doux-amer. Placé sous le signe de Robert Louis Stevenson (« L’île aux trésors »), auteur en 1879 du livre « Voyage avec un âne dans les Cévennes », le film, sous des dehors nonchalants, recèle une profondeur peu commune, notamment dans sa manière d’éclairer l’héroïne sous divers angles : randonneuse inexpérimentée, briseuse de ménage, amoureuse naïve, etc.

Enseignante parisienne au primaire, Antoinette apprend avec tristesse que son amant Vladimir, père d’une de ses élèves, ne passera pas comme prévu les vacances avec elle. Il n’a en effet pu résister aux pressions de sa femme, qui a organisé un séjour en famille, dans un parc du Massif central réputé pour ses circuits de randonnée en montagne.

Sur un coup de tête, Antoinette se lance sur la piste de Vladimir avec, pour compagnon de route, un âne têtu nommé Patrick. Mais les choses ne tournent pas nécessairement comme elle l’avait prévu…

Fluide et pleine d’assurance, la mise en scène de Vignal sait bien exploiter les décors naturels des Cévennes, sans pour autant faire du tourisme. Dans une performance mémorable, Laure Calamy (AVA, NOS BATAILLES) la rend fort émouvante dans ses moments de vulnérabilité, et très drôle dans les interventions avec son âne, qui deviendra son confident et son ami. Pour ce rôle, l’interprète s’est mérité le César de la meilleure actrice dans un rôle principal. 

Gilles Leblanc

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