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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Enfin, le grand écran : LA DÉESSE DES MOUCHES À FEU et DE GAULLE

Imprimer Par Gilles Leblanc

Après presque cinq mois de fermeture, pandémie obligeant, les cinémas ont rallumé leurs projecteurs pour le grand plaisir des amateurs du grand écran. Deux films bien intéressants ont donc repris l’affiche. La Québécoise Anaïs Barbeau-Lavalette nous épate avec LA DÉESSE DES MOUCHES À FEU tandis le Français Gabriel Le Bomin réalise dans DE GAULLE une surprenante chronique biographique du « chef des Français libres ».

 

 

LA DÉESSE DES MOUCHES À FEU 

En deux films très différents (LE RING et INCH’ALLAH), Anaïs Barbeau-Lavalette avait imposé son âme de résistante, son style vif et un appétit particulier pour les blessures au cœur. Inspiré du livre de Geneviève Pettersen et scénarisé par Catherine Léger, LA DÉESSE DES MOUCHES À FEU atteint ici un rare équilibre entre la forme et le fond, faisant de l’héroïne le vaisseau du récit d’une débâcle intime sur fond d’éclatement familial.

Chicoutimi, années 1990. Les parents de Catherine se détestent et se disputent du matin au soir. Le jour de son 16e anniversaire, leur rivalité provoque une dispute à l’impact irrésistible. La séparation semble inévitable et sa mère, à la recherche d’une nouvelle maison, met sa fille dans le secret.

À l’école secondaire, l’adolescente timide attire l’attention d’un voyou populaire et, par la même occasion, la colère de la petite amie officielle de ce dernier, une fille délurée à qui Catherine, tout d’un coup, a envie de se mesurer. Pour ce faire, elle bascule dans le camp des délinquants et goûte pour la première fois aux paradis artificiels.

Le personnage de Catherine est le tamis par lequel tout est filtré : l’image ultra-mobile, les cadrages déréglés, le montage en confettis, la musique à plein régime. LA DÉESSE DES MOUCHES À FEU, c’est près de deux heures dans la tête de cette jeune fille, connectée à ses états et à ses émotions. Cette proposition de cinéma radicale tient le défi. Sa réussite, de l’exploit. Il fallait dans l’image une actrice capable de subir ce regard amoureux et obsessionnel posé sur elle. Kelly Depeault a la trempe qu’il faut pour le soutenir. Le reste de la distribution est à la même hauteur.

 

DE GAULLE

La première scène du film, moment d’intimité entre de Gaulle et sa femme, nous renseigne clairement sur les intentions des auteurs. C’est d’abord l’homme que veulent nous faire découvrir Gabriel Le Bomin et sa coscénariste Valérie Ranson-Enguiale. Avant le militaire et l’animal politique. Sur papier, ce parti pris audacieux fait tout l’intérêt du long métrage DE GAULLE.

Avril 1940. Le colonel Charles de Gaulle vit ses derniers instants de paix auprès de son épouse Yvonne et de leurs trois enfants, dont Anne, leur fille trisomique de 12 ans. Quelques semaines plus tard, alors que l’armée allemande franchit la frontière française, de Gaulle combat dans le Nord et parvient même à contenir une attaque ennemie.

À la demande de Paul Reynaud, Président du Conseil, qui le nomme général, il accepte d’intégrer le gouvernement. Depuis Paris, pense-t-il, il pourra mieux organiser la riposte. Mais bien vite, de Gaulle se heurte au vieux maréchal Pétain, qui ne croit plus en une possible victoire et souhaite négocier avec l’envahisseur. Pendant ce temps, Yvonne organise le départ de toute la famille vers la Bretagne, encore épargnée par le conflit.

Le traitement s’avère conventionnel et académique, mélodramatique par moments. De plus, l’humain derrière le général, le mari, le père attentionnés, apparaissent moins intéressants que le militaire. Et pour l’illustrer : les joutes verbales opposant de Gaulle à Pétain sont passionnantes et riches d’enseignements. 

Ceci dit, au-delà de sa ressemblance avec de Gaulle, Lambert Wilson (DES HOMMES ET DES DIEUX) offre une composition nuancée et touchante. Pas étonnant qu’une telle performance lui ait mérité une nomination pour la catégorie du meilleur acteur dans un premier rôle aux Césars 2021.  

Gilles Leblanc

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