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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Des allées et venues : NOMADLAND et LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT

Imprimer Par Gilles Leblanc

Les va-et-vient sont fréquents au cinéma comme dans la vie. C’est le cas de deux films maintenant sur grand écran. Dans NOMADLAND, le long métrage remarquable de la Sino-Américaine Chloé Zhao, on suit le trajet sinueux de Fern, une femme qui a tout perdu. Pour sa part, le brillant réalisateur français Emmanuel Mouret revient avec le savoureux LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES Q’ON FAIT, une comédie sentimentale sur les multiples volte-face pouvant survenir dans les relations amoureuses.   

 

NOMADLAND

Dans la foulée du touchant LE COWBOY, Chloé Zhao allie harmonieusement fiction et documentaire pour tisser un nouveau récit humaniste et chaleureux. Tiré du livre de Jessica Bruder, NOMADLAND brosse le portrait d’une femme résiliente, pleine de ressources, généreuse avec autrui, mais peu attentive à ses propres besoins affectifs. Le scénario présente également le nomadisme moderne comme le recours ambigu d’une franche de la population déçue et trahie par le système.

Au chômage depuis la fermeture de la ville minière Empire au Nevada, Fern, qui y demeurait avec son défunt mari, adopte par la force des choses un mode de vie nomade. À bord de sa camionnette, devenue sa seule résidence, elle parcourt le pays, du Dakota du Sud jusqu’en Californie, trouvant de petits boulots temporaires à chacune de ses haltes.

Les principaux contacts de la sexagénaire sont avec d’autres personnes qui ont tout laissé pour prendre la route. Dans ce contexte, la rencontre de Dave, en errance comme elle, pourrait marquer un tournant dans l’aventure sociale et humaine qu’elle a entreprise.

Les séquences, qui mettent en scène des chefs de file du mouvement, apparaissent par moments purement instructifs. Un bémol largement racheté par une réalisation soignée, impressionniste, en communion avec la nature, et la performance nuancée, extrêmement attachante, de Frances McDormand. La comédienne d’expérience sait mettre en valeur le jeu naturel de ses partenaires, la plupart des non-professionnels qui jouent leurs propres rôles. 

À la toute récente soirée des Oscars, la production s’est mérité trois statuettes dorées : meilleur film, meilleure réalisatrice (Zhao) et meilleure actrice dans un rôle principal (McDormand, pour une troisième fois).

 

LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT

Le cinéma d’Emmanuel Mouret a ceci de magique qu’il englobe à la fois la curiosité des choses nouvelles et la nostalgie des choses anciennes. LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT atteint à cet égard un degré de maturité encore inédit dans la filmographie du réalisateur d’UN BAISER S’IL VOUS PLAÎT et de MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES.

Maxime (Niels Schneider, excellent), jeune écrivain vivant à Paris, rend visite à son cousin François (Vincent Macaigne, très juste) qui s’est installé en Provence avec sa petite amie Daphné (Camelia Jordana, touchante), une monteuse de documentaires enceinte de trois mois. À son arrivée, c’est elle qui vient l’accueillir à la gare, François étant retenu dans la capitale pour encore quelques jours.

Daphné et Maxime ne se connaissent pas, mais au gré des déambulations dans la région, leur conversation d’abord timide prend une tournure plus intime, voire confidentielle. En alternance, l’un et l’autre racontent les épisodes amoureux, heureux et malheureux, qui l’ont conduit jusqu’à sa situation présente.

Défendu par des interprètes au diapason, le récit fait s’emboîter diverses intrigues sentimentales (certaines crève-cœurs), racontées en flashbacks sous différents points de vue, en un tout lissé par une mise en scène souple et dynamique. La conception des décors et des costumes pèche ici et là par excès de préciosité. Cette impression se trouve renforcée par l’emploi onctueux de grands airs classiques. Mais, faut-il bouder son plaisir devant tant de beauté et d’esprit?

Gilles Leblanc

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