Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 20e Dimanche (A)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Vivre ensemble, différents, dans la justice et l’amour!

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
partant de Génésareth,
Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant :
« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David !
Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot.
Les disciples s’approchèrent pour lui demander :
« Renvoie-la,
car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit :
« Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant :
« Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit :
« Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants
et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit :
« Oui, Seigneur ;
mais justement, les petits chiens mangent les miettes
qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit :
« Femme, grande est ta foi,
que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »
Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

COMMENTAIRE

Notre pays est grandement sollicité pour l’accueil d’immigrants. Un nombre important de migrants clandestins sont même arrivés via les États-Unis depuis plusieurs années. Ils sont alors pris en charge temporairement par divers organismes qui déploient énergie et ressources pour les accueillir. Avouons que cela nous dérange et nous fait un peu peur!

Nous ne sommes pas les seuls à vive cette situation. Depuis des années, un afflux considérable de migrants et de réfugiés s’amène en Europe. Ces migrants, ici ou là-bas, sont en recherche de conditions meilleures d’existence. Que faisons-nous de cette affluence et de cette quête? Nous voulons certes nous montrer humains et compatissants, les aider, les accueillir. Mais plusieurs parmi nous sont craintifs, trop conscients peut-être des limites de nos capacités. Les enjeux sociaux, politiques, économiques sont matière à de vifs débats.

L’évangile de ce dimanche a quelque chose à nous dire sur le sujet, quand il nous parle de l’étranger, d’une étrangère, de la possibilité de l’accès des autres aux privilèges de quelques-uns. Le récit évangélique nous relate un évènement inédit. Jésus se retrouve avec ses disciples aux confins d’Israël, dans le nord-ouest du pays. En territoire païen où tout bon juif ne va surtout pas. Jésus voulait peut-être y jouir d’un peu de tranquillité, échapper aux disputes incessantes dans lesquelles les pharisiens veulent l’entrainer.

C’est alors que survient, là-bas, cette femme, dérangeante par ses cris, avec sa demande incessante pour la guérison de sa fille. Bien sûr, la réaction des disciples est normale dans les circonstances. Ils pressent Jésus de régler au plus vite le problème, pour que cesse ce harcèlement. Mais Jésus n’entend pas expédier l’affaire. L’enjeu est trop important. Quelque chose de spécial est sur le point de se produire. La foi que Jésus ne trouve pas chez les dirigeants religieux et dans le peuple juif en général, il découvre qu’elle anime cette femme qui est en pleurs à ses pieds. Dans sa foi, cette étrangère, une syro-phénicienne, discerne la véritable identité de Jésus; elle découvre en lui le Messie, le dispensateur des biens du Ciel. Il y a là un signal, une réelle avancée du projet de Dieu pour le monde. Ainsi donc les païens eux aussi sont concernés par la Bonne Nouvelle.

Il se passe là quelque chose de très important pour la suite. Israël n’a plus le monopole de l’Alliance divine. Les gens d’ailleurs y sont tout aussi bien convoqués, moyennant la foi. « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David! » disait la femme. « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » lui déclare Jésus. Désormais la porte s’ouvre. La table est mise. Tout devient accessible à tous des biens du Royaume. La générosité de Dieu déferle sur le monde.

Nous-mêmes, nous devons en être conscients. Il y a là dans le Christ un trésor pour tous. Un trésor où puiser pour nos propres vies afin d’en enrichir aussi les autres. Ces biens sont de nature spirituelle d’abord : les dons de l’Esprit, don de la paix, don de la charité, don de sa miséricorde. Don de toutes les guérisons intérieures. Don de notre conversion.

Par-delà nos différences et le mystère de nos diversités, une quête d’unité est à poursuivre dans notre partage et la communion avec tout étranger. Cette relation elle existe en Dieu lui-même, qui est Père, Fils et Esprit Saint. L’étranger en lui nous est proche. Il est richesse pour nous. Nous sommes aussi sa richesse. N’ayons plus peur de l’autre. Sachons l’accueillir, lui tendre la main, partager avec lui. Célébrons ensemble nos différences, elles font la richesse du monde. L’appel divin qui nous est fait n’est-il pas celui d’une communion véritable de tous les peuples dans la justice et l’amour fraternel?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois