Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 1er Dimanche de l’Avent (A)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

UNE ATTENTION QUI CHANGE TOUT

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 24, 37-44)

    En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Comme il en fut aux jours de Noé,
ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme.
    En ces jours-là, avant le déluge,
on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari,
jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ;
    les gens ne se sont doutés de rien,
jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis :
telle sera aussi la venue du Fils de l’homme.
    Alors deux hommes seront aux champs :
l’un sera pris, l’autre laissé.
    Deux femmes seront au moulin en train de moudre :
l’une sera prise, l’autre laissée.
    Veillez donc,
car vous ne savez pas quel jour
votre Seigneur vient.
    Comprenez-le bien :
si le maître de maison
avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait,
il aurait veillé
et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
    Tenez-vous donc prêts, vous aussi :
c’est à l’heure où vous n’y penserez pas
que le Fils de l’homme viendra. »

COMMENTAIRE

La Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à nous mettre en marche, en mouvement, aussi bien à l’intérieur de nous-mêmes qu’à l’extérieur, pour saluer la venue du Seigneur dans notre vie, dans notre monde.

Cette Parole sonne un réveil, une mise en garde, un appel. Veillez! Tenez-vous prêts! dit Jésus. L’heure est venue de sortir de votre sommeil! écrit S. Paul. Venez, montons à la montagne du Seigneur! Venez, marchons à la lumière du Seigneur! proclame le prophète Isaïe.

Pourtant nous sommes tous bien occupés, sollicités à cœur de jour par de grandes ou de petites tâches, pour les nécessités de la vie; nous sommes même certains d’être éveillés, tout à fait mobilisés, avec plein d’idées dans la tête, des projets, des chansons, des images télévisées; nous sommes tous debout, semble-t-il, éveillés, pensons-nous, chacun, chacune au vif de son attention, de ses inquiétudes et de ses préoccupations.

Nous avons peut-être même le sentiment d’en avoir trop sur les bras, trop à faire, trop sur les épaules et dans la tête et dans le cœur. Peut-il y avoir de la place pour autre chose? Notre vie est pleine et toute donnée, toute occupée, accaparée surtout. Que pourrions-nous faire de plus? Le Seigneur voudrait-il en rajouter quand il nous demande de veiller? Il devrait pourtant savoir que notre fardeau, nos tâches et responsabilités sont assez immenses.

Mais justement, si l’alarme que sonnent le Christ, l’apôtre Paul et le prophète Isaïe, aujourd’hui, était comme le réveille-matin dont nous avons besoin pour nous tirer du sommeil où nos activités présentes nous tiennent trop souvent endormis, engourdis, aliénés, étrangers à nous-mêmes, aux autres et à Dieu, le jour, la nuit?

« Deux hommes seront aux champs, dit le Seigneur : l’un est pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l’une est prise, l’autre laissée. » Qu’est-ce que peut vouloir dire cette image, sinon le fait qu’il y a en nous une double possibilité, celle  d’être en éveil ou celle d’être endormis, soit dans les champs de nos activités et occupations extérieures, soit au moulin de l’intime de nos pensées et de nos motivations profondes. Pris ou laissés? Qu’est-ce qui fera la différence? Sinon la décision en nous d’être authentiques, en état de conversion et d’accueil de l’Esprit de Dieu, étant revêtus du Christ, et non pas repliés en boule ou enfermés dans nos bulles, sans amour, sans prière, sans lumière, sans son vrai sens à notre vie.

La Parole de Dieu, en ce premier dimanche de l’Avent, ne vient pas en rajouter, nous surcharger, pour nous énerver ou nous faire peur. Elle nous éveille. Elle nous fait réaliser dans quelle torpeur nous sommes souvent plongés et par quelles illusions nous nous laissons parfois bercer. Cette Parole nous ouvre à la lumière, au grand jour, aux grands enjeux de la charité, de la justice, de la paix, du partage pour une plus juste société. Cette Parole nous presse de nous convertir, pour un changement profond en nous, qui nous ouvre aux réalités du Royaume et nous permet d’y orienter l’ensemble et les détails de notre vie.

Nous n’allons pas demain matin abandonner nos tâches et nos obligations. Nous allons refaire sans doute les mêmes choses, mais différemment, avec ce plus de notre attention profonde, d’un amour plus vrai, d’une foi et d’une espérance renouvelées, d’un don plus authentique de nous-mêmes pour la cause du Royaume qui vient.

Et si nous vivions de cet esprit de veille et d’amour dans l’Eucharistie qui présentement nous rassemble?

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