Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour la fête du Christ-Roi

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Victoire de l’amour

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 23, 35-43)

En ce temps-là,
on venait de crucifier Jésus,
            et le peuple restait là à observer.
Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient :
« Il en a sauvé d’autres :
qu’il se sauve lui-même,
s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
    Les soldats aussi se moquaient de lui ;
s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée,
    en disant :
« Si tu es le roi des Juifs,
sauve-toi toi-même ! »

Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui :
« Celui-ci est le roi des Juifs. »
    L’un des malfaiteurs suspendus en croix
l’injuriait :
« N’es-tu pas le Christ ?
Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »
    Mais l’autre lui fit de vifs reproches :
« Tu ne crains donc pas Dieu !
Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
    Et puis, pour nous, c’est juste :
après ce que nous avons fait,
nous avons ce que nous méritons.
Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
    Et il disait :
« Jésus, souviens-toi de moi
quand tu viendras dans ton Royaume. »
    Jésus lui déclara :
« Amen, je te le dis :
aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

COMMENTAIRE

Avouons que nous n’avons pas ici l’image rêvée d’un président, d’un souverain ou d’un roi de l’Univers. Nous contemplons hélas plutôt un moribond, un pauvre type cloué à une croix entre deux malfaiteurs. Eux, ils sont affligés du même sort que lui pour l’avoir sans doute mérité. Lui, il est ce condamné innocent, qui fait rire de lui, celui qu’on a déjà blessé si fort par les coups de fouet excessifs, l’enfoncement brutal des épines et des clous dans sa chair, l’épuisant trajet jusqu’au calvaire. C’est bien plus le spectacle d’un looser que les gens ont conscience d’observer, impuissants qu’ils sont à l’aider, même dans l’éventuel mouvement de compassion qu’ils pourraient ressentir intérieurement pour lui. Nous n’y pouvons plus rien nous-mêmes.

C’est pourtant là que Jésus a voulu mener sa cause, jusqu’à s’effondrer sous nos yeux, jusqu’à essuyer la pire persécution, le plus effrayant rejet, la plus grande humiliation. C’est là qu’il triomphe pourtant, dans cette communion intime à notre sort, dans l’effrayant partage de notre chair si fragile, en supportant nos souffrances, jusqu’aux pires, jusqu’au bout. Il a souffert de nos injustices, de nos peurs, de notre mal, de notre péché; en mourant de notre mort, il accomplit mystérieusement la revanche de Dieu, la victoire de son Amour!

Il en a sauvé d’autres, mais il ne va pas se sauver lui-même, alors qu’il est pourtant l’Élu de Dieu, son Fils! Dieu, son Père et notre Père, l’a choisi pour confondre les sages. Le plus beau titre de son Fils sera celui de Serviteur. Il va le mériter par sa fidélité totale à la vérité de son incarnation dans notre chair, dans sa fidélité assumée à l’intime d’une communion indéfectible à notre condition humaine. Il sera des nôtres jusqu’à en mourir.

C’est ainsi qu’un grand souffle d’espérance pourra faire son chemin dans le cœur et l’esprit du condamné placé à côté de lui. Ce « bon » larron mourra bientôt comme lui, voué comme lui à la mort ignominieuse de la croix. Mais un souffle de foi et d’espérance anime le pauvre malheureux à bout de souffle. Le meilleur de l’humain s’exprime dans la compassion qu’il affiche ultimement à l’égard de Jésus, quand il reconnaît et témoigne : « Lui, il n’a rien fait de mal ». Bientôt il entendra Jésus lui dire : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ». 

N’est-ce pas là une parole toute lumineuse en cet instant unique, surgissant au cœur d’une immense détresse?  Parole triomphante! Parole de feu, d’amour et de bonté! Elle nous montre à tous un chemin de victoire et d’espérance! 

Aujourd’hui, nous sommes nous aussi déjà avec Lui au paradis, si nous mettons notre confiance en Jésus le Crucifié, si nous confessons notre foi, jusqu’à Lui dire, malgré nos fautes, malgré nos peines et nos blessures et la mort qui gruge nos os et frappe chaque jour à notre porte : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ». 

Car il vient aujourd’hui, il est venu, il viendra dans son Royaume. C’est lui l’élu de Dieu, son Serviteur de confiance, notre Sauveur; il est notre Dieu, il est notre Roi, il est notre Seigneur et, jusqu’à la fin et pour toujours, homme comme nous. Chaque jour il vient et il nous prend avec lui dans son Royaume de paix et de lumière. Il nous offre à tous de vivre avec lui – dans la grâce d’une foi et d’une espérance – la Bonne Nouvelle du Salut, l’accomplissement des promesses, les prémices d’un paradis d’amour.

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