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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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De la Corée à l’Espagne : PARASITE et DOULEUR ET GLOIRE

Imprimer Par Gilles Leblanc

Le Festival de Cannes, c’est la Mecque du cinéma d’auteur. En mai dernier, deux réalisateurs se sont particulièrement illustrés. Le surprenant Sud-Coréen Bong Joon-ho avec son inclassable PARASITE a remporté la Palme d’or tandis l’Espagnol Pedro Almodovar lançait DOULEUR ET GLOIRE, un récit inspiré de son parcours personnel, qui a vu son acteur fétiche Antonio Banderas se mériter le Prix d’interprétation masculine.

PARASITE

Le réalisateur de l’extravagante fantaisie écologiste OKJA – diffusée sur Netflix- revient avec une cynique farce sociale qui, à coups de revirements imaginatifs, glisse vers la farce macabre.

À la demande de son ami Min, parti à l’étranger, Ki-woo accepte de donner des leçons d’anglais à la jeune Da-hye. Qu’importe que Ki-woo habite un sous-sol insalubre avec sa famille de sans-emploi. Pour la mère de Da-hye, la candide Yeon-kyo Park, la simple recommandation de Min suffit.

Profitant de la situation, le garçon gagne le cœur de son élève et convainc sa nouvelle patronne d’engager une « réputée pédopsychologue » pour canaliser les élans artistiques de son garçonnet dissipé, un rôle qu’il confie à sa propre sœur. 

À son tour, l’astucieuse jeune femme provoque le renvoi du trop entreprenant chauffeur de M. Park, pour le faire remplacer par son père. Il ne leur reste plus qu’à caser l’épouse de ce dernier, en écartant la gouvernante. Mais celle-ci se montre plus difficile à évincer…

En dépit de certains aspects peu crédibles, l’ensemble captive et émeut. La mise en scène peaufinée et évocatrice de Bong Joon-ho exploite à merveille les lignes géométriques raffinées de la demeure de rêve, autant que les recoins biscornus du taudis des aspirants-parvenus. Dans le rôle du père de ce drôle de clan, Song Kang-ho est exemplaire de sobriété et de colère refoulée, tandis que dans celui de la mère bourgeoise fofolle et attachante, la nouvelle venue Cho Ye-Jeong crève l’écran.

DOULEUR ET GLOIRE

Le réalisateur de TOUT SUR MA MÈRE et de LA MAUVAISE ÉDUCATION se dévoile comme jamais dans cette œuvre de maturité, placée sous le signe de la nostalgie. Un brin épisodique, le scénario est néanmoins thématiquement riche : affres de la douleur, blessures d’enfance, relations complexes avec une mère aimante, trahisons professionnelles, mystères de l’inspiration artistique, etc.

Réalisateur acclamé, mais inactif en raison de diverses douleurs chroniques, Salvador Mollo apprend que « Sabor », son film le plus célèbre, sera présenté à la cinémathèque. Brouillé depuis 32 ans avec l’acteur principal Alberto Crespo, à qui il reprochait de jouer sous l’effet de l’héroïne, Salvador a récemment revu sa prestation, qui lui semble maintenant très juste.

Il se rend donc chez son ancien collaborateur, afin de se réconcilier et de le convaincre de participer avec lui à un débat public après la projection du film. Constatant qu’Alberto fume toujours de l’héroïne, Salvador décide d’essayer cette drogue, dans l’espoir qu’elle calme ses douleurs. Sa consommation s’accompagne de rêveries, dans lesquelles il revisite son enfance.

Comme toujours chez le cinéaste madrilène, la mise en scène est maîtrisée, et les compositions visuelles raffinées. Complice de longue date d’Almodovar, Antonio Banderas joue son alter ego avec une sobriété et une sincérité peu communes. La radieuse Penélope Cruz (VOLVER) et la touchante Julieta Serrano (FEMMES AU BORD DE LA CRISE DE NERF) incarnent à tour de rôle la mère tant aimée.

Gilles Leblanc

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