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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Du neuf avec du vieux : ANTIGONE et LES PLUS BELLES ANNÉES D’UNE VIE

Imprimer Par Gilles Leblanc

Au cinéma, on donne souvent un nouveau souffle à des œuvres marquantes, C’est le cas de deux productions récentes. D’abord, dans ANTIGONE la talentueuse Québécoise Sophie Deraspe redonne vie à la célèbre tragédie de Sophocle. Pour sa part, le prolifique Claude Lelouch renoue avec les personnages mythiques qu’il a créés il y a plus de 50 ans dans LES PLUS BELLES ANNÉES D’UNE VIE.    

ANTIGONE

Entremêlant des échos de l’affaire Fredy Villanueva, la réalisatrice Deraspe (LES LOUPS) frappe juste et fort dans cette interprétation moderne et très libre. Dépouillé de la dimension œdipienne et de l’enjeu funéraire de la pièce, son film met par contre en évidence la figure universelle de la jeune héroïne dressée contre un système inflexible, et prête à tous les sacrifices par amour pour les siens. Par son habile imbrication d’enjeux sociaux, amoureux, familiaux et moraux, le scénario suscite la réflexion et bouleverse les « a priori ».

À trois ans, Antigone quitte sa Kabylie natale pour s’établir dans le nord de Montréal avec sa grand-mère Ménécée, sa soeur Ismène et ses deux frères, Étéocle et Polynice. À l’adolescence, cette orpheline studieuse et vive s’éprend de Hémon, fils d’un influent politicien. Mais un après-midi, son univers bascule. Au cours d’une échauffourée dans un  parc, Étéocle est accidentellement abattu par un agent de police. En s’interposant, son frère est accusé d’assaut sur un policier et incarcéré.

Ébranlée par la mort d’Étéocle, Antigone apprend dans la foulée que leur frère Polynice, membre d’un gang de rue, est menacé de déportation. Malgré les réticences d’Ismène, la jeune fille révoltée met en action un plan audacieux. Après avoir coupé ses longs cheveux, elle visite en prison son frère et prend sa place dans la cellule, afin de favoriser sa fuite aux États-Unis. À son tour poursuivie en justice, Antigone provoque un grand mouvement de solidarité, relayé dans les réseaux sociaux par Hémon.

Nerveuse et expressive, la mise en scène évoque par moments LE PROFIL AMINA de la même auteure, avec son illustration d’une toile numérique polarisante. Portant le film sur ses frêles épaules, Nahéma Ricci est tout simplement bouleversante. Charismatique et intense, la caméra l’affectionne, mais pas autant que le spectateur, littéralement conquis par elle.

Notons enfin que le long métrage a été choisi pour représenter le Canada dans la catégorie du Meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2020.  

LES PLUS BELLES ANNÉES D’UNE VIE

Pour son 49e film, Claude Lelouch prolonge dans le temps la belle aventure romantique d’UN HOMME ET UNE FEMME, Palme d’or à Cannes  en 1966. Plus convaincant que la première suite réalisée en 1986, cet émouvant troisième volet se voit autant comme un hommage au cinéma, une ode à l’amour éternel ou une méditation sensible sur l’usure de temps.

Anne Gauthier, qui vit avec sa fille Françoise dans un luxueux cottage, tient une petite boutique d’antiquités au cœur d’un village normand. Non loin de là, l’ex-coureur automobile Jean-Louis Duroc, atteint de graves troubles de la mémoire, écoule ses derniers jours dans une maison de retraite de luxe.

À l’improviste, son fils Antoine se rend chez Anne, afin de lui demander de rendre visite à son père, qui ne cesse de parler d’elle, et de la liaison brève mais passionnée qu’ils ont vécue ensemble, cinquante ans auparavant. Au fil de leurs rencontres dans les jardins de la résidence, les deux amants d’hier tentent de reprendre le fil de leur histoire.

Certes, le charme de l’entreprise repose essentiellement sur la nostalgie et surtout, sur la complicité du narquois Jean-Louis Trintignant avec l’incandescente Anouk Aimée. Leur performance  émeut, notamment dans les longs plans séquences presque improvisés. L’insertion d’extraits du film original sert bien le déroulement des retrouvailles. À signaler enfin que le film est porté par l’ultime trame sonore du grand complice de Lelouch, le regretté Francis Lai.

Gilles Leblanc

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