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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Loin et proche à la fois : IL PLEUVAIT DES OISEAUX et AMOUREUSES

Imprimer Par Gilles Leblanc

Il y a des personnes qui vivent en marge de la société et qui y sont, par ailleurs, plus proches qu’on pense. Deux films québécois récents en constituent de bonnes illustrations. Dans IL PLEUVAIT DES OISEAUX, la trop rare Louise Archambault présente des personnes âgées qui vivent à l’écart à cause de leur état de santé ou d’un passé trouble. Pour sa part, la persévérante Louise Sigouin trace dans le documentaire AMOUREUSES un portrait fort émouvant de religieuses dominicaines qui sont dans l’attente d’une relocalisation.

IL PLEUVAIT DES OISEAUX

Dans le nouveau film de Louise Archambault (GABRIELLE), on est transporté par la scène dans laquelle le personnage de Marie-Desneige, campé par la magnifique Andrée Lachapelle, apprend à nager dans les bras de celui de Charlie joué par l’excellent Gilbert Sicotte. À lui seul, cet instant de simplicité et d’intimité à ciel ouvert, par sa lumière blanche et sa caméra flottante, exprime tout le potentiel du cinéma de qualité.

Sur les rives d’un lac sauvage en plein cœur de la forêt abitibienne, trois vieillards vivant en ermites semblent avoir trouvé la paix. La mort de l’un deux, l’artiste peintre Boychuck, menace leur équilibre, également perturbé par deux intruses.

D’abord Gertrude alias Marie-Desneige, une vieille dame saine d’esprit, enfermée depuis soixante ans dans un hôpital psychiatrique, qui va profiter d’une sortie pour convaincre son petit-neveu de la cacher parmi eux. Ensuite, Raphaëlle (Ève Landry), une photographe indiscrète, qui fait des recherches, pour le compte d’un musée régional, sur les derniers survivants des grands feux qui ont décimé la région six décennies plus tôt.

Tout au long du film, on admire la beauté de la nature et des rides de ces vieillards « indignes », filmés avec une affection palpable par la réalisatrice. Pas étonnant que le public cinéphile soit tombé en amour avec cette œuvre, superbe adaptation du roman de Jocelyne Saucier.

AMOUREUSES

Auteure de la courte narration au début du film (qui trouve son pendant à la fin), la Québécoise Louise Sigouin a consacré une année à partager la vie des sœurs cloîtrées de Berthierville. Filmant d’abord à l’extérieur, elle a obtenu par la suite la permission de vivre avec elle à l’intérieur du monastère.

Seule communauté francophone de moniales dominicaines en Amérique du Nord, les religieuses s’apprêtent à quitter leur domaine, fondé il y a près d’un siècle. C’est pour chacune d’elle une occasion de faire le bilan, individuel et collectif, d’une existence consacrée à Dieu.

Séparément, elles défilent devant la caméra comme au confessionnal, se rappelant avec humour et émotion leur vie civile, puis religieuse. En parallèle, ces sœurs organisent ensemble un marché public, pour vendre tout ce qui ne sera pas nécessaire à l’aménagement dans leur future résidence, à Shawinigan.

L’incontestable valeur  patrimoniale de l’ensemble tout comme les propos chaleureux de ces sœurs – et de leur jardinier! –, qui partagent avec le spectateur leurs émotions face à ce qui est clairement la fin de leur monde. Qu’elles soient capables de l’envisager avec sérénité et optimisme est sans doute le plus beau témoignage qu’elles puissent offrir de leur expérience de vie absolument unique.

Gilles Leblanc

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