Le rosaire dans la ville,

Responsable de la chronique : Marcel Dumont, o.p.
Le rosaire dans la ville

Marie, Mère de l’Église

Imprimer Par Francine Paquin

Au jour de la Pentecôte, les apôtres reçoivent l’effusion de l’Esprit-Saint en présence de la Vierge Marie. À l’Annonciation, Marie avait déjà reçu en sa chair et son âme la touche délicate et mystérieuse de l’Esprit de Dieu, son divin Époux. Au jour de la Pentecôte, sous la mouvance de l’Esprit divin naît l’Église du Christ.

   Lorsque les apôtres eurent reçu l’Esprit de Jésus, ces hommes peureux et sans instruction devinrent des apôtres au cœur de feu, habités de l’amour que Jésus leur avait témoigné tout au long de son périple terrestre. Les paroles et les actions qu’ils avaient vues et entendues de leur Maître devinrent en eux source féconde de vie éternelle. La lumière du Christ illumine le cœur des apôtres, la peur a fait place à la joie, à l’enthousiasme, rien ne les arrête, l’Évangile doit se propager à travers le monde. Leur foi ayant été purifiée et renouvelée, ils sont devenus missionnaires de l’Amour. À la suite du Christ, le cœur brûlant, ils partirent vers leurs frères annoncer la Bonne Nouvelle.

   Avant son Ascension vers le Père, Jésus avait promis à ses apôtres de leur envoyer l’Esprit de sainteté qui leur rappellerait tout ce qu’il avait enseigné. Du don de l’Esprit-Saint aux apôtres et à ceux qui croiront au Fils de Dieu, l’Église accueille la grandeur, la profondeur et l’amplitude de la vie du Christ Sauveur, elle reçoit les dons célestes et acquière la plénitude de sa mission : le salut de tout être humain racheté dans la croix du Christ afin qu’il puisse goûter et partager le bonheur de Dieu dans la Maison du Père. Puissions-nous être des ferments dans l’Église et vivre de nouvelles Pentecôtes qui nous mettrons en marche vers nos frères et sœurs dans la charité du Christ ressuscité.

   Au pied de la croix, Jésus nous donne sa Mère, avec l’apôtre Jean, nous devenons les enfants de Marie. Marie est mère de tous les humains rassemblés dans le corps mystique du Christ devenu l’Église. L’Église en marche reçoit en son sein les enfants de Dieu, L’Église ayant reçu sa mission de l’Esprit-Saint, guide et sanctificateur, l’Église du Christ reconnaît et confère à Marie le titre de Mère de l’Église. Dès sa conception, la Vierge Marie est le temple parfait de la Trinité sainte. La mission de Marie est d’éduquer et de conduire l’Église jusqu’à sa pleine réalisation, c’est-à-dire, la perfection du corps du Christ en chacun de ses membres. Si la Vierge Marie est Reine, elle est avant tout une Mère aimante, attentive à chacun de ses enfants. Aussi, l’Église de son divin Fils est invitée à avoir les mêmes attributs que Marie, Mère de l’Église.

   L’Église se veut maternelle, compatissante et sainte à l’image de la Vierge Marie. Tout comme Jésus est venu sur terre pour servir, l’Église doit se faire humble, ouverte aux souffrances et aux besoins de ses fils et de ses filles, dans le service, à l’image de Marie. Dans les épreuves de la purification, l’Église peut se confier à la Vierge Marie, elle est Celle qui soigne les blessures, l’Étoile qui lui montre le chemin. Par son consentement total au projet de Dieu, Marie a réalisé la volonté du Père, elle a accueilli en elle Jésus, le Fruit de ses entrailles. Marie a été la sainte demeure de Jésus, aussi, elle est la figure de l’Église triomphante du Christ en qui elle continue d’enfanter chacun de ses enfants pour les conduire à son divin Fils. L’Église participe aux douloureux enfantements du monde et de la terre, elle est intimement associée à la vie de tous. Missionnaire pour la gloire de Dieu, ses enfantements sont aussi les nôtres lorsque notre vie donne à l’Évangile un cœur et des mains pour la vie de l’Église.

   L’Église de Jésus-Christ se doit d’être incarnée comme Jésus s’est incarné pour faire connaître l’amour du Père. C’est avec un cœur de chair qu’elle doit servir le peuple de Dieu, un cœur qui bat au rythme du Cœur de Jésus et de Marie. L’Église du Christ doit vibrer à la Parole et la rendre vivante en souffrant avec ceux qui souffrent, en se réjouissant avec ceux qui se réjouissent, en étant le bon Pasteur qui accueille, pardonne et redonne vie dans la vérité de l’Esprit Saint. « Quand il viendra lui, l’Esprit de Vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière. » (Jn, 16, 13)

   L’Église doit respirer de la vie même de Jésus, s’identifier à sa Personne. Jésus est son fondement, sa raison d’être, il est le Coeur de l’Église dont elle est l’Épouse. « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église et les forces de mort ne l’emporteront pas sur elle. Je te donne les clés du Royaume des cieux. » (Mt, 16, 18-19) Pour vaincre les tempêtes qu’Elle traverse, l’Église doit se faire prière : une prière humble, suppliante, aimante, miséricordieuse, une prière d’offrande, de louange, d’action de grâces dans une foi inébranlable en la Parole de Jésus : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt, 28, 20) Dans ses faiblesses, l’Église entend la Parole de Dieu : « Ma toute-puissance se déploie dans la faiblesse. » (2 Co. 12, 9) Dieu agissant est présent au cœur des faiblesses de l’Église, c’est-à-dire au cœur de nos faiblesses, de nos fragilités, là où l’Esprit construit chaque jour un monde meilleur lorsque nous le laissons agir en nous et avec nous.

   Pour plusieurs, l’esprit du mal semble triompher devant les scandales qui ont parcouru l’Église ces dernières années; ils sont réels et il est important de les reconnaître. Les disciples du Christ reconnaissent leurs faiblesses mais leur foi et leur espérance ne sont pas basées sur le péché des hommes mais sur le Christ vainqueur du mal; ils savent que l’Esprit du Seigneur est à l’oeuvre partout dans le monde et que de nouveaux disciples se lèvent chaque jour pour proclamer l’amour d’un Père qui nous aime et qui ne veut perdre aucun de ses enfants. Caché aux regards du monde, le règne de Dieu continue à s’établir au cœur de ses enfants, là où le bon grain et l’ivraie se côtoient. Comme son Fondateur, l’Église doit traverser la passion du Christ pour le salut de l’humanité, pour ressusciter avec le Christ, pour témoigner de l’Évangile en étant visage du Christ dans le service et l’amour donnés à nos frères et sœurs. L’Esprit de Pentecôte est présent pour célébrer la gloire de Dieu dans les cœurs mais il faut que le grain meure pour porter du fruit, un fruit qui demeure.

   Si les blessures de l’Église sont celles des disciples du Christ, sa victoire sur le péché est aussi la leur. Lorsque les blessures des frères et des sœurs en Jésus résonnent dans la chair et le coeur de ceux qui les aiment, l’Église se purifie. L’Église composée de saints et de pécheurs en marche vers la sainteté du Christ vit une perpétuelle conversion jusqu’à sa pleine réalisation dans le Christ. Aussi, dans son apogée  vers le Père, l’Église est appelée à actualiser les paroles de Saint Paul : «À chacun d’entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ. Et les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité de la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. (Éph,4, 7, 11-13)    L’Église veut réaliser en chacun de ses membres le désir suprême du Saint des saints. «Que tous soient un. Comme toi, Père tu es en moi, et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous afin que le monde croie que tu m’as envoyé. »  (Jn, 17, 21)

  À l’eucharistie, l’Église perpétue la mission du Christ qui se donne chaque jour dans un mouvement d’amour, perpétuant le mémorial du jeudi saint. À l’eucharistie, par le corps et le sang du Christ, l’Église est purifiée en ses membres, elle soigne les blessures, pardonne les péchés. Par la victoire du Christ sur la mort et le péché, la communauté réunie prie pour l’Église souffrante, les âmes du purgatoire, pour l’Église militante dont nous faisons partie. L’Église célèbre dans la louange et l’action de grâce la résurrection du Christ et la vie éternelle donnée aux enfants de Dieu. L’Église se fait mère lorsque chaque jour, elle offre sa liturgie au peuple de Dieu. Le rosaire en ses vingt mystères sont toujours présents dans la vie de l’Église. Dans sa liturgie, l’Église rappelle et fête tout au long de l’année les mystères du rosaire : mystère joyeux, douloureux, glorieux ou lumineux, l’Église nous les rappelle; l’Annonciation, le baptême de Jésus, sa mort sur la croix, son Ascension au ciel ainsi que tous les autres. L’Église célèbre les saints et les saintes qui nous ont précédés et qui ont sanctifié l’Église par leur amour de Dieu. La vie de Jésus comme celle de la Vierge Marie perpétue la beauté et la richesse du rosaire, ce qui donne à la terre une couleur céleste, un baume d’espérance sur la route d’exil que nous parcourons.

   Le Magnificat de la Vierge Marie veut retentir dans toute l’Église, au cœur de tous les fidèles. Marie accompagne et protège ses fils de prédilection, les âmes sacerdotales, ils sont le souffle de l’Église par lequel le peuple de Dieu se sanctifie. Jésus a fondé son Église sur ses apôtres, des hommes imparfaits qui ont témoigné jusqu’à la mort leur amour du Christ. Comme Marie a assisté les apôtres au jour de la Pentecôte, elle continue d’accompagner ses fils de prédilection afin qu’ils soient à l’image de son Fils, imprégnés de l’amour de Dieu et du prochain. Puissent-ils devenir des âmes fécondées par l’Esprit de Pentecôte, des pasteurs au visage de Dieu, visage de l’Amour incarné, humbles serviteurs appelés à perpétuer le don de Dieu au cœur de l’Église.

   Par la Vierge Marie, laissons-nous enfanter à la vie du Christ afin que l’Église soit une, sainte, catholique et apostolique, image vivante de Celui qui nous donne le salut. La victoire de l’Église est assurée par le cœur immaculé de la Vierge Marie qui ramène le cœur de ses enfants à son fils Jésus. Sur les eaux troubles de notre monde, elle tient en main le gouvernail du vaisseau porté par la croix de son Fils Jésus. Aimons notre Mère l’Église, défendons-la toujours avec générosité et si nous croyons au Christ Sauveur, croyons en elle, soyons un levain dans l’Église de Dieu, solidaires les uns aux autres dans l’adversité comme dans la joie, dans la mission qui nous est confiée. Dieu a besoin de chacun de nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le rosaire dans la ville

Les autres chroniques du mois