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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Filles de cœur : JEUNE JULIETTE et LE MARIAGE D’ADIEU

Imprimer Par Gilles Leblanc

Nous aimons bien les portraits de personnes qui ont le cœur à la bonne place, comme on dit. C’est le cas de deux émouvantes productions diffusées ces temps-ci sur le grand écran. Tout d’abord, la réalisatrice et scénariste québécoise Anne Émond décrit les hauts et les bas de la vie d’une adolescente à la poursuite de sa véritable identité dans JEUNE JULIETTE. Pour sa part, dans LE MARIAGE D’ADIEU, la cinéaste sino-américaine Lulu Wang présente la relation pleine d’amour et de tendresse qu’une jeune new-yorkaise entretient avec sa grand-mère, toujours en Chine.

JEUNE JULIETTE

Connue pour sa démarche stylistique exigeante (LES ÊTRES CHERS, NELLY), Anne Émond se fait dans JEUNE JULIETTE plus accessible dans sa mise en scène toute simple d’un récit d’apprentissage éminemment classique. Émond renouvelle la formule des chroniques adolescentes au féminin à la mode dans le cinéma québécois (LA DISPARITION DES LUCIOLES, UNE COLONIE, DÉRIVE, etc.), en puisant dans ses propres émotions vécues à l’âge ingrat, et en faisant de sa protagoniste une victime qui s’ignore, une égocentrique renfrognée, mythomane sur le bord, qui apprend à la dure à vivre dans le regard des autres.

Aussi frondeuse qu’érudite, Juliette en fait voir de toutes les couleurs à son père redevenu célibataire. Triste à l’idée de voir son grand frère Pierre-Luc partir en appartement, l’adolescente rêve pour sa part d’aller habiter à New York avec leur mère avocate. Pour l’heure, sur le point de terminer son secondaire II, Juliette se convainc qu’elle vit une idylle avec Liam, le meilleur copain de Pierre-Luc; sans réaliser que sa seule amie, la patiente et douce Léane, ressent des sentiments amoureux à son endroit.

Inconsciente d’avoir engraissé depuis le départ de sa mère, Juliette est déstabilisée par des insultes sur son poids, lancées par un élève malveillant de son école, La jeune fille détourne alors sa colère et sa frustration sur Arnaud, un gamin autiste de son quartier qu’elle garde à l’occasion.

Hormis quelques fils mal attachés en fin de parcours, le scénario est bien écrit, réservant des répliques pleines de sagesse à des personnages secondaires bien campés, tels le père aimant défendu tout en douceur par Robin Aubert et le professeur inspirant livré avec une égale aisance par Stéphane Crête. Mais le principal atout de la réalisatrice est la nouvelle venue Alexane Jamieson, impressionnante de charisme et d’intensité dans le rôle-titre.

LE MARIAGE D’ADIEU

Cacher la vérité à un malade pour qu’il finisse ses jours en paix, est-ce vraiment un mensonge? Voilà un des profonds questionnements posés par LE MARIAGE D’ADIEU, une comédie dramatique inspirée d’une histoire vraie.

Billi, trentenaire d’origine chinoise, vit à New York depuis sa plus tendre enfance. Indépendante et têtue, elle entretient des relations plutôt houleuses avec ses parents, qu’elle compense cependant en passant de longues heures au téléphone avec Nai-Nai, sa grand-mère bien aimée. En apprenant que cette dernière est atteinte d’un cancer en phase terminale, elle est sous le choc.

La jeune femme doit en outre composer avec l’attitude de la famille qui, bien au courant des résultats médicaux, a choisi de ne rien dire à l’aïeule. Défiant l’avis de sa mère. Billi décide de rentrer dans son pays natal pour faire l’adieu à Nai-Nai. Son voyage est d’autant plus déstabilisant que ses oncles et tantes ont organisé le mariage d’un cousin vivant au Japon, afin de justifier leur ultime visite à la malade.

À partir d’un matériau dramatiquement fort, à saveur universelle, Lulu Wang formule une réflexion d’une grande sensibilité sur le déracinement, le poids des apparences et le tiraillement entre tradition et modernité. Au fil d’un récit ponctué par quelques touches d’humour appropriées, Wang examine également le fossé culturel séparant l’Asie de l’Occident, notamment en ce qui a trait au rapport à la mort.

Attentive aux tourments de ses personnages, la cinéaste s’affirme par la sobriété de sa mise en scène et la maîtrise de sa direction d’acteurs. La nouvelle venue Awkwafina campe avec une belle assurance une jeune femme rongée par la culpabilité.

Gilles Leblanc

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