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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Ce qu’est la vraie richesse : LA FEMME DE MON FRÈRE et L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR

Imprimer Par Gilles Leblanc

On se demande souvent ce qui est le plus important dans la vie. Deux cinéastes québécois abordent justement la quête de sens dans leur production récente. Dans LA FEMME DE MON FRÈRE, la talentueuse Monia Chokri présente le parcours d’une jeune femme introvertie qui se désole de son sort et envie celui des autres. Pour sa part, le vétéran Ken Scott décrit la trépidante odyssée d’un jeune Indien à la recherche de la véritable réussite dans L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR.  

LA FEMME DE MON FRÈRE

Révélée par Xavier Dolan en 2010 dans LES AMOURS IMAGINAIRES, Monia Chokri a réalisé trois ans plus tard QUELQU’UN D’EXTRAORDINAIRE, un court métrage vif et explosif. Son premier long métrage s’inscrit dans cette continuité.

Docteure en philosophie politique et sans emploi, Sophia est hébergée par Karim, son frère psychologue avec lequel elle vit une relation fusionnelle. L’univers de la trentenaire sarcastique se met toutefois à chanceler le jour où son éternel complice, qui a accepté de l’accompagner à la clinique d’avortement, s’éprend d’Éloïse, la gynécologue chargée de procéder à l’opération.

Quelques semaines plus tard, dans un restaurant italien, la praticienne, heureuse en amour avec Karim, présente à Sophia son meilleur ami Mani, sage-femme célibataire à la recherche d’un colocataire. C’est en trop pour la sœur délaissée.

Prometteuse, l’œuvre de Chokri est desservie par un scénario résolument verbomoteur, parfois cacophonique. Le film, qui comporte d’évidents efforts d’invention visuelle, confirme la place de la cinéaste dans la lignée de Dolan (format d’image carré, objets virevoltant au ralenti, musique omniprésente, montage maniéré, etc.) Très investie dans son rôle, Anne-Élisabeth Bossé (également découverte dans LES AMOURS IMAGINAIRES) ne manque pas de convaincre.

À retenir qu’au Festival de Cannes (2019), le film s’est mérité le prix Coup de cœur du jury du volet Un certain regard.

L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR

Adaptée d’un roman de Romain Puértolas, cette fable aussi colorée que fantaisiste convoque des enjeux dramatiques très actuels, en particulier celui de l’immigration clandestine, tout en insérant dans sa trame une romance tout à fait crédible.

Aja est né et a grandi à Mumbai dans la pauvreté, y apprenant mille et une combines pour y subsister. À la mort de sa mère, le jeune homme retrouve des lettres de son père, dans lesquelles celui-ci invitait son amoureuse à le rejoindre à Paris. Muni d’un faux billet de 100 euros, de l’urne funéraire de sa mère et d’un passeport, Aja se lance donc à la recherche de ce paternel qu’il n’a jamais connu.

Mais peu après son arrivée à Paris, le voyageur a le coup de foudre pour Marie, une jeune Américaine croisée dans un grand magasin de meubles. Et par un malentendu, Aja échoue en Angleterre, aux côtés de migrants somaliens. Puis, afin de revoir celle qui fait battre son cœur, le jeune Indien se retrouve dans la suite romaine d’une star de cinéma, dans une montgolfière destinée à un couple marié et enfin, dans un camp de réfugiés en Libye.

Monté avec beaucoup d’entrain, profitant d’une photographie soignée ainsi que d’une mise en scène ambitieuse et inventive de Ken Scott (LA GRANDE SÉDUCTION, STARBUCK), le film possède la naïveté des contes de fées réconfortante, sans jamais céder au racolage ni à la mièvrerie.

Amusant et profondément humaniste, le récit en forme d’ode au vivre-ensemble repose entièrement sur la prestation attachante et inspirée de Dhanush, star du cinéma indien fort à l’aise dans ce périple international.

Un film agréable à savourer au cœur de la saison estivale !

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