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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Des larmes, des rires : GRÂCE À DIEU et QU’EST-CE QU’ON A ENCORE FAIT AU BON DIEU?

Imprimer Par Gilles Leblanc

Chez les cinéphiles, il arrive souvent qu’on passe de façon radicale d’un registre à un autre. C’est le cas si on visionne deux productions courues sur les grands écrans ces semaines-ci. Dans le drame GRÂCE À DIEU, le réalisateur François Ozon nous surprend, une fois de plus, avec une présentation émouvante et étoffée de cas de pédophilie dans l’Église catholique. Pour sa part, Philippe de Chauveron revient en force avec QU’EST-CE QU’ON A ENCORE FAIT AU BON DIEU?, une comédie débridée sur la multiethnicité et le multiculturalisme au sein de la société française.

 

GRÂCE À DIEU

Assez rapidement dans son film sur des agressions sexuelles de mineurs, François Ozon a courageusement choisi son camp : celui des victimes. Et du même élan, il a misé sur une œuvre artistiquement modeste, au profit d’une autre, plus engagée et terre-à-terre : dénoncer le silence de l’Église catholique, à Lyon comme au Vatican.

Produit dans une relative urgence, en parallèle aux procédures judiciaires alors en cours, GRÂCE À DIEU ne passe rien sous silence. Au contraire, ce film sur la « parole libérée » est constitué de scènes de dialogues ou, comme dans la première partie, d’échanges épistolaires lus en voix hors champ.

Apprenant que le père Bernard Preynat, qui a abusé de lui chez les scouts trente ans plus tôt, est encore en fonction dans le diocèse de Lyon où il opérait à l’époque, Alexandre décide de se faire entendre auprès de l’archevêque le cardinal Philippe Barbarin. S’engage entre ce bon père de famille catholique et les autorités ecclésiastiques un dialogue de sourds qui amène le premier, de guerre lasse et au mépris de la prescription, à porter plainte à la police.

Le commissaire saisi de l’enquête découvre une autre victime : François, devenu athée, qui avait jusque-là classé ce mauvais souvenir, puis Emmanuel, un sans-emploi psychologiquement instable. Avec quelques autres, ces individus d’horizons divers en viendront à créer un site Internet, appelant les témoignages d’autres victimes du même prêtre pédophile, et à mobilier la presse française.

Le récit est construit en trois temps, le centre de l’action se déplaçant de premier au deuxième personnage, puis du deuxième au troisième, en donnant à chaque portion sa couleur, son énergie et l’espace nécessaire aux trois excellents acteurs (Poupaud, Ménochet et Arlaud) pour briller.

En somme, il s’agit d’une œuvre bien maîtrisée du réalisateur de 8 FEMMES et de FRANZ, et susceptible de provoquer un débat comme aucune autre avant elle. D’ailleurs le long métrage vient de se mériter le Lion d’argent au Festival de Berlin.

 

QU’EST-CE QU’ON A ENCORE FAIT AU BON DIEU?

Les scénaristes Philippe de Chauveron et Guy Laurent de QU’EST-CE QU’ON A FAIT AU BON DIEU?, l’un des plus grands succès du cinéma français, ont pris leur temps pour y donner une suite. Ils ont bien fait. Enrichi d’un adverbe, le titre surmonte une œuvre efficace, bien jouée, porteuse d’une réflexion certes modeste, mais qui transcende le copier-coller et la pression du suffrage au box-office.

Claude et Marie Verneuil ont vu leurs quatre filles épouser des immigrants. Et ils ont surmonté cette « épreuve ». Aujourd’hui retraités et heureux grands-parents, ils font face à une nouvelle menace : le possible départ de leurs filles à l’étranger, avec leurs maris respectifs.

Dans le milieu parisien, ces messieurs ont du mal à faire oublier la couleur de leur peau ou leur statut d’immigrant de première ou seconde génération. Décidés à empêcher l’exécution de ce projet d’exil, Claude et Marie emploient divers stratagèmes afin de convaincre filles et gendres des avantages de demeurer en France.

Ainsi, le propos du premier film, sur le racisme ordinaire d’un couple de bourgeois de province, est traité ici à plus grande échelle, pour englober le malaise des gendres arc-en-ciel, qui cherchent le soleil dans la jungle de la métropole. Ce déplacement de foyer n’est pas sans conséquences, renvoyant le couple Clavier-Lauby à la périphérie de l’intrigue et les épouses au rang de figurantes.

En outre, le développement s’articule autour de situations forcées, chaque obstacle étant pulvérisé par l’argent et le pouvoir des parents manipulateurs. Réalisé avec une vigueur toute transparente, QU’EST-CE QU’ON A ENCORE FAIT AU BON DIEU? contient presque en égale proportion des péripéties convenues et surprenantes.

Gilles Leblanc

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