Dieu en famille,

Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

Un monde sans Dieu ou avec Dieu ?

Imprimer Par Raphaël Pinet

 

Philip K. Dick est un romancier américain de science-fiction surtout connu pour son best-seller The man in the high castle, écrit en 1962. Longtemps avant la vogue actuelle de l’uchronie, Dick imagine un monde contemporain dans le cas où Adolf Hitler aurait gagné la guerre en 1948 ! Aujourd’hui, cédant au goût du jour, des historiens de renom n’hésitent pas à mettre tout leur sérieux à construire des scénarios possibles suite à des évènements différents : et si Napoléon avait gagné à Waterloo ? Et si les Allemands avaient gagné sur la Marne en septembre 14 ? On peut goûter l’exercice ou le disqualifier. On notera au passage que la question de la narration en histoire se pose avec une plus grande acuité aujourd’hui où les frontières entre romanciers et historiens s’effacent au grand bonheur de l’édition à succès.

En Physique dans le domaine de la mécanique quantique et en cosmologie, on parle de mondes possibles, voire de mondes parallèles existant non plus dans un Univers mais dans un Multivers. Délire de théoriciens de la Physique ? Questionnement légitime pouvant déboucher sur des avancées significatives de la connaissance ? Un peu des deux sans doute car les progrès de l’esprit humain sont tributaires des questions qu’on se pose plus que des réponses qu’on trouve.

Et si Jésus était resté modeste charpentier toute sa vie ? Et si Jésus n’était pas mort sur la croix ? Et si ses disciples avaient réussi à sauver le Sauveur, quitte à le kidnapper au mépris des Ecritures (Il fallait que tout cela s’accomplisse Lc 24,26) ?

Loin de moi l’idée de construire des « mondes possibles » postchrétien ou pour mieux dire achrétien dans ce cas. Mais poser cette question plus que théorique peut nous amener à une réflexion qui nous touche de plus près au cœur de notre foi.

Le fait qu’un évènement soit arrivé n’a d’importance que dans la mesure où il a eu et continue d’avoir un impact dans notre vie. Nous vivons de nos jours dans un monde issu dans une certaine mesure des décombres du 11 septembre 2001 à New-York. En revanche, que vous ayez traversé une rue plutôt qu’une autre voilà 20 ans pour aller chercher du pain est ce qu’on appelle un non-évènement (à moins que vous vous soyez fait renverser dans l’autre rue !).

La vraie question de l’évènement Jésus-ressuscité n’est donc pas tant son effectivité que sa pertinence dans nos vies aujourd’hui.

Au fond, quand nous tenons le Christ loin de notre vie, quand nous expérimentons l’absence de Dieu dans un quotidien dont il est si facile de le tenir à l’écart, nous empêchons dans nos vies, du moins, que la Résurrection arrive. Ce n’est plus de l’uchronie mais plutôt de la non-actualisation du Salut de Dieu. A ce moment, se poser la question de la réalité de l’évènement n’est pas blasphématoire mais notre vie inhabitée devient là une blessure faite à l’Amour de Dieu.

Si le grain de blé ne meurt pas, il reste seul. S’il meurt, il donne beaucoup de fruits. Jn 12,24

Après tout, l’Evangile est peut-être le premier essai d’uchronie appliqué dans nos vies d’aujourd’hui ? A nous de faire ou non advenir dans l’avenir un évènement du passé pas si passé.

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