Dieu en famille,

Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

Heureux ceux qui donnent sans l’avoir vu

Imprimer Par Raphaël Pinet

 

Je n’ai pas le pouce vert mais je me suis lancé dans la culture de la tomate l’année dernière avec une vingtaine de plants issus de mes propres semis. J’ai récolté avec beaucoup de fierté 12 modestes kilos. Puis cette année, j’ai voulu faire les choses en grand et j’ai planté une quarantaine de plants pour une récolte … de 15 kg ! Pas besoin d’être fort en math pour s’apercevoir que je suis resté en-deçà de mes espoirs potagers. Il n’importe ! Quelle joie de voir pousser ce que nous semons même si le résultat n’est pas toujours à la hauteur de nos espérances.

Lorsque mes parents ont acheté la propriété qui deviendrait rapidement la maison de nos vacances, puis la maison familiale et enfin tout simplement « la maison » voilà quarante-deux ans, ma mère a planté un modeste figuier trouvé sur le bord d’une route près de Montélimar. Mon père est décédé peu après et ma mère est partie à son tour vers d’autres cieux. Le figuier a grandi et couvre une partie de la cour intérieure qui garde la fraîcheur et protège des jours bien chauds. Il donne régulièrement à l’automne de beaux fruits qui font aussi le régal des abeilles et des frelons. Il est à lui seul tout un écosystème où la nature nous donne son éternelle leçon de partage, de générosité et d’exubérance. L’arbre donne son ombre aux bons et aux méchants. Il donne, et ma mère, qui a permis ce don, est l’absente. Elle est en creux dans nos vies et chaque fois que nous cueillons ces figues, nous pensons de façon irrépressible à elle qui ne voit plus le fruit de ce qu’elle a semé.

Lorsque Jésus meurt sur la croix, quelle part d’humanité lui permettait de croire aux fruits qu’il avait semés dans le jardin des hommes ? A moins de concevoir un Jésus hiératique qui connaisse, sûr de lui, « comment ça se termine à la fin », nous devons nous interroger sur ce mystère de la transmission, de ces fruits à venir que le semeur ne verra pas. C’est là une leçon de courage que l’humanité ferait bien de méditer.

Comme parents, nous nous sentons responsables de notre progéniture, de ses succès comme de ses échecs. Nous voudrions prévenir les chutes, une boîte de pansements à chacun de leurs pas. Mais voilà ! Nous n’avons pas à voir plus loin que le bout de notre vie et avoir le courage de ne faire que pressentir la beauté des fruits à venir.

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