Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 27e Dimanche T.O. (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Nous sommes faits pour aimer

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 2-16)

En ce temps-là,
des pharisiens abordèrent Jésus
et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient :
« Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? »
Jésus leur répondit :
« Que vous a prescrit Moïse ? »
Ils lui dirent :
« Moïse a permis de renvoyer sa femme
à condition d’établir un acte de répudiation. »
Jésus répliqua :
« C’est en raison de la dureté de vos cœurs
qu’il a formulé pour vous cette règle.
Mais, au commencement de la création,
Dieu les fit homme et femme.
À cause de cela,
l’homme quittera son père et sa mère,
il s’attachera à sa femme,
et tous deux deviendront une seule chair.
Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair.
Donc, ce que Dieu a uni,
que l’homme ne le sépare pas ! »
De retour à la maison,
les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question.
Il leur déclara :
« Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre
devient adultère envers elle.
Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre,
elle devient adultère. »

Des gens présentaient à Jésus des enfants
pour qu’il pose la main sur eux ;
mais les disciples les écartèrent vivement.
Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit :
« Laissez les enfants venir à moi,
ne les empêchez pas,
car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent.
Amen, je vous le dis :
celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu
à la manière d’un enfant
n’y entrera pas. »
Il les embrassait
et les bénissait en leur imposant les mains.

 

COMMENTAIRE

Le sujet était difficile. Les considérations sur le mariage prenaient soudain un ton sévère. Un incident survient, où les vieux réflexes des disciples suscitent une vive réaction du maître. « Laissez venir à moi les enfants, ne les empêchez pas ». L’évènement fait tout basculer. Voici que le rappel abrupt de la loi du mariage cède la place à une touchante leçon qui donne priorité à l’accueil et la miséricorde, non seulement en acceptant d’être dérangé par des enfants, mais en nous proposant d’être comme eux.

Jésus n’est-il pas lui-même un enfant, et pourquoi pas cet homme, cette femme, en besoin d’accueil et de compassion ? L’attitude de N.S. à l’égard des enfants nous incite à nous accueillir nous aussi les uns les autres quel que soit l’âge, le sexe, la situation dans la vie. Accueillir l’autre ou ne pas l’accueillir, ça fait toute une différence ! Ou bien c’est le dialogue, le face à face réussi, la confiance jusqu’à l’amitié, la convivialité, la fidélité d’un engagement. Ou bien c’est la solitude, la peur, l’isolement plat et stérile.

De fait, la parole de ce dimanche entend moins régler nos problèmes en matière d’union maritale que nous redire notre vocation à l’amour, l’appel à sortir de nous-mêmes. Il n’est pas bon que l’homme ou la femme soit seul. Pourquoi ne pas accueillir pour vrai ce compagnon, cette compagne, ce prochain, cette communauté que Dieu me donne ? L’accueillir comme un don, trouver auprès d’elle ou de lui la chance d’aimer et d’être aimé, d’entrer avec reconnaissance dans un régime divin où pourra s’accomplir une alliance indéfectible ? Jésus nous donne à comprendre que là est le Royaume de Dieu : quand j’entre et demeure dans ce lieu béni de l’engagement et du service, pour la communion et la fécondité. L’autre me remettant en question et m’obligeant à sortir de moi-même. Le désir amoureux et l’émerveillement qui l’accompagne, ne mènent-t-ils pas à une découverte qui jamais ne s’achève, au partage qui jamais ne se lasse ni ne s’épuise ? La liturgie nous invite ainsi à considérer cette vocation première de l’être humain qui est d’aller par des chemins de douceur, de tendresse et d’humilité vers l’autre, de quitter chacun chacune son père et sa mère, son petit monde tranquille, ses réserves et ses peurs, pour s’ouvrir à la vie, aux appels de la vie ? C’est ainsi que nous répondrons à l’Amour premier de notre Dieu et Père.

Une part importante de mon service comme curé dans les diverses paroisses où j’ai œuvré, c’était de rencontrer des couples en vue du mariage, ou en vue du baptême de leurs enfants. Chaque fois c’était pour moi l’occasion d’un rapprochement avec des réalités tellement importantes de la vie humaine : l’enfance, le seuil de l’âge adulte, le grand amour jusqu’au don de soi. Au travers de ces expériences initiatiques, il y avait aussi les moments difficiles du deuil, de la séparation, les problèmes liés à l’éducation de la foi, le drame des esseulés, des démunis, des malades. Il me fallait accueillir tout ça et bien d’autres situations, alors que nous rattrapaient bien vite les nécessités concrètes liées aux aspects matériels et administratifs de la vie en paroisse.

Or la parole d’évangile projette un éclairage salutaire sur tout ce vécu de nos communautés. Dans le quotidien de ses engagements et de son service chacun/chacune peut accomplir le rêve de Dieu, la volonté bienveillante d’un grand amoureux qui nous a créés avec sagesse, qui nous a faits les uns pour les autres, et qui nous a gratifiés des dons nécessaires pour les grands comme pour les humbles accomplissements. Puissions-nous vivre tout cela dans l’humble attitude, reconnaissante, des enfants du Royaume!

 

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