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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Croyance et voix : L’APPARITION et LA BOLDUC

Imprimer Par Gilles Leblanc

Même s’ils se situent dans un contexte différent, deux films ont du succès auprès des cinéphiles, notamment grâce au traitement réussi de sujets périlleux : croyance versus superstition et portrait d’une chanteuse populaire. D’abord, le réalisateur français Xavier Giannoli crée une confrontation entre un journaliste attentif aux faits et une jeune voyante dans L’APPARITION. Pour sa part, le Québécois François Bouvier réussit son incursion dans la période de la  Grande Dépression avec LA BOLDUC, qui présente la première « chansonnière » du Québec.

L’APPARITION

 

Dans son dernier film, Xavier Giannoli (MARGUERITE) explore astucieusement, et avec respect, la frontière imprécise entre la foi et la superstition dans une enquête mise en scène avec une énergie considérable. Découpé en chapitres, le scénario se déploie en un suspense habilement mené.

Revenu perturbé d’un séjour au Moyen-Orient durant lequel son photographe a été tué, le grand reporter Jacques Mayano s’enfonce dans la déprime lorsque, à son grand étonnement, les autorités vaticanes l’appellent pour lui confier une mission délicate.

Celle-ci consiste à diriger une enquête canonique à propos d’une orpheline de 18 ans, Anna, qui prétend avoir reçu la visite de la Vierge Marie sur une colline des environs. Depuis, le prêtre de son village du sud-est de la France l’a prise sous son aile et a coupé les ponts avec le diocèse et le Vatican. Devant cette situation, les dirigeants de l’Église sont sceptiques quant à la véracité de cette histoire dont la rumeur s’est vite répandue et qui a pris une telle ampleur que des milliers de pèlerins viennent désormais se recueillir sur le lieu des apparitions présumées.

Dépêché sur place en compagnie d’un comité formé de théologiens et d’une psychologue, Mayano tente de faire la lumière sur cette affaire, notamment en enquêtant sur le passé d’Anna qui, pour une raison mystérieuse, va s’attacher de plus en plus à lui.

L’APPARITION est le film d’un acteur : Vincent Lindon. Celui-ci interprète avec brio et une impressionnante force intérieure un homme perdu et sans foi, qui trouve dans cette enquête une façon d’accepter l’existence d’un mystère plus grand que lui. Pareillement, la jeune voyante (Galatea Bellugi, solide et émouvante) voit en lui une voie vers sa propre vérité. En résulte un saisissant jeu de miroir, qui donne de l’élan à un récit certes fascinant, mais un peu longuet.

 

LA BOLDUC

 

Malgré un budget assez modeste, François Bouvier (PAUL À QUÉBEC, HISTOIRES D’HIVER) est parvenu à construire dans ce drame biographique une œuvre de cinéma formellement éclatante et pleinement assumée.

À l’âge de 20 ans, Mary Travers épouse Édouard Bolduc, un « bon » catholique avec qui elle fonde une famille dans un quartier populaire de l’est de Montréal. Aux grossesses difficiles, aux décès prématurés de six de ses enfants, s’ajoute bientôt la difficulté de survivre à la crise économique (1929-1933). Fière mais soumise, la grassouillette Gaspésienne répugne à l’idée de contrarier son mari en allant travailler.

Mais la mise à pied de ce dernier la force à d’écouter sa bonne amie Juliette, qui l’entraîne au Monument-National, en mal de violoniste. Mary, musicienne autodidacte, s’impose rapidement et s’enhardit en poussant une chanson de son cru, qui tombe dans l’oreille d’un  influent imprésario. Ce qui s’annonçait d’abord comme une parenthèse devient, le succès sur disque et radiophonique aidant, une lucrative affaire familiale.

À peine sortie de sa cuisine, Mary, dite La Bolduc, devient la porte-étendard de la condition ouvrière et s’en va turluter dans toutes les villes et villages du Québec ses compositions, un mélange irrésistible des folklores irlandais et canadien-français.

Avec sa voix juste, Debbie Lynch-White exprime avec beaucoup d’aplomb le personnage de La Bolduc qui du mal à composer avec la popularité et l’impact social qui en découle. Dans le rôle du mari dominant de la chanteuse, Émile Proulx-Cloutier interprète avec une prestation nuancée un homme « de son temps ». À apprécier également la reconstitution historique, plus spécialement pour les décors, les costumes et la parlure de l’époque.

Gilles Leblanc

 

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