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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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La force de la jeunesse

Imprimer Par Anne Saulnier & Jacques Marcotte

Cet éditorial, nous aurions pu l’intituler, Coup de tonnerre aux États-Unis. Nous avons tous pris connaissance de la fusillade qui s’est déroulée le 14 février dans une école secondaire au nord de Miami. Le tireur, Nikolas Cruz n’avait que 19 ans. Malgré son jeune âge, il avait pu se procurer un fusil d’assaut en novembre dernier chez Dicks Sporting Goods, un magasin de sports très répandu aux États-Unis. Cet événement semble avoir été déterminant dans le débat qui a lieu chez nos voisins sur le port des armes à feu. Le plus important est qu’il aura été initié par des jeunes qui se sont mobilisés pour se faire entendre. Le mouvement a pris une telle ampleur qu’il a réussi à ébranler la prestigieuse National Rifle Association (la NRA), chose qui semblait impossible jusqu’à tout récemment. Il aura fallu l’effort de toute une jeunesse pour y arriver.

Aux États-Unis, le port d’armes à feu est autorisé et considéré comme un droit par la Constitution américaine. Pour le justifier, on évoque le Deuxième amendement écrit en 1781 et complété 6 ans plus tard avec la Déclaration des droits. On peut comprendre qu’à l’origine, on se référait au besoin de créer une milice pour se protéger, là où les conditions l’exigeaient. Toutefois, le contexte a bien changé depuis et ce besoin n’existe plus. C’est comme si on essayait de faire croire aux Américains que la société devenait plus sécuritaire avec la possession d’armes, alors que les faits démontrent le contraire.  Mais il est clair que le commerce des armes est très lucratif pour la NRA qui est devenue comme une superpuissance, très influente sur le plan politique et sur le plan économique. Le fait que des jeunes aient réussi à ébranler cette institution n’en est que plus remarquable.

Tout dernièrement, le président Trump (dont l’élection a été en grande partie soutenue financièrement par la NRA) annonçait quelques mesures frileuses pour faire des vérifications plus sérieuses sur les antécédents des personnes intéressées à se procurer des armes, et à modifier l’âge légal (de 18 à 21 ans) pour en faire l’achat. On verra ce qu’il en est dans les faits, mais déjà la grande chaîne de magasins Dicks Sporting Goods a déclaré que son entreprise ne vendrait plus d’armes d’assaut semi-automatiques, plus de chargeurs à grande capacité et qu’il n’y aurait aucune vente possible d’armes aux moins de 21 ans. D’autres entreprises prennent également leurs distances avec la NRA en mettant fin aux avantages consentis à ses membres.

Devons-nous conclure que le débat sur les armes à feu est enfin réglé ? Non, bien sûr, sauf que les choses bougent. Et cela, grâce aux jeunes et à l’ensemble de la population qui a décidé de les appuyer. Encore une fois, le changement s’opère à partir du bas de la pyramide sociale et non pas à partir de la tête dirigeante qui a tout intérêt à préserver ses acquis. Cela nous montre aussi qu’encore une fois, ce sont les gestes qui comptent, et cela dans toutes les batailles. Ici, nous avons l’exemple des jeunes Floridiens contre les armes à feu, mais nous pouvons également penser au mouvement Me Too qui secoue une grande partie du monde. Ce qu’ont en commun ces divers mouvements ? Ce sont tous des initiatives de citoyens qui s’insurgent contre la politique traditionnelle impuissante à s’occuper de problèmes qui les concernent directement.

Nous devons réfléchir à ce que nous voulons comme société. Nous devons aussi nous rendre compte de la puissance de nos gestes concrets. Les médias sociaux sont désormais une force avec laquelle nous pouvons compter; si nous utilisons efficacement ces moyens, nous verront qu’ils ont une portée bien plus grande que les armes à feu tout en étant pacifiques. En fait, nous avons un choix à faire : nous diriger vers un capitalisme effréné, violent, où l’argent devient notre raison de vivre, ou nous battre pour la justice sociale et la paix qui donnent meilleur sens à nos vies. Les jeunes l’ont compris. Ils font œuvre de liberté. Ils ont choisi de bâtir un avenir sans arme et sans violence.

Donner une direction pacifique à tous nos rapports humains, dire non à la violence sous toutes ses formes, faire honneur à la dignité de tout être humain, n’est-ce pas là contribuer au plan de Dieu ?

En collaboration
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec

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