Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Le cœur imparfait a ses déraisons

Imprimer Par Caroline Pinet

 

Les mots, les gestes sont tout ce que nous possédons pour dire ce qui habite notre cœur. Si un mot d’amour peut illuminer, égayer, faire vivre et parfois même sauver, combien une parole maladroite, une parole acerbe, une parole impatiente peut blesser l’autre.

Les mots, les gestes sont pourtant les seuls outils dont nous disposons pour communiquer avec ceux qui nous entourent. Le moment, les émotions, les événements viennent compliquer parfois leur expression.

Comme nous aimerions parfois pouvoir remonter le temps afin d’effacer telle une ardoise des mots qui ont été maladroits,  qui ont dérapé,  qui ont fait du mal aux êtres que nous aimons. A l’instar du héros Tim Lake dans le film Il était temps, nous voudrions pouvoir rectifier ce qui a été mal dit ou mal fait. Nous pourrions alors recommencer les scènes de notre vie jusqu’à ce qu’elles soient adéquates à l’exigence de l’amour.

Quand Tim Lake apprend qu’il a le pouvoir d’interférer dans le cours de sa propre existence, qu’elle soit passée ou à venir… Il décide de rendre sa vie meilleure en se trouvant une amoureuse. C’est ainsi qu’au fil de ses innombrables voyages temporels il n’a de cesse de ruser avec le destin afin de  rencontrer la belle Mary pour la première fois, encore et encore, jusqu’à ce qu’il arrive à gagner son cœur. Tim se sert alors de son pouvoir afin de créer les conditions idéales pour la demande en mariage parfaite, pour sauver la cérémonie à venir du discours catastrophique du pire des garçons d’honneur imaginable mais aussi pour épargner à son meilleur ami un désastre professionnel.1

Tim Lake n’est pas parfait. Il commet moult maladresses. Son don lui assure de pouvoir rendre heureux les autres en effaçant les faux pas pour ne laisser qu’un déroulé de vie de bonheur. Cela ne lui épargne pas les chagrins inévitables de la vie tels la perte d’êtres chers mais le cours de sa vie prend une couleur de sérénité durable. Avec le temps il renonce toutefois à user de ce don …

Il peut paraître difficile de concevoir pourquoi le héros renonce à ce pouvoir si prodigieux, sinon pour goûter sans doute avec plus de profondeur les joies profondes du cœur humain imparfait. L’amour se forge en réalité grâce à toutes les facettes de joie et de chagrin qui forgent notre cœur. « Comme l’amour vous coiffe d’une couronne, il peut aussi vous clouer sur une croix. Et de même qu’il vous invite à croître, il vous incite à vous ébrancher. Autant il s’élève au plus haut de vous-même et caresse les plus tendres de vos branches qui frémissent dans le soleil, Autant cherche-t-il à s’enfoncer au plus profond de vos racines et à les ébranler dans leurs attaches à la terre. Pareilles à des brassées de blé il vous ramasse et vous enlace. Il vous bat au fléau pour vous mettre à nu. Il vous passe au tamis pour vous libérer de votre balle. Il vous moud jusqu’à la blancheur. Il vous pétrit au point de vous assouplir ; Et puis il vous livre à son feu vénéré, afin que vous deveniez pain sacré pour le saint festin de Dieu. Voilà tout ce que l’amour fera en vous afin que vous puissiez déceler les secrets de votre cœur, et devenir ainsi un fragment du cœur de la Vie. »²

L’amour n’est grand que parce qu’il se nourrit de la faiblesse de l’être humain. Car c’est la faiblesse qui permet à la toute-puissance de Dieu de s’immiscer dans le cœur pour y déposer sa force d’amour. « Car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » nous dit Saint-Paul. Nous disposons, grâce à la puissance de l’amour, d’un don  puissant, celui du pardon. Nos vies sont traversées par  les carences de nos amours si humains ! Nous sommes englués dans une humanité défaillante. Et c’est pourtant au cœur de ces imperfections de l’amour humain que nous pouvons entrer dans le plus pur amour qui soit ! Il est facile d’aimer la perfection ! Qu’il est grand d’être capable d’aimer dans la douleur du pardon. C’est alors que j’aime vraiment.

« Celui qui, par quelque alchimie sait extraire de son cœur, pour les refondre ensemble, compassion, respect, besoin, patience, regret, surprise et pardon crée cet atome qu’on appelle l’amour. »3


1 http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=201760.html

2 Khalil Gibran

3  Khalil Gibran

 

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