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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Crimes et châtiments : TROIS AFFICHES TOUT PRÈS D’EBBING, MISSOURI et AU REVOIR LÀ-HAUT

Imprimer Par Gilles Leblanc

Comme le disait Socrate, « le crime ne paie pas ». Deux films récents en sont de bonnes illustrations. Dans son remarquable TROIS AFFICHES TOUT PRÈS D’EBBING, MISSOURI, le réalisateur irlandais Martin McDonagh relate la démarche d’une femme qui fait tout en son pouvoir pour découvrir l’auteur du viol et du meurtre de sa fille. Pour sa part, le Français Albert Dupontel présente, avec le style déjanté qui lui est propre, les lendemains douloureux de la Grande Guerre de deux survivants des tranchées dans le film AU REVOIR LÀ-HAUT.

 

TROIS AFFICHES TOUT PRÈS D’EBBING, MISSOURI

D’abord reconnu comme dramaturge, Martin McDonagh (BIENVENUE À BRUGES) marque les esprits et séduit pratiquement à tous les niveaux avec ce film qui projette un regard singulier, universel et intemporel sur les failles de la nature humaine et les ratés de la justice,

Trois mois après le meurtre de sa fille, Mildred attend toujours que le tueur soit épinglé. Or, après s’être acquittée d’une enquête de routine, la police locale semble avoir renoncé à le trouver. Indignée, la mère divorcée loue trois panneaux publicitaires érigés en périphérie de leur petite ville du Missouri pour y placarder des messages dénonçant l’inefficacité de la police, et plus directement le laxisme du shérif Willoughby.

Son geste de provocation divise sa communauté en deux camps. Il attriste encore plus son fils tourmenté à l’école. Par-dessus tout, il dresse contre elle Dixon, le flic le plus incompétent du poste, bien déterminé à redonner sa dignité à son patron, qui n’en demandait pas tant. Car Willoughby est un homme raisonnable, sensible à la douleur de Mildred. Laquelle, à son tour, compatit avec ce dernier, atteint d’une grave maladie. Mais pas au point de renoncer à sa campagne.

Le scénario, à la fois caustique et bouleversant, surprend à tous les tournants tandis que la mise en scène nerveuse et fluide est impeccable de transparence. Frances McDormand (Mildred) s’avère frondeuse et digne dans une composition en équilibre parfait entre colère et rédemption. Sam Rockwell (Dixon) apparaît au meilleur de sa forme en policier borné et détestable qui se découvre peu à peu une conscience. Enfin, Woody Harrelson (Willowghby) émeut en shérif lâche et dont le geste inattendu dénoue une situation apparemment sans issue.

À la récente soirée des Golden Globes, la production a dominé avec quatre prix : meilleur film dramatique, meilleure actrice (McDormand), meilleur acteur de soutien (Rockwell) et meilleur scénario (McDonagh).

 

AU REVOIR LÀ-HAUT

Avec cette adaptation du livre à succès de Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013, Albert Dupontel saisit l’occasion d’exploiter à grande échelle l’audace et la fantaisie qui caractérisaient jusqu’ici son cinéma. Sous forme de comédie mordante, AU REVOIR LÀ-HAUT est le film le plus éclaté d’un plasticien hyperactif. Le cinéaste semble vouloir poser un regard omniscient, ou divin, sur le combat intemporel qui se joue au sol, et qui oppose purs et impurs, abusés et profiteurs.

Le 9 novembre 1918, malgré l’annonce de la signature prochaine de l’Armistice, le perfide lieutenant Pradelle provoque un ultime affrontement contre le camp allemand. Alors qu’il s’emploie à sauver la vie de son camarade Albert Maillard, Édouard Péricourt a le bas du visage arraché par un tir de mortier. Sauvé in extremis, il se rétablit dans un hôpital militaire, où il développe toutefois une dépendance à la morphine. Craignant d’être renvoyé chez son père un banquier parisien puissant et distant, le convalescent convainc Albert de lui procurer l’identité d’un sans-famille mort au combat.

En 1919, les deux hommes s’installent à Paris dans un logis modeste, où Édouard, artiste doué, conçoit une arnaque pas banale pour dénoncer l’hypocrisie patriotique : envoyer un catalogue d’esquisses de monuments aux morts dans les mairies de France afin de percevoir l’avance sur des commandes qu’ils n’ont aucune intention de remplir. Pour financer ce projet, Albert, comptable de métier, entre au service du père d’Édouard. Il découvre ainsi que la sœur de ce dernier a épousé cet escroc de Pradelle.

Dans une mise en scène virtuose, les images sont bien travaillées pour resituer l’époque. D’autre part, la performance des acteurs est impeccable, notamment celle de Nahuel Pérez Biscayart (120 BATTEMENTS PAR MINUTE) qui n’est rien de moins qu’épatante derrière les masques beaux et originaux qu’il arbore les uns à la suite des autres.

Pas étonnant que le film se soit mérité le Grand Prix du public au festival Cinémania à l’automne 2017.

Gilles Leblanc

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