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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Récits fantastiques : LA FORME DE L’EAU et HOCHELAGA : TERRE DES ÂMES

Imprimer Par Gilles Leblanc

Le cinéma est friand des histoires fantastiques. Celles-ci permettent de faire appel à la créativité et à l’imaginaire pour traiter de questions qui ont souvent un lien plus vrai qu’on pense avec le réel. C’est le cas de deux productions récentes. D’abord, avec son merveilleux LA FORME DE L’EAU, le Mexicain Guillermo Del Toro est prodigieux dans le récit d’une femme de ménage qui s’éprend d’une bête mystérieuse. Plus près de nous, le Québécois François Girard revient (enfin) au grand écran avec des tableaux poétiques et esthétiques sur l’histoire de Montréal avec HOCHELAGA : TERRE DES ÂMES.

 

LA FORME DE L’EAU

Au meilleur de sa forme, Guillermo Del Toro (LE LABYRINTHE DE PAN) livre une variation raffinée, d’une exquise sophistication, sur les contes fondateurs que sont LA BELLE ET LA BÊTE et ORPHÉE. Plus proche de Cocteau que de Disney, le cinéaste infuse son film de sa nostalgie du music-hall d’autrefois ainsi que du film noir et d’espionnage, et ce, dans le contexte de la Guerre froide.

1962. Eliza, muette mais pas sourde, est préposée à l’entretien de nuit dans un laboratoire gouvernemental, qui vient de prendre livraison d’une créature piégée en Amazonie et qui est considérée comme divine par la population locale. Témoin des mauvais traitements que la bête amphibie subit aux mains de Strickland, l’agent du gouvernement qui la capturée, Eliza multiplie les occasions de s’en approcher et de la nourrir.

Apprenant qu’on va abattre la créature pour la disséquer, la jeune femme forme le pari fou de l’emmener chez elle incognito, avec l’aide de Giles, un artiste gay qui vit comme elle au-dessus d’une grande salle de cinéma. Leur plan maladroit est sur le point d’échouer lorsqu’interviennent sa collègue Zelda et le docteur Hoffstetler, transfuge russe en crise d’allégeance, fasciné par la bête. Complètement leurré, Strickland met tout en œuvre pour retrouver cette dernière.

Une myriade de références et de citations s’intègre organiquement dans un récit fluide, universel et hors du temps, sur les monstres qui nous entourent, les frontières idéologiques, les manifestations d’intolérance, etc. Au centre d’une distribution impeccable, on retrouve l’épatante Sally Hawskins (JASMINE FRENCH, MAUD) qui est en nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice dans un rôle principal.

 

HOCHELAGA : TERRE DES ÂMES

Avec cette production ambitieuse, François Girard (LE VIOLON ROUGE, SOIE) entend proposer de l’histoire de Montréal une vue en coupe. Divisé en épisodes couvrant 750 ans d’histoire, le récit comporte de nombreux allers-retours temporels assez bien réussis dans l’ensemble.

Montréal, 2011. Durant une partie de football au stade Percival Molson de l’université McGill, l’apparition soudaine d’une doline (sinkhole) entraîne dans la mort un joueur de l’équipe locale. L’incident tragique révèle aux experts un site archéologique chargé d’histoire. Coordonnateur des fouilles, Baptiste Asigny, doctorant d’origine autochtone, fait des découvertes majeures, accréditant la théorie de l’existence de l’ancien village iroquois de Hochelaga à cet endroit précis de Montréal.

Six ans plus tard, Baptiste soutient devant jury sa thèse, qui s’appuie sur trois artefacts datant de différentes époques : une pierre en fonte du temps des premiers colons, des armes à feu ayant appartenu aux Patriotes et la croix de fer offerte par Jacques Cartier aux Iroquoiens d’Hochelaga.

Les passages sur les rituels autochtones ne manquent pas de poésie. De plus, la photographie se signale par son emploi inspiré de la lumière naturelle alors que les nombreux effets visuels très bien exécutés justifient le budget d’exception dont cette production « officielle » a fait l’objet. Au sein d’une distribution compétente, qui exige de certains interprètes l’emploi de l’ancien français, l’Abitibiwinnik Samian tire bien son épingle du jeu en archéologue engagé.

Notons enfin que le film HOCHELAGA : TERRE DES ÂMES est finaliste dans huit catégories pour les prix Écrans canadiens 2018.

Gilles Leblanc

 

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