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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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En eaux troubles : DUNKERQUE et LE PROBLÈME D’INFILTRATION

Imprimer Par Gilles Leblanc

Dans la vie, il y a des moments pénibles et dramatiques que le cinéma présente avec puissance et créativité. Nous en avons deux exemples récents. Dans DUNKERQUE, le talentueux réalisateur Christopher Nolan transpose sur le grand écran l’évacuation sur la Manche des troupes anglaises au début de la Seconde Guerre mondiale. Par sa part, l’audacieux Québécois Robert Morin revient en force avec un ingénieux suspense sur la dégringolade d’un médecin dans LE PROBLÈME D’INFILTRATION.

DUNKERQUE

Réputé pour ses productions spectaculaires et sophistiquées, Christopher Nolan livre ici un spectacle immersif d’une rare intensité, qui ressemble davantage à un amalgame de temps forts à la Hitchcock qu’à un film de guerre traditionnel.

Déconstruisant le temps et l’espace comme à son habitude, l’auteur d’INCEPTION et de MEMENTO, transforme l’enfer de ce qu’on a appelé l’Opération Dynamo de Dunkerque en une machine à suspense perpétuelle, qui va d’un temps fort à l’autre, jusqu’à ce que ceux-ci convergent.

En mai 1940, les Britanniques tentent de sauver près de quatre cent mille soldats alliés pris en souricière par l’armée allemande sur la jetée et la plage de Dunkerque. Durant cette semaine d’enfer se croiseront plusieurs individus luttant pour leur survie : un jeune soldat anglais, qui tente par tous les moyens de quitter la plage où les siens attendent toujours d’être secourus; aussi, un modeste père de famille qui, avec son fils et un ami de ce dernier, ont traversé la Manche à bord de leur petite embarcation de plaisance afin de se joindre aux efforts de sauvetage; enfin, un pilote de la Royal Air Force, qui utilise au maximum sa maigre heure de carburant pour protéger des tirs des avions allemands les militaires en situation désespérée.

Privilégiant le point de vue britannique, la production se déploie avec une mise en scène brillante, précise et viscérale. Avec ses personnages défendus courageusement par une distribution sans faille et l’emphase absolue qu’il met sur l’expérience sensorielle (imagerie puissamment cristalline, musique d’ambiance efficace de Hans Zimmer, plans furieusement immersifs), le film suggère un futur cinéma de la sensation pure.

Le choc est puissant, déstabilisant, inoubliable.

LE PROBLÈME D’INFILTRATION

Une surprise n’attend pas l’autre avec Robert Morin (JOURNAL D’UN COOPÉRANT, REQUIEM POUR UN BEAU SANS-CŒUR). Encore une fois, il trouve le moyen de surprendre avec un personnage d’antihéros que l’on voit s’effondrer sous nos yeux avec LE PROBLÈME D’INFILTRATION.

Le tout s’amorce lors d’une journée longue et chargée d’émotions fortes pour le docteur Louis Richard. Au bureau, le chirurgien esthétique qui s’est dévoué aux grands brûlés est agressé par un patient qui le tient responsable de son état. Alors qu’un procès menace son avenir professionnel, sa vie domestique n’est guère plus reluisante. Son fils adolescent adhère à des valeurs qui lui sont étrangères, alors que la passion semble être disparue avec son épouse.

De plus, un problème d’infiltration dans le sous-sol de sa résidence cossue met sa patience à dure épreuve et c’est sans compter ce souper entre amis qui ne se déroule pas comme prévu. Entraînant les siens dans sa descente aux enfers, il en vient à révéler les plus sombres facettes de sa personnalité.

Constituée de six plans-séquences qui sont reliés entre eux par d’ingénieux faux raccords, cette tragédie banlieusarde aux airs d’un film d’horreur – qui rappelle Kubrick (SHINING) et les expressionnistes allemands comme Lang (LE DOCTEUR MABUSE) – repose sur un scénario et une mise en scène remarquables.

Tout de la musique aux décors, crée un climat aussi anxiogène qu’envoûtant. Dans son premier grand rôle au cinéma, Christian Bégin est glaçant en pervers narcissique perdant soudainement le contrôle de sa vie.

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