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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Des hommes de combat : MOI, DANIEL BLAKE et CHUCK

Imprimer Par Gilles Leblanc

Dans la vie, rien n’est gagné à l’avance. À travers le parcours de deux hommes, des films récents en font la démonstration. Dans MOI, DANIEL BLAKE, le réputé réalisateur britannique Ken Loach dépeint le portrait d’un homme courageux, et même généreux, face à la perte de son emploi pour cause de maladie. Sous un tout autre registre, le talentueux Québécois Philippe Falardeau illustre le trajet d’un boxeur, tenace et fragile à la fois, dans le long métrage CHUCK.

MOI, DANIEL BLAKE

Dans ce film récompensé de la Palme d’or à Cannes en 2016, le cinéaste engagé demeure fidèle à ses convictions en présentant le triste sort réservé aux laissés-pour-compte face à une bureaucratie déshumanisée.

Newcastle, Angleterre. Daniel Blake, victime d’une crise cardiaque au travail, est déclaré invalide par les médecins. Sans autre moyen de subsistance, ce veuf de 59 ans se voit obligé, pour la première fois de sa vie, de recourir à l’assistance sociale. Lorsque cette aide lui est refusée, Daniel fait appel. Cependant, le processus est long et tortueux. À bout de ressources, et bien qu’il ne soit plus apte à travailler, il est contraint de s’inscrire à l’assurance chômage et de chercher un emploi pour toucher des prestations.

Révolté contre cette situation, Daniel ne baisse pas les bras pour autant. Il décide même d’aider Katie, une mère célibataire, et ses deux enfants qui ont été contraints de déménager loin de chez eux pour ne pas être placés dans un foyer d’accueil.

Pendant que l’intrigue du film suit les démarches d’un pauvre homme, le réalisateur tire à boulets rouges sur un système qui broie, humilie et exclut les plus démunis. Heureusement, Loach laisse filtrer une lueur d’espoir, laquelle réside dans la fraternité humaine qui réussit, malgré tout, à s’imposer dans une société de plus en plus sans âme. La mise en scène est expressive et subtile et, à plusieurs reprises, des instants de vérité sidérante bouleversent. Du grand art.

CHUCK

Coloré comme toujours, Philippe Falardeau plonge avec un plaisir contagieux dans cette histoire pleine de sexe, de drogue et de disco.

Bayonne, 1974. Chuck Wepner, un boxeur qui est aussi négociant d’alcool, devient le champion poids lourd de l’État du New Jersey et un aspirant au titre mondial dans sa catégorie. Contre toute attente, l’année suivante, il obtient le privilège d’affronter le célèbre Mohamed Ali au Championnat du monde. Sans grand talent, mais très courageux et pugnace, Chuck tient tête à Ali avant de s’avouer vaincu dans les dernières secondes du combat.

Sa dignité et sa résilience devant la défaite suscite l’admiration et sert d’inspiration au scénario de ROCKY. Mais l’immense succès remporté par le film fait perdre la tête à Wepner. Trois ans plus tard, séparé de sa femme et de sa fille, il est condamné à la prison pour trafic de drogue.

Mêlant très habilement à son récit des images d’archives, Falardeau recourt à une voix-off, en cela influencé par le cinéma de Martin Scorsese. Aussi, il utilise habilement de la musique en contrepoint, des mouvements de caméra nerveux et un arc dramatique d’ascension-déchéance classique mais efficace. Dans le rôle-titre, Liev Schreiber est solide quoique pas suffisamment nuancé, et ses partenaires, en particulier Elizabeth Moss en épouse délaissée, sont excellents.

Gilles Leblanc

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