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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Secrets et mensonges : FRANTZ et C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER

Imprimer Par Gilles Leblanc

« Toute vérité est-elle bonne à dire? », voilà une question épineuse. Deux films récents en sont de bonnes illustrations. D’abord, le superbe FRANTZ du prolifique réalisateur François Ozon présente magnifiquement la rencontre improbable de deux personnes qui se souviennent du même jeune homme mort à la Grande Guerre. Puis, dans le long métrage C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER, le Québécois Alexis Durand-Brault rapporte avec habilité et sensibilité la relation pleine d’ambiguïtés entre une mère en fin de vie et son fils.

 

FRANTZ

François Ozon s’est déjà signalé dans le registre grave (SOUS LE SABLE, LE TEMPS QUI RESTE) et le film historique (ANGEL). Mais il ne s’est jamais montré aussi ambitieux et romantique que dans ce film racontant, à travers une rencontre impossible, tous les espoirs déçus d’une génération. La mort, le deuil, l’amour et les réconciliations sont également abordés ici, avec une sensibilité humaniste. Complexe, le récit conjugue les dimensions intimes et collectives, comme pour mieux faire se répondre la petite et la grande histoire.

La Première Guerre mondiale vient de finir. Dans le petit village de Quedlinburg, en Allemagne, Anna va chaque jour fleurir la tombe de Frantz, son fiancé parti vivre en France pour ses études et mort au combat. Elle vit également avec les parents de ce dernier, les Hoffmeister, qui l’ont accueillie comme leur propre fille.

Un jour, elle remarque qu’un jeune homme, français, vient également se recueillir devant la sépulture. Il se présente de lui-même aux Hoffmeister: il se prénomme Adrien et a bien connu Frantz à Paris. Bouleversé par la mort de son ami, l’étranger se rapproche de plus en plus d’Anna, qui est elle aussi intriguée par lui. Mais cela plaît peu aux villageois, encore marqués par le conflit. D’autant qu’Adrien cache un secret qu’Anna aura bien du mal à accepter.

Rempli d’espérance et porté par un discours résolument actuel, FRANTZ profite d’une mise en scène d’une grande rigueur, illuminée par de brèves transitions d’un noir et blanc somptueux à des séquences douces aux tons pastels. Si Pierre Niney (Adrien) est comme à son habitude juste et inspiré, Paula Beer (Anna), dotée d’un charisme naturel saisissant, est la grande révélation du film.

C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER

Avec finesse et intelligence, l’acteur et scénariste Gabriel Sabourin (AMSTERDAM, MIRACULUM) a extériorisé pour le cinéma le monologue intérieur que constitue le roman éponyme de Robert Lalonde. Et Alexis Durand-Brault, qui a bien saisi la force du matériau fondé sur le secret et la colère enfouie, le restitue avec doigté et élégance, à travers cette œuvre tranquille, qui ne manque jamais d’émotion.

Romancier apprécié de la critique et d’un petit groupe de lecteurs, Julien gagne néanmoins sa vie comme menuisier dans une fabrique de meubles de Montréal. Mais son étoile monte. Il vient en effet d’être nommé parmi les finalistes aux prix du Gouverneur général, sur la foi de son nouveau roman autobiographique, dans lequel il raconte la relation tumultueuse avec sa mère.

Dans la lancée, un appel de sa sœur le convainc d’aller rendre visite à cette dernière, qui le réclame. Julien, qui n’a pas vu sa mère depuis cinq ans, retrouve au CHSLD une femme diminuée par la maladie d’Alzheimer, mais encore capable de mots durs. Au fil de ses visites, l’écrivain sent se ressouder ce lien qui l’unissait à cette femme plus grande que nature, qui embellissait la réalité au point de la déformer, pour le meilleur et pour le pire. Mais la vieille dame ne l’a pas réclamé auprès d’elle pour lui demander pardon. Elle a une faveur à lui demander.

Gabriel Sabourin (Julien) est particulièrement juste et habité dans la peau de cet absent tourmenté, dont la quête de vérité tient autant du pardon que de la rédemption. La rare Denise Filiatrault (mère âgée) et sa fille Sophie Lorain (mère jeune) sont quant à elles émouvantes et crédibles, lumineuses et glaçantes, vulnérables et lâches. Les deux actrices procurent quelques très beaux moments à un film d’hiver aux tons vert-de-gris, qui vise toujours juste, droit au cœur.

Gilles Leblanc

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